‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 47 sur 265 · CHAPITRE m. — LES PREMIERS ÉVÉQUES DE TOUL · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — LES PREMIERS ÉVÉQUES DE TOUL

de la Légion thébéenne, Maximien fit massacrer ces courageux chrétiens et déchaîna sur la Gaule une violente persécution. S'il faut accepter la tradition de TÉglise de Trèves(l), Riccius Varus ne fut point au-dessous de son maître : il envoya au supplice un grand nombre de sénateurs et de chrétiens de la ville.

Pour mieux assurer la police et la défense de TEmpire, Dioclétien partagea le monde romain en deux (286), puis en quatre préfectures (292) (2). Celle des Gaules fut confiée à Constance Chlore, qui fixa sa résidence à Trêves, maintint la paix dans le pays et repoussa les Barbares qui ne cessaient de passer le Rhin. Constantin continua Tœuvre de son père : il perfectionna la réforme administrative de Dioclétien, installa à Trêves, pour la circonscription des Gaules, un préfet du prétoire chargé de l'administration civile, et un maître de la milice investi du commandement des troupes.

A Trêves, Julien préféra Lutêce, mais il ne négligea pas la défense de la frontière ; il battit les Francs à Autun (356) ; il refoula les Alamans de la vallée du Rhône et les défit vers Argentoratum (357) ; il cantonna les Saliens entre la Meuse et TEscaut et leur accorda le titre d'auxiliaires perpétuels de l'Empire (358).

esclaves à la révolte, au nom de la liberté. Du reste, ceux qui soutiennent cette thèse ne voient pas qu'ils tombent dans une contradiction : ils prétendent que la religion chrétienne pénétra dans nos pays, au plus tôt, vers le milieu du m' siècle ; comment aurait-elle pu, dès sa naissance, avoir sur les masses une telle influence ?

(1) Sur les martyrs de Trêves, voir les Acta sanctorum Fusciani^ Victoriaci et Gentiani, publiés par Ghesquicr, Acta Sanctorum Belgiœ, I, p. 166-169, et aussi M. Vanson, Les origines de l'Église de Toul. Nancy, Yagner, 1891, in-8", p. 126 et sq. Ce dernier auteur étudie la question, cite les sources et se décide pour l'existence du massacre.

{i) L'Empire était réparti en quatre grands partages ou préfectures : L'Orient avec les diocèses d'Orient, du Pont, d'Asie et de Thrace ; l'Illyrie, avec la Macédoine et la Grèce ; l'Italie* avec l'Afrique ; les Gaules, avec l'Espagne et la Bretagne. Les Gaules formaient 'quatre diocèses : trois, ceux de Bretagne, de Vienne et d'Espagne, avaient à leur tête des vicarii ou vice-préfets ; celui de la Gaule proprement dite qui comprenait les deux Belgiques, les deux Germanies, la Séquanie, les deux Lugdunaises et les Alpes, était directement administré par le préfet du prétoire des Gaules, qui résidait à Trêves. L'organisation des provinces et des cités n'était point changée (Fust. de Goul., La Gaule romaine, 18. — Bouché-Leclercq, Inst. rom., 214).

Julien avait été « chrétien jusqu'à vingt ans » (1) ; une lois devenu empereur, cet élève des Libanius, des Porphyre et des Jamblique se laissa gagner par les séductions du paganisme ; il entreprit de redonner la vie à cette religion mourante et de l'opposer au Christianisme triomphant.

11 se défendit d'être un persécuteur; il prétendit être un prince tolérant et annonça par des édits solennels qu'il n'entendait gêner en rien les autres cultes (2). Mais des ambitieux et des ennemis outrepassèrent les instructions de leur maître, et c'est à leur zèle intempestif que notre pays leuquois doit cette noble couronne de martyrs que nous avons déjà saluée, saint Elophe et sainte Libaire, saint Euchaire et ses compagnons (3), auxquels il nous faut ajouter sainte Bologne (4) et saint Fournier (3) qui souffrirent chez les Lingbns, mais qui nous appartiennent, du moins par leur naissance.

Julien dut sans doute blâmer ces violences : « Le zèle de mes amis, dit-il quelque part (6), s'est déchaîné sur les impies plus que ne le souhaitait ma volonté », mais, « ne voulant pas guérir un mal violent par un remède plus violent encore (7) », il dut se bor-

(1) Cf. G. Boissier, La fin du Paganisme. Paris, Hachette, 1894, I, 85 et sq.

(2) Julien, Epist., 4;î. (Boissier, op. cit., 121.)

(3) Cf. chapitre précédent, page 31. La tradition touloisc disait que nos saints avaient été condamnés par Julien lui-même, en .'3(52. Mais, d'après Ammien- Marcellin (liv. XXII;, en cette année, Julien était en Orienl, en Thracc, k Constantinople ou en Syrie. La persécution a dû être dirigée par l'un de ses lieutenants.

(4) Sainte Bologne^ née ^i Grand, vécut chez les Lingons, aux environs de Vignory (arr. de Chaumont, Haute-Marne), et fut martyrisée au lieu qui plus tard s'appela Bologne (c. de Vignory). Le diocèse de Langres l'honore le 16 octobre, i Godard, Vie des Saints du département de la HaiiterMarne^ Langres, Crapelet, 1855. — L'Hôte, op. cit.^ 133.) — La tradition lui donne comme frère et compagnons de martyre saint Bercaire et saint Gault. (Roussel, Le Diocèse de Langres, I, 133.)

(5) Saint Fournier (Fornarius) naquit à Vaux-en-Ornois <c. de Gondreeourt, Meuse) ou à Vaux-sur-Saint-Urbain (c. de Joinville, Haute-Marne). La première localité appartenait au diocèse de Toul. On ne sait rien sur lui, sinon qu'il était prêtre et qu'il subit le martyre sous Julien l'Apostat. Son nom est inséré dans le calendrier langrois, au 20 octobre (Roussel, Ibid.).

(6) Julien, Misopogon, 22.

(7) Julien, Epist.^ 10.

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