Voir la liic/ies^e des S(itioii<!, livro III, chap. I
-i. Son voyage à Paris a eu lieu t-n 1762. Il y resta insuf moi.>.
S. Il semble d'ailleurs que ses essais ont été publit'S et connus "•M France trop tan! pour ipie les Phvsiocrates li--; nn'Ut'iit à pn.fit.
2j8 histoire des DOCTRINES ÉCONOMIQUES.
Hume (1711-1776) fut, on le sait, un philosophe, mais un i)]iil()S()plie critique. Les conceptions aventureuses de ses prédécesseurs, touchant l'état de nature et rétablissement artiticiel de la société par voie de contrat, subissent avec lui pour la première fois un contrôle sévère : il démontre le néant de ces hypothèses.
« Si chaque génération d'hommes disparaissait en une fois et qu'une autre lui succédât tout d'un couj) comme cela a lieu pour les vers à soie et les papillons, la nouvelle race, en admettant qu'elle lïH assez réfléchie pour choisir son gouvernement (ce qui n'est certainement pas le cas pour les hommes), pourrait volontairement et par consentement général établir sa propre forme de constitution sans tenir compte des lois et des précédents qui ont prévalu chez ses ancêtres. Mais comme la société humaine est un flux perpétuel, comme à toute heure il y a un homme qui sort de ce monde et un autre qui y entre, il est nécessaire, pour sauvegarder la stabilité du gouvernement, que la nouvelle génération se conforme à la constitution établie et suive de près le chemin que ses prédécesseurs, suivant eux-mêmes les traces de leurs propres devanciers, lui (Uit frayé antérieurement. Quelques innovations doivent nécessairement se produire dans toute constitution humaine, et c'est une chose heureuse quand le génie éclairé de l'époque dirige ces innovations dans le sens de la raison.
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de la liberté et de la justice, mais quant à des innovations violentes, aucun particulier n'a qualité pour en faire, et il est même dangereux à un parlement d'en tenter de telles : on doit en attendre plus de mal que de bien » [Essai sur le contrat, p. 452, éd. anglaise). Impossible de nos jours, le contrat l'a été encore davantage peut-être à l'origine des sociétés. Hume fait ressortir abondamment et avec verve cette impossibilité, et la théorie du contrat se trouve ainsi écartée avec celle du droit naturel du chemin d'Adam Smith. L'âge d'or économique et juridique des Physiocrates n'est plus, pour h.s Écossais, qu'une chimère.
Du même coup, au lieu d'être sollicité comme Condillac à considérer l'état actuel du monde économique comme une régression, comme une chute, Hume, et Smith à sa suite, seront plutôt tentés d'accorder que. depuis l'origine, les choses se sont améliorées graduellement et qu'elles s'amélioreront encore dans l'avenir. De là un acquiescement explicite de l'un et de l'autre à la théorie du progrès soutenue en France par Turgot et Condorcet.
Comment se fait cette marclie de l'humanité v(>rs un état meilleur? Grâce à l'elTort de volontés plus ou moins conscientes sans doute, mais non arbitrairouu'ut non ])lus. La volonté humaine a ses lois comme le reste des choses dans la nature; elle est soumise à runivcrsci (léteruiiiiisnic lluuic s'abstient de tracer
260 HISTOIRE DES DOf'.TRINES ÉCONOMIQUES.
un ta})leau de fantaisie des premières périodes de l'humanité; comme i)lusieiirs de ses compatriotes {Fergusson entre autres), il s'applique à reconstruire pièce à pièce, d'après des documents attentivement recueillis et contrôlés, le passé des peuples ayant eu une littérature ; dans un long essai sur la population des jjeupli's de l'uni iquHr^ il discute le préjugé qui attribuait aux cités anciennes une population beaucoup plus considérable qu'aux nations modernes, préjugé contraire, comme on le voit, à la théorie du progrès. Hume est un historien en même temps qu'un philosophe : il étudie le développement des sociétés dans son ensemble comme un tout concret et organique. Il ne sépare jamais la ])r()duction de la richesse des autres fonctions sociales et considère le développement de la prospérité économique comme lié dans chaque société par des rapports nécessaires au progrès des connaissances, des arts et des institutions politiques. Pour la première fois les affinités de l'Économie avec la science sociale sont entrevues. Adam Smith profitera de ces vues nouvelles.
La richesse ne consiste pas en espèces monnayées. Hume critique avec vigueur le système mercantile: même il se laisse entraîner par une réaction alors générale contre les idées de Law,de Melon et de Dutot à condamner les formes supérieures du crédit, les banques, les emprunts publics, la multiplication des valeurs de portefeuille : exagération manifeste dont
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son ami fut préservé par une compétence toute spéciale dans les matières économiques '.
La richesse n'est pas non j)lus dans la seule fécondité du sol. <• La terre j)roduil tout ce qui est nécessaire à l'homme, mais l'art et l'industrie doivent se joindre à la nature pour qu'il puisse faire usage de toutes ses productions. » En réalité, c'est la (juantité de travail dont un peuple est capable qui fournit la meilloiire mesure de sa prospérité. Mais cette (luantilé di'pend du nombre de la population elle-même. Du nombre, en effet, dépendent et la puissance productive, et l'activité commerciale, et la force militaire ellemême, par conséquent tous les éléments de sécurité et de bonheur. Ëcoutons Hume lui-même exposer cette conception éminemment naturaliste et optimiste, si différente de celle des Physiocrates.
« En général, nous devons remarquer que la question du nombre comparatif des hommes dans tels siècles ou dans tels royaumes entraîne de très grandes conséquences et communément détermine ia sui)ériorité de police, de mœurs et de gouvernement des divers États ; car, comme il y a dans tous les individus de l'un et de l'autre sexe un désir et un pouvoir de génération plus actifs qu'ils ne sont universellement exercés, ce qui les contrarie ne peut être que la condi-
1. Es.^ai sur le Crédit piihlic, iMlition Guillaumin, p. 75-77. 11 >o rt'fuse nièiiie à suivre les écononiistos que nous venons ilc citer et lie Cunlilluii, cJiiiis leurs éludes sur lu circulation des richesses.
tiou malheureuse des sujets , qu'un gouvernement sage étudie dans ses causes et ne manque jamais d'améliorer. Tout homme d'ordinaire, qui croit pouvoir entretenir une famille, veut en avoir une. En partant de ce principe sur la propagation, Fespèce humaine ferait plus que doubler à chaque génération, si chacun se mariait aussitôt qu'il parvient à l'âge de puberté. Avec quelle promptitude les hommes ne multiplientils pas dans toute colonie et dans tout nouvel établissement où il est aisé de pourvoir aux besoins d'une famille, et où l'on n'est pas gêné et assujetti, comme sous les gouvernements établis depuis longtemps? L'histoire nous parle souvent des pertes qui ont emporté la troisième et la quatrième partie d'un peuple ; cependant après une génération ou deux on ne s'apercevait plu.s de la destruction et la société se trouvait remontée à son premier nombre. Les terres qui étaient cultivées, les maisons bâties, les denrées communes , et les richesses acquises mettaient ceux qui avaient échappé en état de se marier immédiatement et d'élever des familles qui prenaient la place de celles qui avaient péri'. C'est par une raison semblable que tout gouvernement sage, juste et doux, en rendant la condition de ses sujets sûre et aisée, sera toujours plus abondant en peuple, aussi bien qu'en commodités et en
1. Où il y a place pour plus de peuple il augmentera toujours : les provinces d'Espagne qui envoient le plus de peuple au.v hides sont les plus peuplées. {Note de Hume.)
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richesses. Un pays, à la vérité, dunt le climat et le sol sont propres pour les vins, sera naturellement plus I)euplé qu'un qui ne i)roduit que du blé; celui-ci le sera aussi plus qu'un autre dont les pâturages feraient l'unique richesse. Mais en supposant toutes choses égales, on doit s'attendre naturellement qu'où se trouve le plus de bonheur et de vertu avec le gouvernement le plus sage, il doit y avoir aussi la populatiuii la plus nombreuse'. »
On aurait tort d'inférer de ce passage que Hume méconnaît l'importance de la moralité dans la vie politique ; mais il croit que le luxe, conséquence nécessaire de la satisfaction des premiers besoins et des progrès de l'industrie, n'est pas nécessairement un danger pour la moralité. Le luxe, en effet, stimule l'activité sous toutes ses formes. En même temps que les arts mécaniques, on voit toujours prospérer les arts libéraux et la science même. 11 favorise la sociabilité ou la sympathie, source principale de la moralité ^; il introduit mille délicatesses dans les rapports des hommes entre eux en mémetemps quedanslegenrede vie des individus. «Les connaissances, l'industrie et l'humanité sont donc liées ensemble par une chaîne indissoluble, et la raison s'unit avec l'expérience pour déinonlici- ([u'elles sont lapanage des siècles renommés