‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 82 sur 265 · CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES

vit s'augmenter les privilèges que ses prédécesseurs avaient reçus: il obtint les revenus du comté de Toul et la perception des droits de passage et de tonlieu (1).

Ce n'était pas encore, quoi qu'on ait pu dire, le titre et les pouvoirs de comte (2), mais en ces temps de confusion et d'empiétements, de l'immunité, enrichie de ces droits utiles, à la juridiction comtale, il n'y avait qu'un pas. A Toul, comme dans la plupart des Églises de l'Empire, la prescription suppléa sans bruit aux diplômes (3). Vis-à vis des ducs héréditaires, les empereurs eurent trop

(1) « Omnem exactionem comitatus ejusdem civitatis ftullensisj, annualis videlicet seu septimanalis^ thelonei quœstus pariterque vectigal quod vulgo vocatur rotaticum, » (Ben.-Pic, Ibid.) — Ànnalis fredditusj, revenu annuel ; septimanalis (redditus), revenu de la banlieue ; theloneum, tonlieu, douane ; rotaticum, droit de passage. (Du Gange, Glossarium.)

ii) Le diplôme de Henri l'Oiseleur, tel que l'a publié BonoU-Picarl (loc, cit.), d'après le Cartulaire de Toul, et non d'après l'original sans doute perdu, porte ces mots : a Omnem exactionem comitatus ejusdem civitatis annualis videlicet seu septimanalis^ thelonei quœstus pariterque vectigal quod vulgo vocatur rotaticum — totumque dominium cum jurisdictionis honore et potestate. » Mais la seconde partie de ce texte que j'ai à dessein isolée par un trait, paraît douteuse à Sickel {Diplom. reg, et imp. Germ., I, 32) qui fait observer que le diplôme octroyé, en 973, par Othon II (Dipl.^ II, 71) porte la première partie u ut omnis exactio, etc. quod vocatur rotaticum », et non la seconde « totumque dominium , etc. ». — Cette raison ne me semble pas convaincante, parce que la dite charte d'Olhon II fait précéder la première partie : « ut omnis exactio, etc., de ces mots : a Comitatum quoque Tullensis civitatis quem jam dictus episcopus Gauzelinus ah avo et genitore nostro obtinuit^ad ejusdem episcopii potestatem pertinere censemus », lesquels sont l'équivalent du totum dominium. — Je crois pourtant que cette seconde partie du diplôme de Henri est interpolée, et ce qui me le persuade, c'est sa place, en appendice du reste de la phrase, alors qu'elle renferme la concession la plus importante et que les diplômes suivants donnent à la reconnaissance du comté le premier rang dans l'énumération des privilèges accordés ou confirmés par l'empereur ou par le pape. (Voir, par exemple, la bulle de S. Léon IX, 1050, dans Ci^met, II, ccxcviii.)

Ce qui confirme mes soupçons, c'est cette note qu'a mise Lemoine (Arch. de M. et M., G. 1384, p. 112, n» 10) à la suite do l'analyse qu'il fait de ce diplôme : « A la fin de l'Histoire de Toul du P. Benoit, il y a une copie de ce diplôme, avec ces mots ajoutés : totumque dominium cutn jurisdictionis honore et potestate. »

Il semble donc qu'il faille renoncer à répéter ce que les Gesta (SS., VIII, 640i et, après eux, Benolt-Picart (op. cit., 30,3), Dom Calmet [op. cit., I, 887) et tous les autres, ont dit sur la concession du comté de Toul à saint Gauzelin par Henri l'Oiseleur.

(3) Othon II, dans le diplôme de 973 (voir note précédente), invoque deux autres chartes octroyées à saint Gauzelin par son aïeul, Henri l'Oiseleur, et son père, Othon I ; nous n'avuus plus la charte de ce dernier et nous ignorons si elle

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intérêt à conserver des comtes ecclésiastiques sur l'élection desquels ils avaient la haute main, pour qu'ils protestassent contre le fait accompli et ne souscrivissent point à la légende d'une donation authentique. Et ainsi nos évoques restèrent persuadés qu'ils tenaient de Henri l'Oiseleur, ce titre de comte et ces droits de souveraineté dont ils jouirent durent la seconde partie du Moyen- Age.

concédait ou reconnaissait déjà le comté à l'évéque de Toul. Le diplôme d'Olhon II ne peut nous fournir là-dessus aucune indication, puisqu'il attribue à Henri la première concession du comté.

Toutefois, les termes mêmes de ce diplôme de 973 « Cotnitatum... pertinere cenaernus » me semblent la reconnaissance ofDcielle d'une acquisition par prescription, et je suis porté à croire que les évéques de Toul, comme, du reste, leurs collègues de la province de Trêves, ont prescrit leurs pouvoirs comtaux. Sinon, ils auraient conservé précieusement dans leurs archives et dans leurs cartulaires le diplôme authentique et leurs clercs de chambre n'auraient point eu recours à des interpolations.

Et cette prescription s'est opérée très naturellement : leur territoire étant fermé par l'immunité aux fonctionnaires impériaux, ils ont dû nécessairement exercer les droits de souveraineté, justice, législation, police, etc.; un usage constant et ininterrompu leur tint lieu de diplôme, et, comme la charte de ^7 accordait à saint Gauzelin le privilège considérable de la perception des impôts, les Toulois furent naturellement portés à donner aux concessions de Henri l'Oiseleur une plus large extension et à considérer son acte comme la charte même du comté épiscopal de Toul.

Cette opinion me semble partagée par Dœring (Beitrœge zur œltesten Geschichte des Bisthums Mets^ 11 et sq.), du moins en ce qui concerne Metz. Cet auteur fait observer en effet que l'absence de toute mention d'un comte impérial à Metz, à partir de l'année 918, autorise à penser que révé<iue et son comte épiscopal ont peu à peu usurpé les fonctions qu'il avait à remplir. Quoi qu'il en soit, cette prescription était déjà un fait accompli en 1)73.

Voici, pour résumer celte dissertation, quelle me paraît avoir été la genèse du pouvoir et du titre de comte qu'ont po.ssédés les évéques de Toul. Un diplôme de Dagobert (?) leur reconnaît le privilège du ban royal (voir plus haut p. 76) Louisl'Enfant accorde ou confirme à J^udelme l'immunité, l'exemption du tonlieu, la direction de l'atelier monétaire (Cf. p. 130) — Henri l'Oiseleur abandonne à saint Gauzelin la perception des revenus du comté. — L'immunité et le droit de lever les impôts donnent lieu à la prescription de s'exercer en faveur de la possession complète des pouvoirs régaliens. — Othon I, peut-être, et certainement Othon II leur reconnaît le titre comtal, par son diplôme de 973. S. Léon IX le leur confirme par sa bulle de 1050 (Calmet, II, ccxcviii). — Gilles de Sorcy, en 1^1, rachète le comté de Toul aux héritiers des seigneurs de Fontcnoy (voir plus bas). — Etienne cie Lunéville frappe la première monnaie touloise que nous connaissions (voir plus bas), et enfin Guillaume FillAtre (1449-1460) prend le premier dans ses diplômes le Utre de comte de Toul (Ben.-Pic, Vie de S. Gérard, 27), en attendant que ses successeurs y joignent celui do Princes du saint Empire.

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