LES PRÉDÉCESSEURS DES PHYSIOCRATES
Ces doctrines eurent un retentissement multiple au cours du dix-huitième siècle ; nous en retrouverons l'écho dans les conceptions de Smith et de Jean- Jacques. A côté de ces vues philosophiques sur l'origine de la propriété, les œuvres de Locke présentent des thèses d'ordre plus proprement économique, soutenues dans trois petits traités parus de 1692 à 1695, dont le plus important porte le titre de Considérations nouvelles sur rabaissement de l' intérêt et Vélévation du taux de la monnaie^. L'Angleterre souHVait alors beaucoup de la mauvaise fabrication de sa monnaie d'argent qu'on pouvait impunément rogner, au point qu'elle n'avait plus en moyenne que la moitié de son poids légal. Les transactions étaient paralysées, le prix des denrées montait; le malaise était profond et le gouvernement ne croyait pouvoir y remédier qu'en élevant par décret le taux de la monnaie ancienne ou en frappant des monnaies nouvelles, de titre inférieur, mais de même nom. Locke, après une campagne active, réussit à lui épargner cette faute, et obtint en 1693 la refonte loyale des monnaies. Il ne réussit pas à empêcher la diminution par l'autorité royale du taux de l'intérêt qui eut lieu après sa mort, sous la reine Anne.
Sur ces deux questions, les solutions de Locke sont libérales. L'or et l'argent, dit-il, sont des commodilés
1. Ces petits traités sont introuvaijlos. Nous imprimions oc qui suit à roxcellent ouvrage de .M. Fowler, sur Locke.
qui ne diffèrent pas en nature des autres commodités ; il est impossible d'élever par des actes arbitraires du gouvernement la valeur des pièces d'or et d'argent, Vous pouvez, il est vrai, ordonner par un Acte du Parlement que six pence devront dorénavant s'appeler un schelling, mais rien ne sera changé en réalité, puisqu'ils n'achèteront tout de même que pour six pence d'objets consommables. Vous trouverez bientôt que le nouveau schelling fait sur le marché l'effet des anciens six pence, et par conséquent, si le gouvernement a pris la différence, il a simplement volé d'autant ses sujets. Il en est de même de l'intérêt de l'argent; le prix du louage de l'argent ne peut, dans les conditions ordinaires, être réglé par la loi, et, s'il est réglé de la sorte, sa réduction au-dessous du taux naturel ou du taux du marché sera préjudiciable aux intérêts du public. La loi sera éludée, et elle générales affaires inutilement. Elle accroîtra les difficultés du prêt; elle déterminera les propriétaires de capitaux à thésauriser ; elle ralentira la circulation et paralysera l'industrie comme le commerce. Locke est donc bien le prédécesseur des physiocrates dans cette série de considérations qui reposent sur l'existence de lois naturelles, et particulièrement sur la loi de l'offre et de la demande, qu'il a nettement formulée. Il les annonce encore en déclarant que quelle que soit la main qui verse l'impôt au Trésor, c'est toujours, en fin de compte, sur le fonds produit parle cultivateur que