‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 48 sur 265 · CHAPITRE m. — LES PREMIERS ÉVÊQUES DE TOUL · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — LES PREMIERS ÉVÊQUES DE TOUL

ner à quelques reproches et se féliciter intérieurement du coup porté à la « superstition ».

Valentinien P"* (364-375) ferma de murailles les villes ouvertes, Tullum, Solimaridca, Scarpona (1) ; il construisit ou fortifia des camps de refuge pour les soldats et les habitants (2), les relia par des routes miliUnres et par un système de signaux. Ces précautions n'étaient pas inutiles : en 367, des Barbares battirent Carietton, gouverneur de la Germanie ; ils menaçaient Scarpona quand Jovin, maître de la milice, accourut de Reims et les mit en fuite (3). .

Théodose le Grand fixa les Ripuaires sur la rive gauche du Rhin, aux environs de Mayence, avec mission de défendre les gués du fleuve.

La frontière était donc bien gardée ; de nombreuses légions campaient dans le pays ; des tribus germaines, établies sur les terres du fisc, fournissaient de vaillants auxiliaires. Le calme régnait et la prospérité renaissait ; les grands propriétaires fonciers trouvaient dans les Barbares de quoi remplacer abondamment les bras romains qui leur manquaient.

Les villes s'embellissaient : Trêves était célébrée comme Tune des cités les plus somptueuses de TEinpire ; le séjour de la cour y attirait les plus grands personnages. Le poète Ausone (309-394) y fut précepteur de Gallien, puis préfet des Gaules, et y chanta les charmes de la Moselle. Saint Athanase y fut relégué en 335 ; saint Jérôme, saint Ambroise, y séjournèrent quelque temps et ils passèrent peut-être par Toul. Saint Martin y vint, à trois reprises, traiter avec l'empereur des affaires importantes, et la tradition de notre Eglise rapporte qu'il s'agenouilla près du tombeau de notre premier apôtre (4) ; son passage laissa dans l'esprit du peuple un vivant

(1) Digot, Hût. de Lorr., I, 52.

(â) Les principaux camps romains do la cité des Leuques étaient Jaillon (c. de Liverdun, M.-et-M.) ; Sopcy (c. de Void, Meuse) ; le camp de Julien, près dcSoulosse (c. de Coussey, Vosges) ; le camp de Répy, près de Raon-I'Étape (Vosges^.

(3) Âmmien Marcellin, Res. gesL, XXVII, 2. — Cf. Digot, Mémoire sur Remplacement de la bataille gagnée par Jovin. {Mém. Soc. Àrch, lorr.^ 1865).— 0. Mathieu, Recherches sur Scarpone, (Ibid., 1886).

(4) Adson, dans Calmet, /. c, ch. XIV, c. cxxxiii.

OO LIVRE PREMIER. — ÉVANGELISATION DES LEUQUES

souvenir et, comme partout en France, beaucoup d'églises lui furent dédiées : dans Tancien diocèse de Toul, on en comptait près de cent vingt (1).

Cependant la foi s'implantait dans la cité des Leuques et le diocèse commençait à s'organiser (2). Toul eut l'honneur de donner au Christ deux de ses plus vaillants défenseurs: saint Loup, Tévéque de Troyes, qui désarma le Fléau-de-Dieu (c. 380-479) (3), et saint Vincent, moine de Lérins, l'auteur du Commonitarium (c. 380-450), que nous avons quelques raisons de considérer comme son frère (4).

(1) Benoît Pieart, Fouillé du diocèse de Toul. Sur environ GOO paroisses ou annexes, le diocèse actuel de Nancy compte plus de 70 églises dédiées au saint thaumaturge. Cette dédicace de si nombreuses églises à saint Martin ne seraitelle pas un argument à invoquer contre les partisans de l'apostolicité ? Si le Christianisme datait du premier siècle dans nos pays, les paroisses auraient été constituées, en majeure partie, après la conversion de Constantin ou dans le courant du iv* siècle, cl dès le v* siècle, les constructions d'églises auraient été relativement rares. Tandis que cette quantité d'églises dédiées à saint Martin indique au contraire un mouvement très actif de formation de paroisses et de construction d'églises. Sans doute, l'argument n'est pas de première valeur ; Je l'indique seulement comme un simple confirmatur.

(2) Les progrès furent toutefois assez lents, si l'on en juge par les cimetières découverts Jusqu'à ce Jour (voir plus haut, page 28.)

(3) Saint Loup, né à Toul, vers 380, épousa Pœmeniola, sœur de saint Hilaire d'Arles. Après sept ans de mariage, les deux époux, d'un commun accord, renoncèrent au monde. Loup se reUra à Lérins et se mit sous la direction do saint Honorât. Il fut choisi comme évoque par le peuple de Troyes (427) et s'éleva, par son éloquence et sa sainteté au rang des premiers évéques des Gaules. II fut envoyé en Bretagne par ses collègues, avec saint Germain, évéque d'Auxerre, pour y combattre l'erreur de Pelage (429; ; plus tard, il arrêta Attila, aux portes de Troyes et il mourut après un épiscopat très fécond, en l'an 479. (Baronius, Ann,, 426 et ooi. — Calmet, Bibl. lorr. — Ceillier, XV. — Hist, Litt, de la France, II, etc.).

(4) Saint Vincent de Lérins n'a, pour ainsi dire, pas d'histoire. Il fut moine à Lérins et y composa son Commonitorium, Use laissa gagner par le Semi-Pelagianisme et il en fut, contre saint Augustin, l'un des tenants les plus subUls. Il mourut, vers 450, dans son monastère.

Outre le Commonitorium que tout le monde lui reconnaît, M. Tabbé Poirel, curé de Haraucourt, dans sa thèse de doctorat en théologie : De utroque Cornmanitorio lirinensi, Nancy, Berger-Levrault, 1895, a montré, d'une manière fort ingénieuse, qu'on peut lui attribuer aussi un autre Commonitorium compris dans les œuvres de Marins Mercator, découvert par Hobstein dans la bibliothèque du Vatican et publié pour la première fois par Garnier, à Paris, en 1673. D'après M. Poirel, M. Mercator serait un pseudonyme de Vincent de Lérins et son Commonitorium serait la seconde partie du grand Commoni-

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Des critiques ont contesté ces relations de parenté et l'origine touloise de Vincent ; mais leurs arguments ne sont pas décisifs et, jusqu'à preuve certaine du contraire, notre Église, non dépossédée, peut revendiquer cette double gloire. Elle fêtait Tévéque le 29 juillet (1), et le moine le 24 mai (2).

torium, que Gennade disait avoir été volée à son auteur par un trop zM partisan de la grâce.

M. Poirel vient de donner, et pour la première fois, le texte intégral des Ltrtnensia Commonitoria duo, Nancy, Berger-Levrault, 1898.

M. Poirel, après Joseph Antheim et AlUez, en France, Dom Morin, en Belgique et Ommanney en Angleterre, donne aussi Vincent de Lérins comme l'auteur du Symbole, dit de saint Athanase.

Un article de la Revue du Clergé Français, du 1" avril 1895, et le livre de M. Poirel donnent une bibliographie des œuvres de saint Vincent.

Sur la foi de ce passage d'une lettre de saint Eucher, évèque de Lyon, à saint Hilaire d'Arles {De Lande eremi, 12) : a Bœc (Lirina) habuit reveretidi nominis Lupum qui nobis illum ex tribu Benjamin Lupv^m retulil. Hœc habuit germanum ejus Vincentium, interno gemmam splendore perspicuam », Tillemont, Mabillon {Ànn., I, 1) ; Rohrbacher {Bist, de VEgl. calh., VIII, 12) et d'autres, identifiant Vincent de Lérins avec ce Vincent dont parle saint Eucher, ont affirmé que l'auteur du Commonitorium était le frère de saint Loup et, par suite, était, comme lui, originaire de Toul.

Les adversaires de cette opinion font remarquer que l'identité des deux Vincent est loin d'être prouvée. Saint Eucher emploie le parfait habuit et semble indiquer par là que saint Loup et son frère avaient déjà quitté Lérins, quand il écrivit sa lettre vers 427. Saint Loup, il est vrai, fut évèque de Troyes en cette année 427, mais l'auteur du Commonitorium était encore à Lérins en 434, quand il composa son célèbre traité. Il paraîtrait donc, d'après eux, que saint Vincent de Lérins ne doit pas être confondu avec son homonyme.

Mais saint Eucher emploie des termes bien solennels pour désigner un homme obscur ; Gennade {De script. eccL, LXIV) dit que Vincent de Lérins était « natio^ie gallus 0 ce qui, dans son langage, exclut l'Aquitaine ; le mot habuit peut s'expliquer, ou par une figure grammaticale, ou par une absence momentanée de Vincent. Toul a donc en sa faveur des présomptions assez fortes ; de plus, il possède, et partant il fait bien de tenir, jusqu'à preuve décisive du contraire. (Cf. les auteurs déjà cités, VBist. litt. de la France, II, 359. —L'Hôte, op. cit., 145 et 153 et articles parus dans Sem. relig. de Saint-Dië, 1897).

(1) Aujourd'hui, Nancy célèbre saint Vincent de Lérins le 28 mai, et Saint-Dié fait mémoire de lui le 24. Quant à saint Loup, sa fête à Nancy et à Saint-Dié est reportée au 30 juillet. Trois églises du diocèse lui étaient dédiées : Ugny, Sauvigny, Brainville.

(2) Certains auteurs (Cf. L'Hôte, op, cit., 139 et sq.) veulent aussi faire des Lorrains et même des Toulois, de saint Hilaire d'Arles, de saint Honorât d'Arles et de saint Venance de Modon. Mais les preuves, alléguées d'après quelques hagiographes, me semblent trop faibles pour qu'il me paraisse prudent de les revendiquer à mon tour.

Oi LIVRE PREMIER. -^ ÉVANGÉLISATION DES LEUQUES

Le quatrième siècle fut donc pour notre région une période de prospérité relative.

Mais, en 406, Stilicon, maître de la milice, pour arrêter Alaric et Radagaise qui menaçaient Tltalie, dégarnit la frontière de l'Est. Aussitôt cette barrière enlevée, un flot de Suèves et de Vandales fit irruption sur la rive gauche du Rhin, ravagea Mayence, Trêves et Metz, fit périr, entr'autres chrétiens un pieux solitaire, nommé Don ou Donat, qui habitait une colline, non loin du confluent du Sahnon (1), dévasta la cité des Leuques et continua sa course vers l'Aquitaine et l'Espagne (2).

Après cette tourmente, les cités mosellanes songèrent à réparer leurs maux ; mais les divisions intestines qui épuisaient l'Empire, les usurpations de Constantin (411) et de Jovin (411-413) (3), les exigences des Ripuaires qui se trouvaient trop à l'étroit dans leur territoire, rendirent difficile cette œuvre de restauration (4). Trêves fut pillée quatre fois dans ce siècle et perdit pour jamais, en 418, son titre de capitale : le préfet du prétoire trouva plus de sécurité dans la ville d'Arles, plus méridionale et moins exposée.

Les Ripuaires, dès lors, occupèrent toute la cité des Trévires ;• ils débordèrent même dans celle de Médiomatrices et leur usurpation fut bientôt consacrée par un diplôme impérial (5). Les Burgondes obtinrent de se fixer dans la vallée de la Saône (6) : le cercle barbare se rétrécissait autour des Leuques et des galloromains de Divodurum.

(1) Gonflrmation du prieuré de Saint-Don, dépendant de l'abbaye Saint- Mansuy, par l'évoque Henri do Lorraine, en 1147. (Calmet, Hist, de Lorr.^ 2' édit., V., cccxxix). Dans cette charlo, il est longuement parlé du martyre de saint Don.

Widric ou Théodoric do Dombasie fit bâtir, au xi' siècle, un prieuré au lieu même du martyre. Ce prieuré fut uni ci l'abbaye Saint-Mansuy en 1122; puis à la collégiale d'Haussonvilie en 1450, et enfin, en 1467, à la collégiale Saint- Georges. Les reliques étaient conservées à Saint-Mansuy.

L'abbaye Saint-Mansuy célébrait la fête de saint Don le 7 avril, date qui a été reprise par le diocèse de Nancy. — Cf. Chapelier, Dombasie^ son château^ son prieuré^ etc., dans i/ém. Soc. Arch. lorr.y 1862.

(2) Orose VHl, 40. — Zozime, VI, 3.

(3) Digot, Uist. d*Àustrasie, I, 110.

(4) Ibid., 123.

(5) Ibid., 148.

(6) Fustel de Coulangcs, op. cit., 439 et sq.

En 451, une invasion formidable vint répandre partout le désordre et la ruine et porter un coup terrible à la fortune privée. Conduits par Attila, les Huns suivirent le môme chemin que les Suèves, saccagèrent Mayence, Trêves, Scarpone, entrèrent à Metz le jour de Pâques et mirent Verdun dans l'état d'un w champ labouré par des sangliers (1) ». Après leur échec devant Orléans et leur défaite aux Champs-Catalauniques, ils repassèrent par la cité des Leuques, tuèrent, près deMarsal, un noble chevalier nommé Livier (2), ravagèrent Soulosse, Grand, Nasium, Toul et laissèrent de leurs dévastations des souvenirs ineffaçables. En Alsace, les Hunnengraben, tombeaux des Huns (3); en Lorraine, les chemins des Huns et les camps d'Attila rappellent encore aujourd'hui le passage du « Fléau-de-Dieu (4) ».

(1) Laurent de Liège, cité par Clouet, Hist. prov. Trêves, I, p. 163.

(2) Cf. Rambervillep, les actes admirables.,, de saint Livier, Vie, fYlix,1824. — De Tinseau, Vie de saint Livier. Metz, 1886.

(3) Les paysans alsaciens désignent ainsi les tumuli,

(4) Cf. DlgoU op. cit., I, 137 et sq.

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