‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 264 sur 265 · CHAPITRE IV. — RKL'NION DE TOUL A LA FRANCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — RKL'NION DE TOUL A LA FRANCE

dite. Tout enlier aux affaires politiques et au soin de ses intérêts, le chef du Conseil de Lorraine ne faisait plus à Toul que de rares apparitions, et il venait d'obtenir de Rome un induit, pour dispenser les curés de la résidence, moyennant une redevance mensuelle à verser à la Chambre épiscopale : abus criant qui, à lui seul, suiTirait à montrer péremptoirement la nécessité d'une réforme de TÉglise, dans sa tête et dans ses membres.

Toussaint s'était rendu à Trêves, cette année-là même 1349, pour prendre part au concile provincial, convoqué par le métropolitain, Jean d*Isembourg. Depuis plusieurs années, sous le prétexte plausible des troubles et des malheurs de son diocèse, il n'avait pas payé les annates. Rome réclamait son dû, avec menace d'excommunication. L'archevêque et ses collègues le pressèrent d'obéir ; mais, le prélat n'avait point encaisse la somme demandée. Pour se la procurer, il envoya vers ses chanoines Nicolas de Vilicy, secrétaire de la Chambre épiscopale, les priant humblement de lui prêter dix mille francs, au denier vingt, sous la caution du château de Maizières. Le chapitre lui délivra cette somme ; mais il dut trouver quelque peu inopportunes les instances des prélats allemands.

Chanoines et bourgeois étaient donc travaillés, plus peut-être qu'à toule autre époque, par le souci de leur indépendance (1) ; ils semblaient vouloir secouer eux aussi la suzeraineté de l'Empire et, pour cela, ils comptaient sur la France, leur protectrice deux fois séculaire. Toutes leurs sympathies se tournaient de ce côté (2) : Henri II sut en profiter pour arriver doucement à ses fins.

(1) D^s 1546, lo prince Nicolas do Lorraine, alors évoque do Verdun, avait abandonn<^ à Charles III la ville et la cliAtellenie épiscopale d'Hattonchâtel, en remboursement d'une somme de 120,000 francs barrois, jadis prêtés par le duc Antoine au cardinal Jean de Lorraine Calniet, V, 6i3). — En 1550, le cardinal Charles de Lorraine, ayant succédé à Nicolas, sur le sié^e de Verdun, avait voulu vendre au duc de Lorraine tout le temporel de cet évéché, et l'empereur avait dû intervenir pour empêcher cette cession. Le même cardinal de Lorraine qui avait l'administration du temporel de Metz, chercha deux ans plus tard à céder ce temporel au même souverain (Calmet, ilnd.^ paasim).

(â) Le chapitre, depuis longtemps déjà, s'associait aux joies et aux douleurs do la nation française : ainsi, le mardi 6 février 1514, il fit un service pour le défunt roi Louis XII «Arch. do M.-et-M., G. 75).

598 LIVRK VI. — PUKMIKHI^ MOITIÉ DM XVF SIÈCLE

En 1551, Maurice de Saxe et les autres princes protestants d'Allemagne, résolus de se soustraire à Tautorité de Charles Quint, formèrent une ligue et sollicitèrent le concours du roi de France. Henri II se hâta d'y accéder et, pour prix de son amitié, il obtint le titre de vicaire de TEmpire dans les évêchés de Cambrai, de Metz, de Verdun et de Toul. Les confédérés ne prétendaient point aliéner ces territoires frontières ; ils voulaient seulement fournir à leur allié une base solide, pour ses opérations contre leur ennemi commun. Henri II ne l'entendait pas ainsi : il n'eut garde de discuter sur le titre ; mais il se promit bien de ne jamais se dessaisir volontairement de ce qu'il aurait occupé. Il résolut d'agir vite et sans bruit, car il savait que les évêques de Metz, de Verdun et de Toul négociaient avec la cour de Lorraine la cession de leur temporel et il craignait de voir entravée la réalisation de ses desseins ambitieux.

Sous prétexte de préparer la guerre contre l'empereur, il fît augmenter les fortifications de Vaucouleurs ; établit des magasins de vivres dans les villes frontières de la Champagne ; obtint du chapitre l'autorisation de mettre à Void une garnison de cinquante soldats, et envoya, en janvier 1552, le cardinal de Lorraine à Toul pour s'assurer du concours de l'évêque, des chanoines et des bourgeois. Le cardinal descendit à l'abbaye de Saint-Mansuy et fut rejoint aussitôt par Robert de Lenoncourt, évêque de Metz, et par Toussaint d'Hocédy. Dans les conférences qu'il eut avec les membres du chapitre et les notables de la cité, il leur fit savoir, de la part du roi de France, que « Sa Majesté, ayant pris la résolution d'envoyer une armée dans l'Empire pour en défendre la liberté, il les priait en son nom de mettre leur ville sous sa garde et sa protection (1) ». Il n'y avait à cette demande rien d'extraordinaire : tous jurèrent donc qu'ils reconnaîtraient toujours le roi « en qualité de protecteur, sous la réserve des droits et des privilèges de leur cité ».

Dès le mois de février, Tavant-garde campa dans les faubourgs

(i) Beo.-Pic, 639.

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