AVERTISSEMENT DE LA DEUXIEME EDITION
élémentaires et l'est même assez rarement dans les ouvrages français plus approfondis.
Pour tout le reste, il nous a paru qu'une histoire des doctrines économiques suppose au préalable la connaissance même de l'économie politique et que les termes qu'on emploie dans une histoire doivent être présumés parfaitement connus et compris déjà du lecteur.
Hoirieu, août 1901.
Depuis le décret du 30 avril 1895, qui a institué le doctorat en droit ès-sciences politiques et qui a rangé l'hisloiredes doctrines économiques parmi les matières obligatoires de cet enseignement, il n'a été publié, à notre connaissance, aucun ouvrage général où les aspirants à ce doctorat pussent trouver un cadre sommaire d'études sur lequel les parties spécialement développées par les professeurs seraient venues s'ajouter*.
Il nous a semblé qu'il y avait là une lacune à combler.
' VHisloire des doctrines économiques de M. Espinas, professeur à la P'aculté des lettres de Bordeaux, ne traite avec détails que des auteurs anciens ; et V Histoire de V économie politique de M. Ingram, traduite en français par MM. de Varigny et Bonnemaison, quoique supérieure et beaucoup moins éloignée du but à atteindre, est conçue à un point de vue presque exclusivement anglais. L'une et l'autre, à des degrés inégaux, appartiennent à l'école historique. — A ces deux ouvrages il faut ajouter, comme plus récent ou du moins comme plus récemment accessible aux étudiants, l'Histoire des doctrines économiques du professeur Luigi Cossa, traduite par M. De.schamps (Paris, 1899), sur la troisième édition italienne de 1892. Mais l'ouvrage de M. Cossa n'est guère qu'une bibliographie du sujet, bibliographie d'ailleurs extrêmement complète. I/ouvrage renferme deux parties : la théorie, où se trouve l'exposé des discussions sur la définition, sur la méthode et sur la division de l'économie politique; puis l'histoire proprement dite. M. Cossa est très sobre d'appréciations personnelles et il parait se placer en dehors des écoles, sauf peut-être l'école coopératiste ou solidarisle, à en juger par ses vives sympathies pour M. Gide. fXote de la "2' édition.!
Le bienveillant accueil que le public a daigné faire à nos Éléments d'économie politique^ ; les témoignages trop flatteurs que nous avons recueillis à leur apparition; enfin, la pratique déjà longue que nous avons de l'enseignement de l'économie politique et la nécessité où nous sommes, à d'autres titres, d'en suivre les principales productions, tous ces motifs nous ont encourage puissamment à entreprendre cette tâche, sous la forme brève et sommaire que nous semble devoir revêtir un manuel.
Le programme, d'après le décret du 30 avril 1895, parle de « doctrines » économiques. Il ne s'agit donc ni d'une histoire des institutions économiques, commecelle àlaquelle Adolphe Blanqui et le comte de Villeneuve-Bargemont avaient consacré, il y a plus d'un demi-siècle, une partie importante de leurs ouvrages, ni du vaste essai d'une explication de l'histoire universelle par l'économie politique.
Sous ce dernier aspect, il y aurait à montrer comment la situation effacée ou prépondérante que les peuples ont occupée aux diverses périodes de leur histoire, a été en une certaine relation avec leurs institutions économiques et sociales, soit envisagées en elles-mêmes et d'une manière absolue, soit surtout considérées au regard des institutions correspondantes des autres peuples de leur temps et de leur région.
Cette dernière œuvre sera sans doute entreprise un jour ou l'autre ; déjà une foule de travaux monographiques du plus haut intérêt lui préparent des matériaux et en facilitent peu à peu la construction. Mais le temps n'en est pas encore venu, et, de plus, ce sujet, qui relèverait davantage, ce semble, de l'enseignement de l'histoire et par conséquent dos Facultés des lettres que des Facultés de droit,
' Paris, I^rose; l>yon, .\uguste Côte.— l"- édition, i805; 2« édition, 1896.
INTKODLGTION 5
n'est point celui que le décret du 30 avril 1895 a proposé aux études de nos aspirants au doctorat.
Voilà pour le but de notre volume.
Quel plan adopter maintenant?
M. Maurice Block, en prenant pour base l'ordre habituellement suivi dans la disposition des matières économiques et en rattachant à chaque sujet les doctrines professées par les auteurs, a fait une œuvre considérable que le public savant a accueillie avec une faveur fort bien justifiée ^ ; mais cet ordre, si parfait qu'il soit pour celui qui veut rapidement trouver les diverses opinions soutenues sur une même matière, ne laisse rien voir de la filiation des diverses écoles et de l'enchaînement ou du contraste que l'on peut observer entre elles.
Dans une histoire, selon nous, c'est à l'ordre chronologique que la préférence doit être donnée, non pas sans doute à l'ordre chronologique absolu des publications, mais d'abord à l'ordre chronologique des écoles, et ensuite, dans chaque école, à l'ordre à peu près chronologique des auteurs entre eux ; et ici nous nous attacherons tout particulièrement à rechercher les influences que tel écrivain a pu recevoir de ses devanciers. Le classement des auteurs entre les diverses écoles peut paraître quelquefois incertain, pour ne pas dire arbitraire ; en tout cas nous nous sommes scrupuleusement attaché à ce qui nous a paru être le trait caractéristique d'un enseignement ou d'une vie; au besoin, comme pour Stuart Mill et Bastiat, nous avons fait deux parts dans la personnalité scientifique de l'écrivain ; et nous persistons à croire que ce procédé de classification par écoles est le seul qui doive permettre à des étudiants d'ordonner leurs idées et leurs souvenirs.
' Maurice Block, Progrès de la science économique depuis Adam Snùt/i, •l" édition, 18^)0; 2e édition, 1896.
L'ouvrage est divisé en quatre parties, de longueur fort inégale :
1"* Les précurseurs (ou les idées économiques avant les physioc rates) ;
2° Les théories des lois économiques ;
3° L'école historique et le socialisme d'Etat ;
4" Le socialisme démocratique '.
Ce que nous voulons faire est une œuvre d'exposition et non pas de discussion. Nous espérons cependant qu'on nous permettra de laisser percer çà et là quelque chose des sentiments et des convictions que nous avons montrés dans notre précédent ouvrage. Le temps et de plus longues réflexions n'ont fait depuis lors que les mûrir et les consolider.
Nous donnerons quelques lignes de biographie sur les principaux écrivains. On comprend mieux les œuvres quand on connaît un peu les hommes; souvent aussi un détail biographique individualise mieux dans l'esprit l'auteur de telle ou telle doctrine et facilite par conséquent les souvenirs. Pour les références, nous avons cité par choix les ouvrages les plus récents : ils ont souvent l'avantage de présenter toute la bibliographie antérieure sur le sujet, ce qui dispense de multiplier les citations et les renvois.
Quant au socialisme, si l'on s'étonnait que nous lui eussions fait une aussi large place parmi les doctrines économiques, nous répondrions que certains des coryphées de ce parti ont produit des théories purement économiques — Karl Marx par exemple sur la valeur et la plus-value,
' M. Cossu, ilans son Histoire des doctrines économiques, prend l'ordre chronologique simple, en distinguant quatre périodes : 1" la période « fragmentaire » (antiquité, moyen âge et commencement de la Renaissance) ; 2» la période des << monographies et des systèmes empiriques », qui va jusqu'au milieu du xvnr' siècle; 3» la période des « systèmes scientifiques », à partir de Quesnay et de Smith jusqu'à Ricardo; 4" la période « critique contom[)orainc », depuis Ricardo. (Xote de la ^2'"« édition.)
Rodbertus et George sur les crises, et bien d'autres encore. — On ne coniiaitrait pas non plus l'économie politique dans son entier, si l'on nu connaissait pas, d'une manière au moins sommaire, les discussions les plus importantes qui ont été soulevées à propos de certaines institutions fondamentales — telles que la propriété — auxquelles se rattachent inévitablement la production et la circulation de la richesse.
Hoirieii, août IMin.