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LE COLLECTIVISME

On appelle, d'un mot fort employé par les français, sollectivistes les théoriciens socialistes qui. tout en demandant la propriété publique des instruments de production et l'organisation collective du travail, admettent la propriété privée des objets de consommation et même leur transmission héréditaire. Mais le collectivisme intégral (industriel) ne doit pas être confondu avec le collectivisme purement partiel (territorial}.

E. Jâger, Der moderne Sozialismus. Berlin, 1873.

A. E. Fr. QGhâ.ïi\e., Die Quiniessenz des Socialimus, 1815.

(traduit en italien et en français), -13^ édit., 1891. P. Leroy-Beaulieu, Le collectivisme, examen critique

du nouveau socialisme, 1884.-3^ édit., 1893. M. Block, Le socialisme moderne, 1891.

J. Bourdeau, Le socialisme allemand et le nihilisme

russe, 1892.

Le collectivisme de la terre qui a (dans Paine et mieux dans Ogilvie) des précurseurs au siècle passé, a trouvé, en dehors de Stuart Mill et de George, dont .nous avons déjà parlé, de nombreux adhérents, même

chez les économistes et jusque chez quelques économistes de l'école classique (James Mill) et chez d'autres enfin qui (comme Walras) ont bien peu de sympathie pour le socialisme. Ces écrivains insistent particulièrement sur cette idée, qu'il n'y a pas pour la propriété privée du sol toutes les raisons économiques et juridiques qui militent en faveur de celle du capital mobilier. Parmi les plus modérés, quelques uns demandent l'incorporation du crédit hypothécaire (Schaffle, Stolp, Ruhland) ; d'autres la propriété commune de la terre mise en culture Samter); d'autres, au contraire, celle des maisons. Beaucoup de collectivistes pensent que la propriété commune doit être accompagnée de la culture pour le compte de l'Etat; un petit nombre, au contraire., voudrait que la propriété soit commune et l'usage individuel (Wallacci par la location des terres, en petits lots, aux plus offrants. Il y a des divergences d'opinion en(;ore plus importantes sur les modes de prise de possession ; les uns font appel à la confiscation (George), d'autres à une expropriation avec indemnité (Fliir.scheim; soit pour tout le fonds, soit pour toute la rente, soit uniquement pour la rente future Cunearned

W. Ogilvie, An essay on ihe right on properly in land.

1872. Réimprimé (sous le titre : Birlright in land\

par D. C. Macdonald. London, 1891.

Herbert Spencer, Social staiics. 1851.

A. E. Fr. Schaffle, Inkorporaiion des Hypothekencredita.

TQbingen, 1883.

Ad. Samiev, Bas Eigenfhum in seiner sociale Bedeu-

tumj, 1878.

A. Russe! Wallace, Land nalionalisalion , ils necessiiy

and ils nims, 1882. (Nouvelle édition, 1892.) S. W. Thackeray, The land and Ihe community^

M. Fiiirscheim, Der emzige Heliungsiceg, 1891.

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G. Ricca-Salerno, La nazionalizzazione délia terra (in Nuova Antologia, l'='' décembre 1893).

Le collectivisme intégral est la formule du socialisme actuellement dominant, représenté notamment par AVinkelblech et Rodbertus (complètement étrangers à toute agitation de parti) et par Marx, Charles Georges Winkelblech (1810-1865), professeur de chimie et de technologie, a publié, sous le pseudonyme de Mario, un savant ouvrage historico-critique (demeuré inachevé) sur les institutions et sur les théories économiques, qui devait comprendre aussi un plan de réforme de l'organisation sociale actuelle, contraire, selon lui, aux principes du droit comme à l'intérêt bien entendu des classes productrices. Bien qu'il ait été cité par Rau et par Roscher, le livre de Winkelblech n'a exercé aucune influence sur ses contemporains jusqu'à ce que l'apologie, un peu exagérée, qu'en a faite Schâffle en 1870, en fit faire une réimpression qui appela sur cette œuvre l'attention de quelques spécialistes. D'après les idées de l'auteur, à la domination de la force (monopolisme), antérieure à la Révolution française, a succédé le libéralisme, actuellement dominant, combattu par le communisme, systèmes opposés et excessifs qu'il voulait concilier. Le libéralisme, infatué de l'idée purement négative de la concurrence illimitée, est un système atomiste qui, après avoir détruit les anciens privilèges, a engendré la ploutocratie, c'est-à-dire le monopole des grands capitaux, aussi pernicieuse aux petits entrepreneurs qu'aux ouvriers salariés. A son tour le communisme, idolâtre de la prétendue égalité de fait, est un système mécanique qui, par la distribution des produits en raison des besoins, conduit au pire des mono-

pôles, à celui de l'indolence. L'unique combinaison rationnelle de la véritable liberté avec la véritable égalité se trouve dans le système que l'auteur appelle fédéral (sans aucun rapport avec le sens politique de ce mot) et qui se résoud dans le collectivisme absolu, par l'intermédiaire des sociétés ouvrières, organisées par l'Etat, dans lesquelles, après un retranchement préalable d'un minimum nécessaire pour garantir à tous l'existence, le produit du travail commun se partage en raison des prestations de chacun. Il faut signaler dans la théorie de Winkelblech la complète intelligence des difficultés que toutes les formes de socialisme rencontrent dans l'insuffisance de la production, dans l'excès de la consommation et dans le stimulant à l'augmentation indéfinie de la population, mais en même temps la confiance exagérée dans les remèdes qu'il propose : obligation universelle au travail et lois restrictives du luxe et des mariages.

K. Mario, Untersuchungen ûber die Organisation dcr Arbeit oder der System der Weliôkonomie. Kassel. 1850-59.-2« édit., Tubingen, 1884-83. 4 volumes.

Inexactement interprêté par Dûhring et par Eisenhart, combattu par Held, trop peu estimé par Roscher, porté aux nues par Rudolph Meyer (et par d'autres conservateurs sociaux) et surtout par Wagner (et par d'autres socialistes d'État), Charles Rodbertus (1805-lb75), dit Jagetzovv, du nom d'une de ses propriétés, député pendant quelques années et pendant quelques jours ministre, a été un socialiste conservateur au point de vue politique qui, malgré les pressantes instances de Las- .salle, s'est tenu complètement étranger aux agitations de la démocratie sociale. Dans une série de monographies, remarquables par des recherches ingénieuses et inédites, notamment sur les institutions économiques

de Rome, mais défectueuses par la mauvaise exposition, Rodbertus a tracé, à différentes reprises, une philosophie de l'histoire économique d'où il a déduit un plan de réformes sociales déjà esquissé dans ses traits fondamentaux dans un ouvrage {Die Forderungen dev arbeitenden Klasse) excellemment analysé par Dietzel, qui remonte à 1837. Il est extrêment difficile de se retrouver dans le labyrinthe des propositions de Rodbertus, parce qu'il ne sépare pas nettement celles qui appartiennent au collectivisme absolu, idéal qui ne pourra d'après lui être réalisé que dans cinq ou six siècles, de celles qui pourraient être acceptées et appliquées graduellement par des mesures immédiates. Parmi les réformes proposées par R,odbertus,il faut distinguer les réformes partielles sur le crédit foncier, (qu'il veut transformer de fond en comble en remplaçant par le payement d'une rente perpétuelle l'obligation de rembourser le capital , des autres réformes plus générales sur l'organisme de la production et la condition de la classe ouvrière. Ennemi déclaré de l'individualisme, et s'inspirant de la théorie organique de l'État de Hegel et de Schelling, Rodbertus confie à l'autorité publique la réalisation des réformes économiques qui doivent être conformes à l'intérêt collectif, parce que, pour lui, l'individu n'est qu'un organe du grand corps social. La transition loyale à un système qui fera cesser l'action inexorable de la loi économique par laquelle, étant donné la libre concurrence, la part proportionnelle de produit distribuée aux ouvriers diminue à mesure que le meilleur emploi de leur travail en augmente la productivité, pourrait être effectuée par Tintervention de l'État. Celui-ci devrait établir au j^ro rata du produit total de l'industrie la part à assigner aux travailleurs et il devrait en outre fixer la durée de la journée normale de travail dans chaque industrie et la quantité

normale de produit qui correspond à chaque journée. Sur cette base il fixerait un tarif, continuellement variable, du prix du salaire et des services productifs et remplacerait petit à petit la monnaie métallique par des bons indiquant les journées de travail et émis sous forme de prêt aux entrepreneurs, qui paieraient avec eux leurs ouvriers, et avec lesquels ils pourraient prendre dans les entrepôts gouvernementaux la quantité de produits dont ils auraient besoin en raison du travail utile qu'ils auraient fourni.

De cette façon Rodbertus, malgré le grand appareil de sa philosophie et de son érudition, partant de l'hypothèse d'une loi de décroissance progressive du salaire proportionnel, aussi fausse que celle de son augmentation fatale, soutenue par Carey et par Bastiat, conclut par des propositions très analogues à celles de Owen et de Proudhon, mais plus compliquées. C'est en somme un système tyrannique et inefficace de taxation officielle des prix et des salaires, qui produirait des effets semblables à ceux qu'on a obtenus par les assignats et le maximum sous la Révolution française. Aussi trouvons-nous excessif l'enthousiasme de Wagner, qui a proclamé Rodbertus le Ricardo du socialisme !

Rodbertus, Zur Erkenntniss unserer siaatswirtltschoftliclien Zustdnde. !«' fascicule. Neubrandenburg, 1844. — Sociale Briefe an V. Kirchmann. I-III. Berlin, 1850-51. — La seconde et la troisième lettre réimprimées sous le titre: Zur Beleuchiimg der socialen Frage, 1875. — Zur Erklarung und Abhùlfe der heuUgen Krediinoihdes Grundhesiizes. Jena, 1868-69.-2' édit., 1876. — Der normale Arbeilsiag (extrait de la Berliner Revue). Berlin, 1871. Réimprimé dans la Zeilschrift fur die ges. Staalnirissencliaften. 34« année, 1878, pp. 322-367. — Briefe undsozialpolitischeAufsàtze.BerWn, 1882. — Das Kapital. Vierter sociale Brief an v. Kirchmann, 1884.

Cfr. Ad. Wagner, Einigcs von und ïiber Rodbertus (in Zeilschrifl f. die (/es. Slaatswiss. 1878, pp. 119- 236. — Th. Kozak, liodhertus Jagetzow's socialpolitische Ansichien. Jena, 1882. — G. Adler, Rodbertus der Berjrùnder des ivissenschafilichen Sozialimus. Leipzig, 1884. — A. Menger, Das Rechl auf den vollen Arbeitserirag . Edition de 1886, pp. 79- 96. — H. Dietzel, Karl Rodbertus. Partie I et II. Jena, 1886-88. — W. H. Dawson, German socialism, etc.,London, 1891, pp. 61-90.

Karl Marx est né à Trêves en i 818 ; il a vécu en exil à Paris, puic à Bruxelles et finalement, pendant de très longues années, à Londres, où il est mort en 1883 ; il unit au plus haut degré les qualités du savant et celles du sectaire.

Doué d'un esprit puissant, connaissant à lond l'ancienne littérature économique et en particulier la littérature économique anglaise, armé d'une dialectique subtile et souvent sophistique, écrivain toujours obscur et parfois inintelligible, il a étudié d'ordinaire les problèmes abstrus de la science pure en les accompagnant de citations tirées habilement des documents officiels, qui constituent pour ses aveugles adhérents les preuves irréfutables de ses arJDitraircs constructions historiques et de ses affirmations doctrinales. Faisant abstraction de toute idée religieuse et de toute considération juridique, Marx prétend démontrer que l'évolution économique conduit inévitablement au collectivisme, sans qu'il soit besoin des moyens révolutionnaires, pour lesquels il se dépensait avec tant d'énergie comme agitateur populaire. Sans parler de quelques écrits de moindre importance, les idées économiques de Marx (empruntées en partie aux socialistes anglais déjà cités et en partie aussi à Proudhon) se trouvent déjà esquissées dans une polémique acrimonieuse contre Proudhon (l8'i7), et elles ont été plus complètement exposées dans

son œuvre principale, dont il avait déjà publié, sous une autre forme et avec d'abondantes notes bibliographiques, les premiers chapitres en 1859.

K. Marx, Misère de la philosophie . Réponse à la Philosophie de la misère de M. Proudhon. Bruxelles, 1847. Réimprimé en 1897. Trad. allemande de Bernstein et Kautsky, 1885. — Zur Rriiik derpolitischen Oekonomie. i'"'^ fascicule. Berlin, 1859. — Das Kapital. l^^" vol. Productions-process des Kapiials. Hamburg, 1867. (4« édit. de F. Engels, 1890); Trad. franc, par Roy. - 2" vol. Circulaiionsprocess des Kapitals, 1885.

Cfr. G. Gross, Karl Marx. Leipzig, 1885.— G. Adler, Die Grundlogen der Karl Marxschcn Kritik der beslehenden Volksivirthschaft.'îuh'nngen, 1887. — G. A. Verrijn-SLuarC, iî«carc/oen il/arx, 1890. (On trouve un bon résumé de la doctrine de Marx dans le volume déjà cité deCathrein, Der Sozialiinns.^" éd\i. 1892, pp. 12-29. Trad. franc, par Olivier Feron, S.J., 1891.)

Le fondement du système de Marx, c'est la philo.sophie matérialiste et purement économique de l'histoire, avec laquelle il explique toutes les révolutions politiques en les ramenant aux incessants changements dans le processus de la production et de la circulation, dont dépendent à leur tour les transformations correspondantes dans les systèmes de distribution de la richesse. Pour connaître la loi d'évolution de la production et de la vente, il faut remonter à la théorie de la valeur et à celle de la plus-value (Mehrwerth) qui révèle le processus de formation et d'accumulation du capital.

La théorie de la valeur de Marx (combattue à différents points de vue par Strassburger, Knies, Bohm- Bawerk, Adler, etc) est, comme l'a démontré Verrijn- Stuart bien différente de celle de Kicardo ; elle vient de

cette proposition de Smith que la cause unique, bien plus, la mesure, de la valeur de tous les produits est la quantité de travail nécessaire pour l'obtenir, et par conséquent, d'après Marx, le travail est la substance qui forme la valeur en s'incorporant d'une certaine manière dans le produit. Or l'entrepreneur capitaliste, en achetant à l'ouvrier, privé des instruments de travail, non pas le produit mais sa force de travail [Arbeitskraft), se trouve dans la possibilité d'obtenir des prestations supérieures à celles qui sont nécessaires pour produire les objets indispensables à la vie de l'ouvrier, et de cette façon il obtient un profit et réalise une Plusmacherei impossible dans les échanges ordinaires, qui ont pour base la diversité d'espèce et l'idendité do valeur des produits échangés. La plus-value empochée par l'entrepreneur constitue le capital, qui lui fournit le moyen de nouvelles accumulations qui, parla concurrence des entrepreneurs, amènent la concentration de la production dans un nombre rapidement décroissant de grandes fabriques qui, grâce à la division du travail et aux machines engendrent le prolétariat, l'augmentation de la misère et la formation d'une armée de réserve d^ouvriers sans travail, qui déprime toujours davantage le salaire des autres et contribue à rendre inévitables les crises qui frappent continuellement 1 industrie. Mais le progrès de la production capitaliste porte en lui-même le germe de sa destruction. Il arrivera nécessairement un moment où les masses ouvrières, formellement libres mais en réalité sous l'oppression de la misère, briseront leurs chaînes et exproprieront à leur tour les expropriateurs. Alors, la production se fera par des corporations de travailleurs, constituant un état organisé démocratiquement, et le produit sera en partie converti en capital et en partie distribué aux ouvriers, comme une propriété dont ils pourront disposer librement.

Dans la période qui suivra iminédiatement la révolution, qui émancipera le travail de la tyrannie du capital, la répartition des produits se fera en proportion des prestations individuelles, évaluées d'après la durée du travail nécessaire pour l'aire chaque unité de produit. Il reste donc, d'une manière transitoire, malgré Tabolition de toute différence de classe une distribution inégale des biens. Dans une période ultérieure et définitive, le travail ayant cessé d'être une peine et étant devenu une nécessité, toute différence entre le travail intellectuel et le travail musculaire cessera et on pourra faire la distribution des produits conformément à la justice absolue, qui demande que le travail soit déterminé par les aptitudes et la jouissance proportionnée aux besoins. Comme révolutionnaire Marx était très différent de Lassalle. Froid, cynique, inaccessible au sentiment de l'amour de la patrie, plein de mépris pour un grand nombre de ses partisans, il commença sa carrière en rédigeant avec Frédéric Engels le fameux programme du parti communiste. 11 fonda en 1864 l'As.sociation internationale des travailleurs, dont il fut pendant longtemps l'âme, et qui survécut de fait sinon de nom à la scission provoquée en 1872 par le nihiliste anarchiste lîakunin. La Démocratie sociale moderne allemande, dépassant les idées relativement modérées des partisans de Lassalle, accepta au Congrès de Gotha (1875) et encore plus explicitement à celui d'Erfurt (1891) les théories du collectivisme absolu, qui sont maintenant les plus généralement acceptées en Allemagne (Engels, Liebknecht, Bebel), en Belgique (De Pœpej, dans les Pays-Bas (Nieuwenhuis), en France (Guesde, Lafargue et avec quelques divergences Malon), en Angleterre et en Amérique (Hyndmann et Gronlund).

Fr. Engels, Die Enlwickelung des Sozialimus von der Utopie zur Wissenschaft, 1883 (S^ édit.).

Liebknecht, Was die Sozialdemokralen swd und sein

ivolien, 1891. A. Bebel, Unsere Ziele, 1875 (5^ édit.) — Die Frau, etc.

1892 (14« édit.) trad. ital. ; 1892. Trad. franc, par

Rave, 1871.

H. M. Hyndmann, The historical basis of socialism in

England, 1883.

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