‹ Histoire des doctrines économiquesChapitre 29 sur 62 · I. — Les prédécesseurs des Physiocrates · texte numérisé non relu

I. — Les prédécesseurs des Physiocrates

Revenons de quelqiK's années en arrière et plaçonsnous à la lin du long règne de Louis XIV.

La lutte à outrance pour riiégémonie de la France contre les nations européennes, sur le terrain économique comme sur les champs de bataille, avait, après de brilllants succès, épuisé les forces du pays'. Louis XIV laissait la population des campagnes dans une effroyable misère. Le cœur des honnêtes gens capables de mesurer retendue et la profondeur du mal ne pouvait manquer den être ému. .V rintérél, aux droits de la couronne, ils allaient opposer l'intérêt du peuple, les droits de l'humanité. Avant la lin du règne, Boisguilbert et Vauban font entendre un appel él(jquent à la pitié en faveur des misérables

1. Vny. Le désordre des finances à la fin du règne de Louis XIV, l'ar A. Vuitry, de l'Institut, 1885, ot lo Vauban, do la pelili' bibliollit.'(|uo l'conomique Guillauiiiin, avec une Introduction de licornes Michel.

écrasés par ce régime de compression et de rapine. Mais ils n'ont d'espoir que dans la royauté elle-même pour la guérison des maux qu'elle a causés ; leur but est de toucher le cœur du roi ; s'ils n'y réussirent point, nous verrons que leurs successeurs, les physiocrates, furent plus heureux auprès de Louis XV et de Louis XVI. C'est là un des traits de l'économie politique de l'époque ; un grand mouvement de sympathie pour les souffrances des humbles est à l'origine de la transformation qu'elle subit. Ce sentiment était sinon inconnu du moins beaucoup plus rare à l'époque précédente.

Vauban avait eu l'occasion de visiter à plusieurs reprises toutes les parties du royaume et avait étudié de près les conditions économiques de la vie populaire. Il soupçonnait que toute cette détresse résultait d'une fausse conception de la richesse; la richesse, disait-il, n'est pas dans la possession de grandes quantités d'or et d'argent; elle réside dans l'abondance et le bon marché des denrées nécessaires; elle réside encore dans le nombre et la valeur des citoyens. L'ouvrier qui produit, le laboureur qui féconde le sol, toute la masse du menu peuple si dédaigné jusquelà sauf par Montchrétien , prirent à ses yeux une importance et une dignité nouvelles. Il comprit que l'intérêt du prince ne pouvait être autre que celui du peuple ; le roi ne fut plus à ses yeux que la tête d'un vaste corps dont aucun organe ne peut souffrir sans

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que la vie générale ne soit menacée. Il posa dans sa Dhne royah'^ comme une sorte d'axiome économique que si le pouvoir central a le droit d'exiger du peuple en échange de la protection qu'il lui accorde de quoi subvenir aux charges de l'État, cette contribution doit être proportionnée au revenu de chacun et que personne n'en doit être exempt; que « tout privilège par conséquent qui tend à l'exemption de cette contribution est injuste et abusif». L'idée de justice s'introduit ici dans l'économie politique, jusqu'alors entièrement réduite à une Chrématistique nationale sans àmc et sans conscience, à l'art de remplir à tout prix les caisses de l'État'. C'est de ce sentiment dhumanité et de justice que dérive le projet d'impôt unique l)roportionnel, la dime royale, que nous propose Yauban, et qui n'était point si radical qu'il paraît au premier abord, atténué qu'il était et mis en harmonie avec les exigences de la réalité politique par son auteur même. On sait que la coalition des hommes de c(jur et de finance, qui avaient tout à perdre à sa réaiisuli(ui, obtint sans peine du roi la disgrâce de Yauban et la condamnation du livre; on sait que Boisguilbert, qui joignit ses demandes de réformes aux siennes,

1. La Dime voyah ne fut irniirimi'o iiu'on 1107, mais olli> (?tait i-iiiniiliHement terminée dans les premiers Jours de l'année 1699.

2. Melon, suivant les principes du système mercantile, propose au législateur, dans un chai)itre spécial, l'étrange problème de savoir si la substitution de l'esclavage ;V la domesticité ne serait pas une mesure à prendre dans l'intérût de l'État.

subit bientôt le même sort. Mais leurs livres restèrent comme des modèles proposés à l'imitation des économistes.

Ce qui nous y semble le plus digne de remarque, c'est, après l'élan de générosité qui les fit naître, la méthode avec laquelle ils furent composés. La statistique la plus patiente et la plus minutieuse y est mise au service des sentiments les plus élevés. Le premier qui avait su manier cet instrument par excellence de l'Économie politique est un Français du seizième siècle, encore caché pour nous sous le pseudonyme de Froumenteau, qui, dans son Secret des finances \ mêle un peu encore l'imagination à l'arithmétique pour assombrir le tableau des ruines accumulées par les guerres de religion. Montchrétien en avait usé avec discrétion, en littérateur. Mais Boisguilbert et Vauban en font un large emploi et y excellent. La Bhne royale s'appuie sur des analyses numériques multipliées et puisées aux sources les plus authentiques. Elle réclame de plus le dénombrement annuel de tous les éléments de la richesse publique en France ^ Elle est

1. Le secret des fiîumces de France, découvert et départi eii trois livres, parN. Froumenteau, et mai^itenant publié pour ouvrir les moyens légitimes et nécessaires de payer les dettes du roy, de', charger ses sujets des sufjsides imposés depuis trente et wi ans et recouvrer tous les deniers pris à sa Majesté, 1580.

2. Quelques années après, Tabbé de Saint-Pierre écrivait un Mémoire sur C utilité des dénombrements. « Notre politique, lit-on dans ce mémoire, est encore dans l'enfance, puisque nous en sommes à dire que nos ministres, chacun dans leur département,

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tellement pénétrée de la méthode des sciences positives qu'elle propose une application partielle de la réforme dans deux ou trois provinces, à titre d'expérience. On voit combien ce grand esprit devançait son temps, car l'idée d'une politique expérimentale est pour nous toute récente et reste encore fort contestée.

Les physiocrates ne continuent pas seulement Vauban et Boisguilbert; ils recueillent les fruits d'une longue série de recherches techniques poursuivies par les économistes anglais depuis le dernier tiers du siècle précédent.

William Petty, 1623-1687. Cliild avait déjà relevé

devraient avoir soin de procurer au public des renseignements exacts de tout ce qui entre dans la science du gouvernement. L'académie politique (c'était un des projets de l'abbé) devait être chargée de ce soin. 11 faut que plusieurs de ces dénombrements soient imprimés au moins tous les cinq ans, afin que, tombant entre les mains des politiques spéculatifs, ils puissent en faire des combinaisons utiles au bien public. Il serait facile à un intendant de savoir conibien, année commune, il croit de différents blés dans chaque paroisse de son intendance, et cela par les dîmes, et combien d'habitants. Nous voyons que le Parlement d'Angleterre demande souvent les dénombrements de telles ou telles marchandises qui entrent ou qui sortent du royaume en telles ou telles années, et c'est sur ces fondements solides qu'ils fondent les règlements utiles au commerce de la nation. » L'emploi des statistiques devient générai dans les mémoires d'économie politique et dans les études de l'administration elle-même à partir du milieu du siècle. Turgot, écrivant à Josias Tucker, sollicite de lui avec instance l'envoi de renseignements statistiques : toute son œuvre administrative repose sur ce « fondement solide ». L'Angleterre nous avait, en effet, devancés dans cette voie (voir plus loin ce qui est dit de Petty), et l'abbé de Saint-Pierre connaissait à fond tout ce qui se passait chez « nos voisins les Anglais et les Hollandais » dans l'ordre économique.

certains inconvénients du système réglementaire, qu'on pourrait appeler système de l'égoïsme national mal entendu. Petty s'en éloigne encore davantage, bien qu'il n'ait toujours en vue que la grandeur de l'Angleterre et n'ait recours aux étrangers que par patriotisme. Sa vie occupe la période où l'Angleterre poursuit, à travers de sanglantes révolutions, son affranchissement religieux et politique, fait échec à la Hollande jusqu'alors reine des mers du nord, refoule les accroissements de la marine française, s'organise puissamment pour l'industrie et pour le commerce, et alors, protégée contre toute concurrence par Y acte de naingatïon, aspire à nouer des relations d'affaires plus actives avec les autres nations de l'Europe. Il préconise donc une politique de paix et assigne comme but unique au pouvoir royal le développement des ressources du pays. L'instrument par excellence de cette politique d'expansion économique, c'est, suivant Petty, la statistique, c'est-à-dire le dénombrement exact des éléments de la richesse nationale. Chargé, alors qu'il était médecin des armées révolutionnaires*, et en raison de ses connaissances mathématiques,

1, Petty était venu en France à quinze ans avec une petite provision de marchandises, pour faire ses études à l'Université de Caen. Il les avait continuées à Paris et en Hollande. 11 était ensuite rentré en Angleterre et avait enseigné la musique et la médecine. 11 s'était fait remarquer par ses inventions mécaniques. Plusieurs de ses essais parurent en français en même temps qu'en anglais. 11 cite une Hycb-ographie de Fournier, sorte de statistique de la marine française, ouvrage alors classique.

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de reviser une distribution de terres faite aux soldats de Cromwell en Irlande, il avait profité de l'occasion pour tracer une sorte d'anatomie de la malheureuse île d'après la méttiode des sciences naturelles préconisée par Bacon. De même, dit-il, pour tout pays il est possible d'évaluer ses ressources et de déterminer l'avenir qui lui est réservé, si l'on veut examiner les conditions de son territoire et de ses côtes d'une part, sa population de l'autre avec la proportion des divers métiers : le travail humain et la terre étant les deux facteurs inséparables de toute richesse. C'est ce que Pelty appelle l'arithmétique politique. l\ soutient qu'un pays moins étendu peut nourrir plus d'hommes, posséder plus de richesses, mettre sur pied des forces plus considérables qu'un pays qui l'est d'avantage; que l'Angleterre par conséquent peut l'emporter sur la France, malgré la moindre surface de son territoire, h'abord, dit-il, Londres, est plus peuplé que Paris, Rome et Rouen pris ensemble ; et cette aggloméralion de population est la condition la plus favorable pour le développement de l'industrie. « Le gain qui résulte des manufactures est d'autant plus grand que la manufacture est plus grande et meilleure {sic). Car dans une cité aussi vaste, les manufactures naîtront les unes des autres et chaque nianuracture sera divisée en autant de parties que possible, ce qui rendra simple et facile le travail de chaque artisan : par exemple, dans la falu-icaliun d'une montre, si un

ouvrier fait les roues, un autre le ressort, un autre la gravure du cadran, un autre la boîte, alors la montre sera meilleure et moins chère que si l'ouvrage entier avait été exécuté par un seul. Et nous voyons aussi que dans les villes diverses et dans les différentes rues d'une grande ville, là oii tous les habitants appartiennent presque tous à un même commerce, le genre d'objets qu'on tient spécialement en cet endroit est meilleur et à meilleur compte que partout ailleurs. » [Multiplication dam l'humanité, p. 35.) Il en est de même dans la campagne ; jusqu'à une limite très éloignée, plus il y a d'hommes sur une terre, plus cette terre produit et plus elle en peut nourrir de nouveaux. C'est pour cela que les terres ont plus de valeur près des villes qu'au milieu des solitudes. Déjà le sol anglais porte, si on défalque les citoyens improductifs (les prêtres), beaucoup plus nombreux en France qu'en Angleterre, autant de population utile que le sol français. Mais on pourrait l'accroître bien davantage. Il suffirait de permettre aux étrangers d'acheter des terres en Angleterre^ Avec le produit de ces ventes, un bon nombre de jeunes gens pourraient s'engager dans le commerce et l'intervention de ces capitaux multipliés par les banques doublerait la

1. Petty ne craint pas que ces étrangers causent du trouble dans l'État, même s'ils sont d'une religion différente de celle de la majorité, parce qu'il a remarqué que les minorités dissidentes réussissent d'ordinaire parfaitement dans le commerce et sont un nouvel élément de prospérité.

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richesse de l'Angleterre. La puissance maritime de l'Angleterre croîtrait d'autant. Dès ce moment (lo82), elle est sûre de l'empire des mers. La France ne p(jurra rivaliser avec elle, parce que des causes durables, comme le défaut de ports, ou absolument permanentes, comme l'insuftisance de sa marine marchande qui tient elle-même à la variété de ses produits, lempèclieront d'avoir une puissante marine de guerre. A plus forte raison ces résultats seront-ils sûrement obtenus si l'Angleterre se persuade que, loin d'être en décadence, elle a gagné pendant ces 4(t dernières années en richesse et en force et que les obstacles qui s'opposent à son agrandissement sont tous faciles à écarter. 11 faut qu'elle unifie la législation et l'administration des trois royaumes, qu'elle ne craigne pas l'élévation des impôts qui est un signe, bien plus, qui est une cause de richesse, qu'elle fasse porter ces impôts, non sur la terre seule, mais sur le travail et les produits manufacturiers, qu'elle égalise les circonscriptions administratives, qu'elle s'abstienne d'intervenir par des mesures arbitraires dans la fixation du taux de l'intérêt, et laisse enlin la volonté nali(jnale se manifester librement. C'est en grande partie le programme de la monarchie constitutionnelle établie par la révolution de 1G88, un an après la mort de Petty.

Dudley North. — La première affirmation de la doctrine du libre-échange contre le système de la

prohibition adopté par la première révolution anglaise, se rencontre dans les Discours sur le commerce de Dudley North, publiés en 1691. Il montre que la richesse peut exister indépendamment de For et de l'argent, ayant sa source dans l'industrie humaine, appliquée soit à la culture du sol, soit aux manufactures. Les métaux précieux cependant sont un élément de la richesse nationale et remplissent des fonctions importantes. La monnaie peut exister en excès aussi bien qu'en défaut dans un pays, et la quantité de monnaie requise pour les besoins du commerce varie avec les circonstances ; les oscillations de son niveau se règlent elles-mêmes spontanément. C'est une erreur de croire que la stagnation des affaires résulte d'un manque de monnaie; elle peut venir d'un engorgement du marché national ou d'un trouble dans le commerce extérieur, ou d'une diminution de la consommation causée elle-même par la pauvreté. L'exportation de l'argent au cours du trafic accroît la richesse nationale loin de la diminuer, parce que le commerce s'alimente d'un échange du superflu. « Le monde entier sous le rapport du commerce est comme une nation ou un peuple où les nations sont comme des personnes. » « La perte du commerce avec une nation n'est pas seulement cette perte même, considérée isolément; c'est une partie correspondante du commerce universel qui périt avec elle, car tout est combiné dans ce grand

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ensemble. >> Au sujet de l'intérêt du capital, North maintient qu'il dépend, comme le prix d'une commodité quelconque, de la proportion de l'ofTre et de la demande, que le bas intérêt dépend de l'accroissement relatif du capital, et qu'il ne peut être produit par des régulations arbitraires, comme l'ont cru Cliild et d'autres économistes de son groupe. En généraL « aucune loi ne peut fixer les prix dans les échanges; ils s'établissent d'eux-mêmes, et quand les lois ont quelque prise sur ces phénomènes, elles entravent le commerce et sont par conséquent nuisibles. » « Nous pouvons dépenser beaucoup de peine pour enfermer le coucou sur nos terres; c'est en vain, car aucun peuple n'est devenu riche par des mesures administratives; ce qui enrichit, c'est la'paix, l'industrie et la liberté. » On verra bientôt à ([ucl point Adam Smith a profité des idées do Dudicv Xorth ; Locke semble ne [)as l'avoir connu.

Locke. — L'ordre politiijue établi en Angleterre après la révolution de 1G88 supposait l'existence de droits naturels inhérents à chaque individu, antérieurement à toute convention sociale. La théorie du droit naturel, conception sciui-biblique, semi-stoïcienne, singulier mélange de loi et de raison, a été exposée par Locke dans ses Traités sur le gouvernement civil; nous la retrouverons tout à riieuro ({uand nous Iraiterons de la philosophie politique des physiocrates qui n'en est qu'une copie. Mais Locke a joint à celte

m HISTOIRE DES DOCTRINES ÉCONOMIQUES.

théorie dans son chapitre sur la Propriété des choses un exposé des principes les plus généraux de FÉconomie politique que nous devons résumer d'abord.

D'après Locke, Dieu a donné en commun la terre au genre humain. Dans l'état de nature, rien n'est en propre à personne. Pour qu'un individu puisse utiliser les productions de la terre, il faut qu'il s'en approprie une partie. Comment se fait cette appropriation? Par le travail. Chacun s'appartient en effet à lui-même, son corps est à lui, l'activité de ses mains est à lui, et le produit de l'activité de ses mains est à lui, pour la même raison. « Un homme qui se nourrit de glands qu'il amasse sous un chêne, ou de pommes qu'il cueille sur des arbres, dans un bois, se les approprie certainement par là... Il est visible qu'il n'y a rien qui puisse les rendre siennes que le soin et la peine qu'il prend de les cueillir et de les amasser. Son travail distingue et sépare alors ces fruits des autres biens qui sont communs ; il y ajoute quelque chose de plus que la Nature, la mère commune de tous, n'y a mis, et par ce moyen, ils deviennent son bien particulier. »

La Raison naturelle et la Révélation qui fondent ce droit le limitent de la même manière. Si l'on prend des biens naturels plus qu'il n'est nécessaire pour son usage, on frustre ses semblables. Si quelqu'un ramasse des fruits au delà du besoin et que ces fruits se corrompent, il commet une usurpation sur les

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droits du prochain. Une autre limite se rencontre dans le pouvoir d'appropriation lui-même ; le travail ne peut s'exercer que sur une quantité de matière limitée, et par suite, ce que le travail de chaque individu laisse en dehors de ses prises reste nécessairement à tous les autres.

La même loi régit l'appropriation de la terre. Elle est à celui qui la défriche et la cultive, comme l'eau d'un ruisseau est à celui qui la recueille pour la boire. Mais la possession de la terre est soumise aux mêmes conditions que celle des fruits. « Si l'herbe de son clos se pourrit sur la terre ou que les fruits de ses plantes ou de ses arbres se gâtent, sans que cet homme se soit mis en peine de les recueillir, ce fonds, quoique fermé d'une clôture et de certaines bornes, doit être regardé comme une trire en friche et déserte, et peut devenir riiéritaf^e d'un autre. »

« La propriété fondée sur le travail est donc capable de balancer la communauté de la terre. Certainement c'est le travail qui met de différents prix aux choses. Qu'on fasse rétlexion à la différence qui se trouve entre un arpent de terre où l'on a planté du tabac et de la canne à sucre, ou semé du blé ou de l'orge, et un arpent de terre qui est laissé commun, sans propriétaire qui en ait soin : et l'on sera convaincu entièrement que les effets du travail sont la plus grande j>artic de la valeur de ce qui provient des terres. Je pense ([ue la suitputation sera bien modeste

si je dis que, des productions d'une terre cultivée, neuf dixièmes sont des effets du travail. Je dirai plus. Si nous voulons priser au juste les choses,... nous verrons qu'avec la plupart des revenus, 99 pour 100 doivent être attribués au travail. » (Exemple : toutes les opérations nécessaires pour la production d'un pain, ou la construction d'un vaisseau.)

Le fondement de la propriété est donc la personne humaine et l'activité de l'homme. On tire des mêmes principes l'explication des formes complexes de la propriété comme celle des formes simples.

Ce c[ui fait l'excès des provisions recueillies par un individu sur le domaine commun, c'est l'impossibilité où il est de les consommer avant qu'elles se corrompent. Si doue il en donne une partie avant ce moment, ou s'il en troque une partie contre des objets moins corruptibles ; si, par exemple, il échange des pommes- contre des noix, il cesse d'empiéter sur le droit d'autrui ; l'excès devient un simple surplus (^^ XXII). Tel est le résultat de l'emploi de l'argent et du commerce ; ils permettent l'accumulation des richesses en de certaines mains sans que cette accumulation fasse tort au reste des hommes. Ils établissent une inégalité légitime. Le consentement des hommes, en effet, en consacrant l'existence de la monnaie et en permettant le commerce, a légitimé du même coup les conséquences qui ne peuvent manquer d'en sortir (§ XXV).

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