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S 3. — CARACTÈRES DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE

Il nous reste peu de choses à dire sur la politique économique pour ne pas répéter des choses déjà dites et parce qu'il s'agit de propositions moins controversées. La politique économique qui fournit au législateur et à l'administrateur des principes directeurs pour le bon exercice des attributions économiques de l'État, de la province et de la commune, n'est pas, comme l'économie pure, une science comprise dans les sciences sociales, mais un art qui, s' occupant de matières étroitement unies à la doctrine du gouvernement, forme

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partie intégrante des disciplines politiques ; elle est, comme nous l'avons dit déjà, une branche de la Politique administrative (science de l'administration) qui, pour sa partie financière, a déjà conquis une autonomie propre soit à l'égard de la Politique, soit à l'égard de l'Économie, tandis que, pour la partie économique (au sens étroit) cette séparation n'est pas encore accomplie.

Le mélange et la confusion de l'économie sociale et de la politique économique, qu'on a longtemps et très généralement considérées — opinion aujourd'hui en core très répandue — comme une seule discipline, a été en fait très nuisible aux progrès de l'une et de l'autre , parce que, en ne distinguant pas nettement les vérités de la science des règles de l'art, on devait nécessairement sacrifier les premières aux secondes ou celles-ci à celles-là.

En désignant les unes et les autres par le terme équivoque de principes, ou, ce qui est pis encore, par la dénomination générique de lois, on ne donnait pas une attention suffisante à la double signification de ce dernier mot, qui, au sens juridico-politico-moral, indique un précepte d'une autorité compétente, renforcé par une sanction externe ou interne, tandis qu'au contraire, au sens strictement scientifique, il indique le mode d'action de certaines forces qui tendent à produire constamment les mêmes effets. De là découlent de regrettables conséquences que nous résumons brièvement :

1° On n'a pas réussi à déterminer avec précision la sphère d'action de l'économie politique, ce qui du reste était inévitable. La science économique a besoin que son domaine soit rigoureusement circonscrit, condition nécessaire d'une étude adéquate et approfondie, tandis que l'art ne réussira jamais à formuler des règles qui aient

une action sur la pratique,' s'il s'imagine pouvoir les déduire d'une seule science, quelque rapport étroit qu'elle ait avec son propre objet.

2° La confusion de la science et de l'art enlève à la première le caractère de l'impartialité, car son devoir est de rechercher la vérité pour elle-même, sans se préoccuper des applications vertueuses ou vicieuses, utiles ou nuisibles qu'on en peut faire. C'est ainsi que la chimie pharmaceutique apprend à préparer l'arsenic au médecin qui se propose de guérir les malades comme au scélérat qui veut empoisonner sa victime ; de même l'économie sociale doit s'occuper de la connexion des phénomènes qu'elle étudie, en conservant une entière neutralité entre les intérêts opposés de classe et les différents systèmes de gouvernemeut. Quand au contraire la seience n'est pas bien distincte de l'art, on tombe insensiblement dans cette erreur dangereuse de considérer la vérité non pas comme un but, mais comme un moyen propre à défendre ou à combattre un système déterminé. La confusion de l'économie sociale et de la politique économique a conduit beaucoup de pseudo-économistes à considérer la science comme un arsenal d'armes propres à défendre l'application inconditionnée et universelle du libre échange ; elle a suggéré àd'autres, des optimistes et des quiétistes, de rechercher dans la science des arguments pour faire l'apologie de lalibre concurrence, pour démontrer l'harmonie universelle des intérêts, pour nier la possibilité de tout conflit, même partiel, entre le capital et le travail, entre l'entrepreneur et l'ouvrier; d'autres au contraire, des pessimistes et des révolutionnaires, ont voulu trouver dans cette même science des arguments pour défendre des réformes plus ou moins radicales, pour supprimer l'anarchie qu'ils croient être une tonséquence inévitable de la propriété privée et de la

concurrence, que leurs adversaires considèrent au contraire comme les pivots de la distribution naturelle des richesses, d'après eux la seule admissible.

3° L^emploi ambigu du mot loi appliqué aux propositions de la science, qui tend à la connaissance, comme aux règles de l'art, pour lequel les connaissances sont un moyen pour diriger l'action, conduit à deux erreurs opposées et très regrettables. D'un côté, on décore du nom pompeux de lois scientifiques, et partant applicables à tous les cas, de simples règles essentiellement changeantes et nécessairement soumises à de nombreuses exceptions. Ainsi, par exemple, on appela loi de la science le « laisser faire » et on en réclama (les disciples de Bastiat et ceux de l'école de Manchester) l'application immédiate sans tenir compte ni de la variété des conditions, ni de l'influence des précédents, ni même, dans l'hypothèse la plus favorable, de la nécessité de prudentes dispositions transitoires. On oublia que même le sacro-saint précepte de ne pas tuer ne peut pas être considéré comme ayant une valeur absolue, parce qu'il souffre une exception au sas où la mort de l'injuste agresseur est nécessaire pour sauver la vie de l'innocenie victime. Inversement quelques écrivains récents ont refusé aux lois scientifiques le caractère d'universalité et ils ont créé ce concept hybride de lois sujettes à des exceptions, tandis que, au contraire, même pour les phénomènes complexes sur lesquels des causes diverses agissent simultanément, le résultat en apparence exceptionnel fournit la preuve de l'action des différentes lois concourantes. Pourrait-on soutenir que l'ascension du mercure dans le tube thermométique ou l'ascension des ballons aérostatiques sont une exception à la loi de la pesanteur? Un exemple typique de cette confusion entre la loi scientifique et la règle d'application nous est fourni parRossiqui, recherchant

la loi de la valeur, préfère la formule de coût de production à celle de l'offre et de la demande, parce que cette dernière, dil-il. est plus vraie mais moins utile.

De tout ce qui précède il résulte qu'il est désirable, aussi bien dans l'intérêt de l'économie sociale que de la politique économique, qu'on en fasse une étude distincte et selon des critères correspondant à leur caractère formel opposé, afin que, d'un côté, on conserve à la science son caractère général et son indépendance de tout but purement pratique, en la dépouillant en niême temps de toute prétention à une traduction immédiate de ses vérités en règles d'application instantanée et universelle, et que l'on conserve, d'autre part, à l'art le précieux concours des vérités qui lui sont fournies par les différentes .sciences pour arriver à des préceptes dénature relative etsu.sceptibles de modifications profondes.

En soutenant, comme nous le fai,sons, la nécessité d'une séparation de la politique économique et de l'économie sociale, nous ne voulons point critiquer les économistes qui (comme Mill, Cairnes, Jevons, pour nous en tenir à quelques noms illustres) ont traité des questions de législation économique. Nous reconnaissons même, d'une façon explicite, qu'il est très désirable qu'on continue dans cette voie, spécialement pour les problèmes (comme la monnaie, le crédit, les banques, le commerce, les tarifs douaniers, etc.) pour lesquels le critère économique est évidemment le plus important. Il faut simplement remarquer que, lorsque les économistes s'occupent de ces questions, ils ne doivent pas oublier qu'ils abandonnent pour un moment leurs recherches scientifitjues habituelles et qu'ils doivent par conséquent s'inspirer de critères absolument différents.

S. van Houlen, De Staathuishoudkunde als Wetenschap en Kunst. TTroningen, 1866.

Sans attribuer une importance excessive aux discussions, jamais éteintes, au sujet des dénominations et des définitions de l'économie politique, et en reconnaissant même que leur énumération minutieuse, sans jamais être complète, se réduirait à un déploiement inutile d'érudition facile , nous pensons cependant qu'une critique sommaire des principales dénominations et définitions peut être utile pour rendre plus clair ce que nous avons dit dans les chapitres précédents.

§ i"'". — DÉNOMINATIONS

Dans le langage courant, le mot économie équivaut à parcimonie, épargne, ou bien il indique (économie de l'univers, du corps humain, etc.) un tout systématique, rappelant, dans tous les cas, les idées de proportion, d'ordre, d'harmonie.

Si on s'en tient à l'étymologie (de oixo; maison et vôao; loi), économie signifie loi de la maison, gouvernement de la famille, ou, au sens que l'école appelle subjectif, discipline qui s'occupe, ou du gouvernement de la maison, ou de cet objet plus restreint, le gouvernement des biens matériels appartenant à la famille. La combinaison du substantif économie et de l'adjectif politique (de TTOAi;, cité ou État) indique le gouvernement de l'État,

OU, ici aussi dans un sens plus étroit, gouvernement de ses biens, et l'économie politique s'oppose ainsi, par un étrange pléonasme, à ce qu'on appelle l'économie domestique. Au point de vue subjectif, l'économie politique serait la doctrine du gouvernement ou bien des finances publiques.

Il résulte de là que la signification courante, comme son sens étymologique, ne correspondent nullement au sens scientifique conventionnel de l'expression économie politique. C'est alors une discipline qui, d'un côté, ne prend en considération qu'une petite partie des attributions de l'État, de l'autre, au contraire, ne s'occupe pas uniquement des richesses de l'Etat et pourrait même subsister et conserver toute son importance si l'État n'existait pas, c'est-à-dire dans cet état d'anarchie qui est pour le plus grand nombre symbole de terreur et pour quelques-uns idéal de perfection. Il ne faut donc pas s'étonner si on a quelquefois propo.sé de remplacer l'expression d'économie politique par une autre qui réponde mieux au véritable caractère de cette discipline.

Les uns voudraient remettre en honneur l'expression d'économie civile, qui remonte à Genovesi ; d'autres, en plus grand nombre, préfèrent l'expression d'économie publique (Beccaria, Verri, Pecchio, Minghetti;; d'autres, cnfin^ en très grand nombre en Allemagne, voudraient imposer le mot d'économie d'État, sans s'apercevoir que toutes ces expressions ont le défaut commun d'être ambiguës comme celle qu'ils combattent.

Un autre groupe d'écrivains, pour la plupart Français et Italiéiis (comme Scialoja, De Augustinis, Reymond, Ciccone), emploient l'expression d'économie sociale (dont nous nous sommes servi pour désigner uniquement l'économie rationnelle), soit pour lui donner pour champ d'observation toute la science sociale, soit, au contraire, en évitant cette usurpation, soit, enfin, pour

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indiquer (comme le fit Ott, disciple du socialiste Bûchez) les réformes que les économistes devaient, selon lui, défendre.

La dénomination d'économie du peuple et la dénomination équivalente d'économie nationale (adoptée, dès 1774, par Ortes) ont un plus grand nombre de partisans. Celle-ci est la plus courante en Allemagne, parce que, dans l'opinion de l'école dominante, l'expression économie nationale exprime clairement le système de la protection douanière que les disciples de List opposent à celui du libre échange, qu'ils considèrent comme un corrollaire de l'économie cosmopolite anglaise. Même en faisant abstraction de cette question, qui concerne non pas la science mais plutôt ses applications, nous sommes nettement adversaires des locutions d'économie du peuple et d'économie nationale, parce qu'elles impliquent une erreur fondamentale ; elles rapportent les phénomènes de la science pure aux soi-disant personnalités économiques de la nation et du peuple, tandis que, au contraire, elle doit étudier, comme nous l'avons déjà dit, les faits multiples et réels auxquels donnent lieu les relations spontanées du trafic entre les différentes économies individuelles ou collectives, associées ou en concurrence, même en dehors de toute influence ethnique ou politique.

Pour d'autres raisons, nous ne pouvons accepter la dénomination d'économie industrielle, qui constitue pour nous une branche de l'économie privée. C'est le titre qu'a porté la chaire créée, en 1819, pour J.-B. Say au Conservatoire des Arts et Métiers, dans le but trop manifeste d'éviter une expression qui pouvait, prise ù la lettre, porter ombragea un gouvernement peu disposé à laisser se répandre des doctrines qui se rapportaient, d'une manière quelconque, à l'administration publique.

N'espérant pas porter remède par d'autres adjectifs

aux défauts inhérents à la locution depuis longtemps déjà adoptée, quelques économistes ont proposé d'y renoncer, et se sont servis (par exemple Cherbuliez) de l'expression de science économique, ou même d'économie, ou d'économique (Garnier, Jevons, Macleod, Marshall, etc.), remettant en usage le langage des philosophes grecs, accepté par Hutcheson (1748), sans voir cependant que, conformément au sens étymologique, les Grecs désignaient par ce mot l'économie domestique, et qu'à notre époque, au contraire, cette dénomination générique peut comprendre aussi bien l'économie politique que l'économie privée.

Il y eut, enfin, des écrivains qui, sans abandonner le vocabulaire grec, ont proposé de recourir à une dénomination tout à fait différente, en empruntant à la Politique d'Aristote le mot chrématistique (employé dans un sens péjoratif par Sismondi), ou en formant le mot chrysologie, ou ploutonomie (Robert Gujard), ou ploutologie et ergonomie (Courcelle-Seneuil et Hearn), ou catallactique (Whately), qui sont tous des néologismes non acceptés ou inacceptables, parce qu'ils désignent la richesse et non les actions humaines qui s'y rapportent; parce que, en outre, ils considèrent la richesse d'une façon trop générale et trop indéterminée, et que le mot catallactique indique l'échange, phénomène sans doute très important pour l'économie, mais qui cependant no l'embrasse pas tout entière.

Faute d'expression meilleure, il nous semble bon de conserver celle d'économie politique, qui sert de titre au livre publié, en 1615, par Montchrétien de Vatteville, et qui a été adoptée par Steuart (1767), par Verri (1771), par Smith (1776), et qui depuis, sur son exemple, a été et est encore la plus employée, notamment en Angleterre, en France, en Italie, en Amérique, dans la science et dans l'enseignement.

Il ne faudrait pas s'imaginer que les économistes seuls n'ont pas réussi à se forger une dénomination correcte pour la discipline qu'ils cultivent. Les physiciens, les chimistes, les métaphysiciens ne sont-ils pas dans une situation pire, puisqu'ils sont forcés d'indiquer l'objet de leurs études par des mots qui, pris dans leur sens étymologique, ne l'expriment en aucune manière, ou ne le font qae d'une manière vague et quelquefois inexacte? Quel inconvénient y a-t-il pour les physiciens et les physiologues, ou pour les géographes et les géologues, à se servir de mots dont les sens sont analogues pour indiquer des disciplines séparées, comme tout le monde le sait, par des limites que la recherche moderne a établies avec une exactitude suffisante ?

Jos. Garnier, De l'origine et de la filiation du motécor.omie politique. (In Journal des Économistes, 1852. Tome 32% pp. 300-316; tome 33"= pp. 11-23).

S l. DEFINITIONS

Les définitions ont une tout autre importance que les dénominations parce qu'elles servent à indiquer l'objet, le rôle et le but de chacune des disciplines. Bien qu'elles se trouvent d'ordinaire, pour la commodité de l'exposition, au début des traités scientifiques, les définitions, souvent négligées par des écrivains de grand mérite, n'arrivent que tard, parce qu'elles supposent un état assez avancé de la recherche et constituent non pas ses premiers, mais ses derniers résultats. Loin d'être dangereuses et de n'être, comme on l'affirme quelquefois, que d'oiseuses et stériles questions de mots, les définitions, pourvu qu'elles satisfassent à ces trois conditions, d'être précises, claires et brèves,

sont un moyen nécessaire pour éviter les sophismes dans lesquels on tombe, en se servant de termes mal définis et auxquels on attribue involontairement des significations différentes dans le même raisonnement. Mais il ne faut pas oublier que les définitions ont un caractère purement provisoire, parce que les progrès continus dos sciences nécessitent des changements correspondants ec parce que, de plus, toute définition a le défaut inévitable d'être quelque chose d'arbitraire, en tant qu'elle établit des lignes absolues de séparation entre des phénomènes qui se relient entre eux sans une véritable solution de continuité. Il convient, par conséquent, sans renoncer au précieux secours des définitions, de faire connaître, au besoin, les cas limites auxquels les définitions elles-mêmes ne peuvent pas parfaitement s"adapter. Enfin, il faut noter que, malgré l'extrême difficulté et parfois même l'impossibilité de trouver une formule satisfaisant aux conditions indiquées, il n'en résulte pas que le temps employé pour arriver, avec plus ou moins de succès, à cette fin a été perdu. Comme le remarque avec sa finesse accoutumée Sidgwick, la valeur des définitions ne se mesure pns aux mots qui la composent, mais bien aux discussions qui s'y rapportent: celles-ci impliquent toujours l'analyse de faits concrets, la distinction des points essentiels, des points purement accidentels, et constituent par suite la base sûre de jugements et de classifications d'importance capitale.

Cela étant admis, et rappelant ce que nous avons dit sur le concept, les relations, les caractères de la dualité des doctrines comprises dans l'économie politique, il ne nous semble pas difficile de tenter une critique résumée des définitions courantes, en signalant leurs défauts soit au point de vue matériel et spécifique, soit au point de vue logique et général.

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Sans nous attarder à relever le défaut trop manifeste de clarté et de brièveté de beaucoup de définitions (et aussi pour ne pas en faire un examen détaillé) nous ferons remarquer que presque toutes les définitions pèchent contre l'exactitude, et cela parce qu'elles assignent à réconomie un objet trop vaste ou trop étroit, ou parce qu'eHes en expriment imparfaitement le rôle et le but, ou qu'elles en changent essentiellement les caractères.

On attribue à l'économie politique un objet trop vaste lorsqu'on la définit la doctrine de la civilisation, de l'intérêt personnel, de l'utile, du commode, des besoins et de leur satisfaction, ou lorsqu'on en fait la théorie du bien-être physique, ou même seulement celle du bien-être matériel, parce que ces locutions se rapportent d'une façon manifeste même à des intérêts non économiques.

On commet une erreur analogue lorsque, confondant le champ de recherche de l'économie politique avec celui de toutes les disciplines économiques et même des disciplines te(;hnologiques, en définit l'économie, la science (ou la philosophie, ou la métaphysique) de la richesse. On commetalors une erreur grave, parce qu'on prend pour objet de l'économie les richesses, c'està-dire l'ensemble des biens matériels échangeables, et non pas les actions humaines qui concernent l'ordre social des richesses. On évite, en partie, cette erreur lorsqu'avec Coquelin on assigne comme but à l'économie politique l'étude de Tindustrie, ou, comme on le dit aussi, du travail et de sa rétribution.

Il nous faut repousser, à un autre point de vue, mais toujours parce qu'elles élargissent d'une façon excessive le champ de recherche de l'économie politique, les définitions de ceux qui, comme Say (dans son Cours), la confondent avec la science sociale et lui donnent par conséquent pour rôle de résoudre, de son

point de vue nécessairement circonscrit, tous les problèmes qui se rattachent à la vie civile, dépassant ainsi sa sphère naturelle de compétence.

Nous devons au contraire repousser comme trop restrictives, au point de vue 'matériel, les définitions qui font de l'économie politique la doctrine de l'échange, du commerce, de la valeur, de la propriété, matières très importantes sans doute, mais qui ne concernent pas l'activité économique tout entière, mais seulement celle qui se réfère à la circulation ou à la distribution des richesses.

On restreint trop, au point de vue formel, le cercle d'investigation de l'économie politique lorsque, ne tenant compte que de ses applications, on la confond avec l'art de s'enrichir (économie privée), ou avec celui de protéger et de favoriser la richesse privée comme la richesse publique (politique économique), ou lorsque, se limitant au contraire à la science seule, on lui assigne pour rôle d'expliquer les phénomènes de la richesse sociale, mais non pas celui d'indiquer les meilleurs moyens pour la conserver et pour l'augmenter.

Il faut ajouter, pour compléter et rectifier ce que nous avons dit, que la plupart des formules que nous avons combattues, soit parce c[u'elles sont trop larges, soit parce qu'elles sont trop étroites, ont les unes et les autres ce défaut, parce qu'elles attribuent à l'économie politique un objet trop vaste (civilisation, bien-être, intérêt personnel, richesse), et en même temps un rôle circonscrit uniquement à la science ou a l'art.

On ne peut pas davantage admettre d'autres définitions qui changent complètement le caractère de l'économie politique pour en faire une science historique qui étudie les lois de développement et non les lois rationnelles des phénomènes économiques, ou une doctrine morale qui recherche des idéals pour une équi-

table répartition des biens matériels, ou un art en tout et pour tout subordonné aux critères juridiques et politiques, ou pour la réduire, au contraire, à une science purement étiologique selon quelques-uns, ou uniquement morphologique, selon d'autres. Nous ne pouvons, enfin, accepter l'opinion de ceux qui considèrent comme complètement étrangères à l'économie sociale les lois empiriques fournies par la statistique économique, et cela parce que, dans certains cas, il n'est pas possible d'aller plus loin, tandis que dans d'autres, comme nous l'avons noté, les lois empiriques ont été ou peuvent devenir plus tard une aide pour la découverte des véritables lois scientifiques.

Le dissentiment des économistes au sujet des définitions, qui ne peut certes pas contribuer à leur assurer le respect et la sympathie des profanes, est toujours déploré et il le fut, en d'autres temps, par Peilegrino Rossi qui reproduisit, avec vivacité, les lamentations de Ssnior et de Mac Culloch. Il nous semble que ces controverses, plus souvent app-jrentes que réelles, parce qu'elles sont agitées par des auteurs qui, s'ils sont en désaccord sur les définitions, s'accordent sur la qualité des matières comprises dans l'économie et quelquefois même sur la façon de les traiter, ne suffisent à justifier ni les invectives des adversaires, ni les cris de douleur des écrivains timides de notre discipline.

Qu'on remarque, tout d'abord, que ces disputes existent avec autant d'acharnement et d'insistauv^e pour d'autres sciences que l'on qualifie cependant de positives et d'exactes ; qu'on remarque, ensuite, que la divergence entre les définitions proposées par des auteurs parvenus justement à une grande renommée, à des époques différentes, est, non seulement naturelle, mais désirable aussi, parce qu'elle atteste les progrès que la scienc^e a

déjà faits; qu'on remarque enfin que les variétés sont plus fréquentes clans les définitions des écrivains incompétents ou médiocres, et qu'elles n'ont alors aucune importance et s'expliquent facilement, quand on songe que celui qui ne peut apporter d'utiles découvertes à la science, cherche précisément, dans les controverses de pure forme, le moyen aussi facile que peu enviable d'acquérir auprès du commun des lecteurs la renoihmée d'écrivain original.

Quelques auteurs de logique, qui ont été au.ssi d'éminents économistes, se sont occupés expressément des définitions dans l'économie politique (Wately, Stuart Mill. .levons). On peut con.sulter aussi les monographies suivantes :

Th, Rob. Mallhus, The définitions of poUiical economy. London, )8J7.

J. E. Calmes, The character and logical method of po- Uiical economy. London, 1870, pp. 134-148.

Fr. Jul. Neumann, Grundhegriffeder Yolksicirlhschaftslehre, in Hanlbuch der polit. Oekon., de G. Schônberg. 3« édit., vol.] (Tubingen, 1890), pp. 133-174.

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