THÉORIE ET ABUS DU CRÉDIT PUBLIC
monnaie autant de fois que cela est nécessaire : la seule annonce de la proclamation de ces mesures refera le crédit, pourvu qu'il y ait dans le royaume le nombre voulu d'espèces en circulation. D'ailleurs, on peut toujours assigner des terres en nantissement des valeurs émises.
Voilà la philosophie du « système » de Law. Il n'y en a pas d'autre dans les Lettres que l'abbé Terrasson écrivit en 1720, à l'instigation de Law, pour la défense du système devant l'opinion alarmée. Il n'y en a pas d'autre dans les ouvrages du Bordelais Melon, qui fut le secrétaire du célèbre spéculateur. Le crédit, pour l'élève comme pour le maître, dépend toujours du gouvernement; il est « arbitraire »'. « une bonne banque est celle qui ne paie point, principe dont on a fait une plaisanterie, mais qui, bien cn-
1. Même volume: Essai politique sio- le commerce, pages 801 et 804. Montesquieu, au livre XXII de VEsp7-il des iois, a étudié avec perspicacité la monnaie et le change : il est le reflet des derniers partisans du système mercantile, avec cette réserve qu'écrivant après la chute du système, il a su se garder des erreurs de Melon et il a flétri dans les Lettres persanes (CXLII et CXLVI) les entreprises de Law. Il reconnaît que non seulement le papier, mais la moimaio, est un signe et a une valeur comme signe, distincte de sa valeur comme marchandise. Mais il soutient que la valeur idéale varie avec la valeur réelle et que nulle volonté arbitraire ne peut changer le rapport naturel qui les uidt. Ses autres idées économiques sont sans importance ; il a donné seulement, dans quelques chapitres de YEspril des lois, de bons modèles d'études historiques sur la matière et sous ce rapport il est supérieur aux Physiocrales. Turgnt dit avec raison dans ses Lettres que Melon et .Montesquieu ne peuvent être jugés avec équité que si l'on se souvient (pi'ilssont antérieurs à l'essor de l'Éconouiic politique (vers 1755).
tendu, est solidement vrai » ; celle qui ne paie point, c'est-à-dire celle à qui le gouvernement garantit le cours forcé. Dutot' est aussi enthousiaste pour le « système »; il professe les mêmes idées. La pierre philosophale était découverte^. Le moyen était enfin trouvé pour les gouvernements de faire de l'or, de fabriquer de la richesse à volonté, sinon indéfiniment (on sent bien qu'il y a une limite) ; du moins dans la mesure du besoin, autant qu'il est nécessaire pour mettre le numéraire en équilibre avec la valeur présumée des choses, pour s'assurer une balance du commerce favorable cl pour donner de l'emploi à toutes les forces productives disponibles.
On sait comment les propositions de Law, acceptées par le Régent, précipitèrent la banqueroute quelles devaient conjurer. La banque d'Angleterre croula elle-même quelques années plus tard, après une période de prodigieuse prospérité. Nous laissons à l'historien le soin de raconter les détails de ces catastrophes. Elles forment l'épilogue de la première phase de l'Économie politique moderne.