LES ÉCOLES DISSIDENTES
Ces écoles ont eu et ont encore en France, en Belgique et en Suisse, d'illustres représentants, mais toutes n'ont pas un nombre important de disciples. Sismondi, Cournot, Auguste Comte, Le Play, Périn, et quelques autres ont laissé, comme économistes ou comme critiques de Téconomie, des traces profondes de leur passage dans le sentier de la science.
On peut considérer comme des dissidents, sinon tous, au moins quelques uns de ceux qui, appliquant la méthode mathématique, sont arrivés à des consé-
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quences divergentes de celles de l'école classique et de celles des optimistes. Nous citerons A. Cournot (1801-1877), philosophe et mathématicien, qui a été le premier à se servir de cette méthode avec compétence dans ses Recherches sur les principes de la théorie de la richesse (1838). Cournot s'est occupé de la valeur et de la rente, notamment dans les cas de monopole, et il a étudié l'influence des impôts sur les prix, et il est ainsi arrivé à des résultats parfois imprévus dans la théorie des échanges internationaux. Croyant plus tard que l'usage des mathématiques avait nui à son livre qui, en fait, passa inaperçu pendant plus de 25 ans, il y renonça complètement dans ses Principes de la théorie des richesses (1863), et, dans le résumé, en grande partie modifié, qu'il publia peu do temps avant sa mort {Revue sommaire de la science économique, 1877). Juvénal Dupuit, inspecteur général des ponts et chaussées (1804-1866), s'éloigne moins des doctrines courantes. Dans ses mémoires sur les travaux publics il a parlé, lui aussi, de la théorie de la valeur, et il a écrit un volume intéressant sur la liberté commerciale, dans lequel il démontre que les perturbations momentanées qu'elle peut amener ne diffèrent pas de celles qui sont l'effet de l'introduction des machines ou de tout autre perfectionnement industriel. Parmi ceux qui se sont servi du calcul pour résoudre des questions spéciales nous citerons Fauvcau. Le chef de l'école mathématique est maintenant Léon Walras, professeur à l'Université de Lausanne.
E. J. Dupuit, De la. mesure de VulilUê des travaux publics (in Annales des fonis et chaussées, 2« série. Tome VIII, 1844). — De l'influence des péages sur l'ulililé des voies de communication. {Ibidem, 1849^ — La liberté commerciale, son principe, ses conséquences, 1861.
G. Faaveau, Considérations mathématiques sur la théorie de Vimpôt, 1864! — Considérations mathémalhiques sur la théorie de la valeur (in Journal des Economistes, 1867).
L. Walras, Eléments d'économie politique pure. Lausanne et Paris, 1874-1877.-20 édit., 1889. — Théorie mathématique de la richesse sociale, 1883.
L'école positiviste et en particulier son illustre chef Auguste Comte, un ancien saint simonien (1797-1857), s'est moins occupée de la réforme de l'économie politique que de sa négation comme science particulière des phénomènes économiques, qu'elle considère comme indissolublement unis à ceux de l'ordre intellectuel, moral et politique. C'est à cette démonstration que Comte a consacré notamment le quatrième volume de son Cours de j)hilosophie positive, remarquable d'ailleurs à plus d'un titre. Sa classification des sciences en physico- mathématiques, biologiques et sociologiques, sa détermination des trois stades, théologique, métaphysique et positif, sa distinction de la statique et delà dynamique sociales, ses vues sur la considération du caractère continu des phénomènes de la vie sociale, ont exercé une notable influence non seulement sur Harrison, Geddes, Ingram, mais aussi sur d'illustres économistes qui, comme Mill, Cairnes, Marshall, reconnaissent l'utilité d'une étude séparée des phénomènes économiques.
Aug. Comte, Cours de philosophie positive. Paris, 1830- 1842. 6 vol.-4« édit., 1881. — Sys'ème de politique positive, 1851-1854. 6 vol. -Nouvelle édition, 1880-
Littré, Comte et la philosophie positive, 1863. — Cairnes, M. Comte and political economy. (In Forinightly Reviens mai 1870, et dans ses Essays, 1873. — J. K. Ingram, Uistory of political economy, 1888, pp. 196-200.
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D'autres philosophes ont fait des incursions plus ou moins heureuses dans le domaine économique. Ambroise Clément a essayé de combiner, avec peu de succès d'ailleurs, l'économie avec la morale et la politique [Essai sur la, science sociale, 1868. 2 vol.) ; Secrétan, professeur à Lausanne, annonce la fin du salariat; Renouvier admet le droit au travail ; Fouillée, dans son livre La propriété sociale et la démocratie, critique le caractère trop absolu de la propriété foncière, et enfin E.spinas dans son Histoire des doctrines économiques (1891) fait des observations ingénieuses et intéressantes, mais quelquefois inexactes, sur le caractère des différentes époques et des divers systèmes, sans cependant faire un examen minutieux et approfondi des théories, notamment de celles des auteurs contemporains.
Des objections plus importantes ont été faites aux optimistes par quelques écrivains de l'économie appliquée qui, malgré de notables différences dans la tendance et dans les détails, sont cependant d'accord pour combattre l'individualisme et le quiétisme de l'école dominante et pour admettre la nécessité d'une réforme sociale. Le précurseur de ce mouvement a été Sismondi.
Jean Charles Léonard Sismonde de Sismondi (1773- 1842), illustre historien, littérateur, agronome, a défendu les doctrine."? courantes dans ses premières œuvres (Tableau de l'agriculture toscane. Genève, 1801. — De la. richesse commerciale, 1803. 2 vol.). mais il en a fait une critique sévère dans ses Nouveaux principes d'économie poUticiue , Ôû de la richesse dans ses rapports avec la population (Paris, 1819. Deux vol. 2*^ édit. 1827), et aussi dans ses Etudes sur réconomie politique (1837-1838. 2 vol.). Cedernier ouvrage e.st un recueil d'essais sur l'agriculture, l'esclavage^Jes^manufaotures, le commerce, les monnaies et le crédit, les
colonies, la balance entre la production et la consommation, etc. Il combat quelques unes des doctrines de Smith, de Say et de Ricardo, et oppose à leur cbrématistique, qui s'occupe des richesses en oubliant l'homme qui les produit, la véritable économie politique, qui étudie l'intluence de la production et de la distribution sur le bi^îT-êtreTTialériel du peuple. Frappé de la succession rapide des^crises dérivant de l'e-xcès de la production, qui, à son tour, est la conséquence de la division du travail, des machines, de la formation des grandes entreprises et en particulier de la concurrence effrénée, par l'effet de laquelle les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres plus pauvres, Sismondi proclame la néces- .sité de retourner à la petite culture, de restaurer la petite propriété et la petite industrie ; il pense, en outre, que l'entrepreneur doit garantir la subsi.stance des ouvriers etque l'Etatdoit l'aider dans cette tâche. Sismondi , loin de combattre la liberté du commerce, ou de réclamer un changement, qu'il croit pernicieux , dans le .système de répartition des produits, s'arrête à la critique négative du régime industriel moderne et il se déclare naïvement incapable d'en proposer un meilleur. Cela suffît à expliquer son influence sur des écrivains qui, tout en acceptant ses prémisses, en ont tiré les conséquences les plus diverses, c'est-à-dire, et sur les socialistes et sur les partisans des réformes partielles dans le système actuel de production et de distribution des richesses. Ses théories eurent un savant interprète dans Théodore Fix, allemand d'origine, qui fonda la Revue mensuelle d'économie j^olitique 11833-1836. 5 vol.), qui publia ensuite d'intéressantes Observations sur Vétat des classes ouvrières {] S \(^) : elles ont inspiré de nombreuses enquêtes privées sur lesl^onditions des ouvriers^ et en particulier sur les abus dérivant du travail des enfants, parmi lesquelles nous rappelons
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celle du médecin et philanthrope L. R. Villermé [Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, 1840. Deux vol.), et les brillants essais de Léon Faucher (m. 1855' intitulés Etudes sur VAngletcj're (Paris, 1845. Deux vol.) ; elles onteu aussi une influence sur les descriptions très exagérées d'Eugène Buret (La misère des classes laborieuses en Angleterre et en France. Paris, 1842. Deux vol.). Ai>x travaux de l'école de Sismondi se rattachent, au moins pour partie, ceux de quelques écrivains que Kautz qualifie assez heureusement de demi-socialistes, comme, par exemple, Villiaumé [Nouveau traité d'économie politique, 1857. Deux Yol.) et Auguste Ott, un disciple érudit de Bûchez [L'écononiie j^olitique coordonnée au jyoint de vue du progrès, 1851 ; récemment réimprimé).
Cfr. sur les doctrines de Sismondi, H. Eisenhart, Gescliichte de)' Naiionalôkonomie. Jena, 1881, pp. 99- 117. — et mieux L. Elster, /. Ch. L. S. de Sismondi,' in Jahrbûcher fur Naiionalôkonomie. Nou- * velle série, vol. XIV (1887;, pp. 321-382.
Beaucoup plus utile a été l'œuvre de Frédéric Le Play (1806-1882), camarade de Chevalier à l'Ecole polyteclmique, inspecteur général des mines , savant organisateur de plusieurs Expositions internationales, en particulier de celle de 1867. Il a fait de nombreux et périlleux voyages et institué, avec une singulière abnégation, des enquêtes personnelles sur le budget économique et sur les conditions. morales des familles^ ouvrières choisies par lui comme typiques dans les différents pays et dans les diverses professions. Il a publié les résultats de ces enquêtes dans deux grandes œuvres, continuées par de zélés disciples, qui, dans les dissussions de la Société d'économ.ie sociale de Paris, et par la publication de La Réforme sociale (1881 et suiv.)
et de la Science sociaie (1876), s'efforcent de répandre les idées du maître. Ennemi de lïndividualisme exagéré, sans combattre cependant la libre concurrence, Le Play veut guérir les plaies sociales par une restauration morale de Tautorité du père dans la famille, et de celle de l'entrepreneur dans l'atelier, sans demander cependant le retour ni aux anciennes corporations, ni au régime patriarcal, auquel il oppose ce qu'il appelle la famille-souche, qu'il voudrait rétablir par la liberté de tester et par l'abolition des dispositions qui prescrivent la division des terres entre les cohéritiers. Il a contribué aux progrès de l'économie pure par ses recherches sur la consommation et les différentes habitudes sociales, étudiées par la méthode monographique, qui peut être un utile complément, mais qui ne peut pas cependant (comme on le dit parfois) se substituer aux observations méthodiques et collectives de la statistique. Parmi ses disciples il faut signaler Daire, Focillon, de Ribbe, Guérin, mais, avant tout, l'éminent ingénieur Emile Cheysson, professeur à l'Ecole des Mines et à riCcole des Sciences politiques, l'organisateur de la section d'économie sociale à l'Exposition de 1889, et l'auteur de nombreuses et excellentes monographies économiques et statistiques, dans lesquelles il discute, avec une rare compétence, les questions de méthode.
F. Le Play, Les ouvriers européens. Paris, 1855. 2« édit., 18T7^'87p. Six volumes. '^^^Zes ouvriers des deux mondes, elc. 1858-1885. f" série. Cinq vôllimésV S^série, 1886-1893. Trois volumes. — La réforme sociale en France déduite de l'observation comparée des peuples européens, 1864. Deux volumes (7" édit., 1887. Trois volumes). Son œuvre théorique est résumée dans : L'organimtionda travail, 1810.-5" édit., 1888, et dans d'autres ouvrages moins étendus.
Cl'r. sur Le Play les appréciations deV. BranLs,
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F. Le Play, dans la Revue catholique de Louvain (1882). — Ch. de Ribbe, Le Play, d'après sa correspondance. Paris, 1884. — A. Jannet, V Ecole de Le Play. Genève, J890. — H. Higgs,F. Le Play, dans le Quarterly Journal of Economies. (Boston, juillet 1890,1.
Tandis que le Play, qui espérait voir se réaliser la paix. sociale dans tous les pays de confession chrétienne, cite seulement, bien que fervent catholique, les préceptes du Décalogue et ceux de l'Evangile qui en sont le complément, il était bien naturel que naquit une école qui, faisant un appel direct à la doctrine catholique, mettrait en évidence le côté chrétien de l'économie appliquée, et demanderait comme un complément nécessaire de la liberté économique et des associations spontanées d'ouvriers, le patronage des entrepreneurs sous la direction plus ou moins immédiate de l'autorité ecclésiastique. Cette école a son siège principal en Belgique, et spécialement à l'Université catholique de Louvain, qui fait antithèse à l'Université libre de Bruxelles et aux Universités gouvernementales de Liège et de Gand ; elle a aussi actuellement des repré.sentants dans les facultés libres de droit de Paris, de Lyon, de Lille et d'Angers.
Cette école est représentée en Allemagne par le D'" G. Ratzinger (Die VolhsuùrtJLSchaft in ihren slttlichen Gruyullagen, 1881J, en France par Charles Périn. L'œuvre principale de ce dernier, traduite en \ plusieurs langues, est intitulée De la, richesse dans les ' sociétés chrétiennes (Paris, 1861. Deux vol. - 3" édit., 1883); il a également publié Les lois de la société chrétienîie [181^-2" édit., 1876), Le socialisme chrétien (1878), L'économie politique cVaprès rEncycliciue (1891). Il a aussi écrit une histoire de l'économie moderne, malheureusement quelquefois partiale {Les
doctrines économiques depuis un siècle, 1880). Périn a eu un digne successeur . à son enseignement dans un esprit égal au sien mais qui lui est supérieur par son érudition historique et par sa connaissance technique des différentes doctrines, VictorJBrants, Excellent professeur, il a poussé ses élèves aux études qui peuvent tendre à l'amélioration de la condition des ouvriers. Il a débuté par un érudit Essai historique sur la condition des classes ~ rurales en~~Bêïgîque (Louvain, 1880), anquéî" se" rattache un bon travail de Vanderkindere. Une fois nommé professeur, Brants a résumé,, dans trois précieux petits volumes, les doctrines de l'école catholique : Lois et méthodes de V économie politique (Louvain, 1883. -S*" édit., 1887.), La lutte pour le pain quotidien (1885.-'îs édit., 1888), La circulation des hommes et des choses (1880.-2^ édit., 1892).
De bons précis, plus courts, sont dus à De Melz Noblat,Ze.y lois économiques, 1861.- 2"= édit., 1880. — F. Hervé-Bazin, Trailé élémentaire d'économie politique, 1880. — Plus faible est le résumé des doctrines de Le Play fait par Guillemenot, Essai de science sociale, etc., 1884.
Nous devons citer, a côté de Brants, pour la valeur et la modération de ses doctrines, Claudio Jannet, d'abord magistrat, puis professeur à l'Institut catholic[ue dê__Paris. Il est l'auteur d'une œuvre remarquable sur les États-Unis [Les États-Unis contemporains. 4^ édit., 1889. Deux vol.), d'un intéressant recueil d'études dans lesquelles il combat le socialisme à'Y^idii [Le socialisme cV État et taré forme sociale, {^Wj et d'une monographie récente {Le capital, la spéculation et la finance, 1892). Les doctrines de ces auteurs peuvent se glorifier, en ce qui concerne leur application aux questions ouvrières modernes, de l'appro-
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bation implicite du chef auguste de l'Église, qui, dans l'Encyclique Rerum novarurii du 15 mai 1891, a dit son opinion toujours autorisée, quoiqu'elle ne soit obligatoire qu'en matière de dogme et de morale ; on a eu quelquefois le tort de chercher dans l'^ncî/c/if^tie co qui ne pouvait ni ne devait s'y trouver, un traité d'économie politique.
Aux écrivains dont nous venons de parler s'oppose, sinon en tout du moins en partie, un autre groupe de zélés catholiques, dont quelques uns reçoivent leurs inspirations de l'étranger et tendent la mam à l'école des socialistes catholiques, dirigée pendant un temps par Monseigneur Ketteler, évêque de Mayence (m, J8771 et représentée parles Christlich-Sociale B Ihtter {ISQS); d'autres au contraire ont reconnu dans le cardinal Manning un chef savant et laborieux, favorable à-UH-e large intervention de l'Etat dans la question ouvrière, et qui avait applaudi au fameux manifeste du jeune empereur d'Allemagne. Un dernier groupe, exclusivement français, dont le chef est le fougueux orateur comte de Mun, qui a pour organe V Association catholique et pour champ d'action les Cercles catholiques cVouvriers, demande la restauration des anciennes corporations^d'arts et métiers. Le plus érudit champion" de ce courant extrême, qui voit dans Périn un ami trop zélé de la liberté, et qui voudrait rattacher, même dans la science pure, l'économie à la morale, doit être
cherché hors de France :
Ch. S. Devas, Grounckvork of Economies. London,
1883. — PolUical economy, 1892.
Une dernière catégorie de dissidents de l'école dominante, dont la qualité vaut mieux que la quantité, est celle qu'on a l'habitude de désigner sous le nom d'école nouvelle.
Les deux représentants les plus illustres de ce groupe, dont les doctrines et les tendances sont d'ailleurs différentes, sont le belge de Laveleye et le français Gide.
Emile de Laveleye (1822-1892), professeur à Liège, littérateur et publisciste, a écrit d'excellents essais. On lui doit de bons travaux sur l'économie agraire en Belgique, en Hollande, en Lombardie et en Suisse, et un volume sur les crises commerciales (Le marché inonétdiire et les crises, 1865); il a été un défenseur infatigable mais exagéré du bimétallisme (La monnaie et le bimétallisme international, 1891) ; il a collaboré aux principales revues d'Europe et d'Amérique, et il a acquis une renommée mondiale. Devenu partisan ardent des nouvelles doctrines allemandes {Les tendances nouvelles de V économie politique, in Revue des deux inondes, 1875), il a résume les meilleures monographies anglaises et allemandes sur la propriété collective, dont il a fait jusqu'à un certain point l'apologie (De /<-i jyropriété et de ses formes primitives. 187 1-1"= édit., 1891) ; enfin, ses Eléments d'économie politique (1882 d'édit. 1891) montrent son peu d'aptitude à parler des principes de la science pure, dont il ne connaissait exactement ni l'objet, ni le but, ni la méthode. (Cfr. notre article dans le Giornale degli Economisti, Bologne, octobre 1891,et Gobletd'Aviella, E. de Laveleye, 1895).
Charles Gide (né en 1847), professeur à la Faculté de droit de Montpellier, le frère du regretté jurisconsulte Paul Gide, est d'un tout autre tempérament scientifique. C'est un économiste éminent qui, comme Cairnes et Jevons, doit être jugé moins .sur ce qu'il voudrait être que sur ce qu'il est en réalité. AJ^ersaire décidé des optimistes, partisan de la liberté sans être idolâtre de la concurrence, Gide, si on ne tient pas
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compte de quelques propositions peu mesurées sur la propriété foncière et de quelques prédictions exagérées sur l'avenir des coopératives de consommation, qui préparent, selon lui, le terrain aux coopératives de production, doit être considéré comme un économiste moins éloigné qu'il ne le pense de l'école classique, qu'il attaque souvent, dailleurs d'une façon vague. Son traité d'économie politique suffît à le prouver (le meilleur précis à notre avis, comme celui de Cherbuliez est le meilleur traité) ; il résume, avec compétence, les doctrines modernes et entre autres la théorie de la valeur de Jevons, qui ne diffère pas au fond de celle de l'école austro-allemande. Gide, qui n'arrive à définir la nouvelle école (allemande) que par une phrase à effet en la qualifiant d'école de la solidarité opposée à celles de la liberté, de l'autorité, de l'égalité, a le mérite incontestable d'avoir créé un organe indépendant de la pensée économique, qui peut compter sur un bel avenir, malgré la conspiration du silence de ses puissants adversaires.
Ch. Gide, Princii^es d'écotiomie politique. Paris, 1884. 5« édit., 1896.-Trad. anglaise, 1892. — L'école nouvelle. Genève, 1890. — Revue d'économie politique. Paris, 1887 et suiv.
^ -i. — LES MONOGRAPHIES
S'il y a décadence dans les recherches de science pure, le progrès fait par les français dans l'étude de l'histoire peut nous servir de réconfort. En dehors des œuvres classiques de Thierry, Taine, de Monteil, Guérard, Leber, Mantellier, Bourquelot, notamment sur les conditions et les institutions médiévales, nous avons de remarquables monographies deFagniez, de Frignet,
la belle histoire de Pigeonneau (1885-1889) sur le commerce, et aussi les ouvrages de Poirson, de Ijoutaric, et de quelques autres sur les institutions économiques de certains rois, et, enfin, les histoires des classes rurales de Delisle, Doniol, Dareste de la Chavanne, Babeau et Villetard, le travail de Hanauer sur les conditions économiques de TAlsace et celui de Mathieu sur la Lorraine. Si la statistique moderne a été créée par l'illustre belge Adolphe Quetelet (1796-1 874), Guerry a été un maître dans la statistique morale, à laquelle Yvernès a consacré différents travaux, ainsi, d'ailleurs, qu'à la démographie, qu'ont particulièrement étudiée Levasseur et Bertillon. La statistique économique a été cultivée par Moreau de Jonnès, Legoyt, et maintenant par Block, déjà cité, et par l'éminent Alfred de Foville, l'auteur de brillants articles sur les prix et de deux belles monographies sur les transports (La transformation des moyens de transport, 1880) et sur le morcellement du sol (Le morcellement, 1885), qui peut servir de complément au livre de A. Legoyt, 1886.
De Franqueville (Du régime des travaux piihlics, 2°édit., 1870. Quatre vol.), Audiganne {Les chemins de fer, 1858-1863. Deux vol.), Picard {Traité des chemins de fer, 1887. Quatre vol.), ont étudié, au point de vue historique et dans leurs détails techniques, les travaux publics et en particulier les chemins de fer.
Dans l'économie agraire, en dehors de Baudrillart, déjà cité, il faut mentionner l'éminent publiciste HippolytePassy (1793-1880), auteur d'un petit volume, qui n'a pas encore été dépassé, sur les systèmes de cul. ture (2'=édit., 1852), Léonce de Lavergne (1809-1888), justement loué par Cliffe Leslie {Fortnightly Review, février 1881), auquel nous devons de savantes et élégantes monographies. Essai sur l'économie rurale de V Angleterre, de VEcosse et de l'Irlande (1854,
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5* édit., 1882); L'Agriculture et la jJOjDulation (1857, 2" édit., 1865); Economie rurale de la France {iSQi). 4^ édit., 1870), et enfin le belge Piret qui a commencé une œuvre considérable, quoique mal proportionnée {Traité d'économie rurale, 1889 et suiv, j, le comte de Tourdonnet (Traité joratic^ue du métayage, 1882) et ReroUe (Dit colonage partiaire, 1888) qui ont étudié à fond le métayage, Cazeneuve (1889) ({ui s'est occupé de la participation aux bénéfices dans les entreprises rurales, et un grand nombre d'auteurs qui ont écrit sur le crédit foncier et sur le crédit agricole, etc., etc.
Sur les manufactures, il faut consulter les ouvrages de Léon Faucher, de Verdeil, du belge Ducpétiaux, de Charles Laboulaye, le frère de Fillustre Edouard Laboulaye ; sur le crédit et sur les banques, Wolowski, Horn, Juglar, l'auteur d'un beau volume sur les Crises commerciales (2" édit., 1889), Courtois fils, qui a écrit l'histoire de la banque de France; parmi les nombreux ouvrages sur le libre-échange, rappelons celui d'Ame (Etude sur les tarifs des douanes, 1876. Deux vol.) ; sur la population, Bertheau (1892) ; sur l'assistance, qui a été étudiée dans un grand nombre de livres remarquables, l'ouvrage classique La charité légale, ses causes et ses effets (1836), bien que sa critique de la charité publique soit trop absolue, a pour auteur le genevois F. Naville (1784-1836) ; le grand ouvrage de de Gérando [De la bienfaisance jniblique, 1839. 4 vol.) étudie surtout les questions d'administration, il n'est vieilli que pour certaines de ses parties (Cfr. Ch. Granier. Essai de bibliographie charitable, 1891).
Il existe également un grand nombre de monographies sur les salaires, les syndicats, les sociétés de prévoyance, les coopératives; c'est ce que prouvent les Qpuvres de Simon, Beauregard, Crouzel, L. Smith, Laurent,
De Malarce, Lafitte, Véron, Penot, Rouillet, Abrial, Batbie, Bûchez, Feugiieray, Lemercier, Ch. Plobert, Le Rousseau, Fougerousse, Gibon, etc. dont les œuvres sont indiquées dans nos Primi elementi d'economia sociale (lO^édit., 1895; trad. franc. Paris, 1889).
Sur les finances, (en dehors du Traité de Leroy- Beaulieu et du Dictionnaire de Léon Say), la première place appartient au savant ouvrage d'Esquirou de Parieu {Traité des impôts^ etc. Paris, 1862-64. Cinq vol. 2e édit., 1866-67), qui n'a pas d'égal dans la littérature des autres pays. On doit aussi mentionner sur les impôts, les ouvrages de Vignes, Guyot, Denis, professeur à l'Université de Bruxelles, et au point de vue historique, de bons travaux deClamageran, Vuitry, Stourm, Fournier de Flaix, etc., etc. Sur les emprunts, rappelons seulement les travaux de .Juvigny, Laffitte, Labeyrie, Cucheval-Clarigny, et nous renvoyons pour les autres à nos Primi elementi di scienza délie finanze, (Tiédit. 1890; trad. franc, Paris, 1891).