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CHAPITRE VII LE SYSTÈME PHYSIOGRATIQUE

Le mérite insigne d'avoir créé un système scientifique d'économie politique, ou mieux de droit philosophique social, considéré principalement au point de vue économique, c'est-à-dire un système déduit d'un petit nombre de principes et parfaitement homogène, qui embrasse l'économie pure et la politique économique et financière, appartient, sans .doute aucun, à un homme de génie, François Quesnay, le chef de l'école qui sest appelée d'abord, par antonomase, l'école des économistes et qui, après 1768, prit le nom de physiocratique parcequ'elle croyait à l'empire des lois naturelles. Ce système, bien qu'il ait été esquissé en partie par Cantillon et qu'il soit composé d'éléments fournis par Boisguilbert, Petty, Locke, Vanderlint, doit être considéré comme nouveau, parce que son auteur aélhninéde nombreuses contradictions et l'a enrichi d'analyses originales sur le capital, le produit brut et le produit net, et sur les rapports entre la population et les subsistances. L'histoire de la physiucratie, et celle des nombreux ouvrages dans lesquels ce système se trouve exposé, commenté, combattu et défendu, présente par conséquent un grand intérêt. Elle a été faite, pour partie, dans plusieurs monographies, qui ne sont pas toujours impartiales et qui ne donnent pas une connaissance suffisantes des sources, dont beaucoup sont encore inédites.

Notice abrégée des différents écrits modernes sur la science de l'économie politique. In Ephémérides du citoyen, eic. Paris, 1769 (Matériaux abondants, mais pas toujours sûrs).

Un choix des meilleurs ouvrages de l'école physiocratique a été fait par E. Daire dans la Collection des principaux économistes (Paris, 1846, 2 volumes), et par F. Ferrara dans la Biblioteca aelV Economista, (vol. I. Torino, 1850), avec de bonnes notes biographiques et critiques. Daire est toutefois un juge trop bienveillant, et Ferrara un juge trop sévère.

G. Kellner, Zur Geschichte des Physiocraiismus. Gôttingen, 1847.

Jos. Garnier, W Physiocrates, dans le vol. II. (1853) du Dictionnaire de r Economie politique de Coquelin.

L. de Lavergne, Les économistes français du xvni^ siècle. Paris, 1870 (Élégantes biographies).

G. Schelle, Du Pont de Nemours et l'école physiocratique. Paris, 1888. (Contient beaucoup de notices intéressantes sur l'histoire externe du système).

§ 1. — L'école de Quesnay.

François Quesnay (1694-1774) était le fils d^un avocat propriétaire foncier, et il fut lui-même un agriculteur passionné. Il exerça. la médecine et écrivit une œuvre remarquée sur la physiologie ; appelé à Versailles, il devint le médecin de Louis XV et de madame de Pompadour, qui le protégea particulièrement. Etranger aux intrigues de cour et tout entier à l'étude, il écrivit pour V Encyclopédie de Diderot et d'Alembert les deux articles fermiers (1756) et grains (1757), qui contiennent les germes de son système, et il en composa d'autres, hommes (récemment découvert par Bauer), intérêt de

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Vargent et impôts jusqu'ici inédits, qu'il avait repris lorsque V Encyclopédie , prohibée parle gouvernement, était devenue une publication clandestine. Le fameux Tableau économique a été imprimé mais non publié en 1758. Dans sa première comme dans sa seconde édition, fort modifiée, de trois exemplaires seulement (dont un a été découvert également par Bauer), il contient un tableau numérique qui décrit la circulation et la distribution des richesses entre les différentes classes sociales, accompagné de quelques commentaires (Extrait des Economies royales de M. de Sully), qui ont été ensuite développés sous le titre de Maximes générales du gouvernement économique cVun royaume agricole et insérés dans la Philosophie rurale de Mirabeau (1763). Il écrivit aussi d'autres opuscules, le Problème économiciue et le Second problème économique, le Droit naturel {il^S), qui fait connaître ses idées philosophico-juridiques^ et enfin les Dialogues sur le commerce et les travaux des artisans, dans lesquels il défend ses doctrines et fait mieux connaître sa méthode.

Phijsiocratie, etc, recueil publié par Du Pont. Leyde et Paris, 1767-1768. 2 volumes. (Réimprimé à Yverdon, 1768. 6 volumes.)

Fr. Quesnay. Œuvres économiques et philosophiques avec une introduction et des notes par Auguste Oncken. FrankfurL a M., 1888 (Edition prélérable à celles de Du Pont et de Daire et enrichie de notes). — D'aulres ouvrages et des lettres de Quesnay seront prochainement publiées par Bauer, qui en a publié un compte rendu dans les Jahrbùcher fur Nat. Oekonomie . N. F. vol. XXI. août 1890.

Le plus ancien et le plus fervent disciple de Quesnay a été le marquis Victor de Mirabeau, auteur de nombreux ouvrages, écrits dans un style prolixe et dccla-

matoire. Dans les premières parties de son Ami des hommes ou traité de la jjopulation (Avignon, 1756), il soutenait l'ancienne doctrine sur la population et faisait l'apologie de la petite culture, qui occupe un plus grand nombre de paysans. Converti à la pliysiocratie, il publia d'autres volumes, commenta le sybillin Tableau économique {il QO), dont Bandeau (1770) donna plus tard une meilleure explication ; il écrivit ensuite la Théorie de Vimpôt (1760), qui fournit, avec un mémoire de Saint-Péravy [Mémoires sur les effets de l'impôt indirect, 1768), un bon résumé des doctrines financières du maître ; plus tard les Economiques (1769) et enfin la Philosophie rurale ou économie générale et politique de l'agriculture (1763), qui est son meilleur ouvrage.

Après lui, par l'ancienneté et par son zèle à faire connaître le système , vient Pierre Samuel Du Pont (1739-1817), le dernier survivant de l'école, qu'il défendit contre Say qui, comme Smith et beaucoup d'autres (y compris Turgot), l'appelait une secte à cause de l'inflexibilité avec laquelle les élèves défendaient les opinions du maître. Du Pont a le mérite d'avoir combattu, (il y fallait un certain courage), les assignats et d'avoir contribué aux sages réformes financières de l'Assemblée constituante, dans laquelle on lui donna le nom de Nemours pour le distinguer d'un homonyme. Ami de Turgot, il l'a soutenu dans ses réformes ; il fut collaborateur et directeur des deux revues physiocratiques, \eJournalde l'agriculture, du commerce et des finances (1765-1766), et les Ephémérides du citoyen (1766 etsuiv.). dans lesquelles il publia un très grand nombre d'articles, écrits parfois un peu à la légère. Schelle a parlé de ses œuvres dans la monographie que nous avons citée plus haut.

Les meilleurs interprètes de la pliysiocratie ont été.

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sans aucun doute, Mercier de la Rivière, Baudeau et Letrosne, sans parler des disciples de moindre importance, Abeille, Condorcet, Bosnier de FOrme, Bigot de Sainte-Croix, Chastellux, l'abbé Morellet, c|ui (avec Mercier et Baudeau) délendit contre Galiani la liberté absolue du commerce des blés, etc., etc.

Mercier de la Rivière, intendant à la Martinique, est l'auteur d'un ouvrage que Smith (il est inexact que ce .soit, comme il le dit, un petit ouvrage), considère comme le meilleur exposé de la physiocratie. En réalité, si on le lit en entier dans ses quarante-quatre chapitres (et non dans les dix-huit reproduits par Daire) on y trouve une analyse fidèle de la partie philo.sophique du système et un exposé des idées politiques de ceux de ses partisans qui créèrent la fameuse doctrine du despotisme légal, que d'autres (comme Turgot et Du Pont) ont nettement repou.ssée .

Mercier de la Rivière. V ordre naturel et essenliei des sociétés politiques, l'aris, 1767. A été l'occasion de la fameuse satire de Voltaire (qui d'ailleurs avait beaucoup de respect pour Quesnay et admirait Turgot) intitulée : Llwmme aux quarante écus.

Nous devons à l'abbé Beaudeau, d'abord adversaire, puis un partisan ardent de la physiocratie, beaucoup d'articles intéressants dans les Ephémérides du citoyen et un résumé des doctrines de Quesnay, préférable à ceux de Mirabeau, de Du Pont et de Mercier, pour sa clarté, sa méthode et quelques développements originaux.

Abbé N. Baudeau, Première introduction à la philosophie économique ou analyse des états policés. Paris,

Il faut citer encore Letro,sne, l'auteur d'une réponse

quelquefois peu heureuse, à l'œuvre mémorable (1776) dans laquelle Condillac réfutait la doctrine de l'improductivité des manufactures et du commerce. Dans le livre de Letrosne (De l'ordre social, 1777), il faut signaler la seconde partie (Z>e ri72feréisoc/aZ), qui contient quelques bonnes observations sur la monnaie et sur la circulation.

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