‹ Histoire des doctrines morales et politiques des trois derniers sièclesChapitre 29 sur 29 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

AFPUCATION DU 8T5TBMB OB BBFBBSSIOW BN FBAHCE.

Nous Pavons dit, dans cette période le véritable dael des doctrines est entre Philippe et les Pays-Bas. Ailleurs aussi les deux systèmes, randen et le noayeaa, se trouvent en présence; mais la lutte qu^ils soutiennent Fun contre Pautre DC nous offre plus qu^un pâle reflet de ce qu^elle est dans les Pays-Bas. .

En France Tesprit de Philippe n^est pas précisément incottiui. Le zélé monarque a su le commairiquer, an contraire, à la dynastie des Valois et aux princes de Lorraine; mais dans ce pays la doetrine de répression se fractionne entre plusieurs personnages, entre Catherine de Médicis, Charles IX, les Guises et la Ligue; et fractionnée de cette sorte, atténuée et interrompue, la pensée qui fait la vie de Philippe ne trouve pas de véritable incarnation. Catherine de Mé-

dicis elle-même la trahit plus d^une fois^ et la maison de Bourbon, qni n^en a jamais bien .

voulU| qui Ta souvent combattue, lui fait dans la personne de Henri IV une brillante opposition. Richelieu reprend en quelque sorte le système de 1559, mais le génie de ce ministre-roi s^occupe plus volontiers encore de PEurope que de la France, et il tolère facilement dans son pays des doctrines auxquelles il a su enlever les che& et les places d^armes.

D^un autre côté, au nouveau système comme à Tancien les hommes firent défaut en France; Les Bourbons, qui professaient le premier, oppo- . sèrent sans doute aux Quises, qui professaient le second , quelques hommes de coeur et de capacité; mais parmi eux ne se trouva pas plus un Guillaume d^Orange qu^il ne se trouva un duc d'^Albe parmi les princes de Lorraine. Henri de Béam eût pu jouer dans le midi de la France le rôle que le Stadhouder joua dans le nord des Pays-Bas; mais, héritier du trône, Henri le préféra aux principes de lâij. Si les Gni^ parvenaient k le lui enlever, si Philippe ajoutait à ses couronnes celle de Henri III, alors le roi de Navarre devenait nécessairement le chef dts doctrines nouvelles, et alors la lutte devenant à la fois une guerre de dynastie et une guerre de principes, la France tombait dès ce mmnent

dans une révolution pareille à celle des Pays* Bas, qui devait faire le tour du monde.

Si cette révolution manque, an seizième et au dix-septième siècle, pour Tintérêl dramatique de nos doctrines, elles oflrent néanmoins une série mémorable de luttes et de péripéties, et les deux révolutions qu'elles ont enfin amenées dans les derniers temps sont à peine comparables pour Féclat des faits, la grandeur des caractères et Ténormité des aberrations, au long drame de nos anciennes guerres civiles.

Déjà nous avons dit que les lois et les mœurs du pays, aussi bien que les doctrines du cabinet, demandaient en France la répression des principes de i5i7,même avant le traité deCateau-Cambresîs. François I", son règne Ta fait connaître, était, sous ce rapport aussi, le rival de Charles- Quint. Cependant quand les fils de Vun et de Tautre eurent résolu de suspendre, pour suivre un intérêt moral, la guerre qui depuis si longtemps divisait leurs maisons, il était naturel que le roi de France conce\îtràt tous ses moyens pour faire triompher un système auquel il sacrifiait sa gloire et son pays.

Le sacrifice du roi de France était énorme, en effet. S'il prenait le parti contraire et tolérait le progrès sorti de la Renaissance, il demeurait le puissant aUié de TAUemagne réformée, et com-

plétoit non -seulement la conquête des Troia* Evèchés par celle de Strabonrg, qu^il conToitait depuis long-temps, mais y ajoutait sans effort les Pays-Bas embarrassés d^une souTeraineté disputée à Philippe et successivement offerte au duc d^Alençon, à la reine EUisabetk. Après cela les successeurs de François P', presque sans coup férir, se trouvaient à la tête de TEurope, position rêvée par Françms P', et plus tard nettement entrevue par Henri IV, puissamment recherehée par Louis le Grand et enfin occupée par le héros qui, des débris du trône de ces rois, se fit le pre* mier trône de TEurope.

Plus le roi de France faisait de sacrifices aux doctrines de répression, plus il devait se hâter d^en assurer le triomphe. Mais, des Valois et des Bourbons, qui se succédèrent du règne de Philippe II à la mort de Richelieu, aucun ne parut appelé à réaliser ce système. Henri II mourat peu après avoir pris rengagement de Pappli* quer. François II ne régna que seize mois et ne connut pendant son apparition sur le trône qu^une seule passion, ceUe que lui inspirait sa femme, Marie Stuart. Catherine de Médicis, qui régna pour lui et gouverna encore Charles IX et Henri III, eût bien voulu essayer des préceptes de Machiavel, qu^elle étudiait sans cesse; mais avec toutes les passions du gouvernement cette

femme n^en^ayiEiit ni la science ni le génie. Faible^ capricieuse et inconséquente i élevée selon les mœun d^an temps malheureux et dans un pays

à doctrines mauvaises, elle prenait Tintrigue et le crime pour Tart de gouverner. Quand Thisloire nous apprend que, de ceux qui pouvaient aspirer aux affaires, y compris ses fils, elle faisait deux catégories, et qu^elle abrutissait par la débauche ceux dont elle ne pouvait se débarrasser par Passassinat, on s^indigne et on rougit tour-à-tour de faits si odieux, et nos sen«i timens sont d^autant plus] légitimes que cette princesse parvint moins, malgré tons ses crimes^ à disputer aux factieux le pouvoir qu^efle recherchait par tant de méfaits.

A ravénement de Catherine, qui régna près de trente an», la répression, qui était sa pensée, disposait d'immenses moyens. Les lois, les institutions, les grands corps de TÉtat, Tuniversité et les parlemens, la demandaient^ Les princes de Lorraine, en qui elle paraissait respirer dans toute sa vigueur, étaient au ministère, le duc à la guerre, le cardinal aux finances et aux affaires ecelésiastiques. Les Bourbons, à la vérité, proté-» geaient les principes de 1617, et les nouvelles doctrines commençaient à se répandre dans plu*^ sieurs provinces; mais leurs partisans n^étaîent pas nombreux, et leurs protecleurs, en dépil de

leur rangft c't^è^* Le sysfèinede

répression avait donc des chances de triomphe^ et il prévalut uti iAslant* Dans chaque parlement dn instîtlia pour rétablir une ebambre spéciale, la Chambre Ardente^ dont le nom seul indiquait la doctrine et dont la principale misMâH ,éMill^

d^appliquer la peine de mort. Cela ne vfildit pas tout-i^faît le conseil dês troubles^ donaé par Philippe II aux Pays^Ba^; mais «dnçu datis» dé^ principes moins révoltans , ce système n^en obtînt que plus de succès. Il triomphait peut-éti^ s'il n^avait dû périr comme celui de Philippe, non par ses excès, mais par les excès de ceux qui le mettaient en jeu« Aux Pays-Bas ce ftit la violation des privilèges qui causa les premiers aoulèremeos^ en France ee fut la riolatioii des mesura «olionales, le plus irritable da tous les droits. La France depuis long-temps est le pays des douces paroles^ des fermas polies. Loin de vouloir reconnaître Ce génie de la nation, les princes de Lorraine sembla^nt se plaire à le hrayer. Une foule de cuurtisains et de scdliciteun assiégeaient le jeune roi a Fontainebleau : le car-* diual) pour lui ibbntnir à la fins ses dédains et ses rigueurs, fit dresser une potence et annoncer qu^on y attacherait tons ceux qui dans vingt-* quatre heures n^aunaient pas quitté la rille* A une époque oii Ton venait de jeter dans le

joommerc» k vie UmUSB ces nable» idées de

liberté et de digoité humaine, une insulte aussi grave, un acte de despatisrQe h haulidat dut révoker ropiaion. Ua parti en fut rérolté, mais il prit, pour se f^ife jiQuri le plus mauvais àe» moyensi h violcooe) et par le cooiplot d^Aea* boise, qui devait le venger, il compromit cause encore plus que le ministère n^avait conirpromis celle d^e ses doctrines. En efifel, il e^^eo^ gagea dans cette entreprise à la suite des Bour^ bous, che& de fsuîtion qqi montraient d^antaot mieux leur intérêt personnel dans cette association qu^ils évitaient davantage d^ paraître. Ce parti «nt bean protester de la purçté de ses întenlioos et de la sainteté de ses droits, affirmer que son but unique était de remettre^ avec Paide du Dieu tout-puissant, le gouvememwt du royaume m son premier état et Caire observer l^s anciennes comumes de France par une légitim/e ^^ssei^blée des états ^, personne ne fut convaincu que le seul amour des vieilles instituions dn pays av^t ampé les conjurés.

Cette ^hauSburée si folle à la fois et si tragi*qne eut pourtant un résultat inunense; elle dei^ sin^ nettement les positions et sépara la cause personnelle du roi de celle de songouv^erneuieat; eUfs compromit le système de répressipn par les

* Te&te d'un Uipçivx^t trouvé sur La HenauUic.

excès aiizqaeh ette le conduisit, el elle amemi

d^abord une assemblée des notables, puis une réunion des élats.

Elle sépara la cause du roi de celle de ses ministres. Le roi comprit en eflet, quoi qu^on fit pour le persuader du contraire, qu^on en TOalail au ministère et non pas à sa personne, a Qu^aije donc fait à mon peuple, dit-il aux Guises, pour qu^on attentât à mes jours ! Je veux entendre sçs doléances et'y faire droit. On dit qu^on n^en veut qu^à tous. Ne saurai-je pas qui, de tous ou de moi, est Pobjet de la haine publique? »

Cette échauffourée compromit la répression par ses excès. En effet, la cruauté avec laquelle les agens de la répression punirent des conjurés dont le plus grand crime était, après tout, d^avoir voulu ôter le roi aux Guises pour le remettre aux Bourbons, opéra une réaction énergique contre ce système, on le voit dans Phistôrien deThou. Pour se maintenir aux affaires les Guises furent obligés de faire à la raison publique une concession énorme, de supprimer les chambres-ardentes, ce puissant moyen de gouvernement, et de consentir Pédit de Ilomorantin, qui rendait a Fépiscopatk poursuite des nouvelles doctrines. Pour les Gui-ses, Péchec fut grave.

Ce ne Ait pas tout. Ils furent réduits à subir rassemblée de Fontainebleau, où Coligny plaida

énergiquement la cause du nouveau système et

demanda au roi le changement de ses ministres et celui de leurs doctrines. Ils furent obligé» enfin d^accepter les états -généraux (Orléans ^ 1 56o)et de voirie chancelier de France, leur collègue au ministère, s^ poser hardiment Forgane d^un tiers-parti ou d'un juste-milieu d'autant plus redoutable qu'il représentait le salut et les lumières du pays*

Que ne lui fut-il donné de le faire comprendre ! Wah les doctrines de ce parti étaient loin de former on système complettement arrêté, elles étaient ce que permettaient les mœurs générales, le vice des institutions et la nouveauté des lumières* A cette époque ni la loi ni les usages ne disaient rien de net sur les rapports de la royauté avec le ministère, sur ceux du Parlement avec les états-^généraux ; aucun corps de TËXat n'' avait ene position constitutionnellement fixée ; chacun était ce qu'il pouvait se faire à la faveur des circonstances* Le chancelier L'Hôpital, on le voit dans les harangues et dans les traités de politique du célèbre magistrat, on le voit surtout dans les édits qu'il fit rendre, professait sur la question principale de l'époque et sur les matières de politique en général les principes les plus élevés* Cependant ses édits ne purent être, au milieu des agitations du temps, qu'une transaction plus ou

moins benrease avec les partis* Ploa libre dana aes

traités, il y posa des doctrines plus idéales. Mais ces traités sont écrits eo vers latins, et Ton 7 trouve plutôt de la morale ou de la poésie sur la politique, que des théories de gouvecofimeal. C^est rUtopie de Morus mise en Têts. BiàmtÊÊiÊÊk on est contrarié quand on se rappelle qu'^Ërasme consulté sur la liberté de la presse rafiiin jdfél pondre, et qa^on voit L^Hôpital, traitantde la liberté d^écrire*, disserter sous ce titre sur. la licence plus ou moins grande que prenMiiîi|Hl . auteurs d'épigrammes ou de satires ! A une Api^ que ou la presse, encore bondissante de jei(iifii|p et irritée des violences dont elle s^était¥n> Éeiié» bler dès le berceau, inondait la France, la Suisse, PAllemagne et les Pays-Bas des broehuiMfi4|s plus véhémentes, aucune question n^était plus importante, plus capitale pour la soci^té^ fpf ceUe de la Uberêi d'écrire^ et le célèbre celier nous donne sous ce titre quelques li^pj^ .communs mis en rhythme! i<iipM Dans ses harangues Fillustre L^Hôpital est homme d^état ou magistrat véritable, esprit poii^ tif en on mot, et ces monumens de son éloquence parlementaire ont certainement contribué plus que tous les autres à mûrir les théories de droit

* De Liber taie scribcndi. Moyei Ics Œuvres complète» et inéditei de L'HâpUal, par M. Dufey,

public du pays; cependant on y renoootnettoore

beaucoup trop d'^érudition ancienne, bien du va-«

gue et même des contradictions c fa ocpantes» Non*' Milement Forateor y cite sans cesse Aristole,

Alezandrei et les Romains ; mais son discours est UMjours parsemé de phrases empnintées anxao^

ciens. Pourtant ce qui y frappe le plus le lecteur, c^est Fabsence d^nne doctrine arrêtée. Ainsi L^Hôpital dit, dans une occasion , que le drok des citoyens de s^armer pour la défense de la cité est inhérent à lat nature même du lien qui les unh; et dans nne autrç occasion il considère le droit d^armer ou de dési^mer les mêmes citoyens

Knif

me un

les privilèges de la rcyyanté* TeUe était alors Fincertitude des doctrines même snr des questions qui en comportaient le moins, et ce n^est pas tant Pillustre chancelier, c^est son siècle plus que lui qu^atteint notre critique. L^Hôpital, nous Pavons dit, «tait avec Christophe de Thou, quelques autres membres du Parlement et quelques prélats, à la tète d^un petit nombre d'hommes à doctrines d^humanité et de raison, et L^Hôpital, aux Etats d^Oriéans, se constitua contre les Guises et lev parti Forgane d^une série de réformes qui , exé^ cutées fidèlement, conduisaient la France dans une voie nouvelle ^ expulsaient les factieux et tuaient leur système.

Le moment semblait \àm choisi; le clergé lai-

même demandait la réduction des gages alloués aux foDCtionnaira, la diminution d'un grand nombre d'emplois de finances et la suppression de toute espèce de dépenses de luxe* La noblesse voulait la tolérance, le tiers-état une réforme générale dans toutes les parties de Tadministcation publique et la convocation périodique des états-généraux.

Certesily avait dans ces mesures plus qu'il n^en fallait pour perdre les Guises et sauver le pays«

Certes aussi, toutes ces réformes, et de plus fortes, étaient urgentes;^ entre la royauté et le Parlement, qui formaient des prétentions également exagérées, les conflits étaient perpétuels et d'autant plus irritans qu'ib étaient plus répétés.

Nous avons dit quelle était Fimportance des états-généraux aux yeux de ceux qui se Texagé* raient un peu* Dans tous les cas ces assemblées avaient mission souveraine de redresser les torts et de rétablir la balance entre des pouvoir» troublés que ne réglait nulle loi précise. Eh bien, le parlement de Paris se prétendait représentation permanente des états, et à ce titre, il s'attribuait smon le droit de concourir à la législation, du moins celui de la contrôler»

La royauté, de son côté, réduisait ces attribntions à un simple enregistrement, accompagné,

s^il y avait liea, d^<d)8ervations qui pussent éclairer le législateur. Si les rois de France ne se di-* saient pas, comme Philippe II, aa-dessus des lois, du moins seuls ils se donnaient le pouvoir d^en faire. Mais toutes les fois qu^ils avançaient cette doctrine par leurs chanceliers ou en personne, le Parlement, par ses présidens ou ses orateurs, avançait la prétention contraire. A L^Hdpital, qui ouvrait le parlement de i56i, en posant ce ISiit : <( Les principales maximes des royaumes et républiques qu^il faut observer sont que Pun commande bien et Fautre obéisse bien, » le président du corps le plus puissant et le plus jaloux de sa puissance répondit ces mots i « Les rois trèschrétiens voulant que leurs lois fussent digérées en grandes assemblées, afin qu^elles fussent justes, utiles,' possibles et raisonnables (qui sont les qualités des bonnes lois et constitutions après les avoir faites, les ont envoyées à ladite cour, pour saçfoir si elles étaient telles. Quand la cour les a trouvées autres, elle en a fait remontrances, ce qui a été suivre la volonté des rois et non la rompure des lois. »

La royauté aurait pu répondre que le parlement avançait un fait entièrement faux; qu'elle ne lui envoyait pas ses lois pour qu'il examinât si elles étaient bonnes, mais pour quMl les enregistrât çt connût la forme d'après laquelle il devait

rendre 1» jiuiice au nom du légisUtear, jug^ fuprèrae. Mais le temps de faire triompher une doo-

irine si nette u^était pas arrivé» L'opinion souteoaU le PaileoieDl; el ce corpSf le premier de r J^tat, en Pabseneedetoutatttrepouvoîret detontecon- ^stitulion qui linûtàUesej^ac tiens, ledefipoUsio^oo la favorilisne des roiSf ATAit rendu trop de services au pays pour qu'ion pût entreprendre sérieusement de lui ravir ]^ attribuiioos même mal fondées qu^il se donnait. Tont ce qne la royanté pouvait faire à son égard était de se maintenir souveraine d^une façon ou d^une autre» de se transporter au Parlement en personne, d'y ordonlier Tenregistrement ou Fadoption de ses lois en lit de justicei de se faire présenter les re^^etpea de la cour pour j biffer ou en enlever tous arrêts contraires, enfin de se faire recevoir à Tarrivéeet an départ par quatre présidens à genoux *•

Mais ces injurieuses humiliations et ces dangereux conflits entretenaient un ferment d^op^ positions et de désordres qui, joint au progrèa des doctrines, ne pouvait que çompromeittr^ le pays.

Sur tous ces pointa fondamentaux one léforme

était urgente, et le chancelier qi^i eût proposé à eette époque aux rois de Franioe de 4(mner au

* MteBlioo imooveâée |Mr Usum XUL

pays uDecomtitatioti écrite, quelque imiutiande la grande Chârted'Aiiglcfterre, leur eût teodtu vtt service immense, d^un seul coup il eût fait rentrer le Parlemetit dans sa véritable mission. Mm dë eétte hafuie exception persotme ne se fût avisé; on eût craint d^avilir une royauté à laquelle on faisait tenir ce superbe langage : «« Si^ dans les or* donnances qui vous sont adressées, vous trouvez quelque chose de contraire à ce que vous pensez^ je veux que, sélm la coutume^ vous me le fassiez aii plus tôt connaître par vos députés- Mais je veux qu^aussitôt que je vous aurai fait savoir ma dei>nièM é% absolue volonté, vous obéissiez sans re- .tardement. »

Entre la royanté, la noblesse^ le clergé et le tiers-^tat pris à part régnaient les mêmes mécon-' tentemens qu'entre la royauté et la représentation nationale, états^généraux ou Parlement. Là aussi, les conflits étaient périlleux et difficiles à évitet* en Fabsence de toute ^utre constitution que les traditions très*-vagues et trèSH^tnidkM

toires du passé. Là aussi des doctrines meilleureSi des rtfotmes rationnelles étaient'urgentes.

Non*Molement toutes les charges dePétat pe-^ saient sur le tiers-état, à Texclusion de la noblesse et du elergé, mais le clergé et la noblesse prélevaient encore sous toutes sortes de titres et de dénominations des impôts particuliers sur Tunique

classe de la société qui payait pour tontes les an^ très. Tout en laissant au tiers-état seul le fardeau des sacrifices que demandait la couronne^ la noblesse et le clergé embarrassaient la royauté 4 la première, par la prétention de Tavoir en tutelle politique, le second, par celle de Tavoir en tutelle morale. « Les nobles sont les satellites natulels de Tastre de la royauté, dit Torateoi: de la noblesse aux étaU d^Orléans; pareillement, au ciel, le soleil et la lune nous représentent le roi et la noblesse, et tellement que quand advient éclipse entre eux, toute la terre en devient obscure; » et cette comparaison si insolente pour la royauté excita Fadmiration de Tordre* >

En même temps cet orateur attaquait le clergé, dans Tadministration de ses biens, dans ses études et dans ses mœurs, avec une grande violence*

L^orateur du clergé, à son tour, insistait sur TobUgation où était la royauté d^entretenir la splendeur de son ordre, demandait la diminution des hauts gages de Tadministration, le maintien des rétributions payées à TËglise par les fidèles, Fexemption de toutes les charges qu'on voudrait faire peser sur ses biens, et la tolérance exclusive des doctrines qu'elle professait.

On le voit, les rapports des trois ordres entre eux et ks rapports de chacun d'eux avec la royauté demandaient à être réglés.

Une 8Îtttaiio& aussi désordcmnée ponrail ssjm

ioute se maintenir, mais elle n^était aucune lulte organisée des principales forces de TEtat, et elle >pposait nécessairenient aux docirioes du parti lational des difficultés contre lesquelles tous ses dflbrts devaient se briser long-temps encore*

L'Hôpital, qui seul représentait au pouvoir Pesprit de progrès et de raison publique^ fit toutes les réfonnes que permit sa position. Il rédigea la célèbre ordonnance d'Orléans sur Tadministration générale ; il composa ensuite son vaste traité sur la Réformation de la justice'', et prépara sur la question spéciale du iemps^ la répression ou la tolérance du progrès dans les doctrines, quelques édits propres à pacifier le royaume.

Mais L'Hôpital était à peu près seul pour hm» 1er le. rocher de Sisyphe; tout le monde était ennemi des réformes. La royauté se croyait absolue. Henri II, s^adressant à un conseiller du Parlement dont les allusions blessaient Diane de Poitiers^ s'écria : De mes feux je vous verrai brûler, vif auparavant dix jours^ et ce mot résumait sa doctrine* Les jnges prétendaient maintenir les épiées; les gens de finances, l'impunité d'abus plus révoltans ; la noblesse et le clergé^ leurs privilèges, destructi& de ceux de la royanté

* s vol. în-S*, dans l'édiUoi^ M. Dofi^.

el de la k» commuiie* Le iiers^-éut s^acrc^eaii k dioH de gomemmàsÊ tout le monde*

D'^ailleurs L^Hôpital loi-même, au milieu de tant d^opinmia grosuèieSy ▼aciUaitdaos les sien* oti. Déjà nous arvons tq ses incertitudes et ses contradictions SOT des questions de politique générale. £eoatons4e encore- snr la qœtf tien spéciale de Pépoque, la tolérance^ et nous rentendroDS parler contre après Favoir entendu pour» K Les Romains^ dit^il aux états d^Oiiéans'^^ cpiî ont été les plus sages policiens du monde, ont défittidu etprohibénoi'a sacrUf novos fiùis inducere im réMfSmiliCûm ; n^ont touIu qn^il y eût diverses religions en une maison, mais que les enfans tinssent la religion du père* Les «nciens conciles des SS. Rères ont défendu les oratoires privés, afin qu^il n'y eût qu^une £glise, une forme et une niaiiière de religion* La division des langoes no Ait la séparation des royaumes, mais celle de la religion et des lois, qin d^un royaume en£iil deox^ Delà 9ùti lé Vieil proverbe,- nne foi, inno loi, ao roi. S"*]! est loisible à chacun prendre nouvelle religion à son plaisii^f prepeit gai de-qo^il n^ ait tant de liçoos et de manières de religions qa^il y a de familles ou de chefs d^homnxes^ »

Tels sont les discours et les principes d« pkid

* OBmfn» wmpUtui éditiOD Daiey, 1 1, p. SSS.

éclairé des ministres, du plus sage des magistrats, le rhomme qoi a fait signer à son roi tant d^élits en («i?enr des nonvelles doctrines. Avec tant de supériorité sur son siècle il tient encore à [^uelques*anes de ses erreurs , et se voit natnrellement forcé de leur faire d^autant plus de concession ^ ifûCû est pins isoké. Les mœurs générales et ceux qni devaient Tappnyer étaient contre les idées plus sages du Chancelier. Catberinede Médiets, à qni les Etats de Blois remirent les affaires à Tavènement dé Charles IX, était trop faible, trop lotrigaDte et trop pea scrnpvleuse snr les moyens de gouvernement , pour suivre de bonnes doctrines. Les Bourbons ne songeaient qn^à ravir le poiiToir aux Caisse. Les Guises trouvèrent ainsi dans les imprudences de Coudé, dans les faiblesses du roi de Navarre, dans les sympathies du clergé, du Parlement, de TUnivei^ sité et du. peuple de Paris, le moyen de se maintenir et de disputer pas à pas aux doctrines du temps toute espèce de progrès ou toute efs^ pèce de droit.

La cour traita plusieurs fois ces doctrines avec indulgence ; pour les laisser se produire, elle institua le colloque de Poissy, où- Charles IX et sa mère jouèrent à peu près le rôle que Charles^uiat dans son ambition pontificale avait joué à Worms. Elle stipula enfin: 'en

leor faveur, daus Tédit de janvier, i562, uoe aorte de liberté sous la snrreilkiice de la po^lice. Mais, dans toutes ces mesures, le gouvememeat était en avaut du pays^ les grands corps de rÉtal, le peuple, les Guises ne respiraiciit que la répression, et la répression, conforme aux mœurs générales, demeura le système dominaol.

Telle fut même la violence des meeurs et telle fut la faiblesse de Tesprît de progrès, qu^une cour étrangère demanda la destitution' du Chancelier qui avait signé Pédit, et quHl faUuf trois lettres de jussion pour en obtenir Fenregistrement.

Et pourtant cet édit qu W aeciisaît de lavo riet r les nouvelles doctrines, n^était pas autre chose qu^une série de restrictions apportées à Tune des libertés les plus fiandamentaleB, celle des oon* sciences. Non-seulement il imposait aux amis de .ces doctrines la restitution de tous tes lieux d'^asjemMées dont ils s^étaient saisis, il leur défendait tout exercice religieux dans Tenceinte des villes, mettait sous la surveillanee de la poUoe les régnions quMl leur permettait de tenir dans les campagnes, leur ôtait jusques «|u droit de faire des né^^eamis d^intériew.aaaaragiéaMntderaulo-rité civile, et leur défendait d^enseigner aucune doctrine qui fût contraire au concile de Nicée.

,<^7ttne série de dispositienS' aussi» restriotives ait pu. exciter tant dexumeur, on ne le compren-

dntit pas; un mot de plus va fahre apprécier ton*

les les alarmes, celles que les Bourbons inspiraient aux GoiseS) celles que les Guises donnaieirt mti BourboDS) celles que les uns et les autres causaient ajuste titre au pouvoir et au pays.

Les Bouri>ans, maîtres de plusieurs villes importantes, avaient appelé au secours de leur caase r Angleterre et rAllemagne. Déjà le soldat étrau'» ger avait mis le pied sur lé sol du royaume.

Les Guises, maîtres du gouvernement, des grands corps de TÉtat^ de Paris et de Tesprit pu* blic, entretenaient des intelligences aveoVItaÛeet TËspagne, et se disposaient à en faire venir égalaient des auxiliaires.

Dë»4ors, on le conçoit, Topinion publique et le pouvoir avaient raison de s^ alarmer de Tétat du pays et de toute concession qui pouvait Fempirer encore. L'opinion aurait dû non-seulement s^en alarmer, mais se soulever avec colère contre deux familles dont Tambition foulait auîR pieds' tous les intérêts de la nation, et le pouvoir eût dû rejeter l'une et Tautre, de toutes les affaires, aveç une ferikieté c^le* Mais Pétat de faiblesse où était le gouvernement, la prépondérance des deux maisons, Tabsence de lumières véritables dans le pays, la nullité des institutions qui eussent dA protéger la royauté, tout cela ne permit ni au pm m wrni à Popinioti de se montrer aveé viguevov

Au lira de taire plier les deux fodioDS, on était

réduit à opter entre elles, et, forcé d'opter pour GeUe qui maiotenait les vieilles doctrines et les mœurs générales, on ne pouvait que s^in^iéter de toute concession faite au parti des Bourbons.

Ce parti, abstraction faite de ses principes relt* gieux qui nous sont étrangers, avait non-seulement aïoins de sjrmpathiés, il offrait plus de périls. Il avait appelé dans le pays ces mercenaires allemands qui vivaient de rapines plutôt que de leur solde. Il y avait attiré les Anglais, que Ta* mour-propre de la nation souffrait tant d^ voir reparaître après des guerres si longues et si ani* niées. En efiet, à peine François de Guise leur avait-il enlevé la dernière de leurs places, que les Bourbons les ramenaient au Havre, Pune des pkis importantes positions quMk pussent choisir.

Il j avait contre ce parti des grie& plus sérieux encore* La Renaissance avait à peine rappelé a PEurope si bien façonnée par le moyen-âge les antiques doctrines de Rome et d^Atbènes, et la RéfiMnne, qui n^était pas autre chose que la Renaissance appliquée à une doctrine spéciale, avait à peine proclamé ses principes de liberté et d^exanen, que des théories plus hardies perçaient partout, dans Tenceinte des écoles et au sein des peuples*. En France les partisans dès nouvelles

ilocUines, d^iulelligence avec les Pays-Bas soulevés contre la rojauié absolue de Philippe II, passaient pour aBectionner secrètement les plus hardies théories d^a^anchissement et d'organisation sociale. On confondait encore leurs principes avec ceux de ±525 et de 1535; on les assimilait encore aux rebelles de Sonabe, aux niveleurs de Munster. Dans tous les cas ils formaient un état dans Tétat, une sorte de répubUque au sein de la monarchie. A la vérité, ils se trouvaient dans cette situation faute de mieux, et si dans Forigine ils s^étaient vus réduits à se protéger, les lois no las protégeant pas, plus tard ils avaient gardé ou re* pris les armes, le gouvernement n^étant pas asse& fort pour protéger contre les. mœurs lealois &iles en leur faveur. Mais cette situation n^en était pas moins périlleuse,, pour eux, pour leurs adver* saires et pour le pouvoir placé entre deux partis qui se disputaient les premières villes du royaiune ou y tenaient leurs garnisons.

L^édit de janvier prouve lui-^mème combien cette position était faîusse. Il défend au parti des Bourbons de créer des magistrats spéciaux, de fiaire des lois, des levées de troupes et d^impôts, des ligues offensives ou défensives.

Un parti auquel le pouvoir est obligé de faire de telles inhibitions est périlleux pour TElat, et le pouvoir qui ferait des concessions à une associa-

lioD da cette naiare donoerait à la nation le droit de le prendre en totelle. L^idit de janvier ne

renfermait pas de concession politique, il est Trai, mais Topinion considérait comme telle la concession religieuse, le droit de tenir des assemblées de culte, et elle s^en autorisa pour forcer la main à nn gouvernement incapaUe de réprimer par lui-même et d^ailleurs disposé à se laisser faire cette violence*

Catherine goûtait, en efiet, les conseils que lui avait donnés le duc de Guise, le premier guerrier de France, expirant victime d^un assassinat polî-> ticpie; c^était dVndormir le parti des Bourbons, pour le détacher de rAngletme et de rAlIemagne, et de Técraser ensuite.

Le gouvernement était dans Pembarras i Pégard de ce parti comme à Tégard de celui des Gm*ses. Les Bourbons étaient princes du sang, descendans de Saint-Louis ; les Guises étaient après eux les premiers seigneurs de la cour, entourés de la faveur populaire, d^une naissance aussi illustre que celle même de la dynastie régnante. Les anéantir comme partis, les uns et les antr^, était impossible, sans eela Catherine n^eât pas hésité. Les soumettre à la loi commune était difficile, quand il n^ avait pas de loi commune, et c|usnd les premiers corps de Pétat, par suite de la fermentation générale, faisaient défaut à la

' royauté comme les inslîtiilioiis. Ne pouvant ni

anéantir, ni soumettre, ni même exclure ensemble de$ affaires les Guises et les Bourbons, assez puissans les uns et les autres pour pouTOir sans cesse se dispi^ter les armes à la main Tinutile personm^ du roi, il ne restait à Catherine que d^opler. Elle opta dans les vues de Guise mou^ ranty précisément parce que, ce guerrier mort, die pouvait se débarrasser des Bourbons sans tom^ ber entre des mains plus violentes que les leurs. Le nouveau chef des Guises, Henri de Lor^ raine, n^aspirait encore, en ^bt, qu^à venger le sang de son père à Faide de Charles IX; il ne s^essayait pas à régner au lieu de Henri UL

Catherine fit aisément adopter à Charles IX un système qu^avait recommandé le conquérant de Calais, que venait de professer le duc d^Albe à Pentrevue de Rayonne, que comprenaient par^ iaitemeot quelques conseillers intimes de la régante et surtout son compatriote Henri de Birague. Aussi tout fut disposé pour Texécution.

L^Hôpital, qui veillait sur les lois et même sur le pouvoir, iut invité à se reposer de ses longues fatigues. Birague eut les sceaux. Coligny fut at-» tiré par la promesse d^un haut commandement, le roi de Navarre et Condé par les fttes d^nn mariage, et ce que la science profonde, ce que la puissance colossale du premier monarque de

rUnivers ne pouvait obtenir dans les Pays-Bas par les moyens les plus violens^ une répresiioD complète, on voulut Pobtenir en une secde nuit par un assassinai un peu général.

Le moyen était extrême. Il ne fîit pas noaveaB. II ne parnt pas étrange. Les remords qa^en eut Charles IX et qui le tuèrent attestent qu^à certaines époques de sa vie il valut mieux que son siècle et mieux que lui-même pris dansd^autres temps.

£n effet, Fassassinat était alors un moyen dont on ne rougissait pas* Les mauvaises doctrines de morale hésitaient un peu sur l^assassinat commis dans des vues particulières, mais elles.ne sourcillaient pas sur Passassinat commis au nom d^un principe, d^un parti, d^une cause générale. L^assassinat pour cause d'^état, pour cause de religion^ avait sa gloire et son martyre ; les amis de Passa»* sin célébraient ses vertus et sa mort , les amis de la victime seub le maudissaient avec horreur. Il faut faire connaître les mauvais temps avec tout ce qu^ils offrent d^iuconséquent et d^affreux* Voici quelques faits de cette époque. Le duc François de Guise assassiné par un ami des Bourbons, et le prince de Condé assassiné ou si Ton veut tué par un ami des Guises, furent des victimes ordinaires. Il y eut des assassinats proposés et des assassinats exécutés dans des vues plus élevées* Le duc Fra n çois de G uise , qui avait fiiit condamner amori

ni

le priaœ.de Gondé, mniîmm fitûpoiék frm-' çois II de tuer en personne AntoiDe de Navarre. Charles IX proposa au prince de Béarn de tuer le duc Henri de Guise. Le duc Henri de Guise pressa Henri III de tuer Henri de Navarre.

Henri III aux états de Blois fit assassiner sous ses yeux les deux princes de Lorraine. Dans Tannée même la Ligue fit assassiner Henri III à Saint- Cloud et prononcer dans les chaires de la religion le panégyrique du meurtrier. Et que de fins le poignard fut dirigé contre Henri IV !

I^a mort de ce grand prince parut enfin devoir fermer la lice ouverte avec line imprudence si coupable par la religion et la politique en faveur du crime ; elle parut faire maudire par tous les partis Taffreuse doctrine du régicide érigé en devoir, lorsque le propre fils du Béarnais, séduit à son tour par la théorie du crime pcditique, en profita pour faire assassiner le favori de sa mère, le maréchal d^ Ancre.

Le fait du 24 ^oûi fut donc considéré comme un système et trouvé si glorieux, que Charles IXf dans Texaltation du premier moment et voyant le bon effet qui était produit, en revendiqua tout rhonneur. Le Parlement de Paris, après Ten avoir, félicité, décréta bientôt une Âte pour perpétuer la mémoire du service qu'il avait rendu au pays. Cest que si, ailleurs, la religion ou l«i

politique seule avait revendiqué le privilège de 00 moyea ejLtvèma, ioi toutes deux s^uoissaient pour lusiifittr ee qn^on avait fini; car oo était persuadé que désormais tous les partis étaient nnéantist que du même coup on avait tué la Renaissance, la Réforme et la RéfNiUiqiie, qu^elles portaient dans leur sein.

Detoatcela il n^était rieD.Oa netoepasen mie nuit les doctrines de tout un siècle, ni les idées qui forment la vie morale ou politique d^une nation, d^une grande partie du monde. Cest ee que savaient ces hommes supérieurs qu^on dédaignait d^eotendrcv que Ton renvoyait des affaires^ et que Ton soupçonnait au même degré d^éréaie politique et religieuse. Ën effet, si Catherine de MédiciSf en suivant les doctrines que Machiavel avait arrangées pour* un antre Médicis et dont Gbarles-Quint et Philippe II avaient fait leur système de gouvernement, trouva de vives sympa-* thies auprès des Birague, des Guises et du mauvais peuple , jamais la nation , mieux représentée par les VHôpital, les Bodin, les Pasquier, les Montât* gne, les de Thou et une foule de membres du Parlement, de rUniversilé, de Tépiscopat, de Parmée, ne transigea avec le crime ni Pastoce. Quelles nobles protestations ils opposèrent au système du a4 août! AiUeim aussi il y eut des jours néfssiee dans Pbisloire des peuples ^ trouve-t-on ailleurs

d^auflsi belles paroles que celles du vicouUe d^Or* the, de FévAque de Lisienz, de phisieais antres .

prélats et gouverneurs de provinces ? Est-il pour le courage simple et grave rien au-nlessus du langage de L^Hôpital prenant congé de Catherine et de Charles IX9 et les conjurant d^embrasser du moins la première occasion de donner la paix à la France, quand ils auraient saoulé et rassasié leur cœur et leur soif du sang leurs sujets ?

Ces sentimens n^étaient professés encore que par une faible minorité, mais ils en brillaient davantage. Ils avaient Tavenir pour eux. Ils avaient pour eux le plus grand homme de Tépoque, le prince qui devait un jour les faire asseoir sur le to*ône et pénétrer dans la chaumière.

Ce prince les professa dès le lendemain dn ^4 août. Quand la mauvaise majorité du Parle* ment eut félicité Charles IX et décrété une ftte de commémoration, elle voulut, elle aussi, se signaler par un service rendu au pays; elle voulut compléter le système de répression. Charles avait épargné ses parens, Navarre et Condé; maïs il leur avait dicté des conditions qui inquiétaient leurs consciences, Condé s^était échappé, Navarre avait échoué dans ses projets de fuite. Le Parlement, résolu de lui faire un mauvais parti, lui dépêcha Birague et quelques conseillers pour Finterroger. Mais alors on vit tout-à-coup, à côté

d\ine royauté avilie sur le trône, mie royauté

éclatante de grandeur dans la captivité. Henrii nous venons de le direi était rhomme da siècle» Pélève de la Renaissance, le disciple de César et de Plutarque* Mieux que les premiers magistrats du royaume il savait ce que c^est qu^un roi, et ni Saint-Louis son Meml , ni Louis XVI ^on petitlils, Tun captif des Sarrasins, Tautre captif de ses sujets, n^ont eu de plus hautes inspirations que le jeune roi de Navarre aux prises avec les justiciers d^une politique infâme. « Je suis roi, dit-il à ses interrogateurs, je n^ai rien à tous répondre et ne souillerai pas mon titre en subissant vos interrogatoires. Mes amis ont été égorgés sous mes yeux ; j^ai voulu fuir, mais je n^ai point de complices. Je donne des ordres A des serviteurs, je ne séduis et ne trahis personne. Continues vos procédures, je prends aucune part, et le Parlement de Paris doit t réfléchir avant de faire le procxs A m roi. I»

Dans ce langage se révèle toute la supériorité d^un système sur un autre, et ce langage frappa de stupeur les prétendus juges du chef des Bourbons ; il prouva une fois de plus Pascendant que Phomme d^honneur et de génie, aux époques de crimes et d^erreurs, exerce sur la multitude, haut ou bas placée.

Si le remords qui bientôt vint accabler Char-

es IX dévorait plus tôt la proie qui lui était échue; ii Henri III ne parvenait pas à s^échapper de Po-* ogoe ; si le duc d^Alençon terminait un peu plus trite uoe cairière tissue d^intrîgoes, de rebellions et ie sollicitations de couronnes, Henri de Navarre, ^ui comprenait à la fois les doctrines anciennes et les nouvelles, et qui trouvait en Ini la force de faire leur part aux unes et aux autres, de poser au milieu déciles un puissant système de conciliatîim, épargnait au pays la plus affreuse de ses guerres civiles. 11 lui épargnait le règne le plus honteux de rhistoire de France, ce règne où il n^ ent.plus de principes, plus de doctrines, plus d^institutions ; ce règne où tout le monde fût le maître de tout faire à Texception du souverain; ce règne où les Guises, les Ligueurs et les agens de TËspagne disputaient aux criminelles faiblesses d^une Italienne et à celles de son fils, roi de France, le pays des plus douces mœurs et des plus hautes lumières changé par eux en une terre d^ignorance,'de scandale et d^assassinat.

En place du progrès pacifique qu'*eât établi le jeune élève de Plutarque, Henri 111 essaya de suivre la répression la plus violente. L^empereur Ferdinand, qui lui avait prodigué ses conseils à Vienne ; les politiques ou le parti modéré qui lui avaient présenté les leurs dès son arrivée en France, voulaient la conciliation. Henri préféra Tavis

de ministres aveuglés et corrompus par les plus maaraises doctrines de Tépoque. Dans ses oreilles relentissaient encore ces paroles de liberté légale dont un noble Polonais, en lui offrant la couroDoe du pays, avait accompagné la lecture du serment royal : Si ifoir 4UKABis, non ibonabis. Henri ne voulait pas être lié encore en France comme il Tavait été en Pologne; il voulait ré* gner absolu, élevé aa*dessna des lois; il le dira lui-même aux états de Blois.

Mais le système de Philippe II était uo trop lourd fardeau pour de telles épaules. Il y a plus, quelque système qu'^eût embrassé Henri, il était incapable de rappliquer. Cétait un de ces rois que la Providence donne aux peuples pour leur châtiment. Il suffit à Catherine, pour qui Tin tri— gue était la vie, qu^elle le vit se rapprocher des Guises pour qu^elle favorisât les Bourbons et leur fit accorder dians Tédit de ±&j6 les conditions les plus avantageuses qu'*eât jamais obtenues leur parti. Telles furent ces conditions, qu^elles produisirent dans le parti contraire le degré d^irritation nécessaire pour soumettre aux conseils d^'ane mère ambitieuse la faiblesse d^un prince abruti par tous les genres d^exeès.

En effet, lorsque par les faveurs de cet édit la princesse eut amené le parti des Guises à prendre pour 1« couronne la lésolution la plus funeste,

ce)le de faird tfiompher le système' de réprésiion en dépit dlelley de réunir en une seule, d^organi ser fortement les Domlureiises ftdëretions qui déjà enveloppaient le pays et de se constituer Sainte-* X«igue sous la protection de Rome et au besoin contre le roi lai-même^ Gadierine reprit tont son empire. Mais du moment où se posa de cette sorte un. second État dans FÉtat^ où un parti plue paissant que le roi prodama un système>autre que celui du pouvoir, jusqu^à Tépoque où Hepuri IV monta sur un trône ai chancelant ai ayili , il eut plus ni doctrine ni gouverne-^ ment en France ^ il n^ eut plus que de Tanar^ (diie, que des partis^ des passions^ des yiolenees.

Le pouvoir eut aussitôt Tinstinct du danger eu il se tiH>U¥ait> et: pour en sortir, il couToqaa .8Uivle><|iaaip les états-généranx. Ui ae riunireiit k Blj^is Tan iSjô* - ; La*. assemUées nationales n^apportent point de forée aux pouToirs faibles; elles les tuent quelquefois^ elles ne les fortifient jamais ; elles ne sont utilea aux gonyemeaciens: qs^aiitant qu^^les sont puissamment dirigées par eux et quMIs se trouvent dans La position de s^en passer. Aux potivemmbarraisés, Cotiile monde crie la«^le du jeu. Qui est ruiné se relire. Les états de 1676 ne tuèrent pas le gouvemementi, ils se bornèrent à le leilser choir. >

ans s^étaient écoulés depuis les derniers états, ceux d^OriéaDS, que L^Hôpilal avait dirigés «yec tant de grandeur et d^adresse* Depuis cette époque la nation, on le voit dans un ouvrage de doctrines dont nous allons parler, avait fait un pas immense. Ses états-généraux étaient donc plus difficiles a diriger, et pourtant le gouvernement n^eut personne pour les conduire. Il «Y trouva un savant jurisconsulte, m homme de théorie, Bodin, Fauteur des six livres de la Chose Publique, politique que Ton a considéré comme le précurseur de Bacon et en quelque sorte de Montesquieu. Mais ce politique-philosophe, le pouvoir, en lui refusant une simple |^oe de maître des requêtes qu^il sollicitait, avait eu la maladresse de le jeter dans Popposilion. Ët quels services Bodin admis aux affisîres eût rendus eu roi qu'il aimait, au pays qu'il juge^iit mieux que personne, au ministère et aux grands corps de rfitat qu^eât éclairés la supériorité de sa seiénce! Entre les partis extrêmes Bodin tenait une ligne admirable de raison* Tout ce que les antiques institutions du pays, tout ce que les doctrines de la Renaissance, littéraire, politique et religieuse, pouvaient répandre de lumières sur les questions de gouvernement, il le savait ; car il accueillait le progrès du temps avec un jugçment sain et pur, et le premier il posa en France ce pritictjpe dont

déjà nous avons parlé ailleurs % que les rois skM encore plus que leurs sujets soumis aux lois de droit divin et à celles de droit naturel ; principe qui fonda en politique , une ère Douvelle, celle d^une moralité également sacrée pour les peuples et les gouvernemeus j principe qui , d'une manière péremptoire, renversa cette théorie d^absolutisme* royal qu^avait posée Machiavel et dont Philippe II et même Henri III prétendaient tirer leur supériorité sur la loi elle-même.

Sans doute les rois pouvaient distinguer, se soumettre aux lois de Dieu et à celles du droit naturel, et n^affscter de supériorité que sur celles qui émanaient de leur volonté. Mais dans ce cas les peuples distinguaient aussi. Ou les lois du prince sont conformes à celles de Dieu et du droit naturel, et dans ce cas elles sont obligatoires pour . les rois comme pour les dations ; ou elles n^y sont pas conformes, et dans ce cas elles ne sont obligatoires pour personne. Tel était le dilemme qui sortait du nouveau principe de Bodin.

Bodin y ajoutait la théorie de la liberté de conscience, qui devait marquer à son tour une nou^ ▼elle ère dans les institutions comme dans les doctrines du pays.

La sainteté des traités, inconnue à une époque

• Foy€z ci-desso».

où les gouvernemens tiraient vanité de leur mauvaisefoi ; Tioviolabilitédela fbriiinepriFée,dédaignée dans des temps oh Tari de régner était, suivant Philippe II, Fart de tirer le lait de la mamelle sans faire sortir le sang; l'illégalité de tout impôt non consenti parla nation, doctrine étrange dans un siècle où Tadministration desfinaDceSf diaprés les paroles de L^Hôpital, n^était que Part de dépouiller d'abord le peuple et puis le souverain : tous ces principes et toutes ces innovations étaient proclamés par Bodin avec la même netteté.

D^un autre côté, le célèbre député traçait avec une grande vigueur les devoirs des nations, et par cette position complète il se distinguait du simple chef de parti et se caractérisait comme véritable homme d^état.

On agitait alors plus que jamais, et en France plus qu^ailleurs, la question de la déposition des princes* Plusieurs princes avaient été expulsés de leurs états 9 pour cause dUafidélité aux lois et de violation des privilèges du pajs*.

Depuis que la politique de TEspagne et Tarnbition des Guises conspirait sous le manteau de la religion la déposition des Valois et Texclusion des Bourbons, on enseignait non-seulement la doctrine du régicide, on répaisdait celle de la dé-

* Foyei ct'dessus l'opinion de Luther sur Cbrisiieru il.

position pour cause d^impiété ou d^érésie. Cette question , Bodîn Tnborda avec franchise et vigueur. Dans aucun cas il n^accorda aux sujets le droit de déposer leur souverain, fât-il même un tyran. Ce droit à ses yeux était Tanéantissement de Tordre social. Un seul est juge des rois^ c'est Dieu qui les établit. A cette règle il n'est qu'une exception, c'est le cas où des princes voisins s'uniraient pour déposer un souverain qu^ils jugeraient indigne de son rang*. Mais des sujets dressant un acte d'accusation et prononçant une sentenee contre le monarque, dit-il, ressembleraient à des domestiques faisant le procès à leur maître, à des cliens qui condamneraient leur patron. Il est sans doute beaucoup de despotes; mais que de princes innocens périraient sous* la hache, s'il était loisible aux peuples de s'en constituer les juges !

Dans son zèle pour la monarchie Bodin va jusqu'à confondre les droits du roi de France avec ceux des princes les plus absolus. La monarchie et le despotisme ont pour lui le même principe, la même légitimité^.

QwfidûmmÊdÛÊiqBtmàÊméimmmk imiai poMal» ecm* slittiUi, qaaUs esIFianeoniiii, Hispanoram» Scotomm, Taicwan, Tartaronim..., ibi regts aine controvenia Jura omnU qiajastatb liabnic.

Tel était rhoinme que dédaigna le gouver* nemenl et qo^il jeta dans ToppositioD. Aux états de Blois, Bodin fut fidèle à ses doctrines. Ne pouyant, loin du pouToir^ empêcher la coaronne de présenter de maavais projets de lois, il combattit ceux qui furent présentés. Cétait surtout le retrait des édits de pacification, qni avaient fermé pour un instant la plus grande plaie de Tépoque et que la peur seule engageait la cour à vouloir retirer; c^était ensuite la propositioii de déléguer à une commission permanente de députés les pouvoirs des états-générauZ| proposition qui tendait à la fois à Panéantissement dfi ces derniers et à la ruine des prétentions politiques du Parlement de Paris, mais qui dans les circonstances où se trouvait le pays et avec la majorité que les Guises avaient a leur disposition, n^eût firappé de mort que le gouvememeni luimême.

Bodin, osant faire un pas de plus, mettant la main à Toeuvre au lieu dVm pêcher simplement les ministre d'élever un mauvais édiiice, convertissant le projet d'Anne délégation permanente des états en un projet de représentation permanente des trois ordres, dotant la France des institutions de TAngleterre on de celles de la Suède, qu'ion commençait à voir avec quelque envie, prenait une place glorieuse dans rhistoircy -et

rendait encore plus de services à la rojauté qu^aa pays.

£n effet, ce qui sans cesse troublait TÉtat, c^é« tait Pinconséquence de la cour, qui prétendait siiiTre un système d^absolutisme et de vigueur, non -seulement eu Fabsence de toute doctrine positive sur les droits de la royauté, ceux des parlemens, du clergé, de la noblesse , des communes et des étatsrgénéraux, mais en Fabsence de tonte institution qui donnât fon;e prépondérante au pouvoir. Ni Faraiée, ni la justicci ni le ministère, ni la police n^étaient organisés pour cette monarchie absolue qu^on rêvait. Pour une monarchie de cette nature ni le clergé, ni la noblesse, ni le tiers-états, ni le Parlement, ni FUniversilé, ni les fonctionnaires de FÉtat n^étaient a leur place. Au contraire, en Fabsence d^une loi forte et précise pour tous, toute ville , tout bailliage, toute espèce d^agrégation se constituait corps politique. Quand le Parlement de Paris disputait à la royauté quelques-unes des prérogatives fondamentales du pouvoir de faire des lois; quand nne petite place de Picardie pouvait se poser centre d\ine association embrassant la France, et qu^un commandant de province pouvait se maintenir gouverneur du Dauphiaé eu

dépit du moDarque\ songer au gouTeroemenl

absolu était rêver une absurdité.

Régner était dans ces temps se trouver le {dus fort ou le plus faible, suivant les circonstances.

Dans celle contradiction profonde entre T ambition florentine ou castillane de la dynastie, et tes vieilles institutions du pays, était toute la question de Tépoque; et loin de poursuivre ses chimères, la couronne plusdairvojante, mieux conseillée^ eût senti, dans les conjonctures nouvelles et au milieu des nouvelles lumières, la nécessité de constituer rétat par des lois également obligatoires pour la royauté et la nation. Chose remarquable^ c^était la dynastie qui, par sa profonde incapacité, maintenait la faiblesse de la couronne^ le vieux chaos, Tabsence de toute sorte d^institutions; c^était, au contraire, le progrès établi dans le sein du peuple, qui demandait des lois puissantes, des lois pofMilaires et nationales sans doute, mais des 'institutions essentiellement monarchiques encore.

La royauté^ qui rejetait des dons offisrts par une main suspecte et préférait Parbitraire h toute espèce de charte qui Teût soumise à des lois; la loyauté, qui se disait si follement au-dessus de

^ Lesdiguières eut ce pouvoir même sous Hean IV.

celtes du royaume*, n^élait pas seule de son avis^

opposée a toute espèce de législation constiluante. Les grands corps de TËtat pensaient conuM elle à cet égard ; aucun n^eùt roulud^une constitution qui réglât les rapports des divers élémens de la nation; chacun savait bien qu^il serait obligé d^apporter à la loi commune le sacrifice de quelques-unes de ses prétentions, si ce n^est de quelques-unes de ses attributions réelles^ Aux états de Blois Bodin n^eut, pas plus que dans ses ouvrages, Tidee de proposer une constitution ; il le savait, toute proposition de cette nature eût été mal accueillie. Non-seulement cette doctrine toute moderne, que la nation représen'^ tée par ses dépuiés a le droit de se donner une loi organifuef était encore une hérésie à cette époque; mais en général, aux états de i57£, une majorité dévouée aux Guises réclamait le main<tien de tout ce qui était et la répression de tout ce qui demandait à s^étaUir* Conseillée par les politiques, la royauté penchait pour un système de transaction, mais dominée par la majorité, elle n^eut pas la force de suivre ce système; au contraire, pour être certain de marcher dans ic sens de la Ligue, Henri III se mît en tutelle^

* Ko/M ei-deiioiis le discours de Henri 111 aui élaU de Blols, iSSS.

c^est-à-»dire qu^il entra dans rassociation de Péroime, insurcdioii organisée contre son tréne.

On a blàmé cette résolutioD, et de la part d^ua prince incapaUe de saine on système qoelcim^ que, tout est blâmable. Mais dans la situation o& se trouvait le roi de France il lui fallait dissoudre la Ligne ou Tétouffer en Fembrassant. Si Henri y entrait avec les moyens de la dominer, il avait raison d^y entrer. N^étant pas assez fort pour réussir dans ce dessein^ il avait tort, et dans ce ce cas l'unique parti qu'il pût prendre, était de tirer Tépée contre les Guises, de se jeter dans les bras des Bourbons, sauf à combattre ces derniers après avoir anéanti par eux ses plus dangereux ennemis. Mais un parti si décisif était an-dessns de ses forces. lien prit un plus facile; mais en se donnant à la Ligue, pour s'en laisser absorber, il fit deux fautes : d'abord, par sa présence, il sanctionna l'insurrection; ensuite, par sa faiblesse, il la mit sur la voie de faire une révolution complète.

En effist, le rôle qu'il joua fit mûrir avec une grande rapidité la résolution, qui déjà perçait de toutes parts, d'en finir avec une dynastie qui n^était plus qu'un embarras pour Topinion de la majorité nationale.

Et y chose singulière, au moment où le parti des vieilles doctrines arrivait à cette idée, le parti contraire s'apercevait à son tour que sa canse per-

dait à se coofondre sans cesse avec celle des^Bourbons; qa^anepureqneslioii de foi oa de progrès dans les doctrines n^avait au fond rien de comniun avec une question de dynastie et une rivalité de cour ; qa^en se séparant des factieux, on ferait peut--êlre tolérer la Réforme.

Ces idées qui fermentaient dans quelques tètes ne reçurent pourtant aucune exécution. Les Bourbons étaient aussi nécessaires aux nouvelles doctrines que les Valois étaient embarrassans pour les anciennes. Pour les villes attachées à la Réforme, les Bourbons formaient Tunique centre possible d^agrégation; les Valois, au contraire , moins ardens que les Guises, n^étaient pour celles qui avaient embrassé la Ligue qn^un élément de «discorde, qu^un ennemi dans la place. Aussi cette puissante association se hàta-t-elle au même de^ gré de se débarrasser des Valois, qui ne voulaient pas franchement du système de répression, et des Bourbons qui favorisaient ouvertement la Renaissance, la Réibrme et tout le système du progrès.

La Ligue s^attaqua du même coup aux uns et aux autres» Elle chassa Henri III de sa capitale,

en y installant le duc de Guise, et lui fit signer à Rotien, en lui montrant à la hauteur du Havre Parmée espagnole qui se rendait aux Pays-Bas pour>i y soutenir le système de répression , un

traité appelé VédiitPUnùmj qui était le triomphe de Tassociatioa de Féroooe et celui de doc- ^ioe.

Ed effet, une faction quW eût dû anéantir au nom des plus simples notions de gouvemensent, osa demander À Henri III et en obtint rexclosion des Bourbons de la couronne, la concession d'un certain nombre de places Jbrtes^ la poblicatioo du concile de Trente , Fextirpation de tout nb parti religieuxi et la vente réelle et définitive des biens appartenant aux amis des nouvelles doc* trines *.

Mais Taudace d^un sujet qui chassait son roi, régarement d^un peuple qui partout Tocifièrait la déchéance de la dynastie régnante, et la tumultueuse pubhcation d^un traité qui changeait rordre de succession i la-couronne, étaient trois faits graves, trois séditions, sinon trois révolutions complètes. Ces trois faits mettaient le royaume dans une de ces situations où il y avait pour le pouvoir nécessité de consulter le pays. Les états furent convoqués à Blois^ i588.

Douze ans s^étaient écoulés depuis la dernière assemblée de ce genre, et le pays avait fait de nouveaux progrès; on le voit par les doctrines de

* Foyêt le texte de ce Traité dam les Mémoire de la Ligne, t U, ]). S68.

quelques députés qui se rendireut à filoiSf el par quelques opinions qui j furent émises.

Deux hommes de progrès y parurent, Etienne Pasqnier, le plus saranl des jurisconsultes, versé particulièrement dans les anciennes doctrines du pays, et Michel de Montaigne, le plus grand des philosophes, Thommede son temps qui avait le plus vu et le mieux vu, le plus étudié et le mieux r^fléchi^ c^étaieat,.en un mot, le moraUste le plus sceptique et le politique le plus indépendant de Tépoque.

De ces deux éminens personnages,* le second sWcnpa peu de politique active, et ce sera ail-leurs, que nous parlerons plus particulièrement de ses doctrines; le premier doit fixer un instant notre attention spéciale. Ses opinions sont remai^ quables. On les trouve dans un petit traité intitulé le Pourparler ou VEniretien du Prince^ qui est une sorte de pendant ou de réfutation indirecte d^un plus célèbre ouvrage publié sous le même titre, et qui, miroir fidèle du temps, ed réfléchit d^.une manière piquante les doctrines les plus curieuses.

Non-seulement on y voit que les questions de politique générale se traitaient à cette époque avec une entière liberté, mais on remarque que celle de la république et des avantages qu^elle peut offrir sur d^autres formes de gouvernement

est abordée elle-même sans aucune hésitation *.

Ce qu^oQ voit avec plus de plaisir encore, c^est que, d^on côlé, les utopies de U Renaissance commençaient à tomber , et que, d^un autre côté, les théories de Florenoe étaient appréciées comme elles le méritaient,

£n effet, dans ce curieux traité se produisent successivement quatre doctrines diffifarenles qui représentent parfaitement les bonnes et les mauvaises écoles du temps.

Cest d^abord un classique,. F&cofier, qui trace son système ou son utopie, et dont la conclusion est, qu?un prince qui veut éterniser soo empire, n^a rien de mieux à faire divoaer le meilleur de son temps aux sciences et aux bort' nés lettres.

Philosophe^ qui expose à son tour sa doctrine, veut qu^avant tout le prince contemple soo égalité naturelle avec sessigets, les chances etles hasards de lu vie. « Ainsi qu"*Agathocles, dit-il, les » princesse souviendi*ont qu^ils sont fils de potier I» et non bâtis d^autre matière cpe nous; alors w n^entreprendront guerres enmin ou pour légè^ » res inductions^ ne seront à l'estroà d'argent^ ne > sutiUzeront cent mille m^eniions tm desemat' » tage du peuple. ^

*lf9%. 58.

Le Courtisan se moque des doctrines classiques de Fesccdier et de celles du philosophe; il en établît de bien différentes. Les lellres tuent les républiques, dit-il ; les princes ne les aiment, ainsi «pic les gens de lettres, que pour la montre. Ce sont les armes et la force qui soutiennent les empires. Les lettres ne sauraient les empêcher de tomber, la ' philosophie ne saurait consoler les princes dans leur chute. La principale philosophie que doit avoir nn prince est sa prcmàtUm et . sa grandeur. Les rois ne sont pas nés pour les peuples, mais les peuples pour les rois. Les lois n^ont pour but qne de mettre les sujets sous le joug et faire gaigner toujours^ petit à petit^ quelque avantage sur eux* Les grans seigneurs espuùeni l'argent de hur peuple, sans mutinerie ou esclan^ dre^ que sous la couverture d'une loy. Il ne faut balancer le juste et Pùyuste qu'au poix seulement de VuiiUté qui en vient.

Enfin, le Po/z/ic vient. combattre à son tour, VEscoUer^ le Philosophe et le Courtisan. Et ici roii' rencontre les plus belles doctrines de gouvernement, et peut-être les vérités les plus dures à entendre pour une cour livrée au système bâtard de Florence et de Madrid. La loi est un moyen d^ absolutisme , avait dit le courtisan* Elle est sous la tutelle des magistrats, dit le politique; et il ajoute qu^en France on peint les

rois tenant la main de justice dam la droite, le

sceptre n^étant que dans la gauche. Le citoyen est sujet au magistrat; le magistrat, k la loi. Lie roi n'est que le magistrat suprême. Ce sont les armes qui soutiennent, ce sont les lettres qui font périr les républiques , a dit le courtisan. Non, dit le politique. 11 y a deux causes qui font tomber les rois et les empires } la première est la violence, quand par une farce ouverte on tient un peuple en servitude^ Fautre est la manière toujours pratiquée par les tyrans, quand le bien public est du tout rapporté au profit particulier d\m seul. C'est lorsque les rois rapportent tout à eux qu'ils peu* sent être plus grands; c^est précisément alors qu'ils sont plus petits.

A ces doctrines si justes et si nationales en France, Pasquier ajoute quelques exemples tirés de rhistoire du pays, afin de faire voirque toujours elles ont été maintenues, qu^on a cherché quel-> quefois à les violer, qu'il y a eu quelques mauvais princes, mais que, même sous Louis XI, il s^est trouvé un La Vacquerie, fort de la loi et des droits du peuple, et prêt à mourir avec une résistance généreuse, plutôt que de sacrifier lâchement les libertés publiques aux envahissemens d'un seul.

Tel fut aux états de Blois le plus célèbre des collègues de Montaigne , telles étaient les doctri-

nés que prafessaient alors les politiques. Mais ces

doctrines, Pasquier n'eut pas ocpasion de les produire.

Nous avons dit que des opinions hardies furent émises à filois. L'émancipaiion politique du pay s , rassimilalion des état»«généraox aux chatn-» bres d^Augleterre y fut agitée confidentiellement, sinon discutée en séance publique. Certains députés, c'^est Pasquier qui nous Tapprend, allèrent jnsqn'^à dire : « A quoi servira cette assemblée , si les remèdes pour restaurer la France que nous présentons en nos cahiers ne sont publiés, ainsi que nous le résoudrons, mpm neny changer?

Ne sont-ce pas les états qui ont donné aux rois Tautorité et le pouvoir qu^ils ont? Pourquoi donc faut-il que ce que nous adviserons et arrêterons en cette assemblée, soit contreroUé par le conseil du roi ? Le parlement d^Angleterre, lé» états de Suède, ceux de Pologne étant assemblés, ce qo^ils accordent et arrêtent , leors rois sont forcés de le faire observer sans y rien changer. Pourquoi les Français n^auront-*ilspas pareil pri- ▼ilége ?..• Et s^il faut que nos cahiers passent au conseil privé du roi, il y devrait au moins assister un certain nombre de députés de chaque ordre Certes, des opinions si avancées et des bom-

* Voyez Pthna Gayet, Crfaon. Sept, édition Pttîtot, U I, p. &54.

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mes si courageux semblaient devoir aller loin.

Mais d^abord,.ces hommes si courageux n'hélaient que des séditieux, des LÊgneors, et ces opinions qui paraissent si avancées n^étaient que des doctrines de révolte : les Ligueurs seuls les profiessaîent. Ensuite ce ne fut pas entre les députés de la nation que se décidèrent les questions pendantes , les Etats de Blois ne furent qu^un duel entre Henri III et le duc de Guise.

Entre ces deux personnages qui ne pouvaient plus désormais se tolérer Fun Tautre sur le même sol, la guerre ne devait être qu^une guerre à mort , et tout le monde semblait croire la déûûte du roi certaine. Cependant aux états de Blots ks premiers et les. derniers coups, et les plus vigoureuxy furent portés par le fSuble Valois dont on annonçait la prochaine déchéance*. Dans le discours d^ouverture qu^il prononça, il se posa, nonseulement pour la doctrine, Fémule du plus fier monarque de ces temps, de Philippe II ; il s* y posa maître et résolu^d^en finir avec tous les factieux.

Voici la partie saillante de ce discours jeté si hardiment à la tête d^une assemblée hostile, du duc de Guise et de sa majorité :

« Cette tenue des états est un remède pour guérir, avec les bons conseils des sujets et la sainte résolution du prince, les maladies que le long espace de temps et la négligente observa-

tûm des ordmiDances du royaume jr ont laisié prendre pied^, et pour raffirndr la légitime mi**

torité du soui^raki , plutôt que de l'ébranler de la diminuer^ ainsi qu^aucuns mal anHsés^ ou pleins de mauvaise volonté , le voudraient faire accroire.

» Je n^ai point de remords en ma conseienoe

des brigues ou menées que j^ai faites, et je vous en appelle tous à témoins pour m^en faire rougir^ comme le mériterait quiconque aurait usé d^une si indigne façon que d'avoir voulu Jàire couler clans nos cahiers des articles plus prçpres àtrour- Uer cet Etat qu^à bu proamr ce qui bti est utile*

«>Puisqite.fai cette satisfaction en nH»-raéme, et qu'ail ne me peut être imputé autrement, gra- ¥ez-le en vos esprits et discemesL ce que je mérite d^avec ceux, sitaniy en a^ qui eussent procédé diantre sorte; et notez que ce qui part de mes intentions ne peut être reconnu ni attribué par qui que ee soit, pour me vouloir autoriser contre la nation : car je suis votre roi donné de Dieu^ et suis seul qui le puis véritablement et légitimement dire. .

» Favorisez donc , je vous en prie ^ mes bons sujets, ma droite intention qui ne tend qu^à ùite reluire de plus en plus la gloire de Dieu et de uotre sainte religion catholiquei apostolique et I. a6

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romaine^ à eiUr(>er Thérésie eu tout ce royaume^ j rétablir bon ordre et booue rè^, aoubiger mon pauvre peuple oppressé, et relever inonanb-* larité abaù&ée ùtfustement»

» Je vous aasure bien que fourmi teUemeni Vœil sur ceux qui me sentiront à Va^fenirj que mon bonheur en sera accru et mon Etat restauré au contentement de tous les gens de bien, et lorpera ceux qui ont mis leur affection en autre en^ droit qu'au mien^ de rÊConnaitre leur erreur.

» Le9 témoignages sont assez notoires de qud zèle et boa pied j^ai toujours marché à Textirpaiion des hérétiques; à quoi j^expoaerai plus que jamais ma vie, jusques h une mort certaine, s^îl en est besoin, n* étant point de plus superbe tombeau où je puisse ^'enseuelir que dms les ruines de Vhérésie. La réunion de tous mes sujets catholiques, par le saint édit que j^ai depuis peu de mois fait *, a asseï témoigné que rien n^a en plus de force en mon âme que de voir Dieu seul honoré, révéré et servi dans mon royaume. »

Puis Henri III ayant recommandé «c Tenriobissement des arts et des sciences , le règlement du commerce I le retranchement .des superfiottés et do luxe, et la taxation des marchandises, qui étaient montées à. un prix excessif, continue ainsi :

* Edit d'Union.

«r La juste crainte que toos auriez de tomber après ma mort sous la domination d^un roi hérétique, s^ili.adTenait que Dieu nous forlunât tant €[ue de ne me donner mâle lignée, n^e8t pas plus enracinée ^dans vos cœurs que dans le mieUc

» Cest pourquoi j^ai fut quasi principalement mon saint édit d^Union, et pour abolir cette damnable hérésie, lequel, encore que le j^ai juré trèssaintement et solenneHement, je suis d'avis, poui? le rendre plus stable, que nous en fassions une loi fondamentale du ipyaume, et qu^à ce prochain jour de mardi, en ce même lien et en Cette même notable assemblée de tous mes états, nous le jurions tous, à ce que jamais nul i|^en pré-« tende cause d^'gnorance.

» Par mon saint édit d^Union, toutes autres li" gues que sous mm mOorUé ne se doii^enê souffrir. Ni Dieu, ni le devoir ne le permettent; car toutes ligues, associations, pratiques, menées, intelligences, levée d'hmnmes et d^argent, tant dedans que dehors le royaume, sont actes de roi , et en toute monarchie bien ordonnée , c^est crime de lèsennajesté satis la permission du seuveiain. *

te Aucuns grcmds de mon royaume ont fait telles ligues et dissociations* : mais, témoignant ma bonté accoutumée, je veux bien mettre sous. le

* Désignation du da« d» Guiioi • . ' a, ,

pied| pour, ce regard, tout le passé; déclarant dès i^^-présent et poor PaTenir atteints et conraiQ*

eus de crime de Use-majesté ceux de mes sujets qni ne s'^en départiraient pas, on qui j tremperaient sans mon aveu ; cVst en quoi je m^assure que vous ferez reluire votre fidélité.

» Je Teox me lier par serment solennel sur les saints Evangiles, d^observer toutes les choses que j^aurai arrêtées en ces états, comme lois sacrées ^ êonstne riseri^eràmcd^mémelalicmce dem^en départir à V avenir^ pour quelque cause, prétexte ou occasion que ce soit.

» Que s'il semble qu^en ce fiuaant^ je mesow^ mette trop volontairement aux lois dont je suis Pautearf et qui me tUspeg^eent elles-mêmes ele leur empire*^ et que par ce mojen je rende la dignité royale aucunement plus bornée et limitée que mes prédécesseurs, c'est en quoi la généra^ sité d'un bon prince se cmmoû. Ce me suffira de répondre ce que dit ce roi à qui on remontrait qu^il laisserait la royanté moindre k ses succès-* seurs qu'il ne Tarait reçue de ses pères i Je la lairrai beaucoup plus durable et plus assurée.

» Pour finir mon discours, après ttwnr usé de

* Ccst ici le langage de Gharles-Quint et de Philippe II, qui veulent bien se soumettre aux lois pour donner de bons exemples, nais qui se déclarent SDpériears à tontes les lois*

VamÊorki et èn commandement je viendrai aux

exhortations et aux prières, et vous conjurerai par toute la révérence que vous devez à Dieu, de vous unir et rallier à moi pour combattre les discordes et la corruption de cet Etat, par votre intégrité et votre diligence, bannissant toutes pensées contraires, et apportant, à mon exemple, que le seul désir du salut universel.

M Si vous en usez autrement, vous serez comblés de malédictions, vous imprimerez une tache d*itifamie perpétuelle à votre mémoire* \ et moi je prendrai à témoin le ciel et la terre , qu^il n^aura point tenu à mon soin ni à ma diligence que les désordres de ce royaume niaient été réformés, mais que vous avez abitndonné ' votre prince légitime en une si sainte et si louable action.

• ' » Et finalement vous ajournerai à comparaître au dernier jour devant le Juge des juges, là où les intentions et les passions se verront à découvert, là où les masques des artifices et des dissi^ mutations seront levés^ p<mr receçfoir la punition de votre désobéissance mwers votre roij et de vo* tre peu de générosité et loyauté envers son Etat, u Jkf Dieu ne plaise; que je le croie, mais plu-

' * Il faut se rappeler, pour apprécnr ce pwsage, que Henri lU

tôt, qoe vous vùuàk J gouveiiiem coomie je me le promets de vos prad^omié, aflbclion et fidélité, et vous ferez œuvre agréable è Dieu et à votre roi, vous serez bénis de tout le inonde, et acquerrez la réputation de conservateurs de votre pa^ trie* »

Ce discours fut couvert d^applaudissemens

de parade; il en eût mérité de sincères : c^était un noble langage ; il fut stérile néanmoins. Le pauvre roi de France, qui le destinait à tous ses sujets et qui déjà Tavait transoûs à son imprimeur pour en faire tirer des milliers d^exem** plaires, n^eut pas même le pouvoir de le faire paraître tel qu^il Tavait prononcé. Le duc de Guise lui en fit retrancher ce qui le désignait trop clairement à la colère du pays.

Prononcée devant des députés véritables, une fMurtie de la harangue de Henri eût rencontré une vive opposition, puisqu'elle était d'un absolutisme hors de cours ; jetée en forme de défi au chef de parti qui commandait à une majorité hostile , elle fut nécessairement un brandon de ^liscorde.

La discorde éclata bientôt. Nous Pavons dit, la majorité était contraire au dernier des Valois. Comme la Ligue, eUe ne demandait pas mieux

que de lui arracher la couronne pour la poser sur un autre front. Sur cent quatre-vingt-onze

mraAbref du limitât , cent cioquante portaient

la double croix blanche. Parmi les cent quatre^ vmgts diputiii de la noblesse^ il se trouvail quelques royalistes sincères et un certain nombre de politiques f mais le clergé était à-peu-près tout entier dévoué au duc de Guise, qui au moyeu de la Ligu^ avait soigné les élections à tous les degrés.

On le sait, elles étaient alors a deux degrés. Elles se faisaient par sénéchaussée où bailliage. Tous les bénéficiers ecclésiastiques, les possesseurs de fiefs, terres et seigneurieS| les bourgeois des villes, bourgs et paroisses, se réunissaient en personne ou par mandataire au chef-lieu de leur jnridiciion, pour y choisir un certain nombre de délégués ehaigés de dresser le cahier des renmitrances et d^élire au scrutin les députés qui devaient 9t rendre aux états. '

Grâce à la majorité que des élections bien Suivies avaient donnée au système de la Ligne, les deux adversaires, Henri III et le duc de Guise, virent bientôt, le premier, que des trois grandes questions qui étaient pendantes, aucune ne serait résolue en sa faveur ; le second, que les états iraient -aussi loin qu^il te voudrait; quW Texcltision des Bourbons de la couroDue, ils joindraient la déchéance des Valois, et que ce ne serait pas PEspagne qui recueil-

lirait le bénéfice des votes^que ce serait loi-?' même*

. Ces convictions établies de part et d^autre, Henri trancha par Passasinat du duc de Guise la cpiestion qui lui était penonnelle, celle de Tusurpation faite et à faire* Un an après, la Ligue trancha par un autre assassinat la ques-* lion qui lui était personnelle aussi, celle du Valois, comme elle disait*

. Celle de la sucoession, la seule qui restât encore à résoudre, était alors plus instante que jamais. £Ue fut vidée dans le sens des deux sys* temes.

Elle fut tranchée par la Ligue dans le sens de VexdusioD politique et de rezcominunicatîiMi religieuse* Ne pouvant proclamer encore ni le duc de JoinviUe ni Isabelle d^Ëspagne, la Ligue choisit celui des princes de Bourbon quiroffirail à la fois le mérite d^un dévouement absolu aux Guises et les chances d^une mort prochaine*

lî

iV, qu^elle proclama sous le nom de Charles X.

La même question fut tranchée aussi dans le sens de la légitimité natorelle et de la poUt^ne légale. Elle le fut de cette sorte par Tarmée, les pditiqnes jel quelques villes du royaume qi s^éloignaient généralement des opinions du prince de Navarre, mais qui voyaient en lui

non—seulement le roi des braves, suivant Tex* pression d^un soldat, mais la vertu et le talent joints aux droits les plus légitimes, et même les seuls qui eussent ce caractère.

Deux rois, deux gouverneinens, deux systè^ mes se trouvèrent alors en présence* Ici Charles X et les Guises, avec la Li guCy une aimée fran* çaise, une armée espagnole, Paris, le parlement, Tuniversité, le clergé et la majinrité de la nation; là Henri IV et les Bourbons avec la Réforme, une petite armée française, une petite armée de Béarnais, un petit corps d^Anglais, les politiques et une minorité de la nation. D^un côté c^était le système de jépresBion nettement dessiné, tel qu**!! était appliqué depuis long-temps aux Pays- Bas, à la France depuis ±ààQ\ d^un autre côté c^étaient les doctrines sorties de la Renaissance. La lutte pouvait devenir très-grave, et telle qu^aucun pays d^Europe n^en eût vu de plus compliquée. Elle se termina cependant avec une grande rapidité, grâce au rapide changement qui s^opéra dans la pensée du Béarnais, et grâce au système d^une habile transaction qu^il substitua au doctrines qu^il avait, professées jusqu^à son avènement.

Heori IV, à . la place de son oncle, iaisait triompher les doctrines de répression, point de doute à cet égard, puisque même après lui Ki*

chdiett ei Louis XiV ont pu (aire triompher ce iystkme» A \m tète dos doctrines de progrès de la Renaissance et de la Réforme, Henri IV pouvait iotter encore at se ménager nne chate glorieuse* Mais le triomphe était impossible. HenrilV ne le tenta pas on instant. Il adopta un système de transaction et de conciliation, et marqua par ce choix toute la hauteur de son génie. . £n e&i^ pour marcher avec la Ligue ou la Réforme, il ne fallait que se laisser aller, se constituer simple chef de parti, et, s^appuyant sur Tétranger, armer one partie de la natkm contre Taotre* Cela n^'était pas d^une hitn hante politique. Il était, au contraire, besoin dWe grande supériorité, non pour comprendre que là n^était pas Thonneur du prince ni le salut du pays, et qa^il fallait plutôt délivrer la patrie de • ^étranger que de la jeter i ses intrigues, mais pour savoir calmer la France au lieu de rappeler aux camps, désarmer tous les partis au lieu d^en appuyer le plus périlleux, régénérer tons les corps de FÉtat au lieu d^en briser un seul, et imprimer aux esprits une direction nouvelle, au lien de les exaspérer en* donnant an uns ou aux autres, sur des questions qui agitaient tout le monde depuis près de cpiatre-vingts ans, un triomphe qui devenait une insulte pour les vaincus.

Henri IV suÎTit ce système. Aidé des meilleurs capitaines^ des plus sages ministres, d^éerivains dont le concours n^était pas à dédaigner, — car la satire Mèmppée valait un corps d^armée — d'une foule de fonctionnaires qui Fidolâtraient, ce prince entra dans ses voies de conciliation et de trtinsaotion avec d^immenses moyens. Il y entra aussi avec une singulière prudençe, Tépée au côté, mais désarmant toutes les passions, flattant tous les amours-propres, consultant toutes les classes de citoyens et tous les corps de FEtat, parlant à tons, avec nne éloquence dont seul il avait le secret, puisqu^il la puisait à la fcMs dans ses sentimens et dans sa raison.

Pour se constituer le maître dans le pays, pour en pouvoir, dissoudre Tassociation la plus dangereuse, la Ligue, Henri IV en amnistia tons les repentans. Avec les étrangers ses alliés, les Anglais, il chassa les étrangers ses ennemis, les Espagnols. Pour gagner les grands corps de FÉtat et d^armer les préventions qui coloraient leur révdte ; pour donner même une satisfaction véri* table aux doctrines religieuses qu'ail avait si longtemps combattues et qa^il entendait séparer dé-* sormais des doctrines politiques avec lesquelles on avait su les confondre, il les embrassa luimême. Pour n'avoir pas à violenter les consciences, déjà maître de Paris il laissa le temps

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de la réflexion à ceux qui hésitaient à lui jurer fidélité. Pour établir réalité entre ceux qui lui reprochaient de quitter leurs doctrines, après â^ètre servis de leurs bras, sans vouloir leur assurer cette eiistence légale pour laquelle ils araient couiballu ensemble, et ceux qui, dans les rangs contraires, Taccusaient de urètre à eux que de parole, sans Tètre de fiiit, il ajourna les mesura les plus légitinies que pouvait lui conseiller son cœur et sa justice; mais quand son absoluliaOi venue de Rome après les plus habiles négociations, eut fourni la preuve de la sincérité de ses sentimensy le moment de donner Pédil de Nantis lui parut arrivé; et alors ni les hésitations de ses conseillers ni les remontrances de ses parlemensne purent rempècherde faire, en faveur de la minorité, ce qu^il n^aurait pu lui refuser sans trahir et son passé et les lumières de ' Tépoque.

Mais il eut hâte de détourner les esprits de ces

questions brûlantes qui les troublaient depuis trop long-temps ; de ces questions qui avaient trop souvent compromis le pays et couvert k sol de la France du sapg de ses enfans. Il les appela sur deux ordres de choses qui, loin de les diviser, pe pouvaient qu^établir entr^eux d^utiles rapprochemras.

D^abord il les dirigea vers ces intérêts ma*

tériels à la fois et moraux qui, sans troubler la tranquillité des états, occupent si vivement les affections des peuples, ragricnlture, rindostrie, le commerce, les canaux, les colonies, les finances, les lettres, les arts.

Ensuite, il appela ratlention générale sur ces questions de politique extérieure et de dignité nationale, qui exaltent si utilement les sentimens de patriotisme, et que les rois ses prédécesseurs avaient, au traité de Cateau-Cambresfs, sacrifiées si follement aux vues despotiques de Philippe II.

L^Ëspagne et la maison Autriche, qui s\ippujaient constamment, depuis quVUes faisaient peser ensemble leur sceptre de fer et de plomb sur tout ce qui était sorti de la Renaissance, et qui avaient long-temps miné le sol de la France par ees coupables intrigues commencées soos Charles-Quint et continuées sous Philippe II, préoccupaient particulièrement les méditations politiques de Henri IV* Pour faire cesser ces longues hostilités qu^elles dirigeaient contre les Pays-Bas et r Allemagne; pour mettre fin à ces funestes interventions pour cause de doctrines, dont il avait failli être la victime avant de monter sur le trône de France; pour établir, en un mot, dans la politique de TEurope ce système de trans»

action et de conciliation qu^il avait si heureusement donné à son pays, Henri IV^ avec une

inconséquence sublime, résolut lui-même d'iatervenir ea armes pour constituer TEurope»

On a sottTrat pris en pitié celte cÛnièreY disons mieux, ce système qu^on n^a jamais connu tout entier; mais, abstraction faite des illusions qae ponvait nourrir on homme dHin tel génie et disposant de tels trésors, d'une telle armée, d^nne Idle c^ébrité, on doit conq^rendie qn^il jr avait quelque chose à faire pôur nne pacification générale, quand une guerre de principes tienait de se vider en France et une autre dans les Pays-Bas; quand des guerres de doctrines allaient éclater en Allemagne et en Angleterre*

Loin de prendre en appris la dernière conception du plus grand de nos monarques, nous supposons qu^elle eût fait proclamer dans le moment le plus opportun Tindépendance des Pays- Bas, prévenu de la manière la plus heyreuse la guerre de trente ans, et remplacé, par une politique de ▼éritable civOisation, ce système de répression et de guerre civile que le traité de Cà- ' leaifr-Gambresis avait allumé en Europe.

Tel était sans doute, le yrai but de cette république européenne, qu^avait conçue Henri IV parce qu^il était impossible que son génie ne la conçût pas dans les circonstances données.

Le système de répressicm eut rinstioot de ses périls. Il vil que le premier des Bourbons était Is

plus daniperenx tke se» eimcuiiâ, que plus i\ irrait de génie et plus sa doclriae de conciliation ré* pondait au temps, pkiaauisi il ami de chanee»; et, dans son désespoir, ce système le sacrifia cooime il avait sacrifié le dernier des Valois.

Alors la répression triompha de nomreao^ cft Henri IV, le prince tel que l'a vaienl rêvé Erasme; Morus et L^Hdpital; lé prince qni devait donneir à Pidéalde Machiavel^ ik César Borgïa et à Ferdinand d^ Aragon, à Charles-Quint et à Philippe II, ma éclatant démenti; ^le prince qui^ en fermant la carrière du crime et de Pastuce^ devait mat^ ipier dans les doctrines morales et politiques du monde une ère noiiv^Uè ; le prince qui, par ses gestes encore plus que par ses discours, avait établi de si belles théories d^administration et de ^uvemement; le prinee qui avait déCMné non-seulement Tanarchie et les partis, mais le despotisme et le poignard) le prince qui avait réhabilité la royauté et rendu h la couronne la splendeur de son panache blanc, ne fut plus désormais qu^nne fàcheose interruption du plan arrêté en iSSg entre^ Philippe 1! et* Henri IV,

Ainsi Tentendent les conseillers de sa veuve, et aussitôt, sous Marie de Médicis, se rouvre là carrière des violences, des intrigues, des persécu^ tions et des concessions, de tout ce qui aviUt les gouvememens et les nations.

Médicis rwme d^abovd la carrière des violm-*

ces. Elle se fait reconnaître régente au Parlement sans permettre même la déUbération. « Cette épée est dans le feufreati« dit son

» messager, le duc d^ËpernoOt mais il faudra » quVUe en SOTte si on n^aeeorde dans PinsiarU » à la reine un titre qni lai est dA selon r<»dre )» de la nature et de la justice* »

Elle roQTre en mAme temps la carrikre des intrigues; elle renoue ces mauvaises alliances avec rËspagne» qui avaient rempli de troubles le royauQie^ et, étrangère, elle livre les affaires^da pays à un de ces étrangers qui s^étaîent rendus si méprisables et si odieuxvpar leur bassesse et leur avidité.

Elle rouvre ensuite la carrière des persécutioi^ Elle ebQisil le beroean même de son «poux, cet héroïque pays de Béam qui avait servi si fidèlement son illustre Heqri, ipour y proscrire une doctrine.

Elle rouvre enfin la carrière des concessions. Trois fois elle s^abaisse jusqu^à négocier avec des seigneurs de la Cour, qui oseirt fiure la guerre a un pouvoir auquel ils n^ont à reprocher, pour toute erreur, que le dédain qu^il fait de leur capacité; deux fois die répond par des manifestes aux manifestes de Pambitieux Condé, qui ose agiter encore une fois ces malheureux protestans

que ses pères ont si souvent sacrifiées à leur égoïsme etJldont sa famille a quitté depuis longtemps les doctrines- Tout est':faute[et faiblesse dans le système de Médicis. [Si elle assemble les états, ce o^est pas fiour IcoBsnlter la]]nation, c^esl pour satisfaire la Fronde, qui^lui a dicté Tordre de les réunir^ ce n^est pas pour faire pénétrer dans le peuple quelque bonne maxime de gouvernement, c^est plutôt, on le dirait, pour sacrifier aux plus coupables eztrayagances les principes plus purs qui sont venus se poser, et pour donner à Faristocratie de r£glise roccasion|d^humilier la royauté comme Tenait de le faire^l^aristocf atie de la cour.

En effet, à rassemblée de Rouen, la dernière des réunions de nos états-généraux, Duperron,. qui dans des temps meilleurs avait soutenu des opinions'[plus saines et^qu'avait tant aimé le prince immolé par RavaiUac^ osa combattre avec une révoltante chaleur le -tiers-état, qui voulait qu^enfin^les [lois vinssent au secours des mœurs et fermassent la carrière 'du crime politique par la proscription d^ftmes doctrines. Duperrou, qui aurait^dù réclamer^ ces lois avec plus d^ ardeur que tout autre, osa les repousser^ Et Tordre auquel il appartenait écouta sans colère Vétrange discours d^un cardinal de FEglise. Disons-le, simple question de morale, la théorie du régicide I. Î17

n^eût rencontré à Rouen que des accens de réprobation, mais» confondue avec la question de suprémaïie spirituelle, elle avait depuis quelque temps des partisans nombreux, et elle en trouva même après le crime de Ravtfillàc. Cest sous le point de vue de Pautorité spirituelle que parla Duperron; mais, quelque point de vue qu^on pût choisir pour faire Papologie d^une doctrine si périlleuse, plus on déployait de talens, plus on était coupable. L^orateur du clergé sortit entièremcfnt des convenances. Non-seulement il revendiqua au Saint-Siège cet odieux pouvoir de déposer les rois^ auquel on rattachait la théorie du régicide; il déclara ce pouvoir plein ^ pUniS" sime^ direct au spirituel^ indirect au temporel. ' Il fallut le ministère, f allais dire le règne d^un cardinal plus politique, le règne de Richelieu, pour qu^en France une doctrine si étrange fut extirpée jusque dàtis ses racines dernières. Mais Fassassinat devait disposer encore une fois des rênes de TÉtat. £n ejBTet, quand le fils de Henri IV et son faVori le rvî de Luynes s^empa-* rèrent d'un pouvoir avili et deux fois disputé par une féodalité frondeusCi ils s^oublièrent eux-mê* mes jusqu'^à rouvrir cette carrière de Tassassinat dont deux rois avaient été victimes^ ils traachèrent les questions de gouremement comme avaient fait Henri III et la Ligue, comme aurait

▼ooln fcipe, è Tégârd de Giiillrame d'Orange, ie plus absolu et le plus inflexible des despotes modernes, le sombre Philippe IL

Après la mort de Henri IV tout vint, pendant douze ans, donner le démenti à son système.

Lorsqd^on homme d^état téritable, Richelieu, prit les rênes du pouvoir et mit fin à toutes ces erreurs renouvelées du règtiê de Catherine, ce ftit encore pour suivre une autre politique que celle du grand roi.

Richelieu, qui régna pendant vingt ans sous le nom de son nmltre, eut quelques belles et fortes doctrines. Dans sa politique extérieure ilmit quelque diose de la dernière penaée duBéariiai$, de la tendance constante de François P*^; et son regard de souverain embrassa TEurope en même temps que la France, Tavenir en même temps cfue le pi^ sent ; mais ce ne fat pas la pure doctrine de Fépoque, et ce ne fut pas la haute moralité du premier Bourbon qui animèrent ses cmicepttons, ce Ait le machiavélisme de Florence, au service de l'absolutisme de Castille, qui les domina. Richelieu n- ef-* faça point, à la vérité, les traces imprimées dans le royaume par Henri IV, mais il n'y marcha point. Les lumières de la Renaissance ne furent pas étrangères au goût du ministre qui fonda l'Académie française en dépit du Parlement, mais s'il

eônnul Eraioie, Bionis et L^Hâpital, il fit comme

avaient fait Charles-Quint, Philippe II et Catherine de Médicis s il laissa là les Utopistes poor se guider diaprés le célèbre secrétaire de Florence.

Le système de Richelieu se réduit à ces deux points, grands ) simples, admirablement liés, i' rendre la ro/auté absolue dans le pays} 2* rendre la France prépmtdérORie dam l'Europe.

AVabsoIutisme de la royauté s^opposaient trois choses , la république protestante , le république ftodale et la république parlementaire.

Si ces expressions étonnent , qu^on apprenne comment^ dansson Testament politique^ ouvrage remarquable, quoi qu^on en ait pu dire , Richelieu expose lui-même la situation où se trouvait le pays <

a Lorsque votre Majesté se résolut de me » donner à même temps Pentrée de ses conseils » et grand, part en sa confiance pour la direc- » tion des affiiiresi| je puis dire avec vérité, M que les huguenots partageaient PEtat avec elle, » que les grands se conduisaient comme s^ils , » n^eussent pas été ses sujets « et les plus puis* » sans gouverneurs des provinces comme s^ils n eussent été souverains en leurs charges. .

» Le mauvais exemple des uns et des autres M était si préjudiciable à ce royaume, que les

»» compagnies les plus réglées se sentaient 4e leur I» déréglemenl^. »

Ëffacer des institutions et des doctrines et faire disparaître du cours des affaires ces trois répabliqties Pune après Taulre) teHe deTait-ètre la pre-* mière tâche du ministre. Il raccomplit d^abord.

li^édit de Nantes, au lieu de soumettre la Réforme à la loi commune, ou de lui accorder cette loi, Tavait constituée en république, lut avait concédé des places fortes, des garnisons, et par conséquent le droit de lever des impôts pour solider ses troupes et ses généraux *^ Sauf le droit de battre monnaie à leur effigie et de faire des lois de leur façon, les Rohau et les Soubise formarent à la tête de la Réforme un état, qui négo-* ciait des traités avec TAngleterre et même avec TEspagne, Tancienne alliée de la Ligue. On en ^ voit la preuve dans le Testament de Richelieu : « Vous ruinàtes absolument ce parti, dit-il> lorsque LE IvOI D^ESPAONE TACHAIT DE LE RELEVER ET

PB L^FFERMia PLUS QUE JAMiJS. Il vcuait fraîchement de faire un traité avec le duc de Rohan, pour former en cet état un corps d^états de rebelles à Dieu et à votre Majesté tout ensemble,

* C'est une allusion aux parlemeu& f^oyei l'édilion d'Amsterr dam, p. 5.

^0x^2 cet édit dans Benoit, histoire de la Révocation di i'É{dii>, éê NmUê. T. L Pièces,

luoyennant un millioa qu^U lui devait doDner tous les abs et dont par ce moyen il rendait les Indes tribuUures à Tenfer^ »

Disons en passant que PEspagne accusant Bicbelieo de transiger avec Thérésie et s^ailiant avee les huguenots, et la France accusant TEspagne de traiter avec les protestans de France et traitant avec les protestans d^ Allemagne, v^éSbmi rien de nouveau ; mais que ces faits et ces récriminations montrent une fois de plus quel cas la politique fiut delà religion, quand ses doctrines sont mauvaises. Richelieu s^excuse de ses ligues allemandes. « Le roi votre père, dit-il à Louis XIII, n^entra jamais en traité avec les Hollandais qu^après que le roi d^Espagne eut formé une ligue en ce royaume pour usurper la couronne^. » Cela était vrai par hasard, mais cette apologie était bien absurde; Henri iV, les choses étant de son choix, n^eût pas plus hésité à s^allier avec les Hollandais que François P% au début des nouvelles doctrines, n^avait répugné â sSmîr avec lesTuics et les Allemands. Quand Richelieu, qui ne snt pas faire ce qu^eût fait Henri IV, eut résolu de combattre en France' un ordre d^idées qu^il ne devait pas tarder à soutenir en Allemagne, il fit à 1 égard de la Réforme tout ce qu^en exigeait son

* Testament politique, p. — Ibidem p. 47.

système, il lui dia ses places fortes, la dépouilla de tout ce qui constituait sa puissauce ella fit ia* viitr par rancien clergé à rentrer dans TEglise, Il lui donna ensuite un Ëditde Grâce, quand il vit qu^elle ne voulait pas se convertir ( i6ag )• Après la Réfome rian n^embarrassait plus * la royauté que la résurrection des turbulences féodales* Les traites de Sainie^Ménehould el de Ponts-de-Cé avaient reeontlitiié les premières familles du pays en une sorte de république féodlale. On avait négoeié aveo elles, onlenr avait reeonnu sinon le droit de rébellion, du moins celni de remontrance. Médicis, qui d^abord avait com- Jbattu le désordre, et le frère de Louis XUl qui le favorisa toujours par sa faiblesse, trouvaient leur compte à cette anomalie^ mais Richelieu devait Fanéantir, et Richelieu, pour la faire disparaître, ne devait reculer devant aucune difficulté. Il ne recula devant aucun moyen. Coup sur coup la mère du roi fut expulsée du pays, le duc d^OrléanSf forcé de s'^enfuir, le duc de Lorraine, chassé de ses états. Montmorency, Marillac et une foule de personnages marquans, subirent le dernier supplice pour des fautes, des intrigues, des complots. Les Guises avaient jadis fait trembler le sol du pays; un descendant de ces factieux qui avaient osé s^iustaller au Louvre en dépit des Valois, invité par Richelieu à s^y présenter, se crut à

peiûe en sûreté quand il eal passé les Alpes.

On pouvait pumr plus doucement, et moins qn^à tout autre il convenait à Richelieu d^exîler Marie de Médicis, auteur de sa fortune; mais, pouvoir suprême, il devait détruire enfin cette république (!k>dale, qui depuis tant de siècles opprimait la royauté et la nation , et qui sans cesse renaissait de ses cendres^ depuis le ligne si vigoureux de Louis XL

La république parlementaire n'*était pas plus tolérable que les deux autres. Le Parlement, on le sait, dans mille occasions, a bien mérité do pays. S'il a souvent combattu le progrès et rejeté les plus sages doctrines; s^l a eu son proeès de Galilée, en jugeant plus d'^un philosophe; s^il a paralysé la politique de L^Hopital, et s^est opposé à ^institution de FAcadémie; s^il a fallu le génie de Boileau pour Féclairer sur celui d'AristotCi dont il s^était fait une risible idoki il a plus souvent lutté avec gloire et protesté avec énergie contre toute sortes d^abus, d^usurpations et de violences. Mais^ premier corps de haute justice, il nourrissait lui-même dans son sein des habitudes d^ usurpation et prétendait abusiveqient à contrôler en même temps la législation du pays et lapor litique du pouvoir. Par cette attitude qui Télevait à la fois au-dessus des lois et au-dessus des rois, le Parlement formait k côté du magistrat suprê^

on magistrat également suprém^^ et cette république pailementmre ne devait pas subsista pins long-temps que les deux autres. L^an i64o Richelieu mit le parlement de Rouen en interdietion pendant une année, pour n^avoir pas lait son devoir dans un mouvement populaire* Uan i64i il mit le parlement de Paris à sa place véri* tablaenlai portant défense, i* de prendre désormais connaissance des affaires d^état, à moins de commandement contraire et d'^uu pouvoir spécial donné par lettres-patentes ; 2* ordre d^enregistrer sans aucune délibération les édits concer-» nantie gouvernement de^FEtat ; 3? ordre de vérifier les édits de finances tels qu^ils seraient envoyés, lorsqu^après avoir entendu les remon^ tranees, le roi jugerait à propos d'^en ordonner Fenregistrement.

Ces ordres marquent la fin|de^la carri&re porlitique du Parlement. La fin des étatsrgénéraojc avait précédé de quelques années^celle du parlerait politique*

Le système intérieur de Richelieu était achevé, et désormais ces doctrines de répression^ d^abord imprudemment adoptées par Henri II, puis cà^ pricieusement suivies par Catherine de Médicis, bientôt glorieusement interrompues par Henri IV , et reprises enfin avec vigueur par Richelieu, semblaient avoir triomphé en France comme eW

les avaient triomphé en Espagne et en Italie, sans ^we éclater dans le royaume aucun de ces eataclysmes politiques que leur application devait amener partout où elles rencontraient une opposition sérieuse.

Des doctrines politiques de la Renaissance et du progrès moral de la Béformerien ne semblait avoir pris racine dans le pays , et Télément démocratique, ailleurs si progressif et si exigeant, paraissait avoir renoncé en France à toutes ses prétentiôns. On eût dit qu^il n^avait tant combattu dans les rangs de la Ligue que pour mettre le clergé et la noblesse i son propre nivean, c^estp-à-dire en dehors du gonremement et aux pieds de la royauté, où il gisait lui*méme depuis les siècles de la cooqnéte.

Telles sont les apparences. La réalité est toute autre.

' D^abord le système que fit triompher Richeiien

n^était pas celui de la Répression pure, appliqué également en morale comme en politique. Nous Pavons dit, après avoir désarmé la Réforme, il en toléra les doctrines morales* Quant aux doctrines de la Renaissanoe elle-même, non-aeulement il les toléra, mais il les protégea, mais il les enconragea de toute sa puissance .% de son exemple;

* Comparez Testament politique, seet X. Dm ce chapitre oe trouve une foule d'idées applicables à Tétat actuel de nps études.

ses œuvres, son style latin et la création de TAcadémieJPrançaise le prouv^at de reste*.

' Ensuite, non-seulement le progrès moral et intellectuel de la Renaissance et de la Réforme ne si'effaça point en France, mais il s^ joignit un progrès politique, qui prit racine jusque dans le cœur de la nation, et qui se révèle jusque dans ce culte qu^elle a toiqours professé pour celui de ses rois qu'ion doit considérer comme la plus pure incarnation delà politique moderne.

Si la France subit le système de Richelieu, c^est que, à défaut de celui de Henri IV, ce système était leseul qui pût lui ternir lieu d^institutions, le seul qui pût la délivrer de tous ses désordres. Si elle le subit avec une sorte d'^orgueil, c^est qu^il était la condition première de la grandeur du pays, de cette prépondérance en Europe, de cette hégémonie à laquelle le ministre attachait sa gloire et qu^il assura si oom^ètement à aa patrie. Sic ostendi orhi^ dit Richelieu , prœterire cetatem Uispaifdœ et redire scecuium GaUùe. Et cela était vrai.

*n se nom «us manmcrits de la liilillolkiqiie da (GoUefii BraeqaisQy« iOi ) une espèce de Résumé de U politique de Ricbolieu, écrit en latin, qu'on a lien de croire de lui, et qirî est à la fois, comme ouvrage de style et de doctrine, un des monamens

les plus cnrieux. Le style de Richelieu et son goût pour les lettres «ont d'ailleurs connus par d'autres documens.^

Enfin, si le système de répression modifié par Richelieu triompha en France, sans faire éclater de révolution, c^est qu'il avait épuisé les passions du pays par une guerre civile de plus de trente ans.

Que Ton ne s'impatienle pas de ne pas voir sortir une révolution d^un système qui ne fut ni celui de Philippe II ni celui de Charles I**. L^absolutisme sera adopté en France sous un autre règne, lorsqu^un oompatriotè de Catherine de Médicis aura pris auprès de Louis XIV la place que tenait Richelieu auprès du fils de Henri IV. Alors sera rejetée définitivement la doctrine de transactioii de Phabile Béarnais, mais alors aussi commencera, entre les doctrines anciennes et les doctrines nouvelles, ce duel qui finira par deux révolotions.

Après avoir suivi dans le chapitre précédent le système de répression de Charles-Quint et de Philippe II, nous avons jeté un regard sur leurs doctrines de parade, sur les Instructions rédigées par Pun et Pautre yers la fin de leurs règnes. Nous pouvons faire la même chose à Fégard de Richelieu. Ce minbtre souverain a composé aussi, à Fusage de ceux qui devaient lui succéder, des doctrines de gouvernement; on les trouve dans son Testament politique que déjà j^ai cité, et que j[e déclare un livre de parade semblable aux In-

structions de Charles-Quint et à celles de Philippe II, avec lesquelles il offire d^ailleurs poar les doctrines des analogies frappantes. Cependant si Richelieu mit dans son travail encore moins de sincérité générale que ses illuêtres devanciiers, il y mit un peu plus de franchise personnellûi

£n effet, les deux (>rinces de Castille osèiént à peine ébaucher leur panégyrique ; Richelieu, au contraire, consacre au sien toute la première partie de son ouvrage, et il s^ décerne une apothéose si complète que la postérité n^a rien à j joindre. Seulement, htibile ministre, il sait, par Fétude qu^il aiaite de Charles-Quiut et de Phi-» lippe II, qu^il convient d'*attribuer aux princes tout ce que font leurs conseillers, et^dans les éloges qu^il se donne, en parlant à son maître, c^est toujours le nom de Louis XIII qu'ail substitue au sien.

Dans la seconde partie de son Testament politique Richelieu expose les vues les pins pures et I^ plus élevées sur le gouvernement deFEtat, les moyens d^assurer la gloire du prince et la prospérité du rojaume.Il consacre des chapitres excellens au clergé, à la noblesse, au peuple, à radministration, au gouvernement des provinces, aux finances, aux ministres, au prince.

Mais si Fon trouve dans les conseils élevés que partout il prodigue, des théories utiles à con-

sulter en tous temps, on n^ trouve guère les pratiques suivies par le ministre lui-même qui donne de si belles leçons à ses suecesseors.

Cest là ce qui ôte tout intérêt spécial à cette composition de parade. Quand Charles-Quint et Philippe II, parlant à léurs saecessetirs en face de la Trinité, leur prodiguent de si saints conseils, il leur arriye qilelquéfois de s^ouUier, de laisser ▼ohr qu^ils préfèrent les doctrines de Machiavel à celles d^Ërasme. Richelieu, qui a si bien profité des exemples de ces princes et qui a si bien possédé la politique de Florence quMl a su jouer une Médicis, est plus habile que Tun et Tautre, il ne dit jamais que ce qu^il vent. C^est à peine s^il lui échappe quelque naïveté telle que celle-ci, i7 Jaut négocier sans ûessé , soià ùweriemeni^ soit secretiementf et le célèbre Testament est conçu dans un système de purisme si absolu que s^il était Pœuvre de quelque faussaire, le grand ministre, du fond de sa tombe, aurait raison de le remercier d^un déguisement si complet. En effet, qui tecounaitrait Richelieu dans un livre dont la conclusion est, que tous les conseils qu'il y donne seront inutiles, si le pruccb est pares—

SBDX A érABtia LE ftàONfi DE DIËU, CELUI DE LA RAI- SON ET CELUI DE LA JUSTICE TOUT ENSEMBLE* ?

* Page 358, édition d'Amsterdam.

Le pressentiment des différences qu^on ne manquera pas de remarquer entre les conseik et les pratiques du ministre, va jusqu^à tourmenter Fauteur ; il va josqu^à lui arracher ces paroles : « Cet article (sar les audiences, au chapitre qni traite de Tapplication d^un conseiller de la couronne) fera voir à la postérité un témoignage de mon INGENUITE, puisqu^il prescrit ce qu'il ne nVa pas été possible d^observer de tout point. »

Richelieu, signalant son ingénuité, est curieux à entendre. Il est réellement ingénu, il est naïf et jusqu^à Texcès, mais c^est une seule fois, c^est lorsqu'il rappelle ce mot de Philipe II à son confesseur : Ce ne sont pas les péchés de Philippe^ ce sont ceux du roi qui m'inquiètent.

S"* appliquant ce mot Richelieu est sublime.

FJN ou TOME PREMIER.

suller en tous temp pratiqâM

donne de si bell^

compositîcrtjr Philippe II UilMillf il leur ^

GoQgle

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