FAIRE SORTIR BU SANG
Cependant ces sortes de taches ne sont pas
nombreuses dans le système ostensible de Philippe) et si mauvais qu^il soit, il est habilement conçu. Ce système, au seizième siècle, appuyé de ressources aussi immenses qu'^étaient celles de Philippe, loin d^échouer, pouvait faire les plus alarmantes conquêtes. Il pouvait arrêter dans sa marche tout le progrès apparent et extérieur de Tépoque , et c^est une des merveilles de la Providence ou une des gloires de Thumanité, que tant de finesse et de despotisme n^ait servi, en dernière analyse, qu^à faire éclater d'une ma^ nière plus brillante le mouvement moral et politique d^un siècle aussi iqiportant dans Fhistoire.
De ce phénomène la cause est simple, la voici. Philippe perdit un système exagéré par ses exagérations personnelles, par le perpétuel démenti que ses actes ne cessaient de donner à ses paroles. On le sait, les rigueurs elles-mêmes ont leur loyauté, et quand cette loyauté les protège sincèrement, les peuples s^ résignent avec moins d^amertume. Mais quand les violences seules sont réelles et que la loyauté est uniquement dans les paroles, elles revêtent bientôt ce caractère d^infaumanité que Phomme ne saurait souffrir sans se dégrader. Or Philippe n^était bon et loyal qu'en
théorie) et rhumanité outragée dans ses droits les plus sacrés, repoussa avec raison le joug d^un sou- Teraiu qui , dans ses doctrines ostensibles, prêchait rhorreur de la guerre et qui sans cesse harcelait TEurope; d'un prince qui recommandait la douceur des peines et la rareté des supplicesi mais envoyait le duc d^Albe eirterminer des populations entières pour le seul tort de chérir les lumières sorties de la Renaissance*
« Vous hésitez, dit Philippe à un médécin qui n'osait le saigner, vous hésitez à tirer le sang d^un roi; j'ai tiré beaucoup de sang* »
Ce mot, ajouté au système du monarque, en est le jugement et la flétrissure étemelle ; il explique aussi la stérilité , la réprobation dont la Providence l'avait frappé avant que celle de Phumanité vint le condamner à jamais*
De l'histoire du système de Philippe, comme de l'histoire de tout système de politique, ressort cette vérité, quMl ne suffit pas pour gouverner dWoir des doctrines plus ou moins bonnes, qu'il faut des hommes et des mœurs convenables pour en assurer Pempire. Le système de répression appliqué par PhiUppeaux Pays-bas a succombé nonseulement parce qu^il était mauvais en lui-même, il a échoué surtout parce qu'il était appliqué par Phihppe.