‹ Histoire des dogmes chrétiensChapitre 7 sur 10 · DEPUIS LA RÉFORME JUSQU’A NOS JOURS · texte numérisé non relu

DEPUIS LA RÉFORME JUSQU’A NOS JOURS

- ©3CÊ. -

IVécessité d’une réforme r*elîgietise.

L’histoire des dogmes prouve, comme celle de la philosophie, que, dès la fin do xve siècle, le moment était venu pour la raison humaine de rentrer en possession de ses droits imprescriptibles. Un esprit d’opposition presque général contre l’Église romaine s’était répandu dans l’Europe civilisée et avait donné naissance à une multitude de sectes ; de tous côtés, des voix imposantes s’élevaient pour réclamer une réforme, dont les agents de la papauté eux-mêmes reconnaissaient la nécessité et l’urgence l. Or comme, d’un côté, les intérêts de

1 Dans un écrit où il s'efforcait de réfuter André, archevêque de Laybach en Carinthie et cardinal, mort en prison à Bâle en 1484, Henri Jnstitoris, inquisiteur de la foi dans la Haute-Allemagne, laissa échapper cet aveu : Clamat mundus pro concilio : sed quomodo congregabitur, ubi dispersi sunt lapidés sanctuarii, et obscuratum est aurum, mutatus est color optimus... Ecclesiam per concilium reformare non poterit omnis humana facilitas : sed alium modum Altissimus procurabit, nobis quidem pro-

la cour de Rome, son impuissance meme s’opposaient à ce qu’elle donnât satisfaction à l’opinion publique, et que, de l’autre, l’humanité ne pouvait mentir à sa destinée, qui la pousse en avant dans la voie du progrès, il devait nécessairement arriver un moment où une rupture violente s’opérerait entre les opiniâtres défenseurs des vieux abus et les partisans des idées nouvelles. L’explosion eut lieu en Allemagne, en 1517, avec une énergie irrésistible. S’obstiner à ne voir dans la réformation qu’un fait isolé, n’en chercher la cause que dans une misérable querelle de moines, c’est fermer volontairement les yeux à la lumière. Si Luther en donna le signal, si l’Allemagne en fut le berceau, c’est que Luther fut un de ces hommes de génie qui personnifient en eux les aspirations d’un siècle, et qu’il eut assez de force de caractère pour ne reculer devant aucun danger ; c’est que la nation allemande nourrissait des sentiments de piété plus vivaces et plus profonds que ses voisins de race latine ; c’est, que la constitution politique de l’Empire laissait, sinon au peuple, du moins à ses princes, une plus grande liberté d’action; c’est que rAllemagne enfin avait à se plaindre plus qu’aucune autre nation européenne des empiétements de la cour de Rome, et peut-être aussi, qu’elle avait vu de plus près se dérouler le drame sanglant de la guerre des Hussites, spectacle plein d’enseignements redoutables que les victimes d’un fanatime barbare ne manquaient pas de faire valoir par une propagande active. Mais, on peut affirmer hardiment que, Luther n’eût-il pas existé, la

nunc incognitum licet heu pro foribus existât, ut ad pristinum statumEcclesia redeat. Voy. Numagen , Gesta archiepiscopi Craynensis, dans Hottinger , Hist. eccles.

N. T., Tig., 1655 67, 9 vol. in-8°, sæcul. XV, p. 413. Voyez aussi d’autres témoignages, en grand nombre, rapportés dans notre article : Les Réformateurs du xvie siècle, organes de l’opinion publique, imp. dans le T. 111 du Bulletin de la société de l’Histoire du protestantisme français.

Réforme 11e s’en serait pas moins faite un peu plus tôt ou un peu plus tard, soit en Allemagne, soit en Angleterre, en France ou ailleurs.

§ si.

Bienfaits (le la réforme.

Les écrivains catholiques, oubliant que l’Église chrétienne s’est séparée, elle aussi, de la Synagogue dans le siècle apostolique, blâment, comme une témérité damnable, le schisme protestant, tandis que ce schisme est regardé comme un des événements historiques les plus heureux et les plus féconds par les hommes supérieurs aux préjugés d’une éducation cléricale. La Réforme a ranimé, en effet, dans une grande partie de l’Europe la vie chrétienne qui s’éteignait; elle a préparé le triomphe du principe de la liberté sur celui de l’autorité et ouvert ainsi la voie à tous les progrès ; elle a replacé la religion sur son terrain véritable en proclamant l’Ecriture, interprétée par la raison, seule règle de la foi. Elle n’a point eu, elle ne pouvait avoir la prétention d’établir une religion nouvelle, et ce qui le prouve incontestablement, c’est que, outre la Rible, elle a accepté les décisions des conciles œcuméniques des cinq premiers siècles ; elle n’a jamais songé à recommencer le long travail qui avait fait du christianisme un corps complet et systématique de doctrines arrêtées. Toute son ambition s’est bornée à élaguer de la religion catholique romaine ce qui, à son sens, était incompatible avec l’Écriture, à faire un choix plus ou moins judicieux parmi les dogmes formulés dans les premiers siècles, à les exposer sous un nouveau jour, à les étayer de preuves nouvelles, à en tirer de

nouvelles applications. De ce travail d’épuration, exécuté à la lumière du libre examen, devaient naître des systèmes nouveaux, qui, à leur tour, ont dû subir de nombreuses et fréquentes transformations. Ce sont ces variations du protestantisme qu’il s’agit de fair,e ressortir dans une histoire des dogmes chrétiens. Le tableau en sera un peu monotone, car, depuis la Réforme, les mêmes idées se reproduisent sous d’autres formes, et les controverses roulent constamment dans le même cercle ; mais il sera instructif, parce que ce sont

ces variations mêmes qui jalonnent la route des progrès de l’esprit humain.

Luther et Zvvingle.

J. -G. P/ancfc, Gescbichte der Entstehung, der Verânderungen und der Bildung nnsres protestantischen Lehrbegriffs von der Reformation bis zur Einführung der Concordienformel, Leipz., 1791-1800, 7 vol. in-8°. — Marheineke , Gescbichte der deutschen Reformation bis 1555, Berlin, 1831 et suiv.,4 vol. in-8°. — Ranke , Deutsche Gescbichte imZeitalter der Reformation, Berlin, 1839-43, 5 vol. in-8°, — Bieckhoff , Luthers evangelische Lehrgedanken in ihrer ersten Gestalt, dans le Deutsche Zeitschrift für christ. Wissensch. und christ. Leben,mai 1852, n°‘ 18 et 19.

La cause immédiate du schisme entre Rome et l’Allemagne fut la vente des indulgences ordonnée par le pape Léon X et attaquée presque simultanément par Luther (f 4 546) et Zwingle (f 1531), par le premier dans 95 thèses qu’il fit afficher à Wittenberg en 1517, par le second dans 67 thèses qu’il publia en 1523. Un intervalle de six années à peine sépare donc ces deux protestations contre un des abus les plus criants et les plus pernicieux de l’Église, mais dans ce court laps de temps, la Réforme avait déjà fait des pas de géant. Luther, dans ses

thèses, se montre encore le fils humble et soumis de l’Église romaine, dont il ne se* sépara ouvertement, on le sait, que trois ans plus tard, le 10 décembre 1520, par un acte d’une grande audace ; à l’exception des indulgences, il ne condamne rien, absolument rien, ni dans les doctrines, ni dans les institution^ du catholicisme. Zwingle, au contraire, passe en revue dans les siennes tout ce que l’on avait à reprocher à l’Église dominante, et demande hautement une réforme d’après le modèle de l’Église apostolique. Le progrès était considérable, et ce qui serait inexplicable dans cette hypothèse soutenue par les écrivains catholiques, que la Réforme ne fut, dans l’origine, que la révolte d’un moine contre le siège de Rome, c’est que ce progrès se fit malgré les incertitudes de Luther. Ce grand homme,. en effet, ne se rendit pas d’abord un compte exact de ce qu’il lui était permis d’entreprendre. Jusqu’où irait-il dans ses antithèses? Devait-il se contenter de demander la réforme des abus ou bien attaquer le système ecclésiastique lui-même, et, dans ce cas, était-ce aux rites, à la discipline, aux dogmes qu’il convenait de s’en prendre? 11 n’était pas mieux fixé sur la nature des rapports entre l’Église et l’Etat, entre les magistrats et le peuple. Courbé sous le joug de la tradition, il craignait de déterminer les limites de la liberté chrétienne ou les droits des individus ; il n’osait rien décider ni sur le canon ni sur le mode d’interprétation de l’Écriture. C’est que les questions de principes n’agitaient point encore la conscience chrétienne. La Réforme fut donc essentiellement pratique ; elle s’attacha de préférence à l’anthropologie et à la sotériologie, laissant de côté les dogmes métaphysiques et les acceptant tels qu’ils avaient été formulés par les conciles généraux. On ne saurait reprocher à Luther ses hésitations , quoiqu’elles aient été un mal véritable pour

l’Église protestante. C’est surtout sa dogmatique qui offre un caractère frappant d’indécision; tout y est vague, incertain,* si peu précis que l’on a vainement essayé de tirer de ses œuvres un corps systématique de doctrines l. Ses plus chauds partisans ont dû reconnaître que ses définitions sont peu exactes au point de vue de la théologie du siècle suivant, et ses adversaires n’ont pas manqué de relever dans ses écrits d’assez nombreuses contradictions 2. Pourquoi ne pas en convenir? Luther fut un génie puissant, un prophète inspiré par une foi ardente, un chrétien intrépide en face du danger, mais il ne

fut point un théologien dans le sens propre du mot.

Église lutliéi*iertne.

Dans aucune autre question, Luther 11e se contredit d’une manière plus regrettable que dans celle du libre examen. Après avoir largement usé lui-même d’un droit inhérent à la raison humaine, après avoir, proclamé la liberté des opinions en faisant appel aux convictions individuelles, il osa entreprendre de renfermer le mouvement des esprits dans des

1 C’est ce qu’a tenté de faire nommément J. -H. Majus , professeur à Giessen, dans son ouvrage intitulé Lut’neri Theologia pura et sincera, ex viri divini scriptis universis , maximè tamen latinis, per omnes fidei articulos digesta et concinnata, Francof., 1709, in-4°.

2 Les Œuvres de Luther ont eu cinq éditions successivement augmentées. La première fut faite à Wittenberg en 12 vol. allem. (1539-1559) et 7 vol. lat. (1545-1558); la seconde, à léna en 8 vol. allem. (1555-1558) et 4 lat. ( 1 55G-1 558), avec deux vol. de sOppl. publiés par Aurifaber à Eisleben (1564-15G5); la troisième, à Altenburg en 10 vol. allem. (IG61-64); la quatrième, à Leipzig en 22 vol. (1729-1740), et la dernière, celle de Walch, à Halle en 24 parties (1740-1753). On peut regarder comme un suppl. à cette dernière édit, la collection de Lettres de Luther publiée par de Wette, Berlin, 1825-1828, en cinq vol, in-8°, auxquels Seidemann a ajouté unGe vol., Berlin, 1856, in-8°.

bornes infranchissables et de fixer la doctrine par des formules précises ; bien plus, tremblant d’être accusé de favoriser la révolte des Anabaptistes, il se hâta de soumettre son Église aux princes qui s’en étaient déclarés les protecteurs. Ces derniers, profitant de l’occasion qui leur était offerte d’étendre leur autorité, acceptèrent avec empressement la juridiction ecclésiastique, et ce fut ainsi que la Réforme, loin de hâter l’affranchissement de l’humanité, riva d’abord ses chaînes en accroissant démesurément les prérogatives des souverains. « Elle rétablit de ses propres mains, comme le dit M. Matter, ce règne de la scolastique, ces dogmes consacrés et ces formulaires invariables qu’elle avait tant censurés. Toutes les questions qu’elle était venue affranchir, elle les enchaîna à des professions de foi enregistrées dans les chancelleries et protégées par la police. Partout, à Genève comme à Londres, à Leyde comme à Wittenberg, elle reprit ce code d’intolérance qu’elle avait jeté dans sa première colère, et décréta de nouveau jusqu’à cette peine de mort qu’elle avait combattue avec tant de raison. » En agissant avec cette inconséquence, les Réformateurs oublièrent que Dieu, la Sainteté absolue et l’Intelligence suprême, ne peut prendre plaisir qu’à un culte librement offert, et en faisant consister l’essence de la religion dans la croyance aveugle en certaines formules dogmatiques ou dans la pratique machinale de certains rites, ils rétrogradèrent vers le catholicisme, auquel conduit logiquement le dogmatisme, fidèle à ses principes 1 .

Le premier pas que la Réforme fit dans cette voie fatale est marqué par la Confession d’Augsbourg 2, qui fut présentée,

1 Matter , Histoire des doctrines morales et politiques des trois derniers siècles, Paris, 1836, in-8°, T. I, p. 190.

2 Confessio Augustana, 1530; dern. édit., Gassel, 1855. — Salig , Hist. der Augs

le 25 juin 1530, à l’empereur Charles-Quint. Ce document célèbre est très-propre à faire connaître les vrais rapports de l’Église protestante avec l’Église romaine à cette date. On y

chercherait en vain un système complet de dogmatique pro-

testante ; la plupart des dogmes y sont passés sous silence, comme étant communs aux deux Églises ; on y insiste presque exclusivement sur les doctrines au sujet desquelles les Protestants ne voulaient point être confondus avec d’autres sectaires, et en général il y règne un désir évident de conciliation. Les Protestants se regardaient encore comme membres de l’Église catholique, et voilà pourquoi des vingt-huit articles dont la Confession d’Augsbourg se compose, aucun n’attaque directement la papauté. Ce fut seulement sept ans plus tard, en 1537, qu’elle fut prise à partie dans les Articles de Smalcade composés par Luther et approuvés par l’assemblée des princes protestants, articles où sont exposés quatre points de doctrine, relatifs à l’office et à l’œuvre du Christ, sur lesquels aucune concession n’est possible, et quinze articles sur lesquels la discussion peut s’établir. Ainsi les Articles de Smalcade ne présentent pas non plus un système rigoureux de dogmatique. L’Église protestante cependant en possédait un depuis longtemps. Nous voulons parler des Lieux communs de théologie publiés dès 1521 2 par Mélanchthon (f 1560), esprit plus philosophique que Luther et humaniste plus habile, renommé,surtout par son caractère doux, modéré, conciliant, ennemi des disputes et disposé aux plus larges concessions dans l’intérêt

purg. Confession, Halle, 1730-35, 3 vol. in-4°. — Hane , Hist. critica August. Confessionis, 1732, in-4°. — Rudelbach , Histor.-krit. Einleitung in die Augsb. Confession, Dresde, 1841, in-8°.

1 Salten , Diss. hist. de Articulis Smalcaldicis, Regiom., 1729, in-4°.

2 Mélanchthon, Loci communes rerum theologicarum, sive hypotyposes theologicæ, Wittenb, 1521, in-4° et in-8°. Ce titre fut modifié dans les édit, subséquentes, qui sont au nombre de plus de cent.

de la paix L Son travail, qui a été, avec le temps, amélioré et pour le fond et pour la forme, est regardé ajuste titre comme la véritable base du système luthérien. Luther l’avait en grande admiration; il l’appelait un livre invincible, digne de passer à l’immortalité, et de figurer dans le canon ecclésiastique. Pourtant il n’est point complet ; on y remarque plusieurs lacunes, sans doute volontaires, qui n’ont été comblées qu’après la mort de l’auteur, en sorte qu’il faut descendre jusqu’à la fin du xvne siècle pour trouver dans l’Église luthérienne un exposé complet et systématique de ses doctrines.

Symbole» luthérien».

J. -G. Walch , Introductiojn libros symbolicos Ecclesiæ lutheranæ, Ienæ, 1732, in-4°.

— Semler, Apparatus ad libros symbolicos Eccles. lutheranæ, Halæ, 1775, in-8°.

— Büsching , Untersuch. wenn und durch wen der freien evangel. Ivirche zuerst die symbol. Bûcher sind aufgelegt worden? Berlin, 1789, in-8°. — Hahn, Der symbol. Bûcher der evangel. Ivirche Bedeutung und Schicksale, Stuttg., 1833, in-8°. — Hôfling , De symbolorum naturâ, necessitate, auctoritate et usu, Erl., 1835, in-8°. — C.-G. Johannsen, Die Anfange des Symbolzwanges unter den Protestanten, Leipz., 1847, in-8°.

Après la mort de Luther, Mélanchthon, l’homme sans contredit le plus éminent de l’Église luthérienne, semblait appelé

1 Le 6 juillet 1530, il écrivait au légat Campegius : Dogma nullum habemus diversum ab Ecclesià romanà... Parati sumus obedire Ecclesiæ romanæ, modo ut ilia pro sucà clementià, quâ semper erga omnes gentes usa est, pauca quædam vel dissimulet, vel relaxet, quæ jam mutare nequidem si velimus queamus. Le lendemain, il lui écrivait encore : Paucis rebus vel condonatis, vel dissimulais posset constitui concordia, videlicet si nostris utraque species cœnæ Domini permitteretur, si conjugia sacerdotum et monachorum tolerarentur. Hoc si apertè concedi non videretur utile, tamen prætextu aliquo dissimulari posset, videlicet quo res extrahatur, donec synodus convocetur. Voy. ses Epistolæ, Halle, 1834-39, 6 vol. in-4°, T. Il, p. 170, 173. Il était difficile de se montrer moins exigeant.

à le remplacer à la tête du parti protestant ; mais les Luthériens rigides ne tardèrent pas à s'élever contre lui, en l’accusant d’abandonner par timidité les principes de leur maître. Quelque estime que l’on éprouve d’ailleurs pour Mélanchthon, il faut avouer qu’il se montra en plus d’une circonstance disposé à faire aux Catholiques des concessions si excessives que les zélés partisans de la Réforme avaient le droit de s’en inquiéter, et que son ardent désir de rétablir au moins l’union et la concorde entre les différentes branches de l’Église réformée le poussa à des actes que nous ne qualifierons pas d’hypocrites, quoiqu’ils portent une sérieuse atteinte à la dignité et à la sincérité de son caractère. Qui pourrait, par exemple, l’approuver d’avoir, de son propre chef, modifié, en 1536, l’article X de la Confession d’Augsbourg et d’en avoir retranché ces mots : Ils désapprouvent ceux qui enseignent autrement 1 ? Sans doute ses intentions étaient pures, puisqü’il voulait amener un rapprochement entre tes Luthériens et les Sacramentaires, et sa rédaction était plus libérale, plus chrétienne que la rédaction primitive ; mais avait-il le droit d’altérer un document public qui n’était pas son œuvre exclusive, puisqu’au fond il n’avait fait que reproduire, sous une forme nouvelle, les XVII articles dogmatiques présentés, en 1529, par Luther aux princes assemblés à Schwabach, puis, en 1530, à l’électeur de Saxe à Torgau, en y ajoutant, il est vrai, IV articles dogmatiques, VII articles polémiques contre les abus de l’Église, un prologue et un épilogue, avec l’approbation

* Confess. August., art. 10 : De cœnà Domini docent, quod corpus et sanguis Christi verè adsint et distribuantur vescentibus in cœnà Domini et improbant secus docentes. Mélanchtbon remplaça cet article par celui-ci : De cœnà Domini docent, quod cum pane et vino verè exhibeantur corpus et sanguis Christi vescentibus in cœnà Domini. Voy. Conf. August. Articuli fidei, c. 10, dans le Corpus et syntagma confessionum fidei, Gen., 1622, in-4°, Pars II, p. 1 et suiv.

de Luther, de Jonas et de Bugenhagen *. Il ne réussit qu’à se faire accuser de cryptocalvinisme par les Luthériens rigides, qui blâmèrent avec non moins de sévérité son empressement à signer, en 1548, l’Intérim de Leipzig 2, bien qu’il ne l’eût accepté qu’avec des modifications qui maintenaient les doctrines essentielles du luthéranisme et n’abandonnaient aux exigences du parti catholique que la hiérarchie et les rites

ecclésiastiques. De ce désaccord naquit, dès 1548, la controverse adiaphoristique, qui se compliqua de disputes sur la Cène (1540), la descente aux enfers (1549), la justification (1550), les bonnes œuvres (1551), le libre arbitre (1556), la Loi et l’Évangile (1556), le péché originel (1560), la prédestination (1561). La lutte fut ardente et une foule de théologiens y prirent part. Parmi les plus célèbres combattants se signalèrent Agricola (f 1566), chef des Antinomiens 3, ainsi nommés parce qu’ils rejetaient laLoi pour ne prêcher que l’Évangile; — Flacius Illyricus (f 1575), l’Achille du luthéranisme, qui soutint contre Strigel (f 1569) que le péché originel est la substance de l’homme, et qui, pour éviter le sémipélagianisme, se jeta dans le manichéisme 4; — A. Osiander (f 1552), qui affirmait que le Fils de Dieu serait venu dans le monde lors même qu’Adam n’eût pas péché 5; — le turbulent Stankarus (f 1574), qui mourut antitrinitaire 6; — G. Major (f 1574), chef des Synergistes , qui défendit le mérite des œuvres contre Ams-

* Weber , Geschichte der Augsb. Confession, Frankf., 1783-84, 2 vol. in-8°.

2 Bieck, Das dreyfache Intérim, Leipz., 1721, in-8°. — Schmid , Historia interimistica, Helmst, 1730, in-8°.

3 Nitzsch , De antinomismo J. Agricolæ, Witt., 1804, in-4°. — Elwert , De anlinomiâ J. Agricolæ Islebii, Tur., 1836, in-8°.

4 Ritter , M. Fl. Ulyrici Leben und Tod, Frankf., 1725, in-8°. — Otto , De Victorino Strigelio, liberioris mentis in Ecclesià lutherià vindice, lena, 1843, in-8°.

5 Wigand , De Osiandrismo, 1586, in-4°.

B Stankarus, De trinitate et mediatore, Cracov., 1562, in-8°.

dorf (f 1565), qui le niait b Ce fut dans le fol espoir de mettre un terme à toutes ces querelles que six théologiens, J. Andreæ (f 1590), M. Chemnitz (f 1586), N. Selneccer (f 1592), D. Chrytræus (f 1600), A. Musculus (f 1581) et Ch. Kôrner (f 1594), réunis dans le couvent de Kloster-Bergen, en 1577, dressèrent un nouveau symbole, la fameuse Formule de Concorde qui n’eut d’autre résultat que de jeter entre les partis un nouveau ferment de discorde 1 2, un grand nombre d’églises, notamment celles de la Suède, du Danemark, de la Prusse, du Holstein, de la Poméranie, de la Basse-Saxe, ayant refusé d’y souscrire 3. Le but que l’on s’était proposé n’ayant point été atteint, on eut recours à des moyens plus énergiques pour établir dans l’Eglise protestante mie unité de croyances impossible, et l’on vit avec étonnement l’orthodoxie luthérienne émettre des prétentions aussi exagérées, pour le moins, que celles de l’Église romaine.

Luther n’avait jamais prétendu attribuer aux Symboles une autorité absolue et invariable. Nous ne voulons point, écrivait- » il en 1528, promulguer de nouvelles décrétales; nous voulons

seulement présenter. une exposition historique de notre foi h C’est dans le même esprit que la Formule de Concorde avait déclaré encore qu’à l’Écriture sainte seule appartient le droit

1 Amsdorf, Dass die Propositio, gute Werke sind zur Seligkeit schâdlich, eine redite wahre, christliche Propositio sey, 1559, in-4°.— Bayle, Diction., art. Synergistes.

2 Hospinien , Concordia discors, Zurich, 1607, in-fol. — llutter, Concordia concors, Witt., 1614, in-4°.

3 Les livres symboliques de l’Église luthérienne, au nombre desquels les Luthériens rigides placent cette Formule (mise au jour en 1580), comprennent, outre les anciens Symboles œcuméniques, la Confession d’Augsbourg (1530) et son Apologie (1531), les Articles de Smalcalde (1537) et les deux Catéchismes de Luther (1529). Le recueil de ces symboles a été publié plusieurs fois en allemand et en latin, notamment par Rechenberg, sous le titre de Liber Concordiæ, Lips , 1678, in-8°.

' Luther , Vorrede zum Visitationsbüchlein, Witt., 1528, in-4°,

de juger les controverses Mais, d’un autre côté, dès 1533, afin de prévenir l’intrusion des Antitrinitaires dans l’Église luthérienne, on avait imposé aux pasteurs entrant en fonctions la signature de la Confession d’Augsbourg, et quinze ans plus tard, après l’assemblée de Brunswick tenue en 1548, on donna à l’autorité des livres symboliques une extension démesurée, en les proclamant règle de foi non-seulement pour les pasteurs, mais pour les simples fidèles, et en leur attribuant une sorte d’infaillibilité dans l'interprétation des Livres saints. C’était dépasser, et de beaucoup, l’Église romaine dans laquelle l’autorité des symboles le cède toujours à celle de la Parole vivante de l’Église universelle, et si l’on songe que, dès la fin du xvf siècle, ces symboles reçurent des princes une valeur politique, juridique et civile, qu’ils devinrent loi de l’État, on sera forcé de reconnaître que l’Église protestante était retombée sons un joug plus pesant que celui qu’elle avait brisé. Mais il était heureusement impossible que cet état de choses — dont les Catholiques profitèrent habilement pour reconquérir en partie le terrain qu’ils avaient perdu — se prolongeât longtemps. Une Église , qui, comme l’Église protestante, se fonde sur une foi libre et raisonnée, et qui n’exclut, par conséquent, ni la réflexion individuelle, ni les investigations de la science, ne pourra jamais, à moins de

* Formula Concordiæ, éd. Reehenberg, Epitome, p. 572 : Sola Sacra Scriptura (tum Yeteris, tum Novi Testamenti) judex, norma et régula cognoscitur, ad quam, ceu ad Lydium lapidem, omnia dogmata exigenda sunt et judicanda, an pia, an impia, an vera, an vero falsa sint. Cetera autem symbola (præter sacra œcumenica, confessio Augustana non mutata, apologia, art. Smalcaldici et catechismi Lutberi) et alia scripta (sive Patrum sive Neotericorum) non obtinent auctoritalem judicis : hæc enim dignitas solis sacris litcris debetur : scd duntaxat pro religione nostrâ testimonium dicunt earndemquc explicant, ac ostendunt, quomodo singulis temporibus sacræ Jiteræ in articulis controversis in Ecclesiâ Dei a doctoribus, qui tum vixerunt, intcllectæ et explicatæ fuerint et quibus rationibus dogmata cum S. Scriptura pugnantia rejecta sint.

renier le principe qui fait sa force et de se suicider, comprimer l’essor des esprits spéculatifs et maintenir dans son sein ’ uniformité des doctrines. Aussi, malgré les rigueurs des Orthodoxes, qui s’appuyaient sur les princes temporels, jaloux de se montrer dignes du sacrifice que l’Eglise luthérienne leur avait fait de son indépendance, les controverses continuèrent-elles avec plus d’aigreur et d’emportement que jamais, non-seulement entre les Luthériens et les Calvinistes, mais entre les Luthériens eux-mêmes, jusqu’à ce que les malheurs de la guerre de Trente Ans vinrent faire cruellement sentir à tous leur inconcevable folie. La paix de ôVestphalie, qui accorda la liberté de conscience aux Catholiques, aux Luthériens et aux Calvinistes, mit un terme à ces disputes ou en diminua au moins la violence, et en assurant l’indépendance aux diverses opinions, en affranchissant la théologie du contrôle des gouvernements, elle rouvrit la carrière au progrès.

Réaction contre le dogmatisme luthérien.

Walch , Hist.-theol. Einleitung in die Religionsstreitigkeiten der evangel.-luther. Kirche, Iena, 1730-39, 5 vol. in-8°. — Kahnis, Der innere Gang des deutschen Protestantismus seit Mitte des vorigen Jahrhunderts , Leipz. , 1854, in-8°. — K. Schwarz, Zur Geschichte der neuesten Théologie, 2e édit.., Leipz., 1857, in-8°.

Devenu dogmatique, scolastique et hiérarchique à sa manière, le luthéranisme, au commencement du xvnc siècle, ne voyait de salut possible que dans l’acceptation de ses symboles et ne faisait consister la foi sanctifiante, base mystique de la théologie de Luther comme de la théologie de saint

Paul, que dans le respect de la lettre. Ce dogmatisme étroit, inintelligent, antiévangélique, ce catholicisme inconséquent arrêta non-seulement le développement de la Réforme, mais il aurait assurément fini par étouffer toute vie dans une Église qui avait montré à son origine tant de vitalité, s’il n’avait eu à lutter contre une énergique opposition, qui l’empêcha de retomber dans ce que Kant appelle le fétichisme et le despotisme clérical. Car, dit ce grand philosophe, partout où une foi positive et despotiquement arrêtée forme la loi fondamentale et souveraine, domine un clergé qui croit pouvoir se passer de la raison et même de l’érudition, parce qu’il se regarde comme le seul dépositaire et l’interprète exclusif des volontés du législateur invisible, comme le dispensateur des mystères et des grâces de la religion 1 . Cette vigoureuse opposition revêtit une quadruple forme, elle se manifesta comme syncrétisme, comme mysticisme et piétisme, comme philosophie et comme rationalisme.

nci*é ti sine .

Calov , Historia syncretistica, Witt., 1G82, in- 4°. — Hetike , G. Calixtus und seine Zeit, Halle , 1833, in-8°. — Gass, G. Calixt und der Syncretismus, Breslau, 1846, in-8°. — IL Schmid, Geschichte der synkret. Streitigkeiten, Erl., 1846, in-8°. — Planck, Geschichte der protestantischen Théologie seit der Konkordienformel, Gott., 1831, in -8°.

Professeur à l’ université de Helmstædt, où s’agita, vers le même temps, entre Dan. Hoffmann et J. Martini ’, la ques-

1 Kant, Religion innerhalb der Grenzen der blossen Vernunft, dans ses Werke, édit, de Rosenkranz, T. X, p. 211-218.

2 Hoffmann , De Deo et Christo, Helmst., 1598, in-4°.— Martini , Vernunftspiegel, Witt., 1618, in-8°.

tion fondamentale de l’usage de la raison en matières théologiques, G. Callisen, plus connu sous le nom de Calixte (fl 656), voulut essayer d’atteindre par d’autres moyens le but que les Luthériens rigides avaient manqué avec -leurs symboles. Théologien savant, esprit subtil, dialecticien habile, penseur libéral plus qu’aucun autre théologien de son temps, il mit ses talents éminents au service d’une noble cause, en s’efforçant de fonder entre les diverses communions chrétiennes une véritable paix de religion et de convertir la haine qu’elles se portaient en amour et en support mutuel 1 . Pour obtenir un résultat si désirable, il proposa de restreindre au prétendu Symbole des Apôtres 2 les articles essentiels de la foi chrétienne et de laisser les opinions parfaitement libres sur tout le reste. Dans son sentiment, toutes les églises particulières étaient membres de la vraie Église, et toutes avaient conservé pure une portion assez considérable de la vérité pour que leurs sectateurs pussent y faire leur salut, s’il menaient une vie intègre et vertueuse. Ces idées si larges ne naissaient pas chez lui d’une coupable indifférence religieuse ; car s’il admettait que les doctrines essentielles du christianisme se retrouvent dans toutes les communions, il était loin de nier qu’elles n’y fussent plus ou moins obscurcies par des abus et qu’on ne rencontrât dans telle Église plutôt que dans telle autre la véritable vie chrétienne.

Des opinions aussi libérales ne pouvaient être goûtées par les zélateurs d’aucun parti; cependant ce qui irrita surtout contre lui les Luthériens orthodoxes, c’est qu’il ne croyait pas que tout fût inspiré dans la Bible, et qu’il soutenait que le

1 Calixte , Desiderium et studium concordiæ ecclesiasticæ, Leyde, 1651, in*4°; — De tolerantià Reformatorum, Helmst., 1658, in-4°.

2 Vov. les Notes à la fin du vol., note M.

dogme de la Trinité n’est pas enseigné clairement dans l’Ancien Testament. Ce n’était meme là qu’une partie de ses torts, car il était loin de juger aussi sévèrement que les théologiens luthériens la doctrine de l’Eglise catholique sur la nécessité des bonnes œuvres ; il consentait à se soumettre au pape, mais au pape dépouillé de sa prétendue infaillibilité ; il accordait que la Cène peut s’appeler un sacrifice dans un certain sens ; il ne croyait pas qu’on eût eu raison d’abolir absolument les prières pour les morts et l’invocation des saints, simples manifestations, selon lui, du sentiment religieux et de la charité chrétienne; pourtant il rejetait la tradition postérieure au ve siècle, et signalait l’abus que l’Église romaine en avait fait. La dogmatique luthérienne n’obtenait pas d’ailleurs une entière approbation de sa part. Il attaquait surtout le dogme de la communication des idiomes ou des propriétés, comme entaché d’eutychianisme, les propriétés d’une nature infinie 11e pouvant se communiquer à une nature finie, sans que l’essence de l’une et de l’autre de ces natures soit anéantie. Abraham Calov (f 1686), théologien aussi savant que Calixte, mais en meme temps aussi violent et aussi intolérant que son adversaire était doux et modéré, combattit ces doctrines et opposa au syncrétisme un livre3 auquel ses partisans dans la Saxe électorale, hétérodoxes à force de dévouement à l’orthodoxie, auraient volontiers attribué une autorité symbolique, si l’université de Iéna n’y avait mis obstacle. La postérité a fait justice de leurs prétentions ridicules, et elle s’est montrée impartiale envers Calixte en reconnaissant qu’il a forcé par sa critique judicieuse les théologiens luthériens à soumettre à une révision complète leur dogmatique tout entière, sans oublier

1 Calov, Consensus repetitus fulei verè lutheranæ, Witt., tGGG, in-4°.

toutefois de faire remarquer que le triomphe de son système aurait forcément ramené au catholicisme les gens conséquents, puisqu’il est certain que l’église du ve siècle ressemble à l’Église catholique beaucoup plus qu’à l’Eglise protestante. L’accusation de cryptopapisme que les adversaires de Calixte lui adressèrent n’était donc pas tout à fait sans fondement ; mais si le désir d’opérer un rapprochement entre les diverses communions chrétiennes l’entraîna trop loin, il faut se souvenir que ces concessions excessives lui furent commandées non par un intérêt personnel, mais par une déférence exagérée pour l’antiquité et un respect servile pour l’autorité des Pères. Cette servilité était d’ailleurs dans l’esprit du temps; elle caractérise cette école historique à laquelle appartiennent, entre autres, Andrews (f 1626) et Laud (f 1644) en Angleterre, Casaubon (f 1614) et Grotius (1645) en France, et elle resta, pour ainsi dire, de mode jusqu’à la publication du livre célèbre de Paillé (f 1670), Traité de remploi des Saints Pères 2, où ce savant théologien, un des plus versés de son siècle dans la théologie patristique, démontra que les erreurs et les contradictions des Pères de l’Eglise ne permettent pas à la saine critique de leur attribuer d’autre autorité qu’une autorité négative. Au reste, on peut avouer que Calixte a trop accordé au désir de rétablir l’unité dans l’Eglise, sans accepter comme justes tous les reproches que lui ont adressés les Luthériens orthodoxes. Ce ne sont point les successeurs d’Amyraut (f 1664) 3, par exemple, qui oseraient le blâmer d’avoir le premier établi une séparation scientifique entre la dogmatique et la morale, et d’avoir traité celle-ci comme une

1 Statius Buscher, Cryptopapismus novæ theologiæ Helmsladiensis, Hamb., 1639,

2 France Protestante, art. D aillé.

3 Ibid., art. Amyraut.

science indépendante 1 . N’était-ce pas rendre un service dans un temps où les théologiens ne s’occupaient que d’arides spéculations métaphysiques?

Mysticisme et piétisme.

De Colin, Hislor. Beitrâge zur Berichtigung der Begriffe Pietismus, Mysticismus und Fanatismus, Halberst., 1830, in-8°. — Heinroth, Geschichte und Kritik des Mysticismus, Leipz., 1830, in-8°. — Bretschneider , Die Grundlage des evangel. Pietismus, Leipz., 1833, in-8°. — Mürklin , Darstellungund Kritik des modernen Pietismus, Stuttg., 1839, in 8°. — Binder , Der Pietismus und die moderne Bildung, Stuttg., 1839, in-8°. — Hamberger, Stimmen aus dem Heiligthum der christ. Mystik und Tlieosophie, Stuttg., 1857, in-8°. — Baur, Zur Geschichte der protcstantischen Mystik, dans le Theol. Jahrbiicher de Zeller , an. 1848, cah. 4; 1849, cah. 1.

Le mysticisme qui avait fait, durant une grande partie du moyen âge, une opposition sérieuse au scolasticisme, salua avec joie l’aurore de la Réforme et se réjouit de ses premiers progrès; mais, lorsqu’il la vit abandonner la sphère du christianisme pratique pour se jeter dans des querelles métaphysiques, il cessa de s’intéresser aux travaux de ses théologiens, qui prirent dès lors, vis-à-vis de lui, une attitude hostile. C’est ainsi que G. Schwenkfeld (f 1561), dont il est impossible de méconnaître la piété sincère, fut condamné parce qu’il ne voulait pas appliquer au Christ comme homme la qualification de créature et qu’il croyait à la déification de sa chair2. Cet esprit peu évangélique des théologiens protestants, joint à la tendance croissante de la théologie luthérienne à

1 Calixte , Epitome theologiæ moralis, Helmst., 1G34, in-i°.

2 J. Wigand , De Schwenkfeldianismo, Bips., 1585, in-4°. — Hahn, Schwenkfeldii

sententia de Christi personâ et opéré exposita, Vratrisl., 18'»7, in-8°. *

retomber dans le scolasticisme, rendit l’opposition du mysticisme de plus en plus prononcée. Une des premières protestations qu’il fit entendre contre le règne de la lettre et les formes arides de la foi, sortit de la plume de Jean Arnd (*}* 1621), qu’une piété ardente, exaltée encore par des souffrances physiques, jeta dans le mysticisme avec l’espoir d’y trouver la paix et le repos Le monde lui apparaissait comme le miroir magnifique de la Divinité, et la créature visible comme l’épanchement de l’Esprit invisible, qui est présent partout et remplit tout. La chute a rendu l’homme terrestre, charnel, animal; mais l’esprit du Christ en fait une créature nouvelle. Cette nouvelle vie se manifeste par l’amour; c’est par l’amour que le Christ vit dans le fidèle et que le royaume de Dieu s’établit dans le cœur du croyant qui soumet sa raison et sa volonté à Dieu et à Jésus-Christ 1 2. Ces idées fortement empreintes du mysticisme allemand de bon aloi dont Luther avait été lui-même un partisan enthousiaste, se retrouvent dans les écrits de J. -Y. Andreæ (fl 634), homme instruit et pieux, doué d’une imagination vive et poétique, qui essaya de réaliser son idéal de l’Église dans une société secrète fondée sur la fraternité et connue dans l’histoire sous le nom de Rose- Croix, nom emprunté à un symbole cher au grand réformateur de l’Allemagne 3. Mais, de même qu’au moyen âge, le mysticisme ne tarda pas à dégénérer en se combinant dans l’Église luthérienne avec les rêveries de la théosophie, que Cornélius Agrippa (f 1534) et Théophraste Paracelse (f 1541)

1 Pertz, De J. Arndio, Hanov., 1852, in-4°.

2 Arnd , Vier Bûcher vom waliren Christenthum, Iena, 1605-1608 ; trad. en lat., Luneb., 1625, in-8*. — Wernsdorf , Arndianus de vero christianisme» liber exami natus, Witt., 1756, in-8°.

3 Staudlin, De J.-V. Andreæ consilio et doctrinâ morali, Gott., 1806, in-8°. — Hossbach , J.-V. Andreæ und sein. Zeitalter, Berl., 1819, in-8°.

répandirent en Allemagne. Le premier, esprit hardi et crédule, enthousiaste et sceptique, essaya de faire de la magie, qu’il appelle le complément de la philosophie et la clef de tous les secrets de la nature, une science basée à la fois sur la nature et sur la révélation. Le second, génie prodigieux, mais bizarre, que son imagination ardente et désordonnée égara dans toutes sortes de divagations, croyait à un parallélisme parfait du macrocosme ou de la nature avec le microcosme ou l’homme, et prétendait en trouver la preuve dans la révélation divine éclairée par la lumière intérieure que l’Esprit de Dieu communique à l’âme contemplative 1 . Cette théosophie, dont l’influence est déjà visible dans les écrits de Sébastien Franck (•{• 1545) 2, trouva des alliés, d’abord dans la cabale — que les rabbins Loria et Irira avaient revêtue d’une forme scientifique et dont le savant Reuchlin (f 1522) s’était constitué le patron en Allemagne, parce qu’il croyait y voir la révélation primitive de Dieu à l’humanité, — puis dans l’alchimie, qui régnait alors jusque dans les palais des rois. Ainsi appuyée, elle gagna d’assez nombreux partisans qui s’efforcèrent de la fondre avec la Bible, dont l’usage venait d’être rendu au peuple, et qui de ce mélange étrange tirèrent les doctrines les plus fantastiquès. Y. \Yeigel (f 1588), ancien pasteur luthérien, dont les écrits ne furent publiés qu’après sa mort, est regardé comme le chef de ces illuminés. Le caractère purement spéculatif de ses ouvrages restreignait d’a-

1 Pieu, Die Théologie des Theophrastus Paracelsus, Berlin, 1839, in-8.. — Carrière, Philosophische Weltanschauung der Reformationszeit, Stutt., 1817, in-8°.

- S. Frank établissait, en efTet, une distinction entre la parole extérieure et la parole intérieure, qui était, selon lui, la véritable parole de Dieu. C’est sur ce principe qu’il construisit sa christologie, dont l’idée fondamentale est l’identité de la conscience humaine et de la substance divine ou une unité théandrique en vertu de laquelle chacun de nous a en soi la même parole de Dieu qui s’est révélée dans le Christ. Baur, Dogmengcschichte, ‘i0 édit., Tttb., 1858, p. 305.

vance la sphère de leur influence 1 ; mais un de ses disciples, Jacob Bôhme (f 1624), surnommé le Philosophe teutonique, a su donner à sa doctrine un cachet populaire et fonder une secte qui subsiste encore aujourd’hui. Doué d’une grande intelligence, d’un esprit profondément religieux et merveilleusement actif, d’une imagination exaltée jusqu’au fanatisme, nourri de la lecture de la Bible et des écrits de Paracelse, Bôhme, qui n’avait reçu d’ailleurs aucune éducation scientifique, parle la langue des anciens Mystiques, mais, à ce qu’il semble, sans la comprendre. Aussi ses ouvrages offrent-ils une obscurité presque impénétrable, à peine sillonnée de loin en loin par un éclair de génie. Son système, si l’on peut appliquer ce nom à un pareil chaos, n’est au fond que cette ancienne forme du panthéisme qui conçoit l’univers comme l’épanouissement spontané de la Divinité en dehors*de l’abîme sans fond, où tout finira par rentrer 2. Qu’on en juge.

Dieu, principe, substance et fin de toutes choses, est sorti des ténèbres et de son immobilité pour se manifester à la lumière en créant le monde. Considéré en lui-même, il est un mystère impénétrable à la raison humaine ; il ne peut être défini par aucun attribut ; il est à la fois tout et rien. 11 est tout, comme principe et essence de toutes choses. Il n’est rien, car la matière n’existant pas encore, il y a absence de vie, de forme, de qualité, et par conséquent il n’y a rien de réel 3. C’est cet abîme sans commencement et sans fin, qui est Dieu le Père. De lui procède éternellement le Fils, qui est la lu-

1 Kromayer , De Weigelianisrno et Rosæcrucianismo et Paracelsismo, Lips., 1GG9, in-8°.

2 Wullen , Bohme’s Leben und Lehre, Stuttg., 1836, in-8°. — Hamberger , J. Bolime, Miinch., 1844, in-8°.

3 Bôhme, De signaturâ rerum, lib. III, c. 2; — Morgenrüthe im Aufgang, III, 14-15.

mière, la volonté divine s’objectivant, se réfléchissant ellemême, se reproduisant à sa ressemblance ou se connaissant parle Verbe, la Sagesse éternelle. L’unité interne du Fils et du Père, l’expression de la sagesse par la volonté, est le Saint- Esprit, qui procède ainsi et du Père et du Fils 1 . Cette Trinité est mise en rapport avec le monde par la nature éternelle, invisible, qui en émane et qui réunit en elle les sept essences des êtres. De la nature invisible est émanée la nature visible, où les essences se traduisent en existences. Ainsi Dieu est la substance de tout ce qui existe ; la nature est son corps 2 et il est le principe du mal. Le mal était nécessaire comme condition du bien 3. L’homme offre en lui le résumé de toutes choses : il tient de Dieu son âme ; de la nature éternelle, l’essence de son corps; de la nature visible, son corps proprement dit. Son devoir est de hâter l’instant de sa réunion avec Dieu en s’abîmant dans la grâce.

Quelque incompatible qu’elle soit avec l’Écriture sainte, cette doctrine trouva beaucoup de partisans ; on en aperçoit les traces dans la philosophie allemande et jusque dans la théologie de Schleiermacher. Parmi ses adeptes les plus enthousiastes, nous citerons l’anglais Jean Pordage (f 1698), qui tenta de rédiger en système les extravagances théosophiques de Bôhme et prétendit que la vérité de ses idées lui avait été confirmée par des révélations ; — le français Saint- Martin (f 1804), philosophe mystico-religieux, traducteur de plusieurs ouvrages de Bôhme et auteur de quelques écrits où il professe le panthéisme ; — Quirin Kuhlmann, qui mêla la politique au bôhmisme et périt dans les flammes à Moscou

i Bôhme, Mysterium magicum, lib. VII, c. 8.

- Bôhme, Signature rerurn lib. III, c. 6.

3 Bôhme, Mysterium magicum, lib. Vil, c. 18.

en 1G89, victime d’un fanatisme bizarre qui prêchait l’ignorance éternelle comme le dernier but du mysticisme 1 ; — J.-G. Gichtel (f 1710), qui plaçait les ouvrages de Bôhme au-dessus de la Bible même et qui essaya de faire passer ses doctrines de la théorie dans la pratique. A cet effet, il voulut fonder un clergé selon l’ordre de Melchisédec. Ses prêtres devaient vivre à la manière des anges, sans se marier, sans travailler; se soumettre à de rigoureuses abstinences et à de rudes macérations, et se rendre par la sainteté de leur vie dignes de détourner la colère de Dieu de dessus leurs frères. Gichtel était sans aucun doute un noble cœur, qu’un ardent amour pour Jésus et pour l’humanité jeta dans d’étranges bizarreries 2. On peut en dire autant de G. Arnold (f 1714), autre mystique théosophe, qui, étendant à l’Église entière l’aversion que lui inspirait la théologie protestante de son temps, osa, le premier parmi les modernes, prendre le parti des hérétiques contre les orthodoxes 3, et accorder des éloges sans réserve au mysticisme théosophique. L’impartiale histoire doit placer sur la même ligne, en reconnaissant également la pureté de ses intentions, J.-W. Petersen (f 1727), qui annonça, en se fondant sur l’Apocalypse, une double résurrection, le règne de mille ans et le rétablissement de toutes choses dans l’état où elles étaient avant la chute, par conséquent l’abolition de l’enfer lui-même 4 ; mais elle n’aura qu’une condamnation sévère à formuler contre Mathias Knutzen, chef de la secte des Conscientiaires,

1 Wernsdorf, Dissertât, liistorica de fanaticis Silesiorum et speciatim Q. Kulilmanno, Witt., 1733, in-4°.

2 Reinbeck, Nachr. von Gichtel’s Lebenslauf und Lehren, Berlin, 1732, in-8°.

3 Arnold , Unparteiische Kirchen-und Ketzerhistorie, Frankf., 1699-1700, 4 part, en 2 vol. in-fol. ; Ilistoria et descriptio theologiæ mysticæ, Francof , 1702, in-8".

4 Petersen , Muax^ptov a7TOx.aTa<rrà<7£toç ttocvtiov, das ist Geheimniss der Wiederbringung aller Dinge, OfTenb., 1701-10, 3 part. in-8°.

dont la doctrine n’est qu’un athéisme grossier, n’admettant pas d’autre autorité objective que la conscience universelle. Knutzen niait donc Dieu et l’immortalité de l’âme, il ne reconnaissait aucune autorité ni religieuse, ni civile ; il proclamait l’égalité absolue 1 . Des principes moins subversifs furent professés, dans le xvme siècle, par J. -Ch. Edelmann (f 1767), qui, avant Strauss, mais avec infiniment moins de talent, essaya d’expliquer l’Évangile au point de vue mythique et panthéistique 2.

C’est encore au panthéisme enthousiaste et théosophique de Bohme que se rattache le swedenborgisme, ainsi nommé d’Emmanuel de Swedenborg (f 1777), fondateur de la Nouvelle Église ou Église de la Nouvelle Jérusalem. Les rapides progrès de ✓cette secte dans l’Allemagne méridionale, en France, en Angleterre, en Amérique, offrent quelque chose de surprenant. Faut-il les expliquer par le charme séduisant du merveilleux, même pour les natures d’élite? par une opposition rationaliste à certains dogmes de la religion chrétienne que le swedenborgisme combat, tels que ceux de la rédemption par la mort de Jésus, de la Trinité, de l’imputation des mérites du Christ, de la justification par la foi seule, du serf arbitre, de la prédestination absolue? par un penchant naturel pour la philosophie? parle caractère élevé et moral des écrits de Swedenborg, par la largeur et la libéralité de ses vues, qui ne lui permettent de condamner aux peines éternelles ni les païens vertueux, ni- les enfants morts sans

’ Un de ses pamphlets, (pii ne sont d’ailleurs curieux qu’en ce qu’ils nous offrent le premier essai fait en Allemagne d’une critique de l’inspiration littérale, a été traduit en français et publié par La Croze , dans ses Entretiens sur divers sujets d’histoire, Col. [Amst.], 1711, in-8°.

2 Pratje, Histor. Nachrichten von J.-C. Edelmann’s Leben, Schriften und Lehrbegriff, Hamb., 1785, in-8°.

baptême? Quoi qu’il en soit, il est certain que, malgré la bizarrerie de ses doctrines, le swedenborgisme a rencontré de nombreuses sympathies même parmi les penseurs de notre temps, à quelque communion qu’ils appartinssent. 11 enseigne que le monde spirituel, invisible, dont Swedenborg donne une description qui atteste au moins la richesse de son imagination, correspond au monde matériel et visible, de telle sorte que les objets sensibles, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, représentent des choses spirituelles. Mais ce monde n’est pas un monde idéal dans le sens de Platon, c’est un monde concret, plastique, peuplé, comme la terre, par des êtres spirituels, des anges faits comme nous, habitant des maisons comme nous et se mariant comme nous, avec cette différence pourtant que de ces mariages célestes ne naissent que le bon et le vrai, à ce qu’affirme notre théosophe, qui prétend avoir eu avec les anges des communications fréquentes. La Trinité n’existe pas dans le sens de l’Église, c’està-dire comme une trinité des personnes, elle est concentrée dans la seule personne du Christ ; elle est à la fois la nature divine en lui ou le Père, la nature humaine ou le Fils, et l’énergie divine qui procède de lui ou le Saint-Esprit. Le Christ est donc à la fois Dieu créateur, rédempteur et régénérateur, un en essence et en personne ‘. On arrive à lui par l’amour, et en lui, l’humanité se purifie et se divinise.

Le piétisme ne se distingue du mysticisme le plus pur, le plus spirituel qu’en deux points : il a substitué à l’élément négatif de ce dernier, un élément positif, le dogme du péché originel, et il ne cherche l’union avec Dieu que sur la voie de la rédemption et de l’expiation, tandis que le mysticisme ne

1 Swedenborg, Summar. expositio novæ doctrinæ, c. 118-119.

parle guère du péché originel et préfère à la justification par la mort expiatoire du Christ une union plus immédiate .avec Dieu. En général, les Piétistes, ainsi nommés par dérision, furent assez sages pour éviter les écarts dans lesquels tombèrent si souvent les Mystiques ; aussi agirent-ils d’une manière plus énergique sur l’Église luthérienne. Plaçant les fruits de la foi au-dessus de la foi elle-même, le piétisme proclama hautement que le christianisme ne consiste pas en une aride orthodoxie et qu’il importe moins pour le chrétien de se graver dans la mémoire des subtilités dogmatiques que de s’imprimer dans le cœur les doctrines du salut. Laissant donc de côté le dogme pour la morale, il travailla de toutes ses forces à ranimer le christianisme pratique presque étouffé sous le scolasticisme, en unissant au mysticisme de Luther les deux dogmes fondamentaux du péché originel et de la rédemption. Le chef de ce parti puissant fut P. -J. Spener (f 1705). Peu exigeant en fait d’opinions, mais très-rigide sur les actes, Spener s’occupa surtout de former la piété intérieure et de renverser tout ce qui y mettait obstacle. Il combattit donc non-seulement l’esprit querelleur et ergoteur des théologiens luthériens, mais 'il attaqua avec non moins de vivacité et de succès la symbololâtrie, la hiérarchie, la cæsaréopapie, en se tenant soigneusement en garde contre les extravagances de la théosophie L Ses disciples furent nombreux. Les uns suivirent fidèlement ses traces, comme Christian Thomasius (f 1728); le savant et modeste J. -F. Buddé (f 1729), qui a rendu des services durables à la dogmatique et à la morale 2 ;

’ Hossbach , P.-J. Spener und seine Zeit, Berlin, 1827, 2 vol. in-80. — France Protestante, art. Spener.

2 BucLdé, Institutioncs theologïæ moralis, Lips., 1711, in-4*; — Institutiones theologiæ dogmaticæ, Lips., 1723, in-4°.

S. -J. Baumgarten (f 1757), le premier dogmatiste de son temps V, qui réveilla le goût des recherches historiques sur la Bible, préparant ainsi, à son insu peut-être, l’affranchisse ment de l’exégèse, et qui traita la morale évangélique d’une manière plus scientifique qu’on ne l’avait fait avant lui. D’autres, au contraire, se prétendant en possession de dons spirituels extraordinaires, voulurent expliquer l’Ecriture non pas, comme Spener et Baumgarten, avec le secours de la science, qu’ils méprisaient, mais à l’aide d’une illumination interne. Convaincu que les Livres saints ont été inspirés jusque dans les mots, ils témoignaient un respect extrême pour la lettre, mais sous la lettre, ils cherchaient un sens caché, typique. 11 était difficile qu’ils ne s’égarassent pas souvent. C’est ainsi que chez J. -A. Bengel (f 1753) et Ch. -A. Crusius (f 1775), le piétisme prit une couleur apocalyptique. Ces deux théologiens, d’ailleurs très-distingués, dont le premier passe pour le créateur de la critique du Nouveau Testament dans l’Église luthérienne 2, et dont le second fit à la philosophie de Wolf une opposition qui nous révèle un savant et profond penseur, se perdirent dans les folies du chiliasme et se mêlèrent de prédire la fin du monde par une combinaison cabalistique des chiffres donnés dans l’Apocalypse 3.

On doit regarder comme une branche du piétisme la communauté des Herrnhuts, formée, en 1722, par le comte de Zinzendorf (f 1760), des débris delà communauté des Frères Moraves, que de longues persécutions avaient cruellement punis de leur opposition à l’Église romaine, opposition qui

1 Baumgarten, Evangelische Glaubenslehre, Halle, 1759-60, 3 vol. in-4°.

2 Bengel, Apparatus criseos sacræ, Millianæ præsertim, compendium, limam, supplementum ac fructum exhibens, Tiib., 1763, in-4°.

3 Bengel , Erklarte OfTenbarung Johannis oder vielmehr Jesu Christi, Stuttg., 1740, in-8°. — Crusius, Theologia prophetica, Lips., 1777, 3 vol. in-8°.

datait vraisemblablement de la conversion de la Moravie, au ixe siècle, par deux moines grecs. Cyrille et Méthodius, mais qui avait pris une nouvelle énergie pendant la guerre des Hussites. Chassés de leur patrie en 1627, les Frères Moraves s’étaient établis sur les frontières de la Saxe et de la Lusace, où la bienfaisance du comte alla les chercher. La nouvelle communauté accueillit d’abord dans son sein des éléments si divers qu’elle n’aurait pas tardé à se dissoudre, si Zinzendorf n’avait réussi à y rétablir la paix et la concorde en 1727. Aujourd’hui elle a en elle un puissant principe de vie : c’est une tolérance très-large, qui, laissant de côté les distinctions dogmatiques, s’attache uniquement à réveiller dans les cœurs l’amour mystique de Dieu et du Christ. Soumission absolue au Sauveur, union avec celui qui nous a réconciliés avec Dieu sur la croix, voilà à quoi se borne à peu près toute la théologie des Herrnhuts ou de l’Unité des Frères, unité basée non sur la conformité des idées, mais sur l’accord des sentiments1 . Guidée par ces principes, l’Unité des Frères admet indifféremment dans son sein des membres de toutes les autres sectes protestantes, et c’est parce qu’elle en agit ainsi, c’est-àdire parce qu’elle se maintient sur le terrain des vérités fondamentales du christianisme et de la vie chrétienne, plutôt que parce qu’elle a seule rétabli dans toute son importance la doctrine de la rédemption, qu’elle mérite l’éloge que Zinzendorf a fait d’elle, d’être, nous ne dirons pas avec lui la seule église chrétienne, mais l’église la plus fidèle à l’esprit de l’Évangile. Nous ne pouvons nous empêcher d’ajouter cependant qu’elle aurait encore plus de droits à ce titre, si le Fils n’y avait pas complètement supplanté le Père dans l’adoration des fidèles.

• Spangenberg, Idea fidei Fratrum, Barby, 1779, in-8°. — Schulse, Von der Entstehung und Einrichtung der evangel. Brüdergemeine, Gotha, 1872, in-8°.

Brucker, Historia critica philosophiæ, 2e édit., Leipz., 176G-G7, 6 vol. in-4°. — Buhle, Geschichte der neuern Philosophie seit der Epoche der Wiederherstellung der Wissenschaften, Gott., 1800-1804, 6 vol. in-8°; trad. en franç. par Jourdan, Paris, 181G, 7 vol. in-8°. — Tennemànn, Geschichte der Philosophie, Leipz., 1798-1819, 12 vol. in-8°. — Ritter, Geschichte der Philosophie, Hamb , 1829-50, 9 vol.in-8°. — Michelet, Geschichte der letzten Système der Philosophie in Deutschland von Kant bis auf Hegel, Berlin, 1837-38, 2 vol. in-8°. — Chalybæus, Histor. Entwicklung der speculativen Philosophie von Kant bis auf Hegel, Dresde, 1837, in-8°; 3e édit., 1843, in-8°. — Carrière, Die philosophische Weltanschauung der Reformationszeit, Stutt., 1847, in-8°. — Willm , Hist. de la philosophie allemande depuis Kant jusqu’à Hegel, Paris, 1846-49, 4 vol. in-8°.

La troisième opposition qui s’éleva contre le dogmatisme luthérien, fut celle de la philosophie. En Allemagne où, grâce à l’influence d’Erasme (f 1536), esprit doux et timide qui connaissait mieux que personne les abus de 1 Église, mais qui se contenta d’en plaisanter de peur de compromettre son repos, en Allemagne, disons-nous, où la Renaissance avait pris plus que dans aucune autre contrée de l’Europe une direction théologique, le scolasticisme eut moins à souffrir que partout ailleurs du réveil des études classiques, et il conserva sans beaucoup de peine jusqu’à la Réforme son empire sur les esprits. Luther se déclara d’abord non-seulement contre la philosophie scolastique, source, selon lui, de toutes les erreurs de l’Église romaine, mais même contre Aristote et surtout contre sa morale, qu’il ne pouvait concilier avec la théorie augustinienne de la justification par la foi. Plus tard cependant, il changea de manière de voir, au moins quant au philosophe de Stagyre, et la théologie protestante rentra à pleines

voiles dans le scolasticisme sous le patronage de Mélanchthon, le seul des Réformateurs qui, avec Bèze (f 1605), ne se soit pas posé en ennemi déclaré de la philosophie, et qui ait osé recommander le péripatétisme, en tant qu’il n’était pas contraire à la révélation, comme celui de tous les systèmes philosophiques de l’antiquité qui se prêtait le moins aux subtilités des sophistes.

Inféodée dès lors à l’aristotélisme, l’Église protestante se garda bien de recevoir dans son sein Giordano Bruno (f 1 600), penseur profond, esprit indépendant, mais passionné, caractère élevé, mais inquiet, qui, dans son enthousiasme pour Platon, ne négligeait aucune occasion d’attaquer Aristote, et que l’Inquisition romaine fit périr dans les flammes, moins peut-être parce qu’il enseignait une doctrine qui n’était au fond que le néoplatonisme panthéistique professé des siècles auparavant par Jean Scot Érigène, que parce qu’il niait la transsubstantiation et la* virginité de Marie h Elle repoussa également avec méfiance la réforme proclamée par Ramus (f 1572) 2, en sorte que l’on remarque à peine dans l’enseignement de ses écoles une trace de l’influence du ramisme pur ou même de l’éclectisme qui chercha à concilier le ramisme avec la logique péripatéticienne de Mélanchthon. La théologie luthérienne continua ainsi à surveiller d’un œil jaloux les efforts tentés par la philosophie pour briser le joug d’Aristote, qu’elle lui avait imposé de nouveau, après l’avoir aidée à s’en affranchir. Malgré sa piété sincère, malgré le service qu’il avait rendu à la religion en réfutant le panthéisme formel de Césalpin (f 1603), médecin du pape Clé-

1 Bruno , Délia causa, principio ed uno, Venise [Londres], 1584, in-8°; — Dell’ infinito, universo e dei mondi, Ibid., 1584, in-8°.

'2 France protestante, art. Rnrmis.

ment Vlll, qui croyait à une substance unique, immatérielle, répandue partout, et à une âme du monde dont toutes les âmes, des hommes et des animaux, n’étaient que • des effluves ou des parties *, Nicolas Tourot (f 1606) sévit en butte à une accusation de socinianisme et meme d’athéisme, parce qu’il enseignait que la Providence divine ne s’étend qu’aux êtres raisonnables, et surtout parce qu’il ne professait pas une admiration servile pour le péripatétisme1 2 3. Tourot était professeur à l’université d’Altorf, qui, comme celle de Helmstâdt, se distinguait alors par des principes plus libéraux, et où professa, vers le même temps, Ernest Soner (f 1612), un autre de ces penseurs indépendants que l’Allemagne comptait alors en trop petit nombre :5.

Un siècle entier devait s’écouler encore avant que la philosophie réussît à s’affranchir de la sujétion où la tenait la dogmatique chez le peuple même de l’Europe le plus naturellement porté aux exercices de la méditation, tant il est difficile de secouer le joug des préjugés traditionnels et des habitudes de l’éducation ! Le signal de l’affranchissement fut donné par le piétiste Christian Thomasius (f 1728), dont l’esprit pratique était ennemi des formes arides de la théologie scolastique ; mais c’est à Leibnitz (f 1716) qu’appartient l’honneur d’avoir créé la véritable philosophie allemande, philosophie qui s’est montrée si féconde et qui occupe un rang si élevé dans l’histoire des travaux de l’esprit humain 4.

La philosophie de Leibnitz est un réalisme spiritualiste opposé d’une part à l’empirisme de Locke (f 1704), et de

1 Césalpin , Quæstiones peripateticæ, Venet., 1751, in-fol.

2 France protestante, art. Tourot.

3 Vov. Philosophia Altorfina, Norimb., 1G44, in-4°.

4 Schaller , De Leibnitii philosophia, Halle, 1833, in-8°.

l’autre à l’idéalisme. Pour échapper à la fois au sensualisme et au panthéisme, Leibnitz imagina sa célèbre théorie des monades, atomes substantiels, mais immatériels, unités parfaites ayant leur vie propre, et en soi le principe de leurs déterminations, espèce d’idées-atomes correspondant aux entéléchies d’Aristote. Chose étrange! cette théorie, qui spiritualisait les forces de la nature et jusqu’à un certain point le monde matériel lui-même, n’effaroucha pas la théologie. Elle ne voulut voir non plus qu’un poème dans la Théodicée, pivot de la philosophie religieuse de Leibnitz 1 . Bien qu’entrepris dans l’intention de réfuter le scepticisme de Bayle (f 1706) et d’établir entre la théologie et la philosophie une paix aussi solide que possible par l’exacte définition de leurs droits respectifs, cet ouvrage remarquable a moins pour objet, en effet, de donner la solution philosophique du grand problème de l’origine du mal que de représenter, sous une forme poétique, à la manière de Platon, la Divinité comme intelligence absolue et libre, comme raison première et nécessaire des choses, et cela même aux dépens de la liberté morale de l’homme 2.

Christian Wolf (f 1754) se chargea de coordonner, de systématiser, en les modifiant quelquefois et en les complétant souvent, les idées que Leibnitz s’était contenté de présenter sous d’imposantes images, mais dans un jour vague et indécis 3. Le service qu’il rendit par là aurait été moins contestable, s’il n’avait pas enfermé ces idées dans une forme mathématique, inflexible et pédantesque, qu’il prétendit appliquer à la théologie elle-même, sans réfléchir, comme on l’a fait observer, que les notions philosophiques ou religieuses

1 Leibnitz , Essai de Théodicée, Amst., 1710, 2 part, in-12.

2 Guhrauer, Leibnitz, Berlin, 1842, 2 vol. in-8°.

3 Wnltke, Christian Wolfs eigene Lebensbeschreibung, Leipz., 1841, in-8°.

n'ont ni l'homogénéité, ni la régularité, ni la précision rigoureuse dont jouissent celles de la quantité. La méthode de Wolf obtint néanmoins un immense succès, car on peut dire que pendant des années la philosophie wolfienne exerça en Allemagne une véritable dictature, même sur renseignement de la théologie et sur l’esprit général de l’Église, qui s’était tout d’abord déclarée son ennemie 1 , parce que ses doctrines les plus caractéristiques, celles du meilleur des mondes possibles, delà monadologie, de l’harmonie préétablie, de la raison suffisante, que Wolf admettait -comme Leibnitz, se conciliaient difficilement avec la dogmatique ecclésiastique 2, et surtout parce que l’orthodoxie pressentait un danger dans la distinction établie par le wolfianisme entre la religion naturelle, fon dée sur le seul raisonnement, et la religion révélée 3 4. Son influence s’établit surtout par les travaux de Reinbeck (f 1 741), Reusch (f 1757), J. -G. Canz (f 1753), G.-B. Bilfinger(f 1750), J. Carpzov (f 1768), Ribov (f 1774) et Schubert (f 1774), qui appliquèrent la méthode démonstrative ou mathématique à la dogmatique et qui habituèrent ainsi les théologiens luthériens à examiner les questions religieuses au point de vue de la raison Ce fut au milieu des luttes perpétuelles suscitées

1 Canz, Philosophiæ Lebnitianæ et Wolfianæ usus in theologiâ per præcipua fîdei capita, Francof., 1728-39, 4 vol. in-4°.

2 Lange, Modesta disquisitio novi philosophiæ systematis de Deo, mundo et hornine, Halæ, 1723, in-4° ; — Causa Dei et religionis adversùs naturalismum, atbeismum, Judæos, Socinianos et Pontificios, Halæ, 1726-27, 3 vol. in-8°. — Crusius, De usu et limitibus rationis sufficientis, Lips., 1752, in-8°.

3 Voy., entre autres, les ouvrages suivants de Wolf : Verniinftige Gedanken von Gott, der Weltund derSeele des Menschen, Halle, 1725, in-8°,et Theologiâ naturalis, Lips., 1736, 2 vol. in-4°.

4 Reinbeck , Betrachtungen iiber die in der Augsb. Confession enthaltenen und damit verknüpften gôttl. Wahrheiten, BerL, 1731-41, 4 vol. in-4°. — Reusch , Introductio in theologiam revelatam, Ienæ, 1744, in-8°. — Canz-, Compendium theologiæ purioris, Tub., 1752, in-4°. — Düfinger, Dducidatio philos, de Deo, anima humanâ et mundo, 2e édit., Tub., 1746, in-4°. — Carpzov, OEconomia salutis N. T. seu

par l’esprit de routine, l’horreur des innovations, l’intérêt personnel, que la philosophie de Wolf finit par affranchir l’esprit humain et par assurer la liberté de penser et d’écrire. Si l’on a égard à un aussi grand service, on lui pardonnera plus aisément de n’avoir renversé le scolasticisipe qui régnait encore dans les écoles allemandes cpie pour y substituer une méthode presque aussi sèche et aussi aride. Après avoir triomphé des attaques du piétisme, de l’orthodoxie — qui l’accusa injustement d’ébranler la croyance à l’existence de Dieu et les principes de la morale, — et d’une philosophie éclectique plus populaire, le wolfianisme, discrédité par son formalisme pédantesque, déchut progressivement dès le milieu du xvme siècle, et. malgré sa persévérance courageuse à défendre la liberté de penser, il finit par succomber sous les coups de la philosophie critique. Son dernier représentant de quelque renom fut le juif Moïse Mendelssohn (f 1786) qui sut exposer sous une forme attrayante les questions les plus ardues de la métaphysique dans ses Morgenstunden 1 .

La philosophie critique reconnaît pour chef Emmanuel Kant (f 1804), une des plus fortes têtes de l’Allemagne. Adversaire de l’ancienne métaphysique et de ses vaines spéculations, Kant entreprit de la réformer. Partant du scepticisme de David Hume, qui, en refusant à la raison la faculté de connaître a priori le principe de causalité, rejetait par là

theologia revelata dogmatica methodo scient ificà adornata, Vimar et Rudolst., 1737-65, 4 vol. in-4°. — Ribov, Institut, dogmat. theolog. methodo demonstrativà traditæ, Gott., 1740-41, 2 vol. in-8°. — Schubert, Institut, theolog. dogmat., 1749, in-S°. — La philosophie wolfienne trouva de zélés partisans même dans l'Église réformée, tels que Wytlcnbach (f 1779), Tentamen theolog. dogm, methodo scientificâ pertractatæ, Bern , 1741-42, 3 vol. in-8°; — Stapfer (f 1775), Inst.itutiones theolog. polemicæ, Tur , 1743-47, 5 vol. in-8°, — Beck (f 1785) : Fundamenta theologiæ naturalis et revelatæ, Basil., 1757, in-8° ; — Endemann (f 1789), Instit. theol. dogmat., Hanov., 1777, 2 vol. in-8°.

1 Mendelssohn, Morgenstunden, 2e édit., Berlin, 1786, in-8°.

même toute métaphysique, il soumit à une analyse rigoureuse les facultés fondamentales de l’âme humaine avec l’espoir de rencontrer, pour la spéculation, dans la conscience subjective, dans le moi, un point d’appui plus solide que Hume ne le prétendait. Une critique approfondie de l’essence de la raison le conduisit, en effet, à reconnaître la base inébranlable qu’il cherchait pour la métaphysique dans les no- « •

tions pures de l’entendement, et dès lors il osa se flatter de mettre un terme aux éternelles disputes du dogmatisme et du scepticisme, en les renfermant l’un et l’autre dans leurs bornes légitimes. Telle était la tâche qu’il s’était imposée. Il l’exécuta dans sa Critique de la raison pure , sa Critique du jugement. et sa Critique de la raison pratique.

Quelque haute valeur qu’il accordât aux idées spéculatives ou transcendantes, Kant ne consentait à leur attribuer qu’une autorité régulative , c’est-à-dire le droit de servir de règle dans la recherche de la vérité, car il leur refusait celui de

déterminer les objets réels, l’idée n’étant qu’une forme logique. De ce principe se déduit comme corollaire, que la raison spéculative est hors d’état de démontrer la réalité objective des vérités religieuses, en d’autres termes, que les notions de Dieu, du monde, de la liberté et de l’immortalité de 'l’âme ne sont que des formes de la raison ou des idées sans terme correspondant dans le domaine de l’expérience et dont il est impossible, par conséquent, à la raison de démontrer soit l’existence, soit la non-existence. La philosophie spéculative de Kant aboutit donc au scepticisme. Mais l’âme sincèrement religieuse de l’illustre philosophe ne pouvait se contenter de ce résultat négatif. Au scepticisme, où l’avait conduit la critique de la raison pure, il essaya d’échapper par la critique de la raison pratique, à laquelle il accorda la faculté de dé-

terminer et d’affirmer une chose en dehors de l’expérience. C’était une heureuse inconséquence ; car on ne comprend

pas pourquoi Kant refusait aux éléments a priori de la raison

spéculative la valeur objective absolue qu’il attribuait aux principes a priori de la raison pratique, et lui-même ne s’est pas clairement expliqué sur ce point. Quoi qu’il en soit, sceptique en métaphysique, il redevint dogmatique en morale. Selon lui, les principes a priori que la raison impose à la volonté sont les mêmes pour toute créature raisonnable, et par conséquent absolus ; la loi morale a donc une valeur objective, et de cette vérité objective, de cet impératif moral se déduisent comme conséquences nécessaires la réalité objective de la liberté de la volonté, qui est la condition même

de la loi morale, et la réalité objective de l’immortalité de l’âme et de l’existence de Dieu, qui sont la sanction de cette loi.

La philosophie de Kant obtint promptement dans les universités d’iUlemagne une prépondérance .décidée. Elle dut, sans aucun doute, en grande partie ses succès à son caractère pratique et moral, mais sa tendance critique répondait

trop bien' à l’esprit du xvme siècle pour ne pas avoir contribué

aussi dans une large proportion à la répandre dans les classes éclairées de la société. Nous n’avons à nous occuper ici que de l’influence qu’elle exerça sur la pensée théologique 1 . Elle lui donna plus de profondeur et d’activité, en la ramenant aux notions générales, aux questions fondamentales, aux rapports de la raison et de la révélation, du médiat et de l’immédiat ; et, d’un autre côté, en soumettant la religion à la

* Flügge, Hist.-krit. Darstellung des bisherigen Einflusses der Kantisehen Philosophie auf die wissenschaftliche und praktische Théologie, Hanov., 1 790- 1800, 2 part. in-8°. — Tittmann, Pragmatische Geschichte der Théologie und Religion in der protestant. Kirche in der zweiten Ilalfte des achtzehnten Jahrhund., Berlin, 1805, in-8°.

morale, elle mit en relief le coté pratique du christianisme et réveilla l’idée du Royaume de Dieu, fondement, selon Kant, de toute religion véritable. Mais, en même temps, elle fut la cause la plus efficace peut-être du développement du rationalisme, parce qu’elle rétablit la raison dans son autonomie et réclama pour elle le droit de tout soumettre à son examen. L’orthodoxie s’y trompa d’abord. En entendant la philosophie critique affirmer l’impuissance spéculative de la raison, elle s’imagina y trouver une base solide pour le suprafiaturalisme. Son erreur se dissipa dès la publication de la Critique de la raison pratique. Non-seulement Kant revendiqua avec une énergique constance les droits inviolables et l’indépendance de la raison, non-seulement il subordonna la religion à la morale, dont il fit une science indépendante fondée sur les principes a priori de la raison pratique, et donna ainsi une direction toute nouvelle à la théologie ; mais il établit la raison juge souverain du dogme, niant qu’un dogme révélé pût être en contradiction avec la raison ou la morale, et proclama en mainte occasion que le culte véritable doit tendre à substituer la foi religieuse à la foi positive, contestant ainsi la nécessité de la croyance à la révélation. Le philosophe de Konigsberg était, en effet, déiste comme son siècle, et c’est à ce point de vue qu’il entreprit l’examen de certains dogmes, de celui de la satisfaction, par exemple, qu’il rejeta dans le sens ecclésiastique, ainsi que nous le dirons ailleurs, parce que les transgressions morales ne sont pas des obligations transmissibles, et que la peine du péché ne peut être infligée qu’à celui qui l’a encourue.

Kant devait rencontrer de nombreux adversaires. Parmi les théologiens qui combattirent ses idées avec le plus d’énergie, nous citerons Storr (f 1805), Üoderlein (f 1792),

Eckermann (f 1806), Reinhard (f 1812) 1 et surtout Herder (f 1803), esprit élevé et poétique, cœur généreux et sympathique , défenseur enthousiaste de la dignité humaine , qui, reprochant à Kant de sacrifier l’élément empirique de la connaissance à l’élément rationnel, opposa l’idée concrète, dérivée de l’expérience, à la connaissance abstraite donnée parle raisonnement 2. Sur le terrain de la philosophie, il eut à lutter de bonne heure contre Jacobi, que l’admiration de ses compatriotes surnomma le Platon allemand 3.

F. -H. Jacobi (f 1819) prit pour point de départ, comme Kant, le scepticisme de Hume, mais en se proposant d’élever la foi du philosophe anglais au rang de principe de la certitude. Il n’a point exposé systématiquement ses idées dans un ouvrage de longue haleine ; il s’est contenté de discuter certains problèmes dans un style éloquent et passionné, sans songer jamais à fonder une école, mais aussi sans jamais perdre de vue les intérêts de l’humanité. Esprit religieux et ennemi systématique des témérités de la spéculation et de l’abus de la logique qui devaient nécessairement aboutir, selon lui, au fatalisme, au panthéisme ou à l’athéisme, il posa en principe que l’esprit humain, enfermé comme il l’est dans la sphère du fini, ne peut rien savoir du monde métaphysique, si ce n’est par la foi, don immédiat de Dieu, révélation intérieure, qui s’accomplit dans l’âme sous la forme du sentiment, aperception directe des choses suprasensibles et base de toute vérité, de toute science, de la morale elle-même. La philoso-

' Storr, Doctrinæ christ, pars theoretica e sacris litteris repetita, Stuttg., 1793; 2e édit., 1807, in-8°. — Dôderlein, Institutio theologiæ christianæ, 6e édit., Norimb., 1797, 2 vol. in-8°. — Eckermann, Compendium theolog. christ., Altona, 1792, in-8°. — Reinhard, Vorlesungen liber die Dogmatik, Sulzb., 1801, in-8°.

2 Herder, Ideen zur Philosophie der Geschichtc der Menschheit, Riga, 1785-92,

4 vol. in-8°; trad. en franç., Paris, 1827-28, 3 vol. in-8°.

3 Kuhn, Jacobi und die Philosophie seiner Zeit, Mainz, 1824, in-8°.

phie du sentiment, toute favorable qu’elle était au catholicisme — qui, lui aussi, s’attache à présenter le dogme comme la production spontanée de la conscience religieuse dans l’Église, — devait plaire plus que la philosophie critique aux théologiens protestants, habitués à élever la foi au-dessus de la raison. Elle trouva donc parmi eux un grand nombre de partisans ; mais aucun ne l’appliqua à la dogmatique d’une manière plus conséquente que Schleiermacher (f 1834), qui a beaucoup contribué par ses travaux aux progrès de la philosophie religieuse.

Son éducation, commencée chez les Frères Moraves et continuée sur les bancs des universités, avait admirablement préparé Schleiermacher au rôle de médiateur qu’il choisit. Comme tant d’autres, il entreprit de concilier la foi et la raison, le supranaturalisme et le rationalisme ; mais plus habile, sinon plus heureux, il abandonna ouvertement les formes de la religion qui ne peuvent plus soutenir les attaques de la science, pour s’attacher exclusivement à la substance, consistant, selon lui, dans l’impression que la contemplation de l’infini produit sur l’homme, c’est-à-dire dans le sentiment de dépendance de l’homme à l’égard de Dieu. Ce sentiment est d’autant plus énergique en nous que nous connaissons mieux l’humanité ; or, nous ne pouvons la connaître que dans l’amour et par l’amour. Devenu absolu, il constitue l’unité entre Dieu et l’homme. Dès lors, la plénitude de la conscience divine réside dans la conscience humaine. Mais cette unité ne s’est réalisée qu'une seule fois — en Jésus-Christ, et c’est seulement en entrant en communion avec lui que nous pouvons y participer. La conscience religieuse devient ainsi la conscience chrétienne, dont l’organe est l’Église ou la communauté des fidèles. La religion chrétienne ne doit donc pas

son origine à une révélation surnaturelle, elle n’a pas sa source dans l’Écriture sainte ; contenue en germe dans la conscience chrétienne, elle n’en est que l’épanouissement, en sorte que la dogmatique peut se définir la coordination des doctrines qui ont eu cours à un moment donné dans une société religieuse composée de Chrétiens 1 . Schleiermacher ramène ainsi la religion dans les limites de la subjectivité, et c’est, d’après les besoins de la subjectivité, qu’il apprécie la valeur des dogmes ecclésiastiques. Tous ceux qui n’ont pas pour but de réveiller et de développer le sentiment de la dé- • pendance ou la piété sont sans importance à ses yeux, comme n’appartenant pas à l’essence de la religion. Tels sont, par exemple, les miracles du Christ, sa naissance surnaturelle, sa résurrection, son ascension, son retour pour le jugement dernier, la piété n’ayant nul besoin de savoir s’il est ou non né d’une vierge, s’il est ressuscité, s’il est monté au ciel, s’il viendra ou non juger les vivants et les morts. Il lui suffit de croire que le développement de la conscience religieuse, troublé, arrêté dans l’état de péché, a repris une marche libre et régulière depuis que Jésus a réveillé dans nos cœurs le sentiment moral et religieux et a rétabli par sa victoire sur le péché la communion entre Dieu et l’humanité. A l’école de Schleiermacher, mais avec des tendances plus prononcées vers l’orthodoxie, se rattachent C.-J. Nitzsch, l’apologiste du christianisme primitif, qui a renoué entre la dogmatique et la morale le lien étroit rompu par Calixte 2, et A.-C.-D. Twesten, qui s’est constitué le champion du supranaturalisme, quoiqu’il ne s’accorde pas avec les Orthodoxes sur tous les points 3.

1 Schleiermacher, Der christliche Glaube, Berlin, 1821-22, 2 vol. in-8°; 2e édit., 1830, T. 1, l 19.

2 Nitzsch, System der christlichen Lehre, Bonn, 1829; 6e édit., 1852, in-8°.

3 Twesten, Vorlesungen über die Dogmatik, Hamb., 1826 ; 3e édit., 1834, in-8J.

Mais si T idéalisme transcendental de Kant rencontra de bonne heure une opposition très-vive, d’un autre côté, il trouva un partisan enthousiaste en Fichte, esprit éminemment original, profond, énergique, qui entreprit de l’élever à sa plus haute puissance, tout en le modifiant. J. -G. Fichte (f 1814), aussi grand métaphysicien que logicien inflexible, sentit le vice fondamental de la théorie de son maître. En enseignant que la sensibilité et l’entendement de l’homme ne saisissent que la forme ou l’apparence des choses et sont incapables de pénétrer ce qu’elles sont en soi ou leur essence, Kant anéantissait au fond le non-moi. Fichte voulut le rétablir, en lui donnant pour fondement le moi 1 . L’homme n’a conscience que de son propre être et de sa vie spirituelle ; le moi seul existe essentiellement ; tout est par lui et pour lui, car l’objectif ou le non-moi n’est qu’une limite que l’entendement se pose à lui-même, une négation opposée à l’activité absolue du moi; il n’est qu’un produit ou une création du moi. En d’autres termes, le moi est infini et absolu, comme la nature divine dont il participe ; mais dans son existence actuelle, il est renfermé dans certaines limites, il est fini en tant qu’il est réel dans le temps. Toute son activité doit tendre à détruire ces limites et à rentrer dans son union avec Dieu. Pour cela, il faut que l’homme renonce à sa propre individualité, à son indépendance, qu’il s’anéantisse en Dieu; alors la parole, la raison éternelle s’incarnera en lui comme elle s’est, incarnée en Jésus-Christ, et il ne restera plus que Dieu, qui sera tout en tous. Dans les dernières années de sa vie, Fichte apporta un changement essentiel à ce panthéisme mystique, en admettant que les efforts de l’homme pour s’identifier ainsi

1 Fichte , Vom Ich als Princip (1er Philosophie, 1795, in-8°.

avec Dieu, la réalité unique, la vie unique , par l’annihilation de son individualité, n’auront point de terme, et en sauvegardant ainsi à jamais la personnalité du moi. Mais l’idéalisme subjectif de Fichte n’en conserva pas moins sa tendance hostile au christianisme. Pour lui , Dieu n'est point une substance particulière, une personne, parce que lui attribuer la personnalité serait le concevoir comme fini ; il est l’ordre moral du monde, vivant et agissant. Il n’y a donc pas dans son système de place pour la trinité de l’Église. Dieu est un en soi et trinité dans sa manifestation : Père, comme principe de tout ce qui existe ; Fils, comme manifestation et intuition de son règne ; Esprit, comme connaissance du monde intelligible par la lumière naturelle de l’entendement.

Un autre disciple de Kant, J. -F. Fries (f 1844), essaya de fondre la philosophie critique avec le sentimentalisme de Jacobi. Il admettait, comme son maître, que l’entendement ne perçokque le côté phénoménal des objets et qu’il n’en peut pénétrer l’essence ; mais il reconnaissait en même temps, avec Jacobi, que par la foi ou le sentiment, nous avons immédiatement le pressentiment de l’essence vraie des choses et la notion du monde idéal. Toute question religieuse peut donc être envisagée soit au point de vue de l’entendement ou de la science, soit au point de vue du sentiment ou de la foi. La raison et la foi peuvent nous paraître en contradiction, mais en réalité c’est une illusion, puisque l’une nous montre l’apparence, et l’autre nous fait connaître l’essence des choses. Cette théorie, en présentant ainsi le monde matériel et le monde idéal comme deux sphères distinctes, dont le lien est le sentiment esthétique, laisse une entière indépendance à la

science et à la foi. C’est par là qu’elle séduisit de Wette (f 1849), théologien non moins remarquable comme exégète

que comme dogmatiste *, qui expliqua d’abord les mystères du christianisme comme des symboles esthétiques d’idées religieuses, mais qui, plus tard, se rapprocha du système de Schleiermacher.

Nous ne nous arrêterons point à l’idéalisme esthétique de F. Schlegel (f 1830), ni au panthéisme mystique de F.-L. de Iïardenberg, plus connu sous le nom de Novalis (f 1801), ni l’un ni l’autre n’ayant exercé une influence appréciable sur la théologie. Il n’en est pas tout à fait de même de l’idéalisme objectif de Schelling (f 1854), qui tenta d’enlever à l’idéalisme de Fichte son caractère subjectif au moyen de la théorie de l’identité absolue, théorie qui n’est, au fond que l’ancien panthéisme de Giordano Bruno. Selon Schelling, l’Absolu n’est ni infini ni fini, ni être ni connaître, ni sujet ni objet ; en lui se confondent toute opposition, toute diversité, toute séparation : c’est le Un et en même temps le Tout. Tout ce qui existe n’est que le développement de cette identité absolue sur deux lignes parallèles : Dieu et le monde, l’idéal et le réel, le corps et l’âme. Ce développement s’opère par contraction et par expansion dans le monde spirituel comme dans le monde matériel, qui n’en est que l’image, de même que la raison humaine est l’image de Dieu, substance absolue, essence universelle, vie du Tout-un, qui acquiert la conscience de soi, comme Dieu vivant et personnel, en s’y réfléchissant. Ce n’est pas par la réflexion qu'on peut atteindre à la connaissance de l’Absolu, mais par la contemplation ou l’intuition intellectuelle, qui le saisit immédiatement A Cette philosophie, qui a subi d’ail-

1 De Wette, Biblische Dogmatik des A. und N. Testaments, Berl., 1813; nouv. édit., 1818, in-8°; — Das Wesen des christl. Glaubens, Bàle, 1846, in-8°.

* Schelling, System des transcendentalen Idealismus, Tüb., 1800, in-8°; — Bruno oder übcr das gottliehe und natürlichePrincip der Dinge, 2e édit., Berlin, 1842, in-8°.

leurs de fréquentes modifications, inclinant tantôt vers le platonisme ou le gnosticisme, tantôt vers la théosophie, tantôt vers le christianisme positif ou le théisme, n’a produit jusqu’ici chez ses plus zélés disciples qu’on panthéisme matérialiste et un esprit d’exaltation très-favorable au mysticisme le plus extravagant. Schelling soutenait pourtant que son système maintenait intacts la personnalité de Dieu, la liberté de l’homme et même les dogmes positifs du christianisme. Mais les théologiens protestants ne s’y laissèrent pas tromper. Ils virent fort bien que la philosophie de l’Absolu annulait le monde réel, dont elle faisait un pur fantôme ; qu’elle niait la personnalité du moi, anéantissait la liberté humaine, faisait de Dieu un être purement abstrait, indifférent au monde, et qu’elle détruisait par là même la foi à la Providence, enlevait au christianisme son caractère historique pour en faire une spéculation sur la nature des choses, et conduisait enfin directement au fatalisme l. Quelques-uns cependant adhérèrent aux principes du célèbre philosophe, entre autres, H. Blasche (-J-1832)2.

Les disciples de Schelling ne furent jamais très-nombreux ; mais il y eut parmi eux des hommes éminents. Le plus célèbre de tous fut Hegel (1831), un des penseurs les plus profonds et un des esprits les plus subtils qui aient jamais existé 3.

Le but de Hegel était, dit-on, de concilier l’idéalisme subjectif de Fichte avec l’identité absolue de Schelling, au moyen d’une théorie nouvelle, celle de l’idéalisme absolu, qui admet

1 Süsskind , Prüfung der Schellingschen Lehre von Gott, Weltschôpfung, morahscher Freiheit, etc., T tib . , 1812, in-8°.

2 Blasche, Das Bôse im Einklang mit der Weltordnung, Leipz., 1827; — Kritik des modernen Christenglaubens, Erf., 1830; — Die gottlich. Eigenschaften, Erf., 1831; — Philos. Unsterblichkeitslehre, Erf., 1831, in-8°.

3 Hegel, Werke, Berlin, 1832-45, 20 vol. in-8°.

l’identité de l’idéal et du réel, de l’essence et de l’idée, du fini et d*e l’infini, et qui n’est, par conséquent, qu’un idéalisme panthéistique. Hegel définit l’Absolu : la pensée éternelle, l’idée infinie , Tjui se manifeste dans le monde sensible, s’objective et acquiert conscience d’elle-même dans l’esprit ou le monde spirituel. L’organe qui nous donne la connaissance de l’Absolu et de sa vie n’est, point l’intuition intellectuelle, comme l’affirme Schelling, mais la dialectique, c’est-à-dire le mouvement de la pensée divine tendant à devenir consciente. C e procès ou, en d’autres termes, ce mouvement progressif, continu, passage perpétuel de l'idéal à la réalité, du non-être à l’être, et réciproquement, est soumis à des lois nécessaires et n’a point eu de commencement. Sa loi suprême est celle de la contradiction. Toute notion, pour être conçue, comme tout objet pour exister, a besoin d’une antithèse; ainsi l’être s’oppose le néant, et comme il se concilie ensuite avec lui dans une synthèse, cette contradiction devient le principe du mouvement qui pose la réalité. De même aussi le genre n’existe qu'en se particularisant dans les espèces, et le genre avec les espèces se réalise dans l’individu. De même encore, dans une autre sphère , l’Absolu , considéré en soi comme généralité simple et abstraite, est Dieu le Père ; il devient Dieu le Fils en se particularisant dans un objet, en acquérant la conscience de soi comme idée divine , et cette conscience de l’identité du divin et de l’humain est le Saint-Esprit. Posée à son tour comme thèse, cette Trinité appelle une antithèse , c’est le monde qui, étant hors de Dieu, est déchu. L’antithèse exige une synthèse, la chute nécessite une rédemption; Dieu doit se faire homme, etl’homme retourner en Dieu, pour que tout soit en tout.

Hegel ne croyait aucunement sa théorie en désaccord avec

le christianisme. Dans son opinion, il était impossible que la véritable religion fût en contradiction avec la véritable philosophie, puisque hune et l’autre ont pour objet l’Absolu, et qu’elles ne différent que dans la manière de le concevoir : celle-ci le concevant comme une notion métaphysique, et celle-là le voyant sous des images concrètes 1 . 11 soutenait donc qu’il était plus orthodoxe que l’orthodoxie elle-même ; mais ses disciples, en tirant les conséquences des principes qu’il avait posés, ont montré combien grande était son illusion. Du vivant même de l’auteur, deux théologiens seulement, Daub (f 1836) etMarheineke (f 1846), adoptèrent ouvertement l’hégélianisme 2. Dans ces dernières années cependant, un grand nombre de jeunes théologiens se sont laissés séduire par l’idéalisme absolu ; mais ils n’ont pas tardé à se diviser sur les questions fondamentales du christianisme. Les uns, tels que Gabier 3, Gôschel4, Rosenkranz 5, Rothe 6, supranaturalistes ou théistes conservateurs, ont essayé de concilier l'hégélianisme avec le christianisme7, comme si un système qui traite de superstition la croyance en un Dieu objectif, qui nie toute révélation particulière, qui prétend que les doctrines chrétiennes se sont développées progressivement dans l’esprit humain d’une

1 Hegel , Religionsphilosophie , T. I, p. 117: Philosophie ist ehen so denkende Vernunft wie Religion; nur dass hei ihr dieses Thun in der Form des Denkens ersscheint, wahrend die Religion als so zu sagen unbefangen denkende Vernunft in der Weise der Vorstellung stehen bleibt.

2 Daub , Theologumena, Heidelb., 180G, in-8°; — System der christl. Dogmatik, Berlin, 1841-44, 2 vol. in-8°. — Marheineke , System der christlich. Dogmatik, Berlin, 1847, in-8°.

3 Gabier, De veræ philosophiæ erga religion, christ, pietate, Berl., 1836, in-8°.

4 Gôschel , Der Monismus des Gedankens, Naumb., 1832, in-8°.

5 Rosenkranz , Kritik der Schleiermacher’s Glaubenslehre, Konigsb., 1836, in-8°; — Encyklopadie der theolog. Wissenschaften, Halle, 1831, in-8°.

0 Rothe, Theol. Etbik, Wittenb., 1845, 2 vol. in-8°.

7 Voy. Mo, Die Wissenschaftlichkeit der modernen speculativen Théologie in ihren Principien beleuchtet, Lcipz., 1851, in-8°.

manière de plus en plus claire, qui fonde le dogme sur des raisonnements a priori et non sur une autorité historique extérieure, qui voit en Jésus-Christ moins un homme que l’idée de l’humanité dans son complet développement, comme si, disons-nous, un semblable système pouvait jamais, quelque habileté qu’on y apportât, se concilier avec une religion positive qui enseigne précisément le contraire. De semblables tentatives ne pouvaient réussir. Les autres, plus fidèles à l’esprit de la philosophie hégélienne ont continué à nier la personnalité de Dieu et l’immortalité de l’âme, et à ne voir dans le Christ que l’idéal de l’humanité. Le plus célèbre représentant de cette dernière école est Strauss, pour qui l’histoire de la vie de Jésus, telle qu’elle est racontée dans le Nouveau Testament, n’est qu’un mythe, production spontanée des traditions populaires sur le Messie, mais embellie par le désir de présenter le fondateur de la religion chrétienne sous le jour le plus merveilleux. Dans sa Dogmatique *, Strauss est allé encore plus loin. Il y affirme que le christianisme est mort de vieillesse , et propose de le remplacer par le panthéisme. Feuerbach a exposé les memes opinions dans son Essence du christianisme2 et Bruno Bauer a voulu surpasser Strauss lui-même en présentant l’histoire évangélique comme un conte fait à plaisir 3 .

] Strauss , Die cbristlicbe Glaubenslebre, Tüb., 1840-41 , 2 vol. in-8°.

2 Feuerbach , Das Wesen des Christenthums, Leipz., 1841 , in-8°.

3 Bruno Bauer , Kritik der evangelischen Geschichte, Leipz., 1841-42, 3 vol. in-8°.

Rationalisme.

Brastberger , Erzâhlung und Beurtheilung dcr wichtigsten Veranderungen , die, vorzüglich in der zweyten Hiilfte des gegenwart. Jahrhunderts in der gelehrtr Darsteliung des dogm. Lehrbegriffs der Protest, in Deutschland gemacht worden sind, Halle, 1790, in-8°. — Tittmann, Pragmat. Geschichte der christ. Religion und Théologie in der protest. Kirche wàhrend der zweyten Halfte des xvm Jahrhunderts, Breslau, 1805, in-8°. — Kahnis , Der innere Gang des deutschen Protestantismus seitMitte des vorigen Jahrhunderts, Leipz., 1854, in-8°. — Schwarz , Zur Geschichte der neuesten Théologie, Leipz., 185G, in-8°. — Gieseler, Rückblick auf die theol. und kirchl. Richtung und Entwicklung der letzten 50 Jahre, Gott, 1837, in-8°. — Tholück, Abriss einer Geschichte der Umwalzung welche seit 1750 auf dem Gebiet der Théologie in Deutschland stattgefunden hat, dans le Berlin, evangel. Kirchenzeitung, déc. 1838.

Écho du déisme anglais, le rationalisme se plaça sur le terrain de la science et s’arma de la critique historique pour combattre l’orthodoxie luthérienne. La première attaque ouverte qu’il dirigea contre elle fut la publication, depuis 1777, des Fragments de Wolfenbüttel , œuvre collective à laquelle H. -S. Reimarus (f 1768), auteur d’un excellent traité sur la religion naturelle ‘, paraît avoir eu la plus grande part1 2. Ces Fragments, du reste, ne sont remarquables ni par la nouveauté des objections ni par la profondeur de la critique ; on y rejette la révélation comme chose impossible, on y combat la base historique de la religion chrétienne , on y qualifie l’Évangile d’imposture, on y attaque même le caractère moral de Jésus, qu’on y dépeint comme un ambitieux révolutionnaire. Tout

1 Reimarus , Abhandlungen von den vornehmst.en Wahrheiten der natürlichen Religion, 5e édit., Hamb., 1781, in-8°.

2 Fragmente des Wolfenb. Ungenannten, 4e édit.. Berlin, 1835, in-8°.

cela avait été dit et redit en Angleterre depuis longtemps ; mais c’était la première fois que d’aussi vives attaques se produisaient dans l’Église luthérienne d’Allemagne, aussi firentelles une sensation d’autant pins douloureuse que le célèbre Lessing (f 1781) les avait appuyées de l’autorité de son nom. Ce grand écrivain, dont l’esprit inquiet embrassait beaucoup trop de choses pour pouvoir les approfondir toutes, avait conçu un souverain mépris pour l’étroite et intolérante orthodoxie qui régnait encore dans le clergé protestant ; il ne cessait de poursuivre des traits de sa mordante satire les prétentions cléricales, et enveloppant le christianisme dans la réprobation dont il frappait ses ministres, il avait même entrepris, avant de mourir, une espèce d’apologie de la philosophie de Spinoza1. 11 trouva de nombreux imitateurs. Mauvillon (f 1794) garda encore quelque mesure dans son Système de la religion chrétienne 2; il se contenta de nier l’origine divine du christianisme et de critiquer sa morale, tandis que Ch. -Fr. Bahrdt

(f 1792), écrivain instruit, spirituel, éloquent, mais esprit

peu philosophique, prit à tâche de ruiner dans l’esprit du peupie la religion qu’il avait lui-même reniée 3. Beaucoup d’autres, animés des mêmes sentiments, C.-T. Damm (f 1778) 4 par exemple, abusèrent de leurs talents pour saper les fondements du christianisme , sans s’inquiéter si la religion naturelle qu’ils prétendaient mettre à la place, était propre à satisfaire les besoins religieux et moraux de la multitude, en sorte que l’on est forcé de se demander si le service réel que

1 Schwarz, Lessing als Theologe, Halle, 1854, in-8°.

2 Mauvillon, Das zum Theil einzige wahre System der. christl. Religion, Berlin,

3 Bahrdt, Glaubensbekenntniss, 1779 in-8°; — Briefe über die Bibel im Yolkston, 1783-91, 12 vol. in-8°.

A Damm , Vom bistoriscben Glauben, Berl., 1772, 2 vol. in-8°.

l’ancien rationalisme a rendu à la religion, en renversant l’aride dogmatisme des écoles, n’a pas été payé trop cher au prix de l’ incrédulité qu’il a semée parmi les peuples par ses attaques, dirigées sans discernement et sans prudence contre tout ce que l’homme a de plus sacré.

Hâtons-nous de dire que cette tendance ouvertement hostile au christianisme ne se montre pas chez tous les rationalistes du xvme siècle. Ou ne la remarque ni dans la Bibliothèque universelle allemande , organe du naturalisme de Berlin, que le libraire F. Nicolaï publia de 1765 à 1807; ni dans les ouvrages de Basedow (f 1790), l’admirateur de Locke et de Rousseau; ni dans ceux de G. -S. Steinbart (f 1809), de J. -A. Eberhard (f 1809) et d’autres, qui voulaient seulement réformer la théologie en y introduisant une manière de penser plus libérale, r et surtout essayer la conciliation de la foi avec la raison ou plutôt avec le sentimentalisme moral qui était de mode en ce temps-là 1 . Cette dernière tendance trouva un vigoureux adversaire en J. -G. Hamann, le Mage du Nord, comme il s’appelait lui-même (f 1788), esprit original, enthousiaste, aussi bizarre que profond, qui s’amusa à faire, dans un style de pythonisse, une opposition très-vive à l’esprit de son siècle, accusant la raison de conduire inévitablement au scepticisme, recommandant, comme seul moyen d’éviter l’écueil, d’admettre la foi, révélation immédiate de la vérité dans la conscience humaine et base de toute certitude, et se proclamant hautement le défenseur de l’orthodoxie luthérienne, mais en se réservant tacitement le droit d’inter-

1 Basedow , Pliilalethie, Allona, 1764, 2 vol. in-8°; — Versucli einer freimüthigen Dogmatik , Berlin, 170G, in-8°. — Steinbart, System der reinen Philosophie oder Glückseligkeitslelire des Christenthums, Zülk, 1778, in-8°. — Eberhard , Neue Apologie des Sokrat.es, Berlin, 1778, 2 vol. in-8°.

prêter allégoriquement la religion chrétienne de la manière la plus arbitraire, au point de tomber quelquefois dans le panthéisme h

On ne saurait sans injustice suspecter les intentions des rationalistes de la seconde catégorie ; mais il faut reconnaître que leurs efforts n’ont abouti qu’à bannir de la dogmatique chrétienne la christologie, qui en est la pierre angulaire. Il était urgent de rendre à cette partie de la dogmatique la place qu’elle doit occuper dans les croyances du chrétien, en la dégageant toutefois des altérations que le temps et l’ignorance y avaient introduites. C’est la tâche dont se chargèrent quelques théologiens aussi pieux que savants, à la tête desquels se placèrent J.- A. Ernesti (f 1781), J. -S. Semler (f 1791), J.-D. Michaëlis (f 1791) et A. Teller (f 1804). Ils ont rendu tous les quatre d’inappréciables services à la science théologique, les deux premiers en faisant prévaloir l’opinion que l’herméneutique repose non sur la dogmatique, mais sur la philologie et l’histoire, et en affranchissant ainsi l’exégèse 1 2 ; le troisième, en imprimant à la dogmatique une direction historique 3; le dernier enfin, en la réformant entièrement4. Une foule de théologiens les suivirent dans ces voies nouvelles. Parmi les plus renommés, nous citerons seulement Bastholm (f 1819), l’orateur le plus éloquent de la chaire danoise, qui enrichit sa traduction du Nouveau Testament de notes très-libérales et qui montra en général dans tous ses écrits un remarquable esprit d’indépendance ; Eichhorn (f 1 827), dont les

1 Hamann , Werke, Berlin, 1821 et suiv., 6 vol. in-8°.

2 Ernesti, Institutio interpretis Novi Testamenti, Lips., 1761, in-8°. — Semler , Versuch einer freiern theolog. Lehrart, Halle, 1777, in-8°.

3 Michaëlis , Compendium theologiæ dogmaticæ, Gott., 1760, in-8°.

4 Teller , Lehrbuch des christlichen Glaubens, Helmst., 1764, in-8°; — Religion der Vollkommnern, Berl., 1793, in-8°.

travaux sur la littérature biblique comptent encore aujourd’hui au nombre des plus estimés ; Gesenius (f 1848), qui a acquis une réputation européenne dans la philologie orientale ; J. -F. Grüner (f 1778), l’émule de Semler, qui, un des premiers, émit l’opinion que, dès la fin du premier siècle, les doctrines fondamentales du christianisme avaient été altérées parle néoplatonisme 1 ; E.-J. Danov (f 1782), J.-D. Heilmann (f 1764), G -T. Zaehariâ (f 1777), qui essaya le premier d’affranchir la dogmatique du joug des symboles et de la fonder exclusivement sur l’Écriture sainte 2 3 ; G. -F. Seiler (f 1807), J.-C. Dôderlein (*j- 1792), qui réclamait pour la dogmatique le bénéfice des progrès de la science 15 ; Morus (f 1792), Eckermann (f 1836), Henke (f 1809), Wegscheider (f 1849), Rôhr (f 1848), Paulus (f 1851), et vingt autres moins connus, qui, en s’aidant de la critique historique et de l’exégèse, essayèrent de ramener la dogmatique luthérienne aux seuls enseignements de Jésus et des apôtres, de séparer par la critique rationnelle ce qui est éternellement vrai dans la religion chrétienne de ce qui n’est que temporaire et local, et de renfermer ainsi la Summa credendorum dans le plus petit nombre d’articles possible 4. Ils furent activement secondés dans cette difficile entreprise par Tieftrunk, qui réduisait les articles

i Grüner, Institutiones theologiæ dogmaticæ, lenæ, 1755, in-8°.

- Danov , Theol. dogm. institut, libri II, lenæ, 1772, in-8°. — Heilmann, Compendium theologiæ dogmaticæ, 2e édit., Gott., 1774, in-8°. — Zaehariâ , Diblische Théologie, Gott., 1771-75, 4 vol. in-8°.

3 Seiler, Theol. dogmat. polemic., Erlang., 1774, in-8°. — Dôderlein, Ghristl. Religionsunterricht nach den Bedürfnissen der Zeit, Niirnb., 1785-1803, 12 vol. in-8°.

4 Morus, Epitome theologiæ christianæ, 6e édit., 1799, in-8°. — Eckermann, Compendium theolog. christianæ, Altona, 1792, in -8°. — Henke, Lineamenta institut, fidei christianæ, 2e édit., Helmst., 1795, in-8°. — Wegscheider , Instit. theolog. christ, dogm., dern. édit., Halle, 1844, in-8°. — Piôhr, Grund-und Glaubenssatze der evangel.- protest. Kirche, Neust., 1832, in-8°. — Paulus , Commentai' iiher das N. T., Lüb., 1800-1805, 4 vol. in-8°.

fondamentaux de Ja religion à l’amour de Dieu et à l’amour du prochain; Stâudlin (.-J* 1826), Ammon (f 1830), disciples delà philosophie kantienne 1 ; mais, d’un autre côté, ils eurent à combattre Tittmann (f 1820), Augusti, Hahn, Sartorius, qui se constituèrent les champions de l’orthodoxie et osèrent accuser le rationalisme de conduire directement à l’athéisme 2. Cette lutte, souvent très -violente, s’engageasur la question de la démonologie ; mais elle embrassa bientôt toute la dogmatique. Les dogmes de la Trinité, de la personne du Christ, des sacrements furent examinés au flambeau de la critique historique ; les doctrines du péché, de la satisfaction, de la rédemption furent attaquées par des arguments philosophiques, et l’exégèse arma la critique de preuves formidables contre le canon, la révélation, l’inspiration. Mais si la liberté d’examen engendra toutes ces querelles, elle préserva, d’un autre côté, l’Allemagne des systèmes irréligieux et matérialistes qui envahirent l’Angleterre et la France. La controverse d’ailleurs eut un double résultat des plus favorables. D’une part, elle forçâtes chefs de l’orthodoxie, Storr (f 1805) et Reinhard (f 1812) 3 entre autres, à franchir les étroites limites des symboles et à abandonner les vieilles' méthodes scolastiques ; de l’autre, elle jeta le rationalisme dans une voie nouvelle et lui imprima un caractère de science et de piété qui le distingue essentiellement du rationalisme purement négatif du

* Tieftrunk, Censur des christ. -protest. Lehrbegrifts, Berl., 1791 et suiv., 3 vol. in-8°, T. I, p. 112. — Stâudlin, Lelirbuch der Dogmatik und Dogmengesehichte, Gott., 1800, in-8 °. — Ammon, Summa theologiæ christianæ, 4e édit., Lïps. , 1830, in-8°.

2 Tittmann, Ueber Supranaturalismus, Rationalismus und Atheisimis, Leipz , 1810, in-8°. — Augusti, System der christ!. Dogmatik, Leipz., 1825, in-8°. — Hahn, Lebrbucb des christl. Glaubens, Leipz., 1825, in-8°. — Sartorius, Die Religion âusserhalb der Grenzen der blossen Vernunft, Marb., 1822, in-8°.

:î Storr, Doctrinæ christianæ pars theoretica, 2e édit., Stuttg., 1807, in-8°. — üeinhard , Vorles. liber die Dogmatik, 5* édit., 1824, in-8°.

xyiii6 siècle. Ainsi les efforts de II. -A. Schott (f 1835), de Bretschneider (f 1848), de Tzschirner (f 1828), de Kâhler, pour amener un rapprochement entre le rationalisme et le supranaturalisme sur le terrain d’un supranaturalisme rationnel *, n’ont point été tout à fait infructueux. Reste à savoir jusqu’à quel point la nouvelle philosophie religieuse, qui se flatte de rendre au christianisme sa pureté primitive, de le dégager de tout alliage, sera en état de tenir ses promesses. En attendant qu’elle ait découvert la formule conciliatrice, l’Église luthérienne continue à être en proie à la discorde, et il est fort probable qu’elle ne réussira pas de sitôt à apaiser dans son sein les luttes auxquelles elle est d’ailleurs redevable du haut degré de développement de sa théologie, développement qui la place sans contredit à la tête du mouvement des idées religieuses. Les Orthodoxes — nous ne parlons pas de ces aveugles partisans d’un passé qui a eu sa grandeur, mais qui ne peut plus sortir de son linceul, de ces théologiens ultra-conservateurs qui, par haine du progrès, ont introduit dans l’Église allemande une nouvelle idolâtrie, la bibliolâtrie et la symhololâtrie, nous entendons ceux qui acceptent dans une certaine mesure les faits constatés par la science et essaient de les concilier avec l’ancien luthéranisme, — les Orthodoxes, disons-nous, ont adopté des idées beaucoup plus libérales, notamment sur la question fondamentale de l’inspiration 1 2, et,

1 Schott , Epitome theolog. christ, dogmat., Lips., 1822, in-8°. — Bretschneider, Oie relig. Glaubenslehre nach Vernunlt und Offenbarung, Halle, 1846, in-8°. — Tzschirner, Vorlesungen über die christl. Glaubenslehre, Leipz., 1829, in-8°. — Kahler , Supranaturalismus und Rationalismus in ihrem gemeinsch. Ursprunge, ihrer Zwietracht und hohern Einheit, Leipz., 1818, in-8°.

2 Knapp , Vorlesungen über die christl. Glaubenslehre, Halle, 1827, 2 vol. in-8°, T. H, p. 112 : Meine Ahsicht ist, die Bibellehre nach meiner gewissenhaften Ueberzeugung rein und unverfalscht mit ihrenGründen vorzutragen, und davon sowohl die kirchlichen Bestimmungen als auch die anderweitigen Zusatze sorgfaltig zu unter-

en général, ils rejettent les doctrines symboliques de l’Église protestante, s’ils ne les trouvent pas confirmées par l’Écriture sainte interprétée historico-grammaticalement. Leurs adversaires, les Rationalistes, regardent Jésus comme un envoyé divin, comme un prophète à qui la Providence avait accordé des dons spirituels supérieurs, comme le plus sublime des hommes. Ils rejettent absolument l’idée de l’Église orthodoxe, qui nous présente comme le rédempteur de l’humanité une espèce d’automate sans liberté et partant sans moralité. Ils soutiennent que l’œuvre du Christ consiste en ce qu’il a communiqué aux hommes une doctrine pure, excellente, en la fortifiant par l’exemple de sa vie et en la scellant par sa mort, type du dévouement au devoir 1 . A côté de ces deux partis principaux, le parti critique, animé de l’esprit d’investigation qui caractérise le xixe siècle, travaille à expliquer les dogmes chrétiens par l’Écriture et l’histoire, acceptant sans répugnance aucune, toutes les découvertes de la science, parce que la Bible a cessé d’être pour lui la source unique de la certitude, et cherchant à faire tourner tous les progrès au profit de la moralité ~. Le parti philosophique, de son côté, s’efforce toujours d’identifier la dogmatique de l’Église avec les doctrines delà philosophie spéculative, ou du moins dejustifier philosophiquement les doctrines bibliques 3. Enfin le parti mystique, se plaçant en dehors de toutes les luttes

scheiden. — Uahn, Lehrbuch (1er christl. Glaubenslehre, Leipz., 1828, in-8°. — Steudel, Glaubenslehre, ïüb. , 1834, in-8°.

1 Kienlen , Les principes fondamentaux du système rationaliste professé par Rôhr et Wegscheider, Strasb., 1840, in-8°.

2 De Wette, Lehrbuch der christl. Dogmatik in ihrer histor. Entwicklung, Berlin, 1840, in-8°. — Klein , Darstellung des dogmat. Systems der evang. -protest. Kirche, nouv. édit., lena, 1835, in-8°.— Grimm, Institut, theolog. dogmat. evang. historicocritica, Ienæ, 1848, in-8°.

3 Tivesten , Vorlesung. über die Dogmatik, Hamb., 1838, 2 vol. in-8°. — Nitzsch , System der christl. Lehre, Bonn, 1829, in-8°; 6e édit., 1851.

théologiques, ou bien adhère sans objection au système ecclésiastique, se contentant de l’envisager au point de vue pratique, ne s’attachant qu’aux dogmes sur lesquels s’appuie la morale et ne cherchant dans la doctrine qu’un aliment pour la piété et la vertu ; — ou bien, rejetant les subtilités de l’Ecole, il s’en tient à l’Écriture. C’est cette dernière manière de comprendre la religion, qui domine certainement parmi le peuple en Allemagne.

Église réformée.

Schiueiser, Die protestantischen Central-Dogmen in ihrer Entwicklung innerhalb der reformirten Kirche, Zurich, 1854-5G, 2 vol. in-8°. — Scholten , Die Lehre der reform. Kirche nach ihren Grundsatzen, 3e édit., Leipz., 1855, in-8°. — Bawr, Ueber Princip und Charakter des LehrbegrifTs der reform. Kirche, dans le Theolog. Jahrbiicher de Zeller , an. 1847, p. 309.

Nous avons vu Luther et Zwingle s’élever presque dans le même temps, l’un en Allemagne et l’autre en Suisse, contre les abus de l’Église romaine ; malheureusement pour la cause de la Réforme, la bonne harmonie ne régna pas longtemps entre eux. Ils se divisèrent sur la question de la présence réelle, et la dispute prit bientôt un degré de violence tel que tout espoir de rapprochement s’évanouit. C’est ainsi qu’à côté de l’Eglise luthérienne se forma l’Église réformée, fondée à peu de chose près sur les mêmes principes dogmatiques, liturgiques et disciplinaires. Cette Église, que Zwingle, avec sa tendance toute pratique et le peu de fixité de ses opinions sur deux des dogmes fondamentaux de la Réforme, ne serait peutêtre jamais parvenu à constituer sur des bases solides, fut défi-

nitivement organisée par Jean Calvin (f 1564), qui lui imprima le cachet de sa puissante individualité 1 . Cet homme célèbre, un des plus illustres de son siècle, non-seulement la dota, dans son Institution chrétienne 2, d’une dogmatique plus systématique et plus complète que les Lieux communs de Mélanchthon, mais il détermina avec précision les doctrines de la Cène et de la prédestination, en admettant une espèce de présence spirituelle du Christ dans l’eucharistie et un décret absolu, éternel, par lequel Dieu aurait prédestiné les hommes, sans égard à leurs mérites, les uns au salut, les autres à la damnation. Les disciples de Zwingle refusèrent , d’abord d’admettre les solutions du réformateur genevois ; cependant les deux partis finirent par s’entendre sur la question de la Cène dès 1549 3, et sur celle la prédestination en 1552 4, en sorte qu’ils ne formèrent plus dès lors qu’une église réformée ou calviniste. Mais la lutte continua plus acharnée que jamais entre les Luthériens et les Calvinistes. Toutes les tentatives de conciliation échouèrent jusqu’à ce que le temps, en calmant les passions religieuses et en amortissant le fanatisme, eût enfin étouffé un feu qu’un étroit bigotisme menace de réveiller de loin en loin. .

1 France protestante, art. Calvin.

2 Calvin , Christianæ religionis institutio, Bâle, 1536, in-8°.

3 Consensiomutua in resacramentariàministrorumTigurinæ ecclesiæ et D. J. Calvini ministri Genevensis ecclesiæ, Tigur., 1549, in-8°; trad. en franç., Gen , 1551, in-8°.

4 De æternà Dei prædestinatione, quâ in salutem alios ex hominibus elegit, alios suo exitio reliquit : item de providentià quâ res humanas gubernat, Consensus pastorum Genevensis ecclesiæ a J. Calvino expositus, Gen., 1552, in-8°.

Confessions de Toi cnlvinistcs.

Corpus et syntagma confessionum fidei, qûæ in diversis regnis et nationibus ecclesiarum nomine authenticè editæ, in celeberrimis conventibus exbibitæ, publicàqae auctoritate comprobatæ, Aurel. Allob., 1612, in-4°;nouv. édit., Gen.( 1654, in-4°. — Augusti , Corpus librorum symbolicorum, qui in Ecclesià Reformatorum auctoritatem publicam obtinuerunt, Elberf., 1828, in-8°. — JSiemeger, Collectio Coufessionum in ecclesiis reformatis publicatar.mn, Lips. , 1840, in-8°.

La réforme calviniste, bien que partant des mêmes principes que 1a. réforme luthérienne, s’en distingua de bonne heure par un caractère de force, de réflexion, de précision, de clarté et d’ordre, mais aussi de sécheresse et d’austérité, qui est comme le reflet de la personnalité de son fondateur, et ce caractère se montre non-seulement dans les doctrines, mais jusque dans la discipline, parce que toutes les églises réformées s’organisèrent sur le modèle de la république chrétienne que Calvin avait établie à Genève. Elle s’en distingue aussi en ce qu’aucune des confessions de foi qui ont été publiées par les Calvinistes français en 1559, par les écossais en 1560, par les belges en 1561, par ceux du Palatinat en 1565, par les suisses en 1566, etc., n’a obtenu chez elle une autorité générale, symbolique, comme la confession d’Augsbourg, et n’a été, par cela même, la source d’autant de divisions et de disputes. On ne peut, en effet, signaler dans le sein de l’Église calviniste, pendant tout le xvie et le xvue siècle, que deux grandes controverses, celle de l’arminianisme et celle de l’universalisme hypothétique ; mais aussi on ne trouve, d’un autre côté, surtout en France, aucune oeuvre philosophique d’une

grande importance dans sa littérature, très-riche d’ailleurs en travaux scientifiques sur la critique sacrée , la polémique, l’histoire, l’exégèse et même la morale, que plusieurs de ses meilleurs théologiens 1 traitèrent avec talent, en laissant à la

théorie le dogme du décret absolu, inconciliable avec les

devoirs de la vie chrétienne. Cet éloignement pour la spéculation philosophique ne peut s’expliquer que par la tendance pratique et populaire de la réforme calviniste, tendance qui est, en effet, peu favorable à l’abstraction. Ce qui prouve que ce n’est pas la hardiesse qui manquait aux théologiens calvinistes, c’est qu’ils se montrèrent en général, dans l’interprétation de la Bible, plus dégagés que les luthériens de préjugés dogmatiques, fidèles en cela à l’exemple que leur avait donné Calvin, le plus grand exégète de son siècle.

iVrin I n i an i s me .

Calov , Consideratio arminianismi, 3e édit. Vittenb., 1671, in-4°. — Limborch, Relatio historica de origine et progressa controversiarnm in Belgio fœderato de prædestinatione, dans sa Theologia christiana, 4e édit., Amst., 1715, in-fol. — J. Regenboog, Historié der Remonstranten, Amst., 1774, 3 vol. in*8°. — G.-S. Franche, De historié dogmatum Arminianorum, Kiloniæ, 1813, in-8°. — Haies , Hisloria concilii Dordraceni, trad. en latin avec des remarques par Mosheim, Hamb., 1724, in-8°. — Acta synodi nationalis Dordrechti Iiabitæ, Lugd. Bat., 1620, in-4°. — Acta et scripta synodalia Dordracena ministrorum remonstrantium in fœderato Belgio, Harderv., 1620, in-4°. — Graf, Beitr. zur Kenntniss der Geschichte der Synode von Dordrecht, Basel, 1825, in-8°.

Le dogme de la prédestination absolue, que l’influence de Calvin avait fait triompher dans les églises réformées contre-

1 Entre autres, Amyraut, Morale chrétienne, Saumur, 1652-1660,6 vol. in-80., et La Placette , Nouveaux essais de morale, Amst., 1732, 6 vol. in- 12.

dit si clairement ce que l’Évangile nous enseigne sur la bonté infinie de Dieu, qu’il n’est point surprenant qu’il ait rencontré une opposition plus ou moins déclarée. 11 paraît qu’il comptait un certain nombre d’adversaires en Hollande bien avant que J. Arminius (f 1609) soulevât dans l’ université de Leyde la controverse à laquelle on a donné son nom G Arminius enseignait que l’élection et la réprobation sont conditionnelles, qu’elles dépendent de la persévérance, prévue de Dieu, des uns dans le bien et des autres dans le mal ; il rejetait donc le décret absolu, niait l’irrésistibilité de la grâce et ne voulait point admettre que les mérites du Christ ne s’appliquassent qu’aux prédestinés G Cette doctrine fut combattue avec violence par son collègue, F. Gomar (f 1641), et la mort même d’Arminius ne mit point un terme à cette guerre théologique que des questions politiques vinrent encore compliquer. Les partisans d’Arminius — appelés Remontrants, d’une Remontrance 1 2 3 en cinq articles qu’ils présentèrent, en 1610, aux États de la Hollande et de la Frise comme un sommaire de leur foi, — étaient soutenus par les chefs du parti républicain, tandis que les Gomaristes avaient pour eux la grande majorité

1 Bayle , Diction., art. Arminius.

2 Arminius, Opéra theologica, Lugd. Bat., 1629, in-4°. — Gomar , Opéra theologica, Amst., 1664, in-fol.

3 Remonstrantia, libellus supplex exhibitus Hoilandiæ et Westfrisiæ ordinibus, publiée par Walch , Religionsstreittigkeiten ausser der lutherischen Kirche, T. III, p. 540, et en latin dans les Epistolæ præstantium et eruditorum virorum, Amst., 1704, in-fol. p. 145. Voici le résumé de ces cinq articles : 1° Dieu, par un décret éternel et immuable, a résolu de sauver tous ceux qui, par la grâce du Saint-Esprit, croient en Christ et persévèrent dans cette foi; mais de laisser dans le péché et de condamner ceux qui ne se convertissent pas. — 2° Jésus- Christ est donc mort pour tous et pour chacun. — 3° L’homme ne peut avoir par lui-même la foi salutaire.

4° Toutes les bonnes œuvres doivent être attribuées à la grâce de Dieu en Christ, laquelle grâce n’est point irrésistible. -- 5° Peut-on perdre la grâce par négligence ? c’est une question qu’on doit résoudre par l’Écriture sainte, avant de pouvoir l’enseigner avec pleine tranquillité d’esprit.

du clergé et du peuple. Désirant mettre un terme à cette querelle qui s’envenimait de plus en plus, les États-Généraux crurent devoir convoquer un concile ; mais le synode de Dordrecht, qui tint ses séances depuis le 1 3 novembre 1 6 1 8 jusqu’au 9 mai 1619, eut le même résultat que presque toutes les assemblées de cette espèce, c’est-à-dire qu’il multiplia les divisions au lieu de les éteindre. 11 se prononça en faveur des Calvinistes rigides, sans aller toutefois aussi loin que Gomar et d’autres adversaires d’Àrminius, qui faisait Dieu l’auteur du mal moral et de la chute 1 . Malgré sa condamnation, l’arminianisme développa son principe en se rapprochant de plus en plus du pélagianisme, et il finit par subordonner complètement la foi à la raison. Zélé défenseur de la liberté d’examen, que le protestantisme semblait renier presque partout, il ne voulut jamais soumettre les croyances individuelles à une autorité symbolique ou ecclésiastique quelconque. Il est vrai qu’il crut devoir, à l’exemple des autres sectes, publier sa Confession de foi 2 ; mais il n’eut point la prétention de lui attribuer le caractère immuable d’un symbole, ni aucune autre valeur que celle d’un monument historique.

Nulle part la doctrine arminienne ne trouva un plus grand nombre d’adhérents qu’en Angleterre, notamment à l’université de Cambridge. Elle y fut défendue avec un remarquable talent par Chillingworth (f 1644), Haies (f 1656), Cudworth (f 1688), Tillotson (f 1694), Stillingfleet (f 1699) 3, et beau-

{ Acta svnodi nationalis Dordrechti habitæ, Lugd., Bat., 1620, in-4°.

2 Confessio fidei sive declaratio pastorum qui in fœderato Belgio Remonstranles vocantur, super præcipuis articulis religionis christianæ, Harderv., 1622, in-8°. — Cette confession, en 25 chapitres, est l’œuvre d’Episcopius, le premier écrivain dogmatiste du parti arminien, dans les OEuvres de qui elle a été réimprimée, ainsi que l’Apologia proconfessione Remonstrantium contra censuram quatuor professorum Leydensium, publiée pour la première fois en 1629.

3 Chillingworth, Works, Lond., 1742, in-fol. — Haies, Tracts, Lond., 1721, in-8\

coup d’autres théologiens éminents, dont l’ influence modifia essentiellement l’esprit intolérant de l’Église anglicane. Cependant ce fut en Hollande, où, dès 1625, ils jouirent d’une tolérance complète, que les Remontrants fondèrent les églises les plus florissantes. C. Yorstius (f 1622), S. Episcopius (f 1643), Courcelles (f 1650), Grotius (f 1645), Le Clerc (f 1730), P. de Limborch (f 1712) y ont rendu par leurs tra- . vaux 1 de très-grands services aux sciences théologiques, surtout à l’exégèse ; ils ont contribué à faire prévaloir la méthode d’interprétation historique ; ils ont ramené le protestantisme au libre examen, dont il n’aurait jamais dû s’écarter, et ils ont ouvert à la tolérance, dont ils se sont montrés en toutes circonstances les avocats convaincus, une voie beaucoup plus large que ne l’avaient fait les Syncrétistes allemands, en réduisant les doctrines fondamentales de la religion chrétienne aux propositions dont le sujet, l’attribut et le rapport nécessaire de l’un avec l’autre sont énoncés dans l’Ecriture expressément ou en termes équivalents 2.

Comme dans toutes les églises chrétiennes, des éléments mystiques se produisirent dans l’église arminienne. En 1629, les trois frères Van der Kodde fondèrent, sous le nom de Collégiens on Rhynsbourgeois, une secte*qui admettait dans son

— Cudworth, A Treatise concerning morality, Lond. , 1731, in-8°. — Tillotson, Sermons, Lond., 1720, 3 vol. in-fol. — Stillingfleet, Works, Lond., 1710, 5 vol. in-fol.

1 Vorstius, Comment, in Epistolas apostolicas, Amst., 1631, in-4°. — Episcopius , Opéra theologica, Amst., 1670, 2 vol. in-fol. — Grotius , Opéra theologica, Amst., 1679, 4 vol. in-fol. — Limborch , Theologia christiana, Amst., 1686, in-fol.— France protestante, art. Courcelles et Le Clerc.

- Episcopius , Institutiones thcologicæ, lib. IV, c. ü : Necessaria quæ in Scripturis eontinentur talia esse omr.ia, ut sine manifesta hominis culpâ ignorari, negari aut in dubium vocari nequeant, quia videlicet tùm subjectum , tùm prædicatum , tùm Subjecti cum prædicato connexio necessaria in ipsis Scripturis est, aut expressè aut æquipollenter.

sein quiconque confessait le Christ comme envoyé divin et promettait de vivre conformément à l’Évangile ' .

Universalisme hypothétique.

D aillé , Apologia pro duobus Eccles. in Gallià Protestantium synodis natioualibus, Gen., 1055, in- 4°. — Barnaud , Mémoires pour servir à l’histoire des troubles arrivés en Suisse à l’occasion du Consensus, Amst., 172G, in-8°.

Les églises protestantes de France subirent, comme celles d’Angleterre et de Hollande, l’influence de l’arminianisme. Elle se fit sentir surtout à l’académie de Saumur. Trois professeurs de cette académie célèbre, Amyraut (f 1664), Cappel (f 1658) et La Place (-J* 1665), qui passent à juste titre pour les premiers théologiens de leur temps, osèrent s’élever contre le dogme effroyable de la prédestination absolue et y opposer un universalisme hypothétique, synthèse de l’universalisme et du particularisme A Amyraut, qui avait pourtant combattu l’opinion d’Arminius, croyait à une participation de l’homme à l’œuvre de son salut. La Place n’admettait pas l’imputation immédiate du péché d:Adam. Cappel rejetait, en outre, l’inspiration littérale des Livres saints. Leurs opinions furent vivement refutées par Du Moulin (f 1658), Rivet (f 1651), Spanlieim (f 1649) 3 ; mais elles furent approuvées et adoptées par plusieurs théologiens des plus renommés de l’époque, notamment par Blondel (f 1655), Daillé (f 1670), Mestrezat ( 1657), Du Bosc (f 1692), Tronchin (f 1705), et les synodes natio-

1 Grégoire, Hist. des sectes religieuses. T. I, p 328.

2 Voy. ces noms dans la France protestante, ainsi que les suivants.

2 Spanheim, Epistola de gratià universali, Lugd. Bat., 1G48, in-8°.

naux eux-mêmes 11e voulurent jamais consentir à les condamner formellement. Elles se répandirent donc de plus en plus et finirent par former l’opinion générale. Ce fut en vain que les théologiens orthodoxes de la Suisse essayèrent d’en arrêter les progrès par une nouvelle confession de foi, la Formula Consensus, rédigée par J. -H. Heidegger en 1675. Une partie des églises réformées refusèrent constamment d’accepter ce symbole, et celles-là même qui l’admirent ne tardèrent pas à le rejeter ‘, en sorte que, dès 1722, il avait perdu toute autorité.

A la controverse sur la grâce universelle se rattache directement la condamnation par plusieurs synodes provinciaux de la doctrine de Claude Pajon (f 1685), qui enseignait que la grâce agit médiatement et objectivement par l’entendement sur la volonté 2, dont il admettait, comme Amyraut son maître, le concours dans l’œuvre de la régénération.

Antilrinitaires. — Anabaptistes. — Soclniens.

Spanheim, De origine, progressu, sectis, nominibus et dogmatibus Anabaptistarum, Lugd. Bat., 1G43, in-8°. — II. Schyn , Historia Christianorum qui in Belgio fœderato inter Protestantes Mennonitæ appellantur, Amst., 1723, in-8°, et Hist. Mennon. plenior deductio, Amst., 1729, in-8°. — J. Hast , Geschicbte der Wiedertâufei\ Miinster, 183G, in-8°. — Erbkam , Gescbichte der protestanlischen Secten im Zeitalter der Bcformation, Hamb., 1848, in-8°. — Sandius , Bibliotheca Antitrinitariorum, Freist., 1684, in-8°. — Bock , Historia Antitrinitariorum maximè Socinianismi et Socinianorum, Lips., 1774-84, 3 vol. in-8°. — Bauenneister , De systemate Socinian. dogmatico, Bost., 1830, in-4°. — Trechsel, Die protestantischen Antitrinitarier vor Faustus Socinus, Heidelb . , 1839-44, 2. vol. in-8°. — Focfc, Der Socinianismus nacli seiner Stellungin der Gesammtentwicklung des christlichen Geistes, Kiel. 1847, in-8°.

En rendant la Bible au peuple et en proclamant la liberté

1 Formula Consensus ecclesiarum helveticarum reformatarum circa doctrinarn de gratiâ universali et connexâ, 1723, in-4°.

2 France protestante, art. Pajon.

d’examen, la Réforme s’exposait à un double danger. Il était à craindre, d’un côté, que, dans l’enivrement de la liberté reconquise, le scepticisme scientifique né de la Renaissance ne s’attaquât au christianisme lui-même, et, de l’autre., que les masses, affranchies d’un joug intolérable, ne se jetassent dans les excès du fanatisme. Ce double danger était sérieux ; mais, pour l’éviter, valait-il mieux garder un silence prudent et respecter des abus contre lesquels la conscience chrétienne protestait depuis longtemps? Heureusement leur confiance absolue dans la Providence ne permit pas aux Réformateurs de s’arrêter à ce dernier parti. Nous n’oserions affirmer pourtant que Luther et Calvin, malgré l’ardeur et la sincérité de leur foi, n’aient pas regretté plus d’une fois peut-être d’avoir proclamé les droits de la liberté chrétienne et n’aient pas éprouvé même des moments de doute sur la sainteté de l’œuvre qu’ils avaient entreprise, lorsqu’ils virent les églises qu’ils avaient fondées en butte aux attaques des Anabaptistes et des Antitrinitaires, lorsqu’ils entendirent ceux-ci, adversaires de la révélation et de toute religion positive, nier le dogme de la Trinité, pierre angulaire, dans l’opinion du temps, du christianisme, et ceux-là, non- seulement les accuser de papisme, leur reprocher de reculer devant les conséquences des principes qu’ils avaient posés, mais, sous prétexte de liberté chrétienne, attaquer les bases de la société, proclamer la communauté des biens, supprimer toute autorité en religion, refuser même l’obéissance au magistrat civil et renouveler d’anciennes hérésies en rebaptisant ceux qui se joignaient à eux, en rejetant le baptême des enfants, en prêchant le millénium, en se vantant d’une illumination intérieure qui rendait inutile la Parole écrite. Il est donc facile de comprendre qu’ils les aient traités les uns et les autres en

ennemis, et qu’ils aient déployé une grande sévérité afin de sauvegarder ce qu’ils tenaient pour la vérité absolue 1 .

Les Anabaptistes parurent surtout en Allemagne et dans les Pays-Bas, les Antitrinitaires en Italie ; les premiers se recrutèrent principalement parmi le peuple, les seconds dans les classes éclairées, et ce qu’il y a de remarquable, c’est que la plupart des sectateurs de la Réforme dans la péninsule italique se prononcèrent dès le principe contre le dogme de la Trinité. Tels J. Yaldez (f 1540), secrétaire du vice-roi de Naples ; — Bernardin Ochin (f 1564), général des Capucins et prédicateur célèbre, vénéré presque à l’égal d’un saint pour l’austérité de ses mœurs ; — Valentin Gentilis, décapité à Berne en 1566, à cause de ses opinions ariennes ou plutôt trithéistes; — le médecin G. Blandrata (f vers 1590), qui propagea en Transylvanie la doctrine antitrinitaire, mais qui paraît l’avoir abandonnée dans les dernières années de sa vie pour complaire au roi Etienne 2. Campanus, qui niait la divinité du Saint-Esprit comme antiscripturaire, et l’éternité du Fils (dont il admettait pourtant l’unité avec le Père, de meme, disait-il, que le mari et la femme sont un), était allemand et mourut, en 1580, dans les prisons de Clèves, où il avait passé vingt-six ans 3. Michel Servet, brûlé à Genève en 1553, avait

* Confess. August., art. 1 : Damnant et Samosatenos veteres et neotericos, qui tantum unam personam esse contendunt, de Verbo et Spiritu Sancto astutè et impie rhetoricantur, quèd non sint personæ distinctæ, sed quôd Verbum significet et Vel*bum vocale et Spiritûs motum in rebus creatum; — art. 9 : Damnant Anabaptistas, qui improbant baptismum puerorum et affirmant pueros sine baptismo salvos fieri.

2 Voy. Gerdes , Specimen Italiæ reformatæ, Lugd. Bat., 1765, in-4°. — Mac - Crie, History of the progress and suppression of the Reformation in Italy, Edinæ, 1827, in-8°.

3 Campanus , Gottlicbe und beilige Schrift vor vielen Jahren verdunkelt, und durcb unheilsame Lehr und Retirer verfinstert, Restitutio und Besserung, 1532, in-8°. — Cf. Schelhorn, Ainœnitates litter., Franco!., 1725-31, 14 tomes en 7 vol. in-80., T. XII, p. 32.

ville jour en Espagne. Son supplice souleva une indignation telle qu’on peut dire que la tolérance naquit de ses cendres. Sébastien Castalion (f 1563) eut l'honneur de descendre le premier dans la lice pour défendre la liberté d’examen 1 . Aconce, italien natif de Trente, que sa conversion au protestantisme força à se réfugier en Angleterre sous le règne d’Élisabeth, s’éleva avec non moins de vigueur contre l’application de la peine de mort à l’hérésie, et, longtemps avant Calixte, il osa réduire les doctrines fondamentales du christianisme à un petit nombre d’articles clairement enseignés dans l’Écriture ou faciles à en déduire par un raisonnement sans équivoque2. Nous pourrions étendre beaucoup la liste de ces apôtres de la tolérance ; c’est ainsi que l’Église calviniste racheta jusqu’à un certain point le crime commis sur Serve!. Ce qui excuse peut-être l’atrocité de la peine décrétée contre cet infortuné, c’est qu’il n’était pas coupable seulement d’opinions théoriques qui constituaient, dans les idées du temps, un crime de lèse-majesté divine ; on pouvait l’accuser aussi d’une tendance prononcée vers les principes antisociaux des Anabaptistes, tendance qui se remarque également chez J. Denk, mort à Bâle en 1528, chez L. Hetzer, exécuté à Constance en 1529, et chez tous les Unitaires de la Pologne avant Socin 3. Or les Anabaptistes s’étaient rendus odieux par leur alliance, en 1521, avec les paysans allemands que la misère et d’horribles exactions poussèrent à la révolte, et plus odieux encore par les excès qu’ils commirent à Münster en 1535, où ils établirent une ochlocratie indisciplinée et immorale, à

1 France protestante, art. Chateillon et Servet.

2 Aconce, Stratagematum Satanæ, sive de rectè et prudenter cùm in doctrinâ, tùra in disciplina instiluendà, reformandà, adversùsque diaboli insidias præmuniendà Dei ecclesià libri VIII, Basil., 1 G 10, in-fol.

3 Lubienetz, Historia reformationis polonicæ, Eleutlierop., 1685, in-8®. — Bock, Hist. Antitrinit. , T. II, p. 427.

laquelle ils substituèrent bientôt une théocratie monarchique d’une immoralité plus révoltante encore1. La chute rapide de cette théocratie abattit leur fanatisme sanguinaire. Devenus dès lors plus prudents, ils se soumirent à la réforme qu’un homme pieux et assez instruit, Menno Simonis (f 1561), opéra, en 1536, dans leurs doctrines, dans leur discipline et dans leurs mœurs. Depuis cette époque, iis forment, sous le nom de Baptistes ou Mennonites, une secte purement pratique, qui fuit les controverses religieuses et attache peu de prix à la science, quoiqu’elle ait produit quelques écrivains distingués. Aujourd’hui les Mennonites sont nombreux surtout aux Etats-Unis. Différant entre eux sur quelques points de discipline, ils s’accordent à n’admettre que le baptême des adultes, à refuser de prêter serment et de porter les armes, à fuir les emplois publics. Sur le péché originel et la rédemption, ils se rapprochent des opinions plus libérales des Arminiens, et ils sont d’accord avec l’Eglise romaine sur la doctrine des effets du baptême, auquel ils attribuent une vertu hyperphysique, c’est-à-dire l’infusion dans le catéchumène de la justice divine, qui le rend capable des bonnes œuvres indispensables à son salut 2.

Le même service que Menno Simonis rendit à l’anabaptisme en le constituant plus fortement, fut rendu à l’antitrinitarisme par Lélius Socin (f 1562), et Fauste Socin (f 1603) son neveu 3, qui réunirent les Antitrinitaires, isolés ou con-

1 Jochmus, Geschichte der Kirchenreform. in Munster und ihres Untergangs durch die Wiedertâufer, Münster, 1826, in-8°.

2 Præcipuorum christianæ fidei articulorum brevis confessio, art. 11-23. Celte confession en 40 articles, publiée en hollandais en 1580, a été réimp, en latin dans l’ouvrage de Schyn. — Voy. Reiswüz et Wadzeck, Beitr. zur Kenntniss der Mennonitengemeinen in Europa und Amerika, Berlin, 1821, in-8°.

3 Illgen , Vita Lælii Socini, Leipz., 1814, in-8°. — Ashwell , De Socino et socinianismo, Oxf., 1680, in-8°.

fondus jusque-là avec les Anabaptistes, en une communauté religieuse distincte, sous le nom d’Unitaires. Le principe fondamental de T unitarisme est celui du protestantisme : la Bible, seule base de la foi individuelle. Le seul symbole qibil admette est le symbole des Apôtres. Essentiellement pratique, il a toujours évité les spéculations métaphysiques et s’est appliqué de préférence à l’interprétation de l’Écriture sainte, sous la direction de la saine raison dont il n’a cessé de revendiquer les droits avec énergie 1 2 ; malheureusement il est arrivé trop souvent que les préjugés dogmatiques de l’interprète ont nui à la vérité de l’interprétation. Quant à la dogmatique des Unitaires, elle se résume dans cette formule : Christ est notre médiateur. C’est par lui seul que l’homme, incapable depuis sa chute de comprendre Dieu et de connaître sa volonté, trouve le chemin de la vie éternelle, parce que lui

seul lui a révélé la volonté divine. Jésus n’est, il est vrai,

qu’un homme ; mais destiné de toute éternité à remplir le rôle

de médiateur, il porte, en vertu de ce décret de Dieu, le nom de Dieu et il est digne des honneurs divins. C’est ici un point

1 Schlichting , Diss. de SS. Trinitate adv. B. Meisnerum, Racov., 1737, in-8°, p. 126 : Si divina mysteria seu id quod de Deo in Scripturâ revelatum est, non est subjectum adæquaturn humanæ rationi, ita ut illud intelligere queat et percipere, frustra et revelatur et explicatur. Imo ne revelari quidem et explicari potest, quod nec qui explicat, nec çui explicatur, potest intelligere... Rationis, inquit, est audire, tacere, captivari et acquiescere. Verùm quidnam audire de beat? sine mente sonum et sine sensu verba?... Quis tali orationi, nisi insanus sit, fidem sese dicat adjungere ? At quid aliud faciunt illi qui quod non intelbgunt, credere se dicunt? — Commentarius in Epist. Pauli ad Romanos, dans la Bibl . fratrum polon., T. Vil, p. 170 : Non frustra enim Deus bomini rationem indidit, nec ut eà abutatur ad malum, sed ut eà utatur ad bonum. Ad insipientes istos merito referendi sunt qui dogmata fidei ad rationis examen admitti nolunt, et quamvis manifesta ratio dogmati alicui reclamet, eam caplivandam esse dicunt. Etiam in hoc ipso insipientes, quod verbis apostoli abutantur, qui non suam rationem captivabat, sed alienam in obsequium Evangelio,

2 Cor. X, 5, Scripturam et Dei verbum rationi opponunt, quasi Scripturâ rationem et intellectum hominis excludat et non potius includat ac supponat : et quasi non eundem auctorem habeat mens et inteilectus quem Scripturâ, etc.

essentiel de la doctrine socinienne, comme le prouve le sort de F. Davidis, qui fut persécuté par Blandrata et F. Socin, pour avoir nié qu’il fallût invoquer le Christ *, et qui mourut même en prison en 1579. Mais si les Sociniens adorent, sans hésiter, Jésus comme Dieu, il faut bien se garder de croire qu’ils le placent au même rang que le Père. Ils soutiennent qu’il n’a pas réuni en sa personne la nature divine et la nature humaine, parce que deux natures dont chacune constitue par elle-même une personne, ne peuvent se réunir en une unité, surtout quand elles possèdent des propriétés contradictoires, quand l’une est immortelle et l’autre mortelle, l’une infinie et l’autre finie 2. Ils ne contestent pas d’ailleurs qu’il n’ait été conçu miraculeusement dans le sein d’une vierge et qu’il n’ait reçu de Dieu une sagesse infiniment supérieure à celle des autres hommes, pour révéler à ses frères la volonté divine et leur donner en sa personne un modèle de toutes les vertus. Quant au Saint-Esprit, l’opinion des Sociniens est toujours restée vacillante ; la plupart le définissent une force ou une opération de Dieu en l’homme. Au reste, à côté de cette doctrine officielle, pourrions-nous dire, règne une grande diversité d’opinions sur les attributs de Dieu, l’institution divine et la nécessité du baptême, le sommeil des âmes, la résurrection des corps, etc. ; car le parti socinien n’a presque jamais cessé de professer la plus large tolérance pour les sentiments individuels.

1 Davidis , Defensio in negotio de non invocando Jesu Christo in precibus, 1581, in-4°.

2 Catechismus Racov., quæst. 98.

Le cartésianisme.

Wittich, Consensus veritatis in Scripturâ divinà et infallibili revelatæ cum verilate philosophicà à Cartesio detectà, Neomag., 1059, in-8°. — Erdmann , Darstell. und Kritik der Cartes. Philosophie, Riga, 1834, in-8°.

Descartes était né dans le sein de l’Église romaine et il mourut catholique en Suède en 1650 ; mais il passa une grande partie de sa vie dans des pays protestants, en Hollande, entre autres, où il publia la plupart de ses ouvrages. Si nous parlons ici de sa philosophie, c’est qu’elle a exercé une grande et salutaire influence sur la dogmatique calviniste. Descartes pose en principe que, dans la recherche de la vérité, il faut tirer de l’étude du moi ses convictions, faire abstraction de toute autorité étrangère et débuter par un doute absolu. Il sépare nettement l’intelligence de la matière, place l’essence de celle-ci dans l’étendue, l’essence de celle-là dans la pensée, et imprime ainsi à sa: philosophie le caractère du spiritualisme. Il admet les idées innées, au moins en puissance, et proclame Dieu comme le principe un, absolu, immédiat de toutes choses, lesquelles n’existent et n’ont de durée que par son assistance. Ces idées, présentées dans un style simple, clair et précis, étaient très-propres à séduire les esprits fatigués de l’obscure terminologie des écoles ; aussi le cartésianisme, malgré le peu de solidité de quelques-uns de ses principes et le défaut de rigueur dans les conséquences, trouva-t-il beaucoup de partisans même dans l’Église catholique, qui le repoussa pourtant comme contraire

au principe de l’autorité et au dogme de la transsubstantiation, et comme tendant à élever la philosophie au niveau de la religion. Dès 1663, les Jésuites obtinrent du saint-office de Rome un ordre qui le frappa de prohibition en Italie. En 1675, l’université d’Angers le condamna à son tour, et cette condamnation, renouvelée en 1677, par celle de Paris, ferma en France à la philosophie cartésienne l’accès des écoles publiques, qui lui fut formellement interdit par un arrêt du Conseil rendu à la sollicitation de l’archevêque de Paris. Mais ces mesures d’un autre âge n’eurent d’autre résultat que d’entourer le cartésianisme de l’auréole d’une injuste persécution. Les Jansénistes prirent en main sa cause avec d’autant plus d’empressement que cette philosophie favorisait leur sentiment sur la prédestination 1 , et ils essayèrent de le concilier avec le catholicisme au moyen de la distinction quelque peu arbitraire entre les vérités de la foi et celles de la raison.

L’Église calviniste, qui avait repoussé même la réforme de Rarnus 2, ne pouvait éprouver que de la répulsion pour une philosophie aussi libérale que celle de Descartes. Aussi fut-elle la première à la proscrire (en 1656) comme tendant à l’athéisme, et à défendre de l’enseigner dans les écoles de théologie. Les anathèmes des synodes hollandais n’empêchèrent pas toutefois les Cartésiens de se multiplier beaucoup dans les Provinces-Unies. Parmi les théologiens qui se formèrent à leur école, citons, entre autres, Ch. Wittich (f 1687), professeur de théologie à Leyde, A. Ileidan (f 1678), l’ami fidèle de Descartes, Balthasar Bekker (f 1698), le célèbre adversaire de la sorcellerie 3, et H. -A Roël (f 1718), professeur de théo-

1 Descartes, OEuvres, éd. Cousin, T. IX, p. 246, 374.

2 France protestante, art. La Ramée.

3 Wittich , Consensus veritatis in Scripturâ divinà et infallibili revelatæ cum veritate philosophicà à Cartesio deteclà, Neom., 1659, in-8°. — Ileidan , Corpus theo-

logie à Utrecht, connu clans la littérature théologique par la controverse qu’il soutint contre Yitringa (f 1722) sur la génération du Fils de Dieu 1 . Tous empruntèrent des arguments à la philosophie cartésienne pour défendre leurs opinions, peu orthodoxes quelquefois, comme le fit aussi le célèbre Pierre Bayle (f 1706) pour exposer ses doutes sur l’origine du mal ou sa manière de voir sur l’antinomie de la raison et delà foi 2. Les Cartésiens trouvèrent également, en plusieurs circonstances, des alliés fidèles dans les Coccéiens ou disciples de J. Coceéius (f 1669), le fameux inventeur de la théologie des alliances. Mécontent de l’interprétation littérale que l’autorité de Luther et de Calvin avait fait prévaloir dans l’Église protestante, et trouvant qu’elle ne laissait pas assez de merveilleux dans la Bible, Coceéius donna la préférence à l’interprétation allégorique et ressuscita l’ancienne opinion que le vieux Testament est le type du Nouveau 3. Il cherchait donc et découvrait, pour ainsi dire à chaque ligne, dans les livres sacrés des Juifs des prédictions relatives au Messie ; sous sa plume, les récits historiques eux-mêmes se convertissaient en allusions typiques. A cette idée, au moins singulière chez un savant philologue comme lui, il en joignait une autre encore plus étrange. Il prétendait, contrairement à l’opinion commune, que l’Ancien Testament ou l’Alliance des œuvres et le Nouveau Testament ou l’Alliance de la grâce avaient été conclus avec Adam ; puis il ajoutait que, le Christ ayant aboli la loi cérémonielle, l’observation du sabbat était inutile, et que le jour du repos n’est plus que le type du saint repos dont on

logiæ christianæ, Lugd. Bat., 1667-8, 2 vol. in-4°. — Bekker, De betoverde Wereld, Amst., 1691, in-4°; trad. enfranç., Amst,, 1694, 4 vol. in- 12.

1 Roell , De generatione Filii, et morte fîdelium temporali, Franeq., 1690, in-4°.

2 France protestante, art. Bayle.

3 Augustin , De civitate Dei, lib. XVJ, c. 26.

jouit aujourd’hui sous l’économie messianique 1 . Cette théorie bizarre, que Joncourt (f 1725) ridiculisa sous le nom de

typomanie 2, trouva d’assez nombreux partisans qui, pour

résister avec plus d’avantage à leurs ennemis communs, G. Yoëtius (f 1676) et Samuel Des Marets (f 1673), s’unirent aux Cartésiens et furent enveloppés dans les mêmes condamnations par les synodes de Leyde et d’Utrecht 3.

Cette alliance des Cartésiens avec les disciples de Coccéius n’était, pas propre à concilier à la philosophie nouvelle la faveur des théologiens orthodoxes; cependant ce qui la leur rendit plus particulièrement odieuse, ce furent les conséquences que Benoît Spinosa (f 1677) tira de son principe de l’action immédiate de Dieu dans l’ univers. Juif de naissance, ce penseur profond et original n’a droit à figurer dans une histoire des dogmes chrétiens, qu’à cause de l’influence incontestable que son système a exercée sur la nouvelle philosophie allemande 4. Spinoza, qui s’était fait une loi de ne tenir pour la vérité que ce qui lui paraîtrait évidemment dériver de principes suffisamment démontrés, commença par nier les miracles, les prophéties, tous les mystères, et, poursuivant ses investigations avec toute là rigueur de la méthode mathématique, il proclama, comme dernier résultat de ses méditations, l’identité de Dieu (natura naturans . ) et du monde (natura naturata), de l’esprit et de la nature, de l’in-

1 Coccéius , Summa doctrinæ de fœdere et testamentisDei, Lugd. Bat., 1648, in-8°. — Burmann , Synopsis theologiæ speciatim œconorniæ fœderum Dei, Gen., 1678,

2 vol. in-4°.

2 France protestante, art. Joncourt.

3 Voëtius, Selectæ dispntationes theologicæ, Traj. ad Rlien., 1648 et suiv., 5 vol. in-4°. — France protestante, art. Des Marets.

4 Dès 1692, liasse essaya, dans sa Concordia rationis et fidei seu harmonia philosophiæ moralis et religionis christianæ, [Amst.J Berlin, 1692, in-8°, de concilier la religion et la philosophie en partant du principe panthéistique de Spinoza.

fini et du fini. Les choses, selon lui, ne sont que des modes de la substance unique et divine ; le corps et l’âme sont un seul et même objet envisagé tantôt sous l’attribut de l’étendue, tantôt sous celui de la pensée ; la liberté n’existe point pour l’homme, qui n’est qu’un instrument dans les mains de Dieu, ni même pour Dieu, qui agit nécessairement en vertu des lois de son essence, en sorte que l’ univers n’est qu’une machine se mouvant conformément à certaines lois 1 . Ainsi le spinozisme est un panthéisme spéculatif, mais ce n’est point un système d’athéisme, comme beaucoup persistent à le croire, car ce nom ne convient nullement à une doctrine qui enseigne l’existence d’une substance absolue, éternelle, infinie, ayant pour attributs essentiels, non pas la matière, mais l’étendue intelligible et la pensée. Cependant ce n’est que dans ces derniers temps qu’on a osé rendre justice à ce grand homme 2.

Mysticisme.

J.'U. von Wessenberg, Ueber Schwârmerei, Heilb. , 1835, in-8°. — Lamennais, Histoire véritable des Momiers de Genève, Paris, 1824, 2 vol. in 8°. — Hohl, Bruchstiicke aus dem Leben und den Schriften Ed. Irving’s, S. Gall., 1839, in-8°.

L’esprit essentiellement pratique du calvinisme véritable est tellement antipathique au mysticisme que l’Église calviniste n’a eu, jusqu’à ces derniers temps, à citer que deux mys-

1 Spinoza , Opéra posthuma, Amst., 1677, in-4°. Voir surtout son Ethica, imp. dans ce volume.

2 Thomas , Spinozæ systema philosophicum, Regiom., 1835, in-8°. — Schlüter , Die Lehre des Spinoza in ihren Hauptmornenten geprüft und dargestellt, Marb., 1836, in-8°. — Sigicart , Dcr Spinozismus histor. und philos, erlautert, Tüb., 1839, in-8°.

tiques notables, encore l’un d’eux, Labadie (f 1674) était-il un catholique converti 1 , qui n’avait pu, en embrassant la religion réformée, se défaire entièrement des illusions dont sa jeunesse avait été nourrie. L’autre, Poiret (f 1719), puisa ses idées dans les mystiques du moyen âge, ainsi que dans les livres et les conversations d’Antoinette Bourignon (f 1680), catholique fanatique, qui se prétendait inspirée de Dieu et éclairée de la lumière divine. Aux idées communes à tous les Mystiques sur la corruption de la religion chrétienne et la nécessité d’une réforme complète, sur l’inutilité du culte extérieur, etc., cette prétendue prophétesse joignait quelques opinions particulières qui rappellent les doctrines gnostiques et sabelliennes. Elle prétendait que l’homme, avant sa chute, était revêtu d’un corps céleste, transparent, affranchi des besoins de la vie matérielle et semblable à celui du Christ avant la création. Elle admettait deux Christ, l’un céleste, l’autre terrestre, qui avaient dû satisfaire l’un et l’autre à la justice divine, et elle ne voulait voir dans les trois personnes de la Trinité que des attributs et des manifestations du Dieu unique. Ce mysticisme quiétiste trouva très- peu de partisans parmi les Réformés, on se contenta d’en rire dans le xvinc siècle; mais lorsque Mme de Krudener (j- 1824), qui, comme la Bourignon, se donnait pour inspirée, prophétesse

et même pour thaumaturge, se mit à le prêcher de nouveau

dans les premières années du xixe, elle fut accueillie avec enthousiasme, au moins en Suisse ~. Le célèbre Lavater (f 1801), qui, lui aussi, prétendait être l’instrument choisi de Dieu pour régénérer le monde et qui se vantait de recevoir des révélations, de faire même des miracles, n’avait guère

1 France protestante, art. Labadie et Poiret.

2 Voy. Ch. Eynard, Vie de Mn,e de Krudener, Paris, 1849, 2 vol. in-8°.

obtenu moins de succès. Blessé du scepticisme desonsiècle, il essaya de le combattre en opposant l’inspiration individuelle aux raisonnements des philosophes. 11 définit la religion le don de croire aux miracles et d’en opérer. Toute l’activité spirituelle se résume, selon lui, dans la prière, qui soumet en quelque sorte la puissance de Dieu à l’homme. Pour Lavater, comme pour les Frères Moraves, le Christ est le centre de toute la religion; le connaître et l’adorer constitue toute la théologie h Nous hésitons à classer parmi les mystiques réformés la secte des Momiers ou Méthodistes, comme on les appelle plutôt en France, secte qui s’est formée, il est vrai, sous l’influence directe de Mme de Krudener, mais qui n’offre, comme caractère distinctif, qu’une affectation de piété exagérée unie d’ailleurs à une orthodoxie rigide. C’est moins une secte qu’une opposition au rationalisme et à la théologie nouvelle 11 n’en est pas de même des Irvingistes, ainsi nommés d’Édouard lrving (f 1834), qui comptent un certain nombre d’adhérents sur le continent, et qui se prétendent rentrés en possession des charismes de l’ancienne Eglises 1 2 3. Mais pourquoi nous étendrions-nous davantage sur les opinions de ces petites sectes et d’autres non moins fanatiques, puisqu’elles n’ont contribué en rien au développement du dogme ?

1 Lavater , Ausgewâhlte Schriften, Zür.,'1841 et suiv., 6 vol. in-80.— Cf. Hegner , Beitrâge zur nàhern Kenntniss und wahren Darstellung J.-C. Lavater’s, Leipz., 1836,

2 Clienevière, Précis des débats théolog. qui depuis quelques années ont agité la ville de Genève, Gen., 1824, in-8°. — A. Bost , Défense de£ fidèles de l’église de Genève, qui se sont constitués en église indépendante, Paris, 1825, in-8°. — Malan, Le procès du méthodisme de Genève, Gen., 1835, in-8°.

3 Hohl , Bruchstücke aus dem Lebcn und den Schriften E. lrving’s, S. Galien, 1839, in-8°.

Tentatives <ïe conciliation.

Hering , Geschichte der kirehlichen Unionsversuclie seit der Reformation bis auf

unsere Zcit, Leipz., 183G-38, 2 vol. in-8°.

Dès l’origine de la Réforme, mais surtout depuis la controverse soulevée par le syncrétisme, il n’a jamais manqué, dans les diverses communions protestantes, d’hommes amis de la paix et de la concorde qui se sont efforcés de les rapprocher et de les unir, soit entre elles, soit avec l’Eglise catholique. En 1615 déjà, David Pareus (f 1644), professeur de théologie à Heidelberg, avait publié sur ce sujet un livre qui lui fit beaucoup d’ennemis EJ. Dury (f vers 1674), qui consacra quarante années de sa vie à travailler à la réunion des églises chrétiennes, ne fat pas plus heureux1 2. Frédéric-Ulric Calixte, fils du célèbre professeur de Helmstàdt, et G. Calvôr, son disciple 3, échouèrent également dans leurs efforts. Les décrets du synode de Dordrecht avaient, en effet, creusé entre les Réformés et les Luthériens un abîme presque aussi profond que les canons du concile de Trente entre les Protestants et les Catholiques, et il n'y avait à attendre aucun résultat de

1 Vareus , Irenicum seu de unione et synodo Evangelieorum conciliandà liber votivus, Heidelb., 1 G 1 5, in-4°.

2 Dury , De pacis ecclesiasticæ rationibus, Lond., 1634, in-4°; — Consultatif) theologica super negotio pacis promovendæ, Lond., 1G36, in 4°; — Irenicum, Lond., 1654, in-4°. — Cf. Mosheim, De J. Duræo, pacificatore celeberrimo, Helmst., 1744,

3 F.- U. Calixte, Via ad pacem inter Protestantes restaurandam, Helmst., 1700, in-4°. — Calvôr, De pace ecclesiasticcà inter Protestantes ineundà consultatio, Lips. , 1708, in-4°.

semblables tentatives tant que le dogmatisme régnerait en souverain absolu dans les églises et les écoles. Le grand Leibnitz ne le comprit pas, et il se laissa persuader par l’abbé de Loccum d’entrer en correspondance avec Bossuet sur les moyens de faire cesser un schisme qu’il déplorait ; mais l’évêque de Meaux, qui aurait consenti assez volontiers au mariage des prêtres, à la restitution de la coupe aux laïcs et à la célébration de la messe en langue vulgaire, pourvu que Leibnitz cédât sur tout le reste, ne voulut jamais entendre parler de la convocation d’un concile auquel les Protestants assisteraient avec voix délibérative et qui réviserait les canons de celui de Trente L Leibnitz ne réussit donc pas mieux que n’avaient réussi d’Huisseau (f 1650) en France 1 2, Hottinger (f 1667), Heidegger (f 1698), B. Pictet (f 1724) en Suisse ou que ne réussirent plus tard C.-M. Pfaff (f 1760), J. -A. Turretin (f 1737) 3 et plusieurs autres moins connus. Cependant le temps approchait où la théologie protestante orthodoxe, harcelée par le rationalisme et par le piétisme, aussi indifférents l’un que l'autre aux formules symboliques auxquelles elle se tenait si opiniâtrement attachée, allait être forcée de les abandonner pour se porter au secours des doctrines fondamentales du christianisme et de la Bible elle-même. La com-

munauté des dangers rapprocha enfin les deux communions protestantes sur le terrain de la science. Les différences s’effa-

1 Bossuet , OEuvres posthumes, Amst., 1753, 3 vol. in-4°, T. I.

2 France protestante, art. Huisseau.

3 Hottinger, Irenicum irenicorurn, Amst , 1658-61, in-8°. — Heidegger , De conc. protest, eccles., dans le T. !II de ses Dissertât, selectæ, Tigur , 1675-97, 4 vol. in-4°.

Pictet , De consensu et dissensu inter Reform. et August. Confess. frat res, Amst., 1697, in-8°. — P/a/y*, De fidei christianæ art iculis fundamcnt. ejusque analogià, Tüb., 1718, in-4°. — Turretin , De pace Protestantium ecclesiasticâ, Gen., 1707, in-4°; — Nubes testium pro moderato et pacifico de rebus theologicis judicio, Gen., 1719, in- 4°.

cèrent de plus en plus, en sorte que, depuis 181 7, l’union des Réformés et des Luthériens a pu s’effectuer en Prusse et dans plusieurs autres États de l’Allemagne. Il est vrai que cette union si désirable ne s’est pas opérée sans opposition. L’ultra-luthéranisme a trouvé, aussi bien que l’ ultra-calvinisme, de fanatiques défenseurs, qui, aveuglés par la passion, s’obstinent les uns à rejeter la prédestination absolue, en conservant le dogme du péché originel qui y conduit nécessairement, et les autres à repousser la consubstantiation comme sentant l’hérésie eutychienne.

église unglicane.

Burnet, The history ot‘ the reformation of tlie churcli ofEngland. Lond., 1715, 3 vol. in-fol. — Strype , Ecelesiastical memorials relating chielly to the religion and the reformation of it,, Lond., 1721, 3 vol. in-fol. — C.-F. Stdudlin, Allgemeine Kirchengeschichte von Grosbritannien, Gütt., 1819,2 vol. in-8*.— Blunt , Sketch of the reformation in England, 4e édit., Lond., 1839, in-12 ; ♦ trad . en franc, par E. Haag, Paris, 1840, in-12.

Aucun État de l’Europe n’était peut-être mieux disposé que l’Angleterre à recevoir la Réforme [Voyez § 76), et nulle part pourtant elle ne s’opéra d’une manière plus incomplète. Le motif en est qu’elle fut l’œuvre, non du peuple, mais du souverain, qui se crut en droit d’imposer la doctrine qn’il préférait, et qui lui imprima un caractère politique. La Confession de foi de l’Église anglicane, composée par Cranmer (f 1556) et d’autres théologiens 1 sous le gouvernement d’Édouard VI, en 1552,

1 Voy. Ch. Webb Le Bas, The life of archbishop Cranmer, Lond., 1833, 2 vol. in-12; trad. en franç. par E. Haag, Paris, 1843, 2 vol. in-12.

comprenait d’abord 4 2 articles, que le parlement réduisit a 39 sous Élisabeth, en 1562 E Elle s’exprime absolument comme Calvin sur la Cène 2 ; mais d’une manière moins claire, moins précise sur la prédestination 3, dogme que l’Eglise anglicane n’a jamais admis dans le sens du calvinisme rigide ; aussi n’a-t-elle point accepté les décisions du synode de Dordrecht. Elle rejette la primauté du pape, à laquelle a été substituée la suprématie du roi sur l’Église, et s’élève fortement contre les indulgences ; en un mot, elle se rapproche beaucoup des églises calvinistes quant à la doctrine, mais elle s’en sépare complètement sous d'autres rapports. Elle a conservé la hiérarchie, le faste, et, pendant trop longtemps, l’intolérance de l'Eglise romaine ; elle attache, comme celle-ci, un prix excessif aux formes extérieures, au mécanisme ecclésiastique, et à l’instar de l’Église grecque du Bas-Empire, elle s’est, en quelques circonstances, asservie au pouvoir temporel, jusqu’à se faire l’apologiste des caprices despotiques du gouvernement. Au reste, ce qui manque à cette église en vie religieuse est largement compensé par les sentiments de piété de la nation ; aussi occupe-t-elle incontestablement un rang des plus honorables parmi les églises protestantes.

Il n’est pas d’ailleurs difficile de prévoir une réaction prochaine contre l'étroit formalisme anglican. Jusqu’à ce jour, il est vrai, la littérature, théologique compte en Angleterre plus de livres d’édification que d’ouvrages d’érudition, plus de rêveries apocalyptiques que de travaux critiques ; mais les

* Corpus et syntagma Confessionum fidei, Part. I, p. 99 et suiv.

2 Confess. anglic., art. 28 : Ritè, dignè et cum fide sumentibus panisest communicatio corporis Christi ; — art. 29 : Impii et fide vivà destituti, licèt carnaliter dentibus premant, nullo tamen modo Christi participes efficiuntur.

3 Ibid., art 17.

progrès du puseyisme prouvent que les lieux communs de l’ancienne orthodoxie ne suffisent plus pour satisfaire les besoins du. sentiment religieux, et d’un autre côté, l’ardeur avec laquelle quelques-uns se livrent à l’étude de la théologie allemande, annonce qu’ils ne répondent pas davantage aux exigences nouvelles de la raison spéculative 1 .

Oppofsit ion philosophique.

L’opposition contre l’Église anglicane fut d’autant plus énergique qu’elle fut nourrie par l’intolérance de cette Église

envers les Non-conformistes; mais elle fut longtemps plutôt

politique que dogmatique. Les Dissidents ne se contentaient pas, en effet, de réclamer l’indépendance du for intérieur ; ils voulaient encore organiser l’Angleterre sur le modèle de la république de Genève, abolir la hiérarchie et supprimer même le clergé. La lutte aboutit, on lésait, au renversement de la dynastie régnante, et ce fut seulement après l’affermissement des libertés publiques, que l’opposition prit un caractère plus philosophique et plus religieux.

La philosophie anglaise porte le cachet fortement empreint du génie pratique de la nation. Poussée dans la voie de l’empirisme par les travaux du grand Bacon (f 1626), un des hommes les plus étonnants de son siècle, qui le premier embrassa d’un regard philosophique le vaste domaine de la science et qui, en créant la méthode expérimentale et indue-

i Scherer , L’Angleterre ans prises avec la critique religieuse, dans ses Mélanges de critique religieuse, Paris, 1800, in-8", p. 217.

tive, a mérité lo surnom de Père de la philosophie moderne, elle y fut maintenue par ceux de Locke (f 1704), qui, comme son illustre prédécesseur, ne cessa de défendre les droits de la raison, de réclamer la liberté d’examen, de prêcher la tolérance En s’attachant exclusivement à l’expérience, en faisant naître toutes nos idées soit de la sensibilité, soit de la réflexion ou sens intérieur, la philosophie de Locke mérite, sans aucun doute, le nom de sensualisme ou de système sensible, mais elle n’est point allée, quoiqu’on en dise, jusqu’au matérialisme et au déterminisme comme celle de Hobbes (f 1679), esprit pénétrant, mais impérieux et paradoxal, qui se fit l’apôtre de l’absolutisme et qui, tout en proclamant bien haut son attachement aux dogmes du christianisme, croyait au millénium 2, niait la spiritualité de l’âme et voulait tout expliquer par la diversité du mouvement et des sensations. •Hobbes eut de nombreux adversaires, entre autres, Henri Morus (f 1687) et Cudworth (f 1688), membres de l'université de Cambridge et tous deux platoniciens zélés, le premier avec une forte tendance au mysticisme théosophique, dont le savant médecin Robert Fludd (f 1637) s’était fait l’ardent apologiste en Angleterre, le second avec alliage de la philosophie corpusculaire. Us enseignaient l’un et l’autre, ainsi que l’avait fait avant eux Th. Gale (f 1678), l’ancienne hypothèse de Philon, que la vraie philosophie a sa source dans la révélation 3. Cette assertion fut combattue par les Déistes, qui prétendirent qu’avant d’être en droit de commander à la raison, la révélation doit commencer par se légitimer devant elle. Les Déistes étaient pourtant, à peu d’exceptions près,

* Loche, Letters concerning toleration, Lond., 1765, in-4°.

- Hobbes , Historia ecelesiastica, carminé elegiaco concinnata, Lond., 1088, in-8° s Gale , Aula deorum Geniilium, Lond., 1 676, in-8°.

des gens religieux et moraux. S’ils contestaient l’autorité absolue de la révélation et s’ils refusaient d’admettre les mystères du christianisme, ils s’attachaient avec énergie aux dogmes acceptés par la raison et ils travaillèrent avec zèle à fonder la morale sur les bases de Ici philosophie. Ils ont rendu plus d’une espèce de services à la théologie chrétienne, d’abord en forçant les théologiens à se livrer à un nouvel examen des doctrines fondamentales du christianisme, puis en provoquant des apologies, qui peuvent, sans désavantage, soutenir la comparaison avec ce que l’antiquité chrétienne nous a laissé de mieux en ce genre, et, en troisième lieu, en donnant à l’esprit humain la consciènce de son indépendance en face du système dogmatique de l’Église, en l’habituant (à ne plus se courber humblement devant lui comme devant l’œuvre divine de l’Esprit saint, et en préparant ainsi l’avénement de la critique historique.

On regarde comme le précurseur des Déistes, Édouard Herbert, lord de Cherbury, qui unissait à des connaissances très-variées des convictions sincères et un grand amour de la vérité. 11 admettait toutes les vérités religieuses qui appartiennent au domaine delà raison; mais il ne reconnaissait que celles-là, et il les réduisait aux cinq propositions suivantes, véritable profession de foi du théisme moderne : 1° Il existe un Dieu ; 2° l’homme doit l’adorer; 3° il l’adore le mieux par une vie pieuse et intègre ; 4° le repentir expie nos fautes et nous réconcilie avec lui ; h° on peut attendre de la justice et de la bonté divine une rémunération future de nos vertus et le châtiment de nos vices. Cherbury convenait d’ailleurs que de toutes les religions révélées aucune n’est comparable au christianisme, mais il niait la nécessité d’une révélation pour le salut. Aussi fut-il vivement attaqué et par les théologiens ortho-

doxes et par les philosophes sensualistes. Ceux-ci 11e pou vaient lui pardonner sa théorie des idées innées ou d’une lumière primitive et immédiate donnée à tous les hommes ; ceux-là le décrièrent comme une espèce d’athée, parce qu’il affirmait l’inutilité d’une révélation en regard de cette science des choses divines que Dieu a accordée immédiatement à toutes les créatures intelligentes.

Le déisme proprement dit ne se produisit ouvertement et n’acquit une certaine importance qu’après l’expulsion des Stuarts et la consolidation de la liberté politique, qui permit aux opinions les plus diverses de se produire, depuis l’incrédulité absolue jusqu’à la' crédulité la plus niaise. Ses principales attaques furent dirigées contre la révélation, les prophéties et les miracles ( Voyez § 3). D’aùtres dogmes, pourtant, n’échappèrent pas non plus à ses critiques. Presque tous les Déistes niaient l’immortalité de l’âme, que Toland qualifiait d’invention égyptienne *. Shaftesbury rejetait l’idée d’une rémunération future, idée qui, selon lui, avilissait la religion chrétienne, tout motif de crainte ou d’espérance rendant la pratique de la vertu servile et mercenaire. Toland soutint que la conception de Jésus-Christ n’avait point dépassé l’horizon du judéo-christianisme 1 2, et Collins ne voulait voir dans le christianisme qu’un judaïsme mythique et allégorisé. Le médecin Coward contesta 3, comme Priestley (f 1804) le fit plus tard 4, la spiritualité de l’âme, qui n’est, dans son opinion, que la force par laquelle l’homme agit, sent et pense. Quelques-uns comme Bolingbroke et David Hume, allèrent

1 Tcland , Letters to Serena, Lond., 1704, in-8°.

2 Toland, Nazarenus, Lond., 1718, in-8°.

3 Coward, Second thonghts concerning the human soûl, Lond., 1704, in-8°.

•'* Priestley , Letters on matérialisai, Lond 1770, in-8°.

encore plus loin que lui dans cette voie funeste. Ce dernier surtout — posant en principe que nos sens peuvent bien saisir les phénomènes avec leurs relations accidentelles de simultanéité ou de succession dans le temps, mais rien qui ressemble à un rapport de causalité, et que notre raison elle-même est incapable de concevoir deux substances différentes ou seulement distinctes agissant l’une sur l’autre — osa affirmer que l’immatérialité et l’immortalité de l’âme, et qui plus est, la distinction du bien et du mal, la notion de la Providence, l’existence de Dieu ne se fondent sur aucune certitude, mais uniquement sur un instinct qui pourrait nous tromper. Il sapait ainsi les fondements mêmes de la morale, dont la défense fut prise avec beaucoup de talent par A. Baxter (•[* 1750) 1 , adversaire à la fois du matérialisme de Toland et de cet idéalisme mystique professé par Berkeley (-J* 1755), qui niait l’existence du monde extérieur k

Dissidents ou I\Toii-coiiïoi*iiiï»les.

D. Bogue et J. Bennett, History of Dissenters, Lond., 1808-12, 4 vol. in-8°. — Julius , Nordamerika’s sittliciie Zustande, Hamb., 1839, 2 vol. in-8°.

Ennemis déclarés du clergé et de l’Église dominante ‘, les Déistes essayèrent à plusieurs reprises, notamment en 1776,

c Baxter, The evidenee of reason, Lond., 1779, in-8°.

2 Berkeley , Alciphron, trad. de l’angl. par E. de Joncourt, La Haye, 1734, 2 vol. in-12; — Dialogues entre Hylas et Philonous, trad. de l’anglais, Ainst., 1750, in-12:

3 Tindal , Rights of the Church, Lond., 1709, in*8°. — Collins, Priestcraft in perfection : or, a Détection of the fraud of inserting and continuing tliis Clause (The Church hath power to decree rites and ceremonies, and authority in controversies of failli) in the 20,h Article of the Articles of thej Church of England, Lond., 1710, in-8°.

sous rimpulsion de David Williams *, de se constituer en église, sans jamais y parvenir. Leur doctrine est trop subjective, trop abstraite, pour convenir au vulgaire, qui veut que ses sens et son imagination soient frappés, tandis que, de son côté, le déiste ne sent point la nécessité d’un culte public. Ils ne forment donc nùlle part de communautés distinctes, mais ils sont nombreux dans toutes les églises chrétiennes, surtout parmi les classes éclairées. Les sectes sorties du sein du peuple, au contraire, ou ayant réussi à s’y implanter, se sont organisées sans peine en églises distinctes en Angleterre, comme en Allemagne, comme partout où domine le protestantisme avec ses principes de liberté. A partir du xvie siècle, on trouve dans la Grande-Bretagne des Puritains 2 ou Presbytériens, calvinistes rigides ; — des Indépendants ou Congrégationalistes, parti d’abord plus politique que religieux, pour qui le gouvernement idéal était une espèce de théocratie 3 ; — des Remontrants ou Latitudinaires, opposés à toute transaction avec le papisme, se souciant peu des systèmes orthodoxes, cherchant à concilier la raison avec la révélation, travaillant à ramener le christianisme à sa simplicité primitive et surtout se montrant les zélés partisans de la tolérance ; -— des Unitaires, dont, la première communauté fut fondée par J. Biddle (f 1662) et qui ne diffèrent des Sociniens que sur l’article du Saint-Esprit, car, dans leur opinion, l’Esprit-Saint n’est pas une simple force divine, mais une personne participant à l’essence divine, sans être toutefois une avec Dieu 4 ; — des

’ Williams y A liturgy on the universal principes of religion and morality, 1776,

2 i\eal: History of the Puritans, nouv. édit. augm. par Toulmin , Bath, 1793-97,

3 Walker, The history of independency, Lond., 1661, 4 part. in-4°.

’• Biddle , Twelve arguments touching the deitv of the holv Spirit, 1647, in-4°.

Üaptistes, professant les uns la prédestination absolue, les autres l’arminianisme ; et à côté de ces sectes anciennes, grâce à la liberté entière dont les Dissidents jouissent aujourd’hui, presque toutes les sectes protestantes y ont trouvé des adhérents, jusqu’à celles qui se livrent aux rêveries théosophiques et cabalistiques. Un seul pays au monde offre un semblable spectacle. Ce sont les États-Unis de l’Amérique du Nord, où une piété vive, sincère, quelquefois exaltée jusqu’au fanatisme, peut se livrer sans aucun empêchement aux manifestations même les plus extravagantes. A côté des temples de l’Eglise épiscopale, qui se distingue de celle d’Angleterre

non-seulement par son organisation, mais par ses croyances, puisqu’elle a réduit à 20 les 39 articles de l’Eglise anglicane et qu’elle rejette le prétendu symbole d’Athanase, on y voit s’élever les oratoires des Presbytériens, des Congrégationalistes, des Baptistes, des Unitaires et d’une foule d’autres sectes parmi lesquelles nous nous contenterons de signaler les fanatiques Shakers, qui attendent la venue d’un second Messie en dansant à la gloire de Dieu, et les Mormons, dont la religion offre un mélange d’idées chiliastes, de folies et d’immoralités. Mais les différences dogmatiques qui séparent les partis religieux en Amérique et en Angleterre, sont déjà connues ou bien elles se réduisent à si peu de chose, que l’histoire des dogmes peut sans scrupule passer sous silence toutes ces sectes, à l’exception de trois qui sont les plus importantes, soit par le nombre de leurs adhérents, soit par l’énergie de leur opposition à l’Église dominante, soit par la position sociale et l’influence de leurs chefs. Nous voulons parler du méthodisme, du quakérisme et du puseyisme.

Méthodisme.

Crowther, A portraiture of the methodism, Lond., 1815, in-8w. — J.-W. Baum, Der

Methodismus, Zurich, 1838, in-8°, — Jackson , Geschichtc der Methodisten, Berlin

1840, in-8°.

Le méthodisme a eu pour berceau une société de jeunes gens pieux, qui, poussés par les mêmes motifs que Spener, se réunirent, pour la première fois, à Oxford en 1729, et ne tardèrent pas à voir leur nombre s’accroître. Il offre donc de notables analogies avec le piétisme : il a, comme lui, ses conventicules où les fidèles se livrent à la prédication, à la prière, au chant des psaumes ; il appuie, comme lui, sur la corruption de la nature humaine, la rédemption par la mort expiatoire de Jésus, le salut par la foi ; comme lui encore, il se plaît à terrifier le pécheur par les peintures les plus matérielles, les plus fantastiques de l’enfer, pour que la grâce envahisse son cœur par la terreur et le régénère ; comme les Piétistes enfin, les Méthodistes méritèrent les sarcasmes de leurs adversaires parleur exaltation fanatique.

Le méthodisme est toujours resté fidèle à la méthode de ses deux fondateurs, G. Whitfield (f 1770) et J. Wesley (f 1791)1, malgré le schisme qui s’opéra dans son sein, dès 1741, au sujet du dogme de la prédestination absolue, dogme que les disciples du premier admettent dans toute sa rigueur, tandis que les Wesleyens, se rapprochant des Arminiens, accordent

1 Southey , The life of Wesley, Lond., 1820, 2 vol. in-8°. — The 1 i te of. G. Whit field, Edimb., 1826, in-8°.

un certain mérite aux œuvres, et se distinguent par leurs efforts infatigables pour amender les mœurs des classes inférieures 1 en leur prêchant la repentance.

Q>iiî*kéi*ïü.me.

W. Penn , A summary of the history, doctrine and discipline of Friends, 6e édit., Lond., 1707, in -8°. — Th. Clarkson , A portraiture of quakerism , New-York, 1806, 3 vol. in-8°. — Gurney, Obs. on the society of the Friends, 7e édit., Lond., 1834, in-8°.

Le quakérisme ou la religion des Amis eut pour fondateur, en 1647, G. Fox (-]- 1690), qui avait pris des habitudes de méditation contemplative en gardant les troupeaux. Ses disciples, qui joignaient la rigidité des anciens Montanistes au mysticisme des Fratricelli, se livrèrent d’abord à des extravagances inouïes ; mais ils furent ramenés à la raison et au bon sens par le savant Robert Barklay (f 1690), qui systématisa leurs doctrines2 et contribua, avec le célèbre G. Penn (f 1718), à les répandre au dehors. Comme les Mystiques en général, les Quakers font peu de cas de la Bible : pour eux, l’Écriture n’est qu’une source secondaire de la connaissance de la vraie religion ; c’est une lettre morte, dont la lumière intérieure peut seule donner l’intelligence. Cette lumière intérieure n’est point une révélation nouvelle, mais la lumière de Dieu se manifestant par Jésus dans nos cœurs et y provoquant un

1 Wesley, The question Wath is an arminian ? answered hy a lover of free grâce, Lond , 1798, in- 12.

2 Barklay, Theologiæ verè christianæ apologia, Amst., 1676, in-4° ; — Catechisînus et fidei confessio, Rotterd., 1676, in-8°.

mouvement irrésistible vers le bien ; c’est la lumière du Christ

en nous, qui nous illumine et nous sanctifie ; c’est l’Écriture vivante, la règle suprême de la foi. L’histoire de Jésus, telle qu’elle est racontée dans les Evangiles, est une allégorie ; c’est l’histoire du Christ en nous, du Christ intérieur qui nous sanctifie et nous justifie, comme il a déjà sanctifié et justifié les païens vertueux, quoiqu’ils ne sussent rien du Christ extérieur. La vie chrétienne est tout intérieure ; elle n’a pas besoin de règles de foi, ni de rites, ni de cérémonies, pas même du baptême ou de la Cène ; elle consiste uniquement à attendre l’Esprit et à suivre son impulsion ; par conséquent, un clergé est inutile. Cette théorie a subi quelques modifications depuis Barklay. Aujourd’hui les Quakers admettent un Christ historique et font usage de la Bible ; mais ils rejettent avec horreur les mots de Trinité, de personnes, etc., comme des subtilités antiscripturaires. Leurs mœurs se sont en même temps adoucies. Ils ne sont plus de sauvages fanatiques comme leurs ancêtres, mais des hommes probes, religieux, philanthropes, qui, de même que les Baptistes, fuient les fonctions publiques, condamnent la guerre et refusent de prêter aucun serment.

Puseyisme.

Pétri , Beilrage zur Wiirdig. des Puseyismus, Gott., 1843, in-8°. — Wearer, Der Puseyismus, trad. en allem. par Amthor, Leipz., 1844, in 8".

Le puseyisme, dont l’origine ne remonte pas au delà d'une quarantaine d’années, ne fut au fond qu’une réaction du sentiment religieux contre le froid dogmatisme de l’Église

anglicane. Son but avoué était de rétablir l’Église sur le fondement de la tradition apostolique ; mais on ne tarda pas

à s’apercevoir qu’il conduisait directement au catholicisme par son respect exagéré pour la succession apostolique et pour la tradition des six premiers siècles, source de la foi aussi pure que l’Evangile dans l’opinion de ses sectateurs. Pendant quelques années pourtant, il se renferma dans de certaines bornes, tenant une espèce de milieu entre le catholicisme et le protestantisme, d’accord avec le premier sur la doctrine de la justification, et rejetant avec le second celle de la transsubstantiation des espèces sacramentelles, sans nier toutefois que le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ sont dans le sacrement et qu’ils sont offerts en sacrifice de réconciliation. Mais la tendance du puseyisme devint bientôt de plus en plus

manifeste 1 . Le dogme du purgatoire qu’il admit avec quelques modifications, le rétablissement de beaucoup d’institutions tombées en désuétude, l’importance toute pharisaïque qu’il donnait aux exercices pieux, finirent par ouvrir les yeux aux prélats d’Angleterre et par alarmer la conscience protestante. Les nombreuses conversions au catholicisme qui ont eu lieu dans cette secte depuis 1843 ont justifié jusqu’à un certain point le soupçon que ses chefs n’étaient pour la plupart que des catholiques romains qui déguisaient leurs véritables sentiments dans l’espoir insensé de ramener V Angleterre aux pieds du pape.

1 Tracts for the limes, by members of the université of Oxford, Lond., 1840-42, 7 vol. in-8°.

K*çli se eatholicjne romaine.

fiouer, The history of the Popes, from the foundation of the see of Home to the présent time, Lond., 1750, 8 vol. in-4°. — llanke, Die rom. Papste, ihre Kirche und ihr Staat im xvi und xvii Jahrlmndert., Berlin, 1834-37, 4 vol. in -8°.

Lorsque Luther leva l’étendard de la Réforme, la cour de Rome ne lit que se rire du pygmée imprudent qui osait s’attaquer à un colosse. Pleine de confiance dans sa puissante organisation qui avait réussi jusque-là à briser toutes les résistances, et comptant sur sa fermeté opiniâtre, sa prudence astucieuse, comme aussi sur la superstition et l’ignorance des peuples, elle refusa opiniâtrément de se rendre aux vœux les plus légitimes : elle conserva obstinément les abus dont on se plaignait le plus jusque dans le sein du Sacré-Collége ‘, elle s'opposa par tous les moyens possibles à toute espèce de progrès; elle osa même, dans son immense orgueil, faire revivre, en face de la Réforme triomphante dans presque la moitié de l’Europe, ses prétentions les plus extravagantes, proclamer l’infaillibilité personnelle du pape en matière de foi, revendiquer une supériorité usurpée sur les conciles généraux, s’attribuer le pouvoir de dispenser de l’observation des canons de l’Église, des lois divines elles-mêmes, et exercer enlin sur plusieurs souverains son prétendu droit de déposer les princes 2.

1 Mansi, Concil., Supplem., Lucæ, 1751, in- fol . , T. V. p. 537. — Le Plat, Monumenta ad hist. concil. Trident, spectantia, Lovan., 1781 et suiv , 7 vol. in-4°, T. II, p.596. — Clausen , Bulla reformationis Pauli III concepta, non vulgata, Havn., 1830, in-4°.

- Nous ne voyons qu’une seule des incroyables prétentions de l’évêque de Rome, à laquelle le pape semble avoir décidément renoncé; c’est celle de se donner pour un

Le succès sembla (l’abord couronner tant d’audace. Dès la fin du xvic siècle, grâce aux fautes de la Réforme, il se produisit une réaction très-vive en faveur du siège de Rome ; mais le zèle catholique ne tarda pas à se refroidir, en sorte que, depuis le milieu du xvne siècle, on voit le pouvoir du pape suivre un mouvement lent, mais continu vers la décadence. L’opposition persistante de la cour de Rome à l’esprit des temps modernes l’a jetée dans un péril imminent comme pouvoir temporel, et l’a entraînée, comme pouvoir spirituel, dans des inconséquences qui ont rendu un rapprochement impossible entre le catholicisme romain et le protestantisme. Aussi toutes les tentatives de conciliation faites depuis G. Cassander (f 1566) 1 jusqu’à J. -A. Theiner, l’adversaire de l’ultramontanisme 2 en Allemagne, ont-elles complètement échoué.

La papauté et la Réforme.

La papauté ne voulut donc faire aucune concession à la Réforme; aussi bien cela lui était impossible: elle était trop habile pour ne pas comprendre que toucher à un système fondé sur l’infaillibilité serait en préparer la ruine. Au lieu de

dieu. Dans les éditions de la glose de Zenzelinus sur les Extravagantes de Jean XXII, tit. XIV, chap. 4, postérieures à l’édit, de Paris de 1612, on a supprimé le mot deurn dans cette phrase : Credere autem Dominum Deum nostrum Papam, conditorem dictæ decretalis, si non potuisset statuere prout statuit, hæreticum censeretur.

i Cassander, Judicium de officio pii ac publieæ tranquillitatis verè amantis viri in hoc religionis dissidio, Basil., 1651, in-8°; — De artic. relig inter Catholicos et Protestantes controversis ad Ferdin. I et Maximil. II consultatio, Col., 1566, in-8°.

- Theiner , Die kathol. Kirche Schlesiens, Altenb., 1826-30, 2 vol. in-8°.

traiter, elle résolut de combattre avec les armes qui 11e lui avaient jamais fait défaut jusque-là. L’Inquisition redoubla de rigueur et mit en jugement des prêtres, des évêques, des cardinaux même \ Un index des livres prohibés fut publié en 1559 pour servir de guide aux inquisiteurs, et une immense quantité de livres suspects d’hérésie furent livrés aux flammes2. Malgré les défenses du quatrième concile du Latran 3, un nouvel ordre religieux, celui des Jésuites, fut institué en 1540, avec charge spéciale de combattre les hérétiques. Enfin, après de longues hésitations, un concile général fut convoqué à Trente en 1545. Mais les circonstances avaient bien changé, surtout depuis que l’imprimerie ;rvait substitué la polémique par écrit à la controverse orale, et qu’il ne s’agissait plus d’étouffer quelques voix importunes, mais d’éclairer et de convaincre des multitudes d’individus. A quoi devaient aboutir les mesures de la cour de Rome, sinon à multiplier les divisions dans son propre sein? C'est précisément ce qui arriva.

' Limborch , Historia Inquisitionis, Amst., 1629, in fol. — Marsollier , Histoire de l’Inquisition Colog., 1693, in- 12.. — Sarpi , Discorso dell’ origine, forma, leggi ed uso dell’ ufficio dell’ inquisitione nella citta e dominio di Venetia, Venez , 1639, in-4°.

— Llorente , Histoire critique de l’Inquisition d’Espagne, Paris, 1818, 4 vol. in-8°.

— Roth, F. Spieras Lebensende, Nürnb., 1829, in 8°.

2 Natalis Cornes, Historiarum sui temporis lib. XI, Venet.. 1581, in-fol , f. 263.

— Mendham , The literary poliey of the churcli of Rome exhibited, 2e édit., Lond., 1830, in-8°. — Francus , Disquisitio academica de papistarum indicibus librorum prohibitorum et expurgandorum, Lips., 1684, in-4°. — Peignot , Dictionnaire critique, littéraire et bibliographique des principaux livres condamnés au feu, supprimés ou censurés, Paris, 1806, 2 vol. in-8°.

3 Concil. Lateran. IV, c. 13 : Ne nimia religionum diversitas gravem in Ecclesià Dei confusionem inducat, firmiter prohibemus ne quis de cetero novam religionem inveniat : sed quicumque voluerit ad religionem converti, unam de approbatis assumai.

Les «Jésuites.

Hospinien, Historia jesuitica, Gen., 1670, in-fol. — Histoire de la compagnie de Jésus, Paris, 1740, 4 vol in-8°. — Wolf, Allgemeine Geschicbte der Jesuiten, ‘2e édit. Leipz., 1803, 4 vol. in-8° — Dallas , History of the Jesuits, Lond., 1816, 2 vol. in-8“ — Jordan , Die Jesuiten und der Jesuitism, Alt., 1839, in-8°. — Ellendorf, Die Moral und Politik der Jesuiten, Darmst., 1840, in-8°.

Cette société célèbre, aujourd’hui si puissante, a eu pour fondateur Ignace de Loyola (f 1555), gentilhomme de la Biscaye 1 , d’un génie médiocre, d’un esprit plus bizarre que solide, d’un caractère ardent et porté à l’enthousiasme, qui s’associa, en 1534, six compagnons d’œuvre, FrançoisXavier, Pierre Le Fèvre, Jacques Lainez, Alphonse Salmeron, N.-C. Bobadilla et S. Rodriguez, avec lesquels il se lia par des vœux monastiques dans l’église de Montmartre près Paris, daus le but de faire la guerre aux ennemis de Jésus et surtout de la Vierge, la reine du ciel, dont il s’était armé chevalier 2. Le pape fit d’abord quelque difficulté d’approuver le nouvel ordre religieux ; mais Ignace ayant ajouté aux trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance prêtés partons les moines, un quatrième vœu de soumission absolue aux ordres du pontife romain, Paul III se décida à confirmer son institut en 1 540, sous le titre de Compagnie de Jésus. François Xavier (f 1 552) 3

1 Bouhours, La vie de S. Ignace, Paris, 1692, in-12.

2 G’est en vue de la croisade qu’il méditait contre les Infidèles que furent composés ses Exercitia spiritualia, approuvés par le pape Paul III, publiés à Anvers en 1635 et trad. en franç., Avignon, 1835, in-24. A ces Exercices sont joints ordinairement les Constitutiones sive institutum Societatis Jesu, que les uns attribuent à Loyola, et d’autres, avec plus de vraisemblance, à Lainez.

3 j Bouhours, Vie de S. François Xavier, Paris, 1715, 2 vol. in- 1 2.

suivit fidèlement le plan du fondateur des Jésuites. 11 consacra ses travaux à la conversion des Païens et obtint d’ étonnants succès 1 ; mais Lainez, qui succéda à Ignace en 1558, détourna la société de son but primitif : tout en lui conservant son caractère militant, il en fit une association ecclésiastique et laïque, visible et invisible tout à la fois, qui eut dès lors pour mission principale de combattre le protestantisme avec ses propres armes. Le génie profond et hardi de Lainez comprit que, pour réussir dans cette tâche diflicile, il fallait saisir la direction spirituelle de l’humanité, en s’emparant du minis¬

tère de la chaire, de la direction des consciences et de l’éducation de la jeunesse. 11 y travailla donc, ainsi que ses successeurs, avec une ardeur infatigable, et eu même temps, afin d’assurer leur domination sur les masses par la superstition, les Jésuites employèrent tous les moyens possibles pour répandre de plus en plus parmi le peuple le culte fanatique de Marie, qui était devenu comme le symbole de leur ordre. Le succès sembla devoir couronner leurs efforts. Profitant habilement des inconséquences et des rivalités des églises protestantes, non-seulement ils opposèrent une digue puissante aux progrès de la Réforme, mais ils la forcèrent même à reculer ‘2. La prospérité les perdit. Leur ambition, leur cupidité, leurs intrigues soulevèrent contre eux, tant chez les Protestants que chez les Catholiques, une foule de préventions et de haines, qui rejaillirent jusque sur la papauté dont ils étaient les plus fermes appuis. On ne saurait sans injustice admettre comme prouvées toutes les accusations de leurs

' La congrégation De propagandà fuie fut établie à Rome, en 1622, par Grégoire XV dans le même but. Voy. Bayer, Histor. congregationis de propagandà fide, Regiona., 1721, in-4°.

2 Ammon, Gallcrie der denkwürdig. Personen , welche im xvi, xvii und xviti Jahrliund. von der evangel. zur katbol. Kirche übergetreten sind, Erl., 1833, in-80.

adversaires. Il est bien certain, par exemple, que quelquesunes des maximes immorales qu’on leur impute, telles que le péché philosophique, les réserves mentales, la direction d’intention, le probabilisme, le tyrannicide, ont été professées dans l’Église longtemps avant qu’il fût question de leur ordre, et que leur seul tort est de les avoir exposées avec plus de force et de franchise *. Mais, d’un autre côté, ii ne faut pas apprécier au delà de leur valeur réelle les services qu’ils ont rendus, notamment dans l’éducation de la jeunesse. S’ils ont contribué aux progrès des sciences exactes et des sciences historiques, ils se sont toujours efforcés d’étouffer le génie inventif et ont constamment interdit tout essor libre de la pensée, toute recherche indépendante dans le domaine delà raison, par cela même qu’en s’emparant de la direction de l’enseignement, leur unique but était de faire de la science un moyen d’asservissement. Voilà pourquoi aussi ils ont constamment pris la défense de la scolastique, en se bornant à en perfectionner les méthodes d’exposition — Abolis par le pape Clément XIV en 1773, les Jésuites ont été rétablis par une bulle de Pie Vil, le 7 août 1814, et, en moins de cinquante ans, cet ordre redoutable, qui ne s’est jamais laissé arrêter par aucun scrupule, a conduit la papauté, qu’il domine, au point où nous la voyons aujourd’hui.

* Pascal , Lettres provinciales, 165G, in-4°. — Daniel , Réponse aux Lettres provinciales, Col., 1 696, in-1 2.

Concile de Trente,

Sarpi, Istoria del concilio Tri<Jentino,Lon<]., 1757, 2 vol. in-4°. — Pallavicini , Istoria del concilio di Trento, Roma, 1656-57, 2 vol. in-fol. — Chemnitz, Examen concilii Tridentini, Francof., 1707, in-fol. — Salig , Yollstandige Historié des Trident. Concil., Halle, 1741, 3 vol. in-4°. — Bungener, Histoire du concile de Trente, Paris, 1847, 2 vol. in- 12. — Danz, Geschichte des Trident. Concil., Jena, 1846, in-8°.

Le concile de Trente avait été assemblé pour travailler à la Réforme de l’Eglise et à l’extirpation de l’hérésie ; mais il n’atteignit ni l’un ni l’autre de ces deux buts. Son seul résultat a été de constater aux yeux de tous que l’Église romaine n’entend toucher ni à sa doctrine, ni à ses rites, ni à sa discipline, pour quelque motif que ce soit. Le concile rendit, il est vrai, plusieurs décrets de réforme ; mais il ne prit aucune mesure sérieuse pour les faire exécuter, laissant ce soin au siège de Rome, qui n’eut garde d’appliquer ceux qui contrariaient ses intérêts. Encore la plupart des États catholiques ne les acceptèrent-ils que conditionnellement. La Profession de foi, publiée par Pie IY en 1564, conformément à un décret du concile, ne fut pas non plus généralement approuvée 1 , et le Catéchisme de Trente, imprimé par ordre de Pie Y en 1566 2, déplut même aux Jésuites, qui ont donné la préférence à celui de leur confrère Canisius (f 1597) 3. Quant aux

1 Bullar. rom., T. II, p. 127 et suiv. — Mohnike , Urkundliche Geschichte (1er Profess. Trident., Strals., 1822, in-8°.

2 Catechismus romanus ex decreto concilii Tridentini, Pii V jussu editus, Romæ, 1566, in-fol.

3 Canisius , Summa doetrinæ et institutionis christianæ sive catechismus major et Institutiones christ, pietatis seu parvus catechismus, imp. le 1er en 1544, le 2e en 1566 et réimp. plus de cent fois en toutes langues.

questions qui divisaient les Catholiques, comme celle de l’immaculée Conception et de la grâce, le concile n’osa pas les trancher par des formules claires et précises, en sorte que les disputes continuèrent avec une vivacité qui jeta souvent la cour de Rome dans de grands embarras.

Immaculée Conception.

Wadding , Historia legationis Philippi III et IV ad Paulum V et Gregorium XV, de definiendà controversiâ immaculatæ conceptionis, Louvain, 1G24, in-fol. — F. -U. Calixte , Mariæ Virginis immaculatæ conceptionis historia, Helmst., 1696, m-4°. — Passaglia , De immaculato Deiparæ semper Virginis conceptu, Rome, 1854, in-8°. — Laboulaye, Die Frage der unbefleckten Empfangniss, Berlin,

La question de l’immaculée Conception, soulevée dans le moyen âge par l’insatiable curiosité des Scolastiques et restée sans solution ( Voy . § 69), se représenta devant le concile de Trente, qui, comme nous venons de le dire, n’osa pas prendre de décision et se contenta de renvoyer à la constitution de Sixte IY l. Cependant cette opinion, soutenue par les universités, par le peuple, par une partie du clergé et par les Franciscains, auxquels se joignirent naturellement les Jésuites, se répandait de plus en plus, malgré les efforts des Dominicains, qui, pour défendre leur cause, eurent inutilement recours à des miracles et à des apparitions. La fraude pieuse fut découverte et tourna contre ses inventeurs 2. Ce fut en vain que les rois d’Espagne Philippe III et Philippe IY s’adressèrent

1 Concil. Trid., Sess. V.

2 Holtinger , Hist. eccles. N. T., Tig., 1655-67, 9 vol. in-8°, ParsV, p. 334 et suiv.

au saint-siège pour le prier de décider enfin un problème qu agitait les esprits depuis tant de siècles. Paul Y et Grégoire XV hésitèrent à prendre sur eux la responsabilité d’une décision. Alexandre Vil, plus hardi, donna, en 1661, une solution équivoque, qui approuvait l’opinion des Franciscains et des Jésuites, sans condamner celle des Dominicains. Les choses restèrent en cet état durant deux siècles encore. C’est seulement en 1854 que Pie IX a été amené par les Jésuites à sanctionner enfin le dogme de l’immaculée Conception ; mais sa bulle, datée du 8 décembre, n’a pas été acceptée sans résistance, même parmi le clergé catholique, un peu surpris de voir comment les dogmes se font.

Controverse sus" la grâce. — «lansénisme.

Leydecker , Historia jansenismi, Traj. ad Rhen., 1695, in-8°. — Gerberon, Hist. générale du jansénisme, Ainst., 1700, 3 vol. in- 12. — Colonia , Dictionnaire des livres jansénistes, Lyon, 1752, 4 vol. in- 12. — Le Clerc, Bibliothèque universelle, T. XIV, p. 139 et suiv. — Janssonius , De Jansenistarum historià et principiis, Gron., 1841, in-8°. — J. Racine, Histoire de Port-Royal, Paris, 1767, 2 vol. in-8°. — Reuchlin , Geschichte von Port-Royal, Hamb., 1839-44,2 vol. in-8°. — Sainte- Beuve, Port-Royal, Paris, 1840-48, 3 vol. in-12.

Plus importante par la vivacité de la lutte et par ses résultats, la controverse sur la grâce se réveilla, en 1567, à l’occasion de la condamnation par Pie Y de soixante-seize propositions de Michel Baïus (f 1589), professeur à l’université de Louvain, qui s’était attiré la haine des Franciscains par ses attaques contre l’immaculée Conception. Ce qu’il y a de curieux dans cette condamnation, c’est que parmi ces propositions, qui cou -

cernent l’image de Dieu, le libre arbitre, le péché originel, la' grâce et la justification, il y en a qui sont tirées presque textuellement des écrits de saint Augustin, dont Baïus était l’admirateur enthousiaste. Au reste , malgré la sentence du pape, à laquelle Baïus se soumit ou feignit de se soumettre, la guerre continua avec autant d’ardeur que jamais, en sorte que Grégoire XIII dut confirmer, en 1579, la condamnation lancée par son prédécesseur. Vers le même temps, Louis Molina (f 1600), professeur de théologie à Évora, mit sous presse un ouvrage destiné, selon lui, à concilier les deux opinions par une solution nouvelle du problème de l’accord de la grâce avec le libre arbitre 1 . Il y enseignait que la grâce prévient l’homme, mais seulement s’il le mérite, c’està-dire que Dieu l’accorde à ceux qu’il en sait dignes par sa science moyenne, scientia media, laquelle prévoit ce que la volonté libre fera, sans lui ôter la liberté de faire le contraire. Cette théorie pélagienne fut adoptée par les Jésuites, qui la soutinrent avec opiniâtreté contre les Dominicains, restés fidèles à saint Augustin et à Thomas d’Aquin. Appelé à prononcer sur cette controverse, Paul V (f 1621) n’osa le faire ; il se contenta d’imposer silence aux deux parties, en 1607, jusqu’à une révélation nouvelle du Saint-Esprit : tel fut l’unique résultat des travaux de la congrégation De auxiliis gratiœ , instituée, en 1597, par Clément VIII avec charge expresse de résoudre définitivement la question 2. Urbain VIII (*f* 1644) confirma la décision de son prédécesseur en 1625 ; mais ces défenses répétées n’empêchèrent pas Cornélius Jansénius, évêque d’Ypres (f 1638), d’enseigner la doctrine augusti-

* Molina, Liberi arbitrii eum gratiæ donis, divinà præscientià, providentià, prædestinatione et reprobatione corcordia, Lisb., 1588, in-fol.

2 A. Le Blanc , Histor. congregationis De auxiliis gratiæ, Antv., 1709, in-fol.

nienne dans son Augastinus , qui ne fut imprimé qu' après sa mort U Ce livre célèbre n’est, à vrai dire, que la fidèle exposition de la doctrine de l’évêque d’Hippone tirée des ouvrages mêmes de ce Père illustre ; mais la théorie augustinienne était oubliée depuis si longtemps, que l’Augustinus fit une très-grande sensation dans les pays catholiques. Urbain VIII, à l’instigation des Jésuites, se hâta de condamner, en 1642, par sa bulle In eminenti l’audacieux qui avait osé reproduire des propositions censurées par Pie Y, et'il provoqua ainsi une résistance à peu près générale parmi les professeurs de Louvain et le clergé belge. Ce fut alors que les Jésuites firent intervenir la cour de France, qui haïssait Jansénius à cause d’un libelle qu’il avait publié contre Louis XIII à l’occasion de son alliance avec les puissances protestantes 2. Innocent X (f 1635) sévit forcé de condamner, malgré lui, cinq propositions tirées de l’Augustinus, lesquelles lui avaient été envoyées de Paris et dont quatre au moins étaient parfaitement conformes à la doctrine d’Augustin. Tout en protestant de vive voix qu’il n’avait garde de censurer les opinions de l’évêque d’Hippone, le pape déclara donc hérétiques ces cinq propositions : Il y a des commandements que l’homme pieux ne peut observer, Dieu ne lui accordant pas une assistance suffisante ;

— dans l’état de nature et de péché, Ja grâce est irrésistible ;

— pour acquérir quelque mérite devant Dieu, il n’est pas besoin que l’homme soit affranchi de la nécessité d’agir (libertas a necessitate), il suffit qu’il ne soit pas contraint d’agir (libertas a coactione) ; — dire que l’homme dans l’état de nature peut résister à la grâce prévenante ou y céder, c’est

1 Jansénius , Augustinus seu doctrina S. Augustini de humanæ naturæ sanitate, ægritudine, medicinâ, adv. Pelagianos et Massilienses, Lov., 1640, in-fol.

2 Mars gallicus sive de justitià armorum et fœderum regis Galliæ, 1635, in-fol., publié sous le pseudonyme d’Alexander Patricius.

une proposition sémipélagienne ; — dire que Christ est mort pour tous est sémipélagien. En présence d’une condamnation aussi formelle, l’unique ressource des Jansénistes fut de recourir à un misérable subterfuge : ils prétendirent que l’Au gustinusne contenait pas ces propositions dans le sens où le

pape les avait prises ; mais, dès 1656, Alexandre YI1 (f 1667)

leur enleva ce dernier moyen de sortir d’embarras, en décidant que les propositions étaient dans Jansénius et dans le sens où elles avaient été condamnées. Cependant les Jansénistes, au lieu de se soumettre humblement ou de se séparer ouvertement de Rome, seuls partis honorables qu’ils eussent à prendre, imaginèrent une distinction entre les décisions du pape sur un point de doctrine et ses décisions sur un fait, et contestèrent l’infaillibilité du saint-siège dans ce dernier cas.

Cette querelle agita vivement les esprits surtout en France, où les opinions de Jansénius avaient été propagées par Jean Duverger de Hauranne (f 1643) et son neveu Martin de Barcos (f 1678), tous deux abbés de Saint-Cyran, et où elles étaient défendues avec éclat par Arnauld (f 1694), Nicole (f 1695) et Pascal (f 1662). Ce fut en vain que ces grands écrivains, pour se faire pardonner leur opposition au siège de Rome et montrer qu’ils étaient des catholiques sincères, se livrèrent à une polémique violente contre les Protestants dont leur doctrine sur la grâce et la justification les rapprochait singulièrement; ils furent poursuivis avec acharnement par les Jésuites, qui firent raser, en 1709, la fameuse abbaye de Port-Royal-des-Champs, où l’on avait vu, au milieu de la corruption générale, une petite réunion d’hommes pieux et

1 Voy. surtout Nicole, Préjugés légitimes contre les Calvinistes, Paris, 1672, in-8°.

éclairés, livrés à des exercices ascétiques et à l’étude, et menant une vie irréprochable, travailler, pendant de longues années, à défendre avec zèle la religion catholique, à combattre la morale relâchée de leurs ennemis, à mettre la Bible à la portée du peuple et à répandre les principes d’une philosophie plus libérale que celle des écoles. Comme toutes les sectes religieuses persécutées, les Jansénistes tombèrent dans les extravagances du fanatisme et dans l’ascétisme le plus exagéré. Il suffit de rappeler ici les folies des Convulsionnaires 1 et les prétendus miracles du diacre Paris (f 1727).

Cette explosion d’un fanatisme sauvage au sein de la société la plus corrompue et la plus sceptique de l’Europe, fut provoquée par les mesures rigoureuses que le gouvernement adopta pour forcer les Jansénistes à se soumettre à la fameuse bulle Unigenitus. Cette bulle, publiée en 1713 par Clément XI (f 1721), avait condamné comme hérétiques cent une propositions tirées de la traduction du Nouveau Testament faite par l’oratorien Pasquier Quesnel (*j- 1719), ou plutôt extraites des réflexions mystico-morales dont Quesnel l’avait accompagnée 2, celles-ci, entre autres : L’homme est incapable de faire le bien sans la grâce fil ne peut confesser le Christ sans la grâce, ni croire en lui ; l’Écriture Sainte est utile à tous et doit être mise entre les mains de tous 3. Cette condamnation fut la source de longues querelles dans lesquelles intervinrent la cour et le clergé d’un côté, les parlements de l’autre, et qui

1 Carré de Montgeron , La vérité des miracles opérés par l’intercession de M. de Paris et autres appelans, Utrecht, 1731, in-4°. — Des Vaux, Critique générale du livre de M. de Montgeron, Utrecht, 1731, in- 4°.

2 Quesnel , Le Nouveau Testament en françois avec des réflexions morales, Paris, 1687, in-fol.

3 Walch , De pelagianismo in Ecclesià romanà triumphante, Ienæ, 1714, in-4°. — Pfajf, Acta publica Constitutions Unigenitus, Tüb., 1721, in-4°.

ne se terminèrent qu’à la suppression de l’ordre des Jésuites. Aujourd’hui, les partisans de la doctrine janséniste sont encore assez nombreux en France, où ils continuent à défendre contre F absolutisme ultramontain les libertés de l’Église gallicane et la célèbre Déclaration de 1682. Cependant ils n’y forment point une église d'stincte comme en Hollande, où plusieurs jansénistes français et belges cherchèrent un asile contre la persécution et où ils ont fondé l’archevêché d’Utrecht. Comme les Jansénistes hollandais reconnaissent la primauté de Rome, à chaque élection d’un nouveau pontife ils s’empressent de lui adresser une lettre de félicitation, à laquelle le pape répond invariablement par une bulle d’excommunication *, dont ils se soucient peu d’ailleurs, parce qu’ils ne croient pointa l’infaillibilité papale.

Mysticisme.

Le mysticisme, qui avait fait, dans la période précédente, une guerre si vive aux tendances mondaines de la cour de Rome, prit dans celle-ci une position moins hostile à son égard et lui vint même activement en aide dans sa lutte contre le protestantisme. L’Église accepta ses services, mais avec méfiance. Si, d’un côté, elle canonisa deux de ses plus nobles organes, Charles Borromée (f 1584) 2 et François de

1 Augusti, Das Erzbisth. Utrecht, Bonn, 1838, in-8°.

1 Sailer, Der lieilige Karl Borromeus, Angsb., 1823, in-8°. — Les OEuvres de Ch. Borromée, en majorité ascétiques, ont été publiées à Milan, 1747, 5 vol. in- 4°.

Sales (f 1622)1, et si elle éleva au cardinalat le pieux Jean Bona (f 1674) 2, d’autre part, elle condamna, en 1588, les Illuminés d’Espagne, qui prétendaient s’anéantir par l’oraison mentale et l’union mystique avec Dieu au point de devenir insensibles à l’aiguillon de la chair et de ne plus avoir besoin ni des sacrements ni des bonnes œuvres. Elle ne se montra pas moins sévère envers Michel Molinos (f 1696), prêtre espagnol qui enseignait aussi cette passivité mystique 3. Il est certain que le quiétisme, pour qui la religion consiste dans l’anéantissement du moi et l’apothéose de l’âme, le culte en une oraison intérieure, ne peut se concilier que difficilement avec les doctrines d’une Église qui attache autant d’importance que l’Église romaine aux rites extérieurs et aux bonnes œuvres. On comprend donc qu’innocent XI ait condamné, en 1687, à la demande de Louis XIY, la doctrine de l’amour pur et de la paix en Dieu, prêchée en France par la pieuse madame Guyon (f 1 71 7) 4, et qu’en 1699, Innocent XII (f 1700) ait trouvé vingt-trois propositions erronées dans Y Explication des maximes des Saints par Fénelon (f 17 15) 5 ; mais ce que l’on comprend moins facilement, c’est que la cour de Rome ait canonisé sainte Thérèse (f 1582) et son ami Jean de La Croix (f 1591), dont le mysticisme offre la plus frappante analogie avec celui de madame Guyon 6, comme le comprit fort bien l’Inquisition d’Espagne, qui ne cessa de s’opposer au mys-

1 Marsollier , La vie de S. François de Sales, 2e édit., Paris, 1701, 2 vol. in-8°. — Les OEuvres de Fr. de Sales ont été réimp. à Paris, en 1834, en 16 vol. in-8°.

2 Bona, Opéra, Anv., 1739, in-fol.

3 Molinos, Guida spirituale, Roma, 1675, in-12.

'• Une édit complète des ouvrages de cette femme célèbre a été publiée à Lausanne de 1767 à 1791, en 20 vol. in-8°, par Du Toit-Mambrini.

5 Fénelon , Explication des maximes des Saints sur la vie intérieure, Paris, 1697, in-12.

6 Voy. leurs OEuvres publiées à Sulzbach par Gallus Schicab , celles de sainte Thérèse, en 1831, en 6 vol. in-8°, et celles de J. de La Croix, en 1830, en 2 vol. in-8°.

ticisme de l’illumination et de l’extase à cause de son esprit anti-ecclésiastique. Peut-être 11e faut-il chercher la cause de semblables inconséquences que dans l’influence des Jésuites, qui se sont toujours montrés les partisans du mysticisme aréopagitique dans ses formes les plus grossières. Leur fondateur lui-même n’avait-il pas été arrêté à Salamanque comme un illuminé? N’est-ce pas un jésuite, nommé La Colombière (f 1682), qui fonda sur les prétendues révélations de Marie Alacoque (f 1690), nonne hystérique et visionnaire, le culte nouveau du Cœur de Jésus, culte qui, après une longue résistance de la part de la Congrégation des rites ‘, fut autorisé par Clément XIII (f 1769) et auquel on associa bientôt celui du Cœur de Marie, prôné également par les Jésuites et fondé sur les révélations d’une autre nonne encore plus extravagante, nommée Marie Des Vallées (f 1655)?

Le mysticisme spéculatif ou théosophique compta aussi un certain nombre d’adhérents dans l’Église romaine. Tels le médecin Van Ilelmont (f 1644) et son fds, dans les Pays-Bas; Saint-Martin (*f* 1804), en France, et Angélus Silesius ou Jean Scheffler (f 1677), en Allemagne, dont les doctrines aboutissent directement au panthéisme 2.

L’Église catholique et la philosophie.

Cousin, Hist. de la philosophie du xvmc siècle, Paris, 1829, 2 vol. in-8 °. — Damiron,

Essai sur l’hist. de la philosophie en France au xixe siècle, 2e édit., Paris, 1828,

in-8°. — Carové, Religion und Philosophie in Frankreich, Gott., 1827, in-8°.

Ennemie de toute libre manifestation de la pensée, protec-

1 Tabaraud, Des sacrés cœurs de Jésus et de Marie, Paris, 1824, in-8°.

2 J. -B. Van Ilelmcnt, Opéra omnia, 1707, in-4°. — F. M. Van Ilelmont , Alphabeti

trice du scolasticisme qui lui avait rendu tant de services et qui régnait encore sans partage dans ses écoles, l’Eglise catholique ne put voir sans mécontentement les efforts de quelques penseurs pour restaurer les anciens systèmes philosophiques de la Grèce. Un instinct secret l’avertissait que ces systèmes si attrayants appelleraient bientôt les esprits à l’indépendance, en leur apprenant à douter. Ses craintes n’étaient . point chimériques. Ce fut précisément en Italie, berceau de la Renaissance, que se produisirent les premiers et les plus hardis novateurs en religion comme en philosophie, malgré le soin jaloux avec lequel la hiérarchie veillait à la conservation du dogmatisme traditionnel. La cour de Rome était encore trop puissante et les Italiens trop intéressés au maintien de son autorité ou trop peu sympathiques au spiritualisme protestant pour que les germes de la Réforme ne fussent pas promptement étouffés par l’Inquisition ; mais le terrible tribunal ne réussit pas aussi facilement à extirper la philosophie nouvelle, grâce aux subterfuges dont usèrent ses partisans, qui prétendirent d’abord n’avoir d’autre but que de prouver la conformité des doctrines d’Aristote ou de Platon avec les dogmes du

christianisme, et qui, plus tard, essayèrent de mettre leur responsabilité à couvert derrière ce sophisme, que les vérités de la religion 11e sont pas les mêmes que celles de la philosophie.

De tous les antiques systèmes de la Grèce et de l’Orient, aucun 11e fut accueilli avec plus d’enthousiasme parles esprits fatigués des arides subtilités de l’École, que le néoplatonisme,

verè naturalis hebraïci delineatio, Sulzb., 1667, in- 12 ; — Cogitationes super quatuor priera capita Geneseos, Amst., 1697, in-4°; — Opuscula phiiosopbica, Amst., 1690, in- 12. — Saint-Martin , Des erreurs et de la vérité, Édimb., 1782,2 vol. in-8°; — De l’esprit des choses, Paris, 1800, 2 vol. in-8°. — Angélus Silesius , Heilige Seelenlust, Munich, 1828, in-8°; — Cherubinischer Wandersmann, Sulzb., 1829, in- 12 . — Voy. Rahel , Ang. Silesius und Saint-Martin, Berlin, 1833, in-8®.

et cette faveur s’explique peut-être par les frappantes analogies des théories des Néoplatoniciens avec la philosophie des Pères de l’Église, philosophie que Corneto, cardinal depuis 1503, reproduisit dans un ouvrage très-médiocre et très-incomplet puisqu’il n’embrasse que quatre docteurs de l’Église latine Cependant la philosophie d’Aristote trouva encore de nombreux défenseurs. Entre les plus célèbres se fit remarquer Pomponace (f 1526), homme doué d’un rare talent pour la polémique et d’une éloquence populaire, qui, sous le manteau de P aristotélisme, put développer diverses opinions particulières sur l’impossibilité des miracles, eu égard à la constance immuable des lois de la nature ; sur la mortalité de l’âme ou plutôt l’inconscience du principe pensant après la mort 2 ; sur la liberté humaine, le destin, la Providence. Non-seulement il osa sur ces différentes questions se mettre en contradiction avec l’enseignement de l’Église , mais il poussa l’audace jusqu’à déclarer que toutes les religions, sans en excepter le christianisme, sont soumises aux lois du progrès, du repos et de la décadence. La protection du pape Léon X et du cardinal Bembo le mit à l’abri des poursuites de l’Inquisition. Son disciple, le paradoxal et libre penseur Yanini fut moins heureux : il fut brûlé à Toulouse en 1619, sous la fausse accusation d’athéisme 3. Ce fut aussi en se couvrant du nom d’Aristote et en s’abritant derrière la fameuse distinction entre la vérité philosophique et la foi religieuse, que le moine franciscain Zorzi (f 1540), contemporain de Pomponace, put essayer, sans s’exposera d’autre danger qu’à une censure, de concilier

* Corneto , De verâ pliilosophià, Romæ, 1515, in-fol.

2 Pomponace , Tract, de immortalitate animæ, Bonon., 1516; réimp. à Tüb., 1791, in-8°.

3 Vanini, De admirandis naturæ, reginæ deæque mortalium, arcanis, Paris., 1616, in -8°. — Cl‘. Durand , La vie el les sentiments de L. Vanini, Rott., 1717, in-8°.

avec la dogmatique catholique la théorie des idées platoniciennes, le système des nombres de Pythagore et celui de l’émanation 1 . L’Église romaine se montra moins indulgente en général envers les partisans du néoplatonisme, sans doute parce que, plus francs et plus hardis que les Péripatéticiens, ils revendiquaient plus énergiquement les droits de la raison à l’indépendance. Le plus remarquable de ces Néoplatoniciens fut, avec Giordano Bruno, dont nous avons parlé plus haut, le moine dominicain Thomas Campanella (f 1639), qui essaya de résoudre l’insoluble problème des rapports de l’un et du multiple, de l’infini et du fini, et qui tomba dans le panthéisme et le mysticisme théosophique 2.

Campanella avait eu principalement en vue d’opposer un dogmatisme philosophique aux doutes des Sceptiques que les efforts impuissants de la philosophie pour arrivera la certitude de la connaissance multipliaient beaucoup, surtout en France. C’est Michel Montaigne (f 1592) qui, dans ce dernier pays, afficha le plus ouvertement une espèce de scepticisme basé sur la faiblesse de la raison et T incertit ude de la connaissance

humaine. L’esprit de sa philosophie, qui proclame hautement l’indépendance de la raison et en appelle constamment à l’expérience individuelle, pouvait difficilement se concilier sans doute avec le dogmatisme ecclésiastique; cependant il ne fut point inquiété par l’Église, qu’il se garda bien d’ailleurs d’attaquer directement3. Son ami Pierre Charron (f 1603) professa plus ouvertement le scepticisme et garda moins de ménagements envers la religion. Il osa exposer, dans son traité

1 Zorzi, l)e harmoniâ mundi totius cantica tria, Venet., 1525, in-fol. ; — Problematum in Sacram Scripturam lib. VI, Paris., 1574, in-4°.

2 Voy. Cyprianus, Vita Th. Campanellæ, 2e édit., Amst., 1722, in*8°.

J Montaigne, Essais, édit. V. Le Clerc, Paris, 1844, 3 vol. petit in -8°.

De la Sagesse' , des doutes hardis sur les fondements de la foi religieuse et sur toutes les religions, même sur le christianisme, dont la partie historique ne lui semblait pas d’accord avec la divinité de son origine ; aussi n’échappa-t-il pas à l’accusation d’athéisme. Jamais accusation ne fut plus mal fondée. Tout ce qu’il désirait, c’était de donner une base moral S à la religion comme à la philosophie, et de ramener l’Église au culte en esprit et en vérité.

Ces attaques multipliées affaiblirent sans doute l’autorité de la philosophie scolastique ; mais elles ne réussirent pas à la renverser. Cette résistance serait inexplicable, si l’histoire de la philosophie ne nous apprenait que ceux-là même qui ont fait le plus pour l’émancipation de la raison, restèrent audessous de leur tâche : ils ne surent que rajeunir d’anciennes théories, pas un d’entre eux ne présenta un système original assez complet pour supplanter le scolasticisme. Il était réservé à Descartes de lui porter le coup de grâce, en répandant dans le monde philosophique une vie nouvelle. Nous avons parlé ailleurs de son système ( Voy . § 95), qui fut l’objet des vives et spirituelles attaques de Gassendi (f 1656), le restaurateur de la philosophie d’Épieure 2 , mais qui fut défendu et développé par Malebranche (f 1715), le plus grand métaphysicien que la France ait produit. Ce profond penseur ne se contenta pas d’exposer les idées de Descartes sous des formes plus claires et plus nettes, il leur imprima un caractère d’idéalisme mystique fort approchant du panthéisme de Spinoza 3. Pour lui, Dieu est la substance universelle et la cause unique de toutes les modifications que subissent nos corps et nos âmes,

* lmp. pour la première fois à Bordeaux en 1601 ; réimp. à Paris en 1604, mais avec des changements demandés par la Sorbonne.

- Gassendi , De vilà etmoribus Epicuri lib. VIII, Lugd., 1647, in-4*.

3 Hegel , Vorlesungen über die Geschichte der Philosophie, T. III, p. 414.

de toutes les idées de notre entendement, de toutes les déterminations de notre volonté. 11 niait donc la liberté et la personnalité humaine, et prétendait que Ton ne peut arriver à la connaissance de la vérité que par T union de Pâme avec Dieu, en qui on voit tout C’est aussi du cartésianisme que partirent Nicole, Bossuet (f 1704) et le célèbre évêque d’Avranches,

Huet (f 1721), pour relever l’importance de l’autorité de TE-

glise, en insistant sur les incertitudes de la raison et la nécessité de la foi qui seule donne une pleine assurance. Les deux premiers se servirent du scepticisme comme d’un moyen pour ramener les Protestants dans le giron de l’Église catholique ; le dernier le professa pour lui-même et ouvertement. Comme Descartes, Huet admet en principe que le doute est le point de départ de la philosophie ; mais il en tire des conséquences plus rigoureuses, en tant qu’il démontre que le doute atteint la raison elle-même A L’esprit humain ne peut jamais être assuré que sa connaissance corresponde réellement aux choses qui en sont l’objet. Il doit donc chercher un guide plus sûr que la raison, et ce guide ne peut être que la foi, qui est placée hors des atteintes du scepticisme, parce qu’elle vient, non de la raison, mais d’une influence surnaturelle, de Dieu même, et se fonde sur une vérité directement révélée. Tels étaient aussi les principes de Jérôme Hirnhaym (f 1679), professeur de théologie à Prague, lequel ne vit pas d’arme plus sûre à tourner contre le protestantisme et la philosophie qu’un scepticisme universel qui sapât le libre examen. Toute connaissance certaine repose, selon lui, sur la révélation, la grâce et une lumière intérieure donnée de Dieu 1 2 3.

1 Malebranche , De la recherche de la vérité, Paris, 1712, 4 vol. in-8°,

2 Ihiet, De la foihlesse de l’esprit humain, Amst., 1723, in-8°.

3 Hirnhaym , De tvpho generis humani, Prag., 1 ü7G, iu-4ü.

À cette école, qui rabaisse la raison dans l’espoir de l’amener par le doute à une foi aveugle, appartiennent encore aujourd’hui beaucoup d’écrivains de l’Église romaine, entre autres les abbés Lamennais 1 et Bautain 2 , deux hommes d’un grand mérite, qui ont essayé, eux aussi, de déshériter la raison au profit de la religion catholique et de placer le critérium de la certitude dans la révélation. C’était jouer un jeu dangereux; car, en définitive, si une religion a le droit d’exiger le sacrifice de ma raison, ce droit ne peut-il pas être revendiqué également par un autre système religieux, et dès lors n’y a-t-il pas autant de motifs pour que je devienne musulman que pour que je reste chrétien? Il était donc plus qu'imprudent de porter la question sur ce terrain; c’était provoquer la raison à revendiquer une domination exclusive. Le catholicisme ne tarda pas à porter la peine de sa témérité. A l’exemple des libres penseurs, les philosophes français en vinrent promptement à diriger leurs attaques contre la révélation et à rejeter toute autre autorité, même en religion, que celle de la conviction individuelle. Sceptique avec Voltaire (-[- 1778), incrédule avec Diderot (f 1784) et d’Alembert (f 1783), la philosophie française qui aborda résolument les plus hauts problèmes et entreprit de les résoudre au moyeu d’hypothèses hardies et d’analogies peu concluantes, finit par tomber dans le matérialisme, le fatalisme et l’athéisme avec La Mettrie (f 1751), Helvétius (f 1771) et d’Holbach (f 1789). J. -J. Rousseau osa seul prendre la défense du spiritualisme et rendre un éclatant hommage à la morale de l’Évangile. Son théisme devint un instant la religion de l’Etat

1 Lamennais, Essai sur T indifférence en matière de religion, Paris, 1828, 4 vol. in-12.

2 Bautain, Philosophie du christianisme, Stras!»., 1835, in-8°.

Par décret du 18 floréal an li, la Convention P organisa en culte public; mais avec Robespierre tombèrent les fêtes de l’Être suprême, et la théophilanthropie, qui les remplaça, ne réussit pas mieux que le déisme en Angleterre à fonder un culte de quelque durée. Le catholicisme rentra triomphant dans ses temples à la suite du concordat de 1801 , et dès l’année suivante, Chateaubriand fit paraître son Génie du christianisme 1 2 3 , qu’un spirituel critique a caractérisé admirablement en l’appelant un coup de théâtre et d’autel \ Cet ouvrage, qui manque de fond, de méthode et de critique, n’envisage le catholicisme qu’au point de vue de l’esthétique et de la poésie, et ne le présente par conséquent que sous ses cotés les plus séduisants. C’est ce qui explique son immense succès. Il fut le point de départ d’une réaction qui trompa la hiérarchie, en lui donnant de folles espérances et en l’encourageant à faire revivre ses prétentions les plus exagérées par l’organe des de Maistre (f 1821), des de Ronald (f 1840) et d’autres, qui se mirent à proclamer à l’envi l’infaillibilité du pape et sa suprématie comme la base unique de la religion chrétienne, et à combattre la liberté des cultes et la liberté de la pensée sous toutes ses formes avec une violence extrême :j. Soutenu par les ultra-royalistes, protégé par Frayssinous (f 1842), l’apologiste intrépide de ses empiétements, le parti- prêtre voulut s’emparer aussi de l’instruction publique, et il y aurait probablement réussi, malgré l’énergique

1 Châteaubriand., Le génie du christianisme ou beautés de la religion chrétienne, Paris, 1802, 5 vol. in-8°.

2 Sainte-Beuve , Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, Paris, 1860,

3 De Maistre , Soirées de S.-Péterbourg, Paris, 1821, 2 vol. in-8°; — Du Pape, Paris, 1821, 2 vol. in-8°. — De Bonald, Œuvres, Paris, 1817, 11 vol. in-8°. — Cl'. Llorente , Portrait politique des papes, Paris, 1822, in-S°.

opposition d’une partie du clergé 1 lui-même , si la révolution de 1830 n’était venue le forcer à remettre à un temps plus propice la réalisation de ses espérances. En attendant, il en est réduit à proclamer dans les journaux dont il dispose, que le catholicisme romain est la seule religion vraie, qu’il est la vérité absolue, que les impies ou les fous peuvent seuls le nier et que le devoir le plus sacré des gouvernements est d’imposer à tous, même par la force, l’unité des croyances religieuses. Mais ces prétentions étranges sont énergiquement repoussées par les philosophes, et non-seulement par ceux qui sont restés fidèlement attachés au sensualisme du xvme siècle, comme Cabanis (f 1808), Destutt de Tracy (f 1836), Volney (f 1820), mais aussi par ceux qui, sur les traces de Pioyer-Collard (f 1845), ont remplacé par un nouveau spiritualisme l’empirisme de Condillac (f 1780) et renversé sa domination exclusive. Quelque divisés qu’ils soient sur un grand nombre de points, tous s’accordent à reconnaître que la société nouvelle a besoin d’une religion nouvelle ou tout au moins d’une religion renouvelée. Les vérités y seront les mêmes que dans l’Évangile, mais précisées, développées par la science, elles se démontreront et ne s’imposeront plus ; la connaissance des choses divines ne se puisera plus dans une révélation surnaturelle, il suffira pour l’acquérir, même plus claire et plus complète, d’étudier Dieu dans la nature et dans l’homme. Ce n’est assurément pas la philosophie du P. Gratry, ce système bizarre qui , selon l’expression d’un savant critique ~, nous offre Saint-Sulpice enté sur l’École polytechnique, c’est-à dire la scolastique exposée dans des formules mathématiques,

' Grégoire , Essai historique sur les libertés de l’Église gallicane, Paris, 1818, in-8°. — De Vradt , Les quatre concordats, Paris, 1858, 4 vol. in-8°.

2 Yov. Scherer, Mélanges de critique religieuse, p. 374.

ce n’est pas, disons-nous, cette philosophie qui conciliera deux tendances aussi opposées, on peut l’affirmer sans être prophète 1 .

Le catholicisme et le libéralisme.

Montlosier , Mémoire à consulter sur un système religieux et politique tendant à renverser la religion, la société et le trône, Paris, 1820, in-8°. — Lamennais , Des progrès de la révolution et de la guerre contre l’Église, Paris, 1829, in-8°. — Hafen, Môhler und Wessenberg, oder Strengkirchlichkeit und Liberalismus, Ulm, 1842, in-8°. — Michelet et Quinet, Des Jésuites, Paris, 1843, in-8°.

L’Eglise catholique se glorifie hautement de son unité, elle ne cesse de l’opposer à l’Eglise protestante ; mais si l’on interroge l’histoire, elle dira jusqu’à quel point cette prétention est fondée. Nous ne reviendrons pas sur les longues querelles du jansénisme, nous ne nous arrêterons point à une foule de petites sectes 2, qui se rattachent plus ou moins directement aux hérésies anciennes, surtout au montanisme, nous ne parlerons même point des tentatives des Templiers ni de celles de l’abbé Châtel pour réformer l’Église ; mais nous demanderons si ces Pères de l’Oratoire et ces Bénédictins de Saint-Maur, qui ont rendu de si grands services à la patristique et à l’histoire ecclésiastique par leurs infatigables recherches et l’impartialité de leur critique, étaient tous d’une orthodoxie bien rigoureuse? Le savant et modeste Mabillon (f 1707) n’a-t-il pas dû rétracter en quelque sorte son opinion sur le culte des Saints

1 Gratry , De la connaissance de Dieu, Paris, 1853, 2 vol. in-8® ; — Logique, Paris. 1855, 2 vol. in-8°.

2 Grégoire , Histoire des sectes religieuses, nouv. édit., Paris, Î828, 6 vol. in-8“, T. II, chap. 21 et suiv.

inconnus 1 ? La cour de Rome a-t-elie approuvé les opinions hardies de Richard Simon (f 1712)? A-t-elle été satisfaite de Y Exposition de la foi catholique2 par Bossuet (f 1704)? N’at-elle pas proscrit, en 1684, les ouvrages du dominicain Noël Alexandre (f 1724) 3, et ceux du célèbre Muratori (f 1750) n’ont-ils pas été menacés du même sort? Et, sans remonter aussi haut, le catholicisme n’est-il pas attaqué, de nos jours même, en Allemagne de tous les côtés à la fois : sur le terrain de la dogmatique par Blau (f 1798) 4, qui nia l’infaillibilité de l’Église; par Muth (f 1821) 5, par Hirscher 6, qui opposa la religion de l’Évangile au système scolastique du catholicisme; par Hermès (f 1831) 7, qui essaya de donner la démonstration logique pour base à la théologie catholique et qui entreprit de la concilier avec la philosophie critique ; — sur celui de l’exégèse par Wecklein 8, par Jahn (f 1816), qui ado'pta les principes d’Ernesti et avança des propositions hardies dans son Introduction à l'Ancien Testament 9 , et surtout

1 Mabiüon, Lettre d’Eusèbe romain à Théophile françois, touchant le culte des Saints inconnus, 1698, in-12.

2 Bossuet, Exposition de la doctrine de l’Église catholique, Paris, 1686, in- 1 2.

3 Noël Alexandre, Historia ecclesiastica Veteris Novique Testamenti, Paris., 1714, 8 vol. in-fol.

4 Blau, Kritische Geschichte der kirchl. Unfehlharkeit, Frankf., 1791, in-8°.

5 Muth , Ueher das Verbaltniss des Christ, und der christ. Kirche zur Vernunftreligion, Hadamar, 1818, in-8°.

6 Hirscher , Ueher das Verhiiltniss des Evangelium zur theol. Scholaslik der neueslen Zeit, Tiib., 1823, in-8°.

7 Hermès, Einleitung in die christ. -kathol. Théologie, 2e édit., Münster, 1834; — Christkathol. Dogmatik, Münster, 1834-35, 3 vol. in-8°. — Cf. Niedner, Philo sophiæ Hermesii explicatio et existimatio, Lips., 1838, in-8°.

8 Wecklein , Momenta præcipua ad liberalior. V. T. interpretationem, Duisb , 1806, in-8°.

9 Jahn , Introductio in libros sacros Veteris Fœderis in compendium redacta , 2e édit., Vienne, 1815, in-8J. — 11 y soutient que les livres de Josué et des Juges ont été écrits par David avant la conquête de Jérusalem, que Mardochée est l’auteur du livre d’Esthcr, que le livre de Job est l’œuvre de Moïse et que le Cantique des cantiques n’est qu’un chant érotique.

par Hug (f 1846) et Scholz (f 1853) dont les travaux sur le Nouveau Testament se font remarquer par une grande indépendance 1 : — sur celui de la philosophie religieuse par le prêtre éclairé et libéral G. Weiller 2, par Relier (f 1827) 3, Bolzano 4, Günther 5; — sur celui de l’Église, par Carové 6 et Münch 7 . Tous ces écrivains libéraux élèvent la voix pour demander des réformes, qu’ils n’obtiendront pas de la papauté, ils doivent le savoir ; aussi est-ce contre l’absolutisme de Rome que se dirigent les plus vives attaques. Déjà dans la seconde moitié du siècle dernier, un parti nombreux, le parti épiscopal, à la tête duquel était Nie. de Ilontheim (f 1778), s’était énergiquement élevé contre le despotisme de la cour de Rome et avait démandé qu’on renfermât le pouvoir des papes dans de justes bornes8, c’est-à-dire qu’on ne leur laissât que le droit d’exhortation et de remontrance, que chaque évêque fût indépendant dans son diocèse et que le pouvoir législatif fût attribué aux synodes. Malgré les condamnations du saintsiège, ce parti, dont l’influence se fit sentir jusqu’en Toscane 9, compte toujours en Allemagne beaucoup d’adhérents. Nous citerons seulement F. Baader (f 1841), théologien mystique de l’école de Bohme, qui réclamait une organisation démo-

< Hug, Einleitung in die Schriften des N. T., nouv. édit., Stuttg., 1826,2 vol. in-8°. — Scholz, Geschichte des Textes des N. T., Leipz., 1823, in-8°; Novum Test, græcè, Leipz., 1830-35, 2 vol. in-8°.

2 Weiller, Der Geist desr altesten Katholicismus, als Grundlage für jeden spâtern, Sulzb., 1824, in-8° ; — Kleine Schriften, Munich, 1822-23, 2 vol, in-8°.

3 Relier , Katholikon, 4e édit., Aarau, 1840, in-12.

4 Bolzano , Lehrbuch der Religionswissenschàft, Sulzb., 1834, 4 vol. in-8°.

5 Günther, Vorschule zur specul. Théologie, Vienne, 1828; nouv. édit., 1848, in-8°. 0 Carové, Papismus und Humanitat, Leipz.. 1838, 2 vol. in-8°.

• 7 Münch, TI. Amann, Stuttg., 1836, in-8°.

8 J. Febronius , De statu ecclesiæ et légitima potestate rom. pontificis, Bullioni [Francf.], 1770-74, 5 vol. in-4°. — Von Münch, Geschichte des Emsen Congresses, Carlsr., 1840, in-8°.

3 Potter, Vie de Seipion de Ricci, Brux., 1825, 2 vol. ir.-8°.

cratiquc de l’Église et la substitution des conciles au pape 1 ; Werkmeister (f 4823), qui voulait réduire l’évêque de Rome au rôle de simple surveillant de l’Église 2, et qui, dans son Annuaire théologique , osa examiner, à un point de vue trèslibéral, la dogmatique, la liturgie et la discipline de l’Église romaine 3 ; J. -II. de AVessenberg, qui marcha dans la même voie, toutefois avec une tendance moins critique4 qu’Ellendorf, lequel ne s’est pas borné à combattre la primauté du pape, mais a posé résolument la question du séjour de saint Pierre à Rome et, dans son amour de la vérité, l’a résolue négativement 5. À ces noms, nous pourrions en ajouter plusieurs autres, car la lutte continue avec une grande vivacité principalement dans les journaux religieux 6, et elle s’est étendue jusqu’à l’Italie, où, sous nos yeux, le Père Passaglia, par exemple, ose s’élever contre le pouvoir temporel 7 ; mais nous croyons remarquer des symptômes plus caractéristiques, s’il se peut, de l’état de l’opinion des Catholiques allemands dans ces pétitions, renouvelées plus d’une fois et signées même par des prêtres, pour demander l’abolition du célibat du clergé 8, comme aussi dans les rapides progrès de l’Eglise catholique allemande fondée par Ronge en 1844, progrès qui eussent été plus rapides encore, si les dissidents avaient eu à leur tête des

1 Baader , Ueber die Thunlichkeit oder Nichtthunl. einer Emancipation des Katholicismus von der rom. Dictatur, Nüremb., 1839, in-8°.

2 Werkmeister, Thomas Freykirch oder freimüthige Untersuchung iiber die Unfehlbarkeit der katholischen Kirchen, Frankf., 1792, in-8".

3 Werkmeister , Jahrsschriften ftir Théologie, Ulm, 1806-30, 6 vol. in-8°.

* Wessenberg, Die grossen Kirchenversammlungen des xv und xvi Jahrhund. in Beziehung auf Kirchenverbesserung, Constanz, 1840, 4 vol. in-8°.

5 Ellendorf, Der Primat der romischen Papste. Darmstadt, 1841-46,2 vol. in-8".

r> Voy., entre autres, ceux de Benkert, Weis, Kers, F flans, Lerchevmüller , Sengler, etc., etc.

7 Passaglia, Pour la cause italienne, trad. en franç., Paris, 1861, in-8°.

8 Voy. Allgem. Kircli. Zeitung, an. 1828, nos 70, 103; an. 1831, n°* 70, 121, 174, 181, 198; an. 1832, nos 3, 147, etc.

hommes plus capables et plus énergiques, et surtout si cette Église n’avait pas commis la même faute que l’Église protestante française au xvic siècle, en s’alliant avec un parti politique 1 . La même imprudence peut être reprochée à l’Église catholique de France, surtout depuis la Restauration ; elle s’est tellement occupée de politique qu’il ne lui est plus guère resté de temps pour se livrer à des études qui auraient enrichi 1a. science théologique et qui n’auraient pas soulevé contre elle des haines aussi vives. Mais n’en sera-t-il pas ainsi tant que le catholicisme aura la prétention d’imposer une foi aveugle ?

Si une pareille prétention peut être admise par la superstition et l’ignorance, aujourd’hui les lumières sont trop généralement répandues pour que les Catholiques renoncent longtemps encore à l’usage de leur raison et se contentent de répéter des formules incompréhensibles. Or, que le libre examen triomphe, et l’unité purement extérieure de l’Église « romaine s’évanouira en un instant.

Eglise grecque.

Heineccius , Abbild. der âltern und neuern griechischen Kirche, Leipz., 1711, in-4°. — Kist, De ecclesià græcâ, divinæ Providentiæ teste, Lugd., 1831, in-8\— Thiersch, Essai sur l’état actuel de la Grèce, Leipz., 1833, 2 vol. in-8°. — Wenger, Beitrâge zur Kenntniss des gegemvart. Geistes und Zustandes der griechischen Kirche, Berlin, 1839, in-8°.

Courbée sous un despotisme abrutissant, l’Église grecque ne lit que déchoir depuis la prise de Constantinople par les

' Bauer, Geschichte der Gründung und Fortbildung der deutseh-kathol. Kirche, Meissen, 1845, in-8°.

Turcs, le 29 mai 1453. A très-peu près, la dogmatique est restée jusqu’à ce jour telle que l’avait formulée Jean Damascène. Les efforts, tantôt secrets, tantôt patents, de l’Église romaine pour mettre un terme au schisme, se poursuivirent dans cette période, mais sans succès, parce que Rome ne visait pas à une union fondée sur des concessions réciproques et exigeait une soumission absolue. Les tentatives de Léo Allatius (*j* 1569), le plus savant promoteur de la réunion *, restèrent aussi infructueuses que celles du maronite Abraham Eccheliensis (*J* 1664) 1 2, De leur côté, les Protestants, qui ont toujours tenu l’Église grecque en haute estime, cherchèrent de bonne heure à l’intéresser à leur cause. Dès 1559, Mélanchthon entra en correspondance avec le patriarche de Constantinople. Quelques années plus tard, en 1574, de nouvelles relations s’établirent entre les théologiens de Tübingue et le patriarche Jérémie, mais sans aboutir à aucun résultat 3. En 1625, Cyrille Lukaris (f 1638) envoya en Allemagne une profession de foi, où il avait habilement dissimulé les différences assez notables qui existent entre l’Église grecque et l’Église protestante, et, quelque temps après, devenu patriarche de Constantinople, il voulut introduire le calvinisme dans son diocèse ; mais la confession de foi qu’il avait dressée dans un sens tout à fait protestant 4, fut rejetée par le synode de Constantinople en 1639, par celui de Jassy en 1642 et par celui de Bethléem en 1672. C’est à l’occasion du synode de Jassy

1 Léo Allatius, l)e Ecoles. Occidentalis atque Orientalis perpétua consensione, Col., 1648, in-4°.

2 A. Ecchellensis , Concordia nationum christ, per Asiam, Africain et Europam in fklei cathol. dogmatibus indicata, 1665, in-8°.

3 Acta et scripta t.heologorum Wirlembergensium et patriarchæ Constantinop. D. Hieremiæ, Wirt., 1584, in-fol.

4 Aymon , Monumens authentiques de la religion des Grecs, La Haye, 1708, in-4°.

que Pierre Mogilas, métropolitain de Kief, publia une Confession de foi \ qui fut approuvée par les patriarches orientaux, en 1643, et sanctionnée de nouveau par le synode de bethléem. Malgré sa couleur polémique, cette confession de foi se distingue par la simplicité des définitions et des formules.

L’Eglise grecque ne diffère aujourd’hui de l’Eglise romaine que sur un seul dogme, la procession du Saint-Esprit. L’une et l’autre admettent l’Écriture et la tradition comme sources de la foi chrétienne, l’infaillibilité de l’Église visible (mais non pas du pape, dont la première combat aussi la suprématie), la doctrine sémipélagienne du péché originel et de la grâce (hormis la théorie scolastique des œuvres surérogatoires), latranssubstantiation, la doctrine des sept sacrements, le purgatoire (bien que dans un sens très-différent), l’invocation des saints, les prières pour les morts, l’adoration des images (avec cette différence pourtant que les Grecs ne souffrent dans leurs églises que des images peintes). L’Église grecque se distingue d’ailleurs par certains rites qu’elle a conservés, tels que la triple immersion dans le baptême, la communion sous les deux espèces, la communion des enfants, la fidèle observation des préceptes noachiques. Comme l’Église des premiers siècles, elle permet aux prêtres, à l’exception des évêques et des moines, de se marier, mais une seule fois et avec une fille vierge, et elle continue aussi à observer les canons qui autorisent le

divorce pour cause d’adultère 2. Au reste, pour les Grecs

comme pour les Catholiques, la religion ne consiste guère que dans la pratique de certains actes extérieurs.

' Confessio Ecclesiæ græcæ orthodoxæ à P. Mogilâ composita, Lips., 1695, in-8°; Wratisl., 1751, in-8°.

2 Haupt , Tabellarischer Àbriss lier vorzügliehsten Religionem und Religionspar teien, Tabel. V.

Eglise russe.

Stourdza, Considérations .sur la doctrine et l’esprit de l’Église orthodoxe, Stuttg., 1816, in-8°. — Schmitt, Die morgenl. griechisch-russische Kirche, oder Darstellung ihrcs Ursprungs, ihrer Lehren, etc., Mainz, 1826, in-8°. — Murawieff, llist. of thc church of Russia, transi, by Blakmore, Oxf., 1842, in-8°.

Depuis qu’elle a reconquis son autonomie, la Grèce a fondé une université à Athènes et dans cette université une chaire de théologie. Il est donc à espérer que son clergé finira par prendre part au mouvement scientifique du monde moderne, mais jusqu’à ce que cela arrive, on doit reconnaître que toute la vie religieuse de l’Eglise grecque se concentre dans l’Église russe, indépendante depuis 1589. Malheureusement cette dernière Église tient à l’État par des liens trop étroits pour qu’il lui soit permis de se développer librement. On remarque pourtant en elle des traces assez nombreuses d’un progrès intellectuel et d’une activité remarquable de l’esprit religieux. Au nombre des écrivains dogmatistes qui lui font honneur, nous citerons Théophane Prokopowitsch (f 1736), archevêque de Novogorod, qui le premier réduisit en système ses croyances 1 , et qui fit de la théologie morale une science distincte; Platon (f 1812), métropolitain de Moscou, qui composa en russe, dans un style clair et simple, mais avec peu de méthode, un abrégé de la dogmatique de son Église 2 à l’usage du grand-duc Paul Pétrowitsch ; Théophylacte, archimandrite de Moscou, et Macaire, recteur de l’académie ecclésiastique

» Prokopowitsch, Christiana theologia orthodoxa, Regiom., 1743, 5 vol. in-8°. 2 Platon , Rechtglàubige Lehre, Riga, 1770, in-8°.

de Saint-Pétersbourg, à qui l’on doit de très-bons manuels de dogmatique \

Cependant c’est surtout chez les dissidents, chez les Raskolniks, comme on les nomme, que se manifeste avec énergie le sentiment religieux. Ils se séparèrent de l’Église dominante au sujet de la révision de la Bible et des livres liturgiques entreprise, en 1654, par le patriarche Nikon, sur l’ordre d’Alexis Michaïlowitsch. Les Raskolniks, qui s’appellent euxmêmes Starovertsis ou vieux croyants, refusèrent obstinément d’admettre les corrections du patriarche, qu’ils accusèrent d’avoir corrompu la liturgie, et le schisme se consomma d’une manière éclatante. Le czar Pierre voulut les forcer à rentrer dans l’Église orthodoxe, mais les persécutions violentes qu’on exerça contre eux ne servirent qu’à exalter leur fanatisme. Aujourd’hui ils jouissent de la liberté de conscience, et ce sont des gens paisibles et laborieux. Ils sont divisés en plusieurs partis, dont les plus importants sont ceux des Malakanis (buveurs de lait) et des Doukhobortsis (combattant par l’Esprit). Les premiers, que l’on pourrait regarder comme les Quakers de la Russie, s’éloignent sur peu de points de l’orthodoxie et se font remarquer par des mœurs d’une grande pureté. Ils prennent l’Évangile à la lettre et professent par conséquent le chiliasme et la communauté des biens. Les Doukhobortsis présentent dans leurs doctrines de plus nombreuses analogies avec les anciennes hérésies. Ils enseignent la Trinité ; mais pour eux, le Père est la lumière; le Fils, la vie; le Saint- Esprit, la paix. Le Père se manifeste dans l’homme par la mémoire, le Fils par la raison, le Saint-Esprit par la volonté. Ils croient à la préexistence des âmes et à une première chute,

1 Théophylacte, Dogmata christianæ orthodoxe religionis, Mosq., 1773, in-8°. Macaire, Théologie dogmatique orthodoxe, trad. en franc., Paris, 1860, 2 vol. in-8°.

— 4fi1

en punition de laquelle l’âme pécheresse fut enfermée dans un corps. C’est ainsi qu’Adam parut sur la terre avec un vague souvenir d’un monde supérieur, une raison obscurcie, une volonté rebelle. Il ne put résister à la tentation et pécha de nouveau. Son péché n’est point imputé à ses descendants. La propension de l’âme au mal a sa racine dans la première chute. Le monde doit lui servir de lieu de purification, et si elle fait un bon usage de son libre arbitre, elle obtiendra la rémission du péché qu’elle a commis dans son existence antérieure en s’aimant soi-même plus que Dieu. C’est pour la guider et la soutenir dans cette épreuve que Jésus-Christ, qui est Fils de Dieu et Dieu lui-même, s’est incarné. Ses enseignements sont consignés dans l’Écriture, mais sous des symboles mystérieux qu’il n’est donné qu’aux Doukhobortsis de pénétrer.

Note A

Règles tle foi.

Nous disons que les règles de foi variaient selon les temps et les lieux, qu’elles n’avaient rien de précis dans leur forme et qu’elles étaient plus ou moins développées en proportion du nombre des hérésies auxquelles on les opposait. Quelques historiens des dogmes établissent une différence entre les règles de foi et les symboles ; pour nous, nous ne pouvons en apercevoir d’autre que le nom. Les unes comme les autres se sont formées graduellement et librement; les unes comme les autres formulent les mêmes vérités fondamentales du christianisme; les unes comme les autres servaient de signe de ralliement aux membres d’une église, ainsi que l’indique le nom de symbole, emprunté aux mystères du paganisme ; les unes comme les autres enfin étaient tirées de la tradition. Voici trois des plus anciennes règles de foi que l’on connaisse. La première se rencontre dans un traité de Tertullien : c’est la plus courte et la plus simple ; la seconde, rapportée par Irénée, est déjà plus explicite : on voit clairement qu’elle est dirigée contre les Gnostiques; la troisième, encore plus étendue et plus subtile, nous a été conservée par Origène.

I. — Règle de foi d’après Tertulliein, De velandis virgmibus, cap. 1.

Régula quidem fidei una omnino est, sola immobilis et irreformabilis, crédendi scilicet in unicum Deum omnipotentem, mundi conditorem, et filium ejus Jesum Christum, natum ex virgine Maria, crucifixum sub Pontio Pilato, tertiâ die resuscitatum a mortuis, receptum in cœlis, seden-

tem nunc ad dexteram Patris, venturum judicare vivos et mortuos per carnis etiam resurrectionem.

Tertullien donne deux autres règles de foi ( Advers . Prax., c. 2 et De prœscript. hœret., c. 13) plus développées et dirigées contre les Gnostiques.

il. — Règle de foi d’après Irénée, Adv. hœres., lib. 1 , c. 10.

Etenim Ecclesia, tametsi per universum orbem usque ad extremos terræ fines dispersa, fidem eam ab Apostolis eorumque discipulis acceptam, quæ est in unum Deum Patrem omnipotentem, qui fecit cœlum et terrain, et mare et omnia quæ in eis sunt : et in unum Jesum Christum Filium Dei, nostræ salutis causa incarnatum, et in Spiritum Sanctum , qui per pror phetas Dei dispensationes et adventus prædicavit, et ortum ex virgine, et passionem, et resurrectionem a mortuis, et cum carne in cœlos ascensum dilecti Domini nostri Jesu Christi, et e cœlo in gloriâ Patris adventum ipsius ad instauranda omnia, et a morte ad vitam revocandam omnem mortalium omnium carnem, ut Christo Jesu Domino nostro et Deo et Salvatori et Régi, de benignâ Patris invisibilis voluntate, omne genu flectatur, cœlestium, terrestrium et inferorum, et omnis lingua ei confiteatur, atque ipse justam . de omnibus sententiam ferat, spiritualia videlicet nequitiæ, et angelos transgressores, quique perfidè defecerant, impiosque item hommes, et injustos et fiagitiosos, et blasphemos in ignem æternum mittens, justis contra et pietate præditis, quique ipsius præcepta servavcrunt, atque in ipsius charitate, partira jam inde ab initio, partim ex pcenitentiâ persisterunt, vitam donet, atque incorruptibilitatem largiatur, gloriamque sempiternam afferat.

(Trad. latine de Billius).

III. — Règle de foi d’après Origène, De principiis , in Operum ejus

Species eorum quæ per prædicationem apostolicam manifesté traduntur, istæ sunt. Primo, quod unus Deus est, qui omnia creavit atque composuit, quique, cùm nihil esset, esse fecit universa, Deus a prima creaturâ et conditione mundi, omnium justorum Deus, Adam, Abel, Setli, Enos, Enoch, Noe, Sem, Abraham, Isaac, Jacob, duodecim patriarcliarum, Mosis et prnphetarum : et quèd hic Deus in novissimis diebus, sicut per prophetas suos ante promiserat, misit Dominum nostrum Jesum Christum, primo quidem vocaturum Israël, secundo vero etiam gentes post perfidiam populi Israël.

Hic Deus justus et bonus, pater Domini nostri Jesu Christi, legem et prophetas, et Evangelia ipse dédit, qui et apostolorum Deus est, et Veteris et Novi Testamenti.

Tum deinde quia Jésus Cliristus ipse qui venit, ante omnem ereaturam natus ex Pâtre est. Qui, cùm in omnium conditione Patri ministrasset : per ipsum enim ornnia facta sunt : novissimis temporibus se ipsum exinaniens, liomo factus, incarnatus est cùm Deus esset, et liomo factus mansit quod erat Deus. Corpus assumsit nostro corpore simile, eo solo differens, quod natum ex virgine et Spiritu Sancto est. Et quoniam hic Jésus Cliristus natus -et passus est in veritate, et non per pliantasiam communem liane mortem sustinuit, verè mortuus : verè enim a mortuis resurrexit, et post resurreçtionem, conversalus cum discipulis suis, assumtus est. Tum deinde honore et dignitate Patri ac Filio sociatum tradiderunt Spiritum Sanctum. In hoc non jam manifesté discernitur, utrùm natus an innatus vel Filius etiam Dei ipse habendus sit, nec ne : sed inquirenda jam ista pro viribus sunt de Sacra Scripturà et sagaci perquisition e investiganda. Sanè quod iste §piritus unumquemque sanctorum vel proplietarum vel apostolorum inspiraverit, et non abus Spiritus in veteribus, alius vero in bis, qui in adventu Christi inspirât! sunt, fuerit, manifestissimè in ecclesiis prædicatur.

Post hæc jam quod anima substantiam vilamque liabens propriam, cùm ex hoc mundo discesserit, pro suis meritis dispensabitur, sive vitæ æternæ ac beatitudinis hæreditate potitura, si hoc ei sua.gesta præstiterint, sive igni æterno ac suppliciis mancipanda, si in hoc eam scelerum culpa detorserit : sed et quia erit tempus resurrectionis mortuorum, cùm .corpus hoc quod nunc in corruptione seminatur, surget et incorruptione, et quod seminatur fn ignominiâ, surget in glorià. Est et illud defmitum in ecclesiasticà prædicatione , omnem animam rationabilem esse liberi arbitrii et voluntalis ; esse quoque ei certamen adversùs diabolum et angelos ejus, contrariasque virtutes, ex eo, quod illi peccatis eam onerare contendant, nos vero si rectè consultèque vivamus, ab liujus modi onere nos exuere conemur. Undè et eonsequens est intelligere, non nos necessitati esse subjectos, utomni modo, etiamsi nolimus, vel mala vel bona agere cogamur. Si enim nostri arbitrii sumus, impugnare nos fortasse possunt aliquæ virtutes ad peccatum, et aliæ juvare ad salutem : non tamen necessitate cogimur vel agere rectè vel malè, quod fieri arbitrantur hi qui stellarum cursum et motus causant dicunt humanorum esse gestorum, non solùm eorum, quæ extra arbitrii accidunt libertatem, sed et eorum, quæ in nostrà sunt posita potestate. De anima vero utrùm ex seminis traduce ducatur, ita ut ratio ipsius vel substantia inserla ipsis seininibus corporalibus habeatur, an vero aliud liabeat ini-

tium : et liuc ipsum si genitum est, aut non genitum, vel certè si extrinsecus corpori induitur, nec ne : non salis manifesta prædicatione distinguitur.

De diabolo et angelis ejus contrariisque virtutibus ecclesiastica prædicatio docuit, quoniam sunt quidem hæc, quæ autem sint, aut quomodo sint, non satis clarè exposuit. Apud plurimos tamen ista liabetur opinio, quod angélus fuerit iste diabolus, et apostata effectus quamplurimos angelorum secum declinare persuaserit, qui et nunc usque angeli ipsius nuncupantur.

Est præterea et illud in ecclesiastica prædicatione, quod mundus iste factus sit, et a certo tempore cœperit, et sit pro ipsà sui corruptione solvendus : quid tamen antè hune mundum fuerit, aut quid post mundum erit, jam non pro manifesto multis innotuit. Non enim evidens de bis in ecclesiasticâ prædicatione senno profertur, etc., etc.

Note B

Gnose alexandriiie.

La gnose alexandrine, fondée sur la tzigxu ; ou la doctrine de l’Église, ne touchait pas, en général, aux dogmes essentiels; elle donnait seulement une explication allégorique de certaines doctrines, et n’avait rien de commun avec le mystère qu’à dater de la fin du 11e siècle, à l’exemple des philosophes grecs et des chefs de l’École juive d’Alexandrie ( Philon , Opéra, édit. Mangey, T. I, p. 146, 174), on commença à garder dans l’Église chrétienne, avec les catéchumènes et les infidèles, sur certains rites et certaines formules, comme le symbole et l’oraison dominicale. Or, ces formules étant contenues dans des livres connus même des païens, le mystère ne s’étendait réellement qu’aux rites. Ce sont les Jésuites qui, les premiers, ont voulu trouver dans la disciplina arcani une tradition secrète sur le dogme de la transsubstantiation et sur d’autres dogmes, dont aucune trace n’existe ni dans l’Écriture ni dans la tradition de la primitive Église. Voyez sur ce sujet Schelstrate, De disciplina arcani, Romæ, 1685, in-4°; — Tcntzel, Diss. de dise, arc., dans ses Exercitat. selectæ, Lips., 1692, in-4°; — Fromann, De dise, arc., Ienæ, 1833, in-8° ; — Toklot, De arcani discipl.. Colon., 1835, in-8° ; — Rothe, De dise, arcani, Heidelberg, 1841, in-8°.

Note G

Vulgate.

Le concile ordonna en même temps de faire une édition plus exacte de cette traduction. Le pape établit donc une commission chargée de la révision du texte, mais le travail tramant en longueur. Sixte Y impatienté l’entreprit lui-même. Son édition parut à Rome, en 1590, en 3 vol. in-fol., accompagnée d’une bulle qui défendait d’y rien changer à l’avenir, ce qui n’empêcha pas Clément VIII de supprimer toute l’édition comme par trop fautive, et d’en publier une autre plus conforme au texte grec vulgaire. Cette preuve de l’infaillibilité papale divertit beaucoup les Protestants. — Voyez James, Bellum papale, Lond., 1600, in-4°.

Note D

Sources «le l’histoire des dogmes.

Nous ne pouvons, on le comprend, indiquer ici que les principales de ces sources.

A. Hahn, Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln der apostol. kathol. Kirche, Breslau^ 1842, in-8°.

C.-W.-F. Walch, Bibliotbeca symbolica vêtus, Lemgov , 1770, in-8°.

C.-A. Hase, Libri symbolici Ecclesiæ evangelicæ, Lips., 1846, in-8°.

J.-C.-W. Augusti, Corpus librorum symbolicorum, qui in Ecclesiâ Reformatorum auctoritatem publicam obtinuerunt, Elberf., 1828, in-8°.

H.- A. Niemeyer, Collectio confessionum in ecclesiis reformatis publicatarum, Lips., 1840, in-8°.

Danz, Libri symbolici ecclesiæ romano-catholieæ, Wimar., 1835, in-8°.

Canones et décréta concilii Tridentini, Lips., 1853, in-8°.

E. -J. Rimmel, Libri symbolici Ecclesiæ orientalis, Ienæ, 1843, in-8° ; avec un appendice par Weissenborn, 1849.

Conciliorum omnium collectio regia, Paris., 1644, 37 vol. in-fol.

Labbe et Cossart, Sacrosancta concilia, Paris., 1672, 18 vol. in-fol., avec un vol. supplém. par Baluze, Paris, 1683, in-fol.

Uardouin, Conciliorum coilectio regia maxima, Paris., 1713, 12 vol. in-fol.

Coleti, Sacrosancta concilia, Yenet., 1728 et suiv., 23 vol. in-fpl., avec 6 vol. de suppl. par Mansi, Luccæ, 1748, in-fol.

J.-D. Mansi , Sacrorum conciliorum nova et amplissima coilectio, Flor. et Yen,et., 1739 et suiv., 31 vol. in-fol.

Codex Theodosianus, éd. Hitler, Lips., 1736, in-fol.

Codex Justinianus, éd. Spangenberg, Gott., 1797, in-fol.

E. Baluze , Coilectio capitularium regum Francorum, Paris., 1780, 2 vol. in-fol.

Corpus juris canonici, éd. Ricliter, Lips., 1839, 2 vol. in-4°.

Richter , Die evangelischen Kirchenordnungen des xvi lahrlmnderts, Weimar, 1846, in-4°.

Pontificum romanorum Epistolæ genuinæ, éd. Schonemann, Gott., 1796, in-8% T. 1.

Bullarium romanuin, Luxemb., 1727 et suiv., 19 vol. in-fol.

Bullarum, privilegiorum et diplomatum rom. pontif. amplissima coilectio, Romæ, 1739-44, 28 vol. in-fol.

Assemanni , Codex liturgicus Ecclesiæ universæ, Romæ, 1749-66, 13 vol. in-4°.

E. Renaudot, Liturgiarum orientalium coilectio, Paris , 1716, 2 vol. in-8°.

Muratori, Liturgia romana vêtus, Venet., 1748, 2 vol. in-fol.

Volbeding, Thésaurus commentationum selectarum et antiquiorum et re-

centiorum illustrandis antiquitatibus christianis inservientium, Lips., 1848, 2 vol. in-8°.

F. -S. Mone , Lateinische und griechisclie Messen aus dem ii bis vi Iahrhund., Frankf., 1849, in-4°.

Rambach, Anthologie christlicher Gesange aus allen Iahrhunderten der Kirelie, Altona, 1816-22, 4 vol. in 8°.

H. -A. Daniel , Thésaurus hymnologicus, Lips., 1836, T. Y.

Bingham, Origines sive antiquitates ecclesiasticæ, ex angl. lat. redditæ, Halæ, 1724-38, 11 vol. in-4°.

Pelliccia, De christ, ecclesiæ primæ, mediæ et novissimæ ætatis politià, Neapol., 1777, 3 vol. in-8°, trad. en allem. et augm. par Binterim , sous ce titre : Die vorzüglichsten Denkwürdigkeiten der christ. -katholischen Kirche, etc., Mainz, 1823-41, 7 vol. in-8°.

Augusti, Denkwürdighkeiten aus der christliehen Archæologie, Leipz.,

Quant aux sources particulières, elles sont mentionnées dans le cours de l’ouvrage.

Note E

Méthodes d’interprétation des rabbins.

Les Pharisiens ne se contentaient pas de l’interprétation allégorique, qui laissait pourtant un champ assez vaste à leur imagination; ils employaient encore l’interprétation mystique, qui consistait en de véritables jeux de mots. Le plus souvent ils avaient recours à la gamatria. On sait • qu’en hébreu les nombres s’expriment par des lettres, comme en grec. Ils calculaient donc la somme donnée par les lettres d’un mot et remplaçaient ce mot par le chiffre de cette somme. C’est ainsi que dans l’Apocalypse (xui, 18), le nom de Néron se cache sous le chiffre 666. Ou bien ils substituaient au mot un autre mot d’une valeur numérique égale. Par exemple, il est dit dans les Nombres (xti, 1) que Moïse épousa une éthiopienne. Or il répugnait aux rabbins de croire que leur grand législateur avait pris une

négresse pour femme. Ils eurent donc recours à la gamatria. Le mot rPtiTO,

éthiopienne, donne la somme de 736. L’expression HNTD belle de

visage, fournit un nombre équivalent, et c’est ainsi que d’une négresse ils réussirent à faire une belle femme. Cette manière si commode de trouver ce qu’on veut dans la Bible fut adoptée par quelques Pères de l’Église (Voyez l’Épître de Barnabas, dans les Patres apostoloci de Cotelier, T. I, p. 28, et Clément d' Alexandrie, Stromata, lib. VI, c. 11).

La forme d’interprétation appelée notarikon n’est pas moins curieuse. Elle consiste à prendre isolément les lettres d’un mot et à considérer chacune de ces lettres comme l’initiale d’un autre mot. C’est par ce moyen que les rabbins réussirent à prouver que l’âme du Messie a animé Adam et David. En effet, le mot hébreu D1K se compose de trois consonnes qui

TT

donnent les initiales de ces trois noms propres.

Une troisième espèce d’interprétation mystique, Vothbasch, moins usitée que les deux autres, consistait à intervertir l’ordre de l’alphabet hébreu et à remplacer dans un mot l’aleph par le tliau, le beth par le sein, le guimel par le resch, etc. C’est de cette manière que les rabbins avaient trouvé le

roi de Babylone, dans ce roi de Sésac, dont il est parlé dans

Jérémie xxv, 26.

Note F

Symbole «le rVycée.

JFalcli, Bibliotli. symbol. vêtus, Lemgo, 1770, in-8°, p. 75.

ÏÏKixsuoptEV stç âva 0eov, üaxE'pa Ttavxoxpaxopa, xravxow ôpaxtov x£ xat àopaxtov Tcoi'/jXv]V * xat eiç ev a Kuptov ’1?|gouv Xptaxov, xov Yiov xou 0eou, xov ysvvY]0svxa ex xou üaxpbç ptovoyEVY), xouxe'gxiv , ex XYjç ouataç xou Iïaxpoç' 0eov sx 0eou , cpmç Ix cptoxoç , 0eov àXvjôtvov ex 0£ou aÀTjOtvou, y£vvv]0£vxa, ou Tror/jÔEVxa, ôptooucriov xw Ilaxpi', St5 06 xà Ttavxa iysvExo, xoc X£ ev xw oupavm xat xà ev xvj yvj. Tov S i rjuaç xouç avôpto7roui; xat otoc xyjv 7)[jt£X£pav cwxYiptav xaxsXOo'vxa xat Gapxorôs'vxa, xat IvavOptOTi^cravxa, TraOovxa xat àvaaxavxa x9j xptxv) ^ptepoc, àvsX6ovxa eiç xouç oupavouç, xat spyoptEvov xpTvat Çmvxaç xat vsxpouç. Kat eiç xo ^Aytov ÏIvEÏÏpta. Touç Se Àsyovxaç, oxt y)v txoxe oxe oùx Yjv, xat Trptv yEvv/jôvjvat oùx •rçv , xat oxt iç oux ovxojv iysvExo , Y) eç éxs'paç u7ro<7xac£toç yj ouutaç cpàcrxovxaç stvat, rj xxtaxov, y) xpETuxbvj Yj àXXoïojxov xov Ttov xou 0eou, avaÔEptaxi^Et Y) xaOo- Xixy) ’P^xx^Yjata.

Note G

Symbole nicseiio-constantiiiopolitaiii.

Mansi, Concil., T. III, p. 521.

TltaxEuoptEV eiç Eva0sov, uaxs'pa travxoxpaxopa , 7rotYjXY)v oupavou xat yîjç, ôpaxmv xs 7ràvxwv xat aopaxtov. Kat eiç svà xuptov ’lrjcrouv Xpiaxov, xov utov xou 0eou xov ptovoyEVY], xov ex xou ixaxpoç yEWY)0£vxa 7rpo iravxtov xmv aîmvcov, cpmç ex cptoxoç, 0eov aXvjQtvbv ex 0eou àXy]0tvou, ysvvYjOsna ou

TrotTjÔévTa, ôp.oouatov tco ïïaxpt, tk' ou aa Travxa lyevEXo* xov ot’ 7)p.aç xoùç avôpcoTrouç xat otà xyjv fjusxspav acoxYjptav xaxeXOovxa Ix xcov oupavoiv, xat aapxcoQs'vxa sx nvsuptaxoç ^Aytou xat Maptaç x^ç TrapOs'vou, xat IvavGpomV]- <ravxa* axauptoôÉvxa os G-rcsp rpjtcov irct ITovtiou Tlt7axou, xat TraOo'vxa xat xacpsvxa xat àvaaxavxa sv ty] xpiTY] 'fjptspa xaxà xàç ypacpaç* xat àvsXGôvxa stç xouç oùpavouç xat xaôsÇousvov sx Ôsçtwv tou 7raxpoç, xat -xaXtv spyousvov ptsxà So'çyjç xptvat Çcovxaç xat vsxpouç* ou TYjç {3aatAStaç ou x saxat xs'Xoç. K ai stç xo "Aytov Ilvsuuia, xo xuptov, xo Çmottoiov, to sx xou üaxpoç sx-xopsuoutsvov, xo aùv Ilaxpt xat Yiio aup.7rpoaxuvoupt.svov xa't auvooçaÇoptsvov, xo XaAvjaav 8toc xwv 7rpocpY]xwv stç puav ocytav xaÔoXtXY]V xat a7roGxoXtxY]V sxxXviGtav. fOptoXoyoup.sv sv {3a7rxiap.a stç acpsatv àptapxtojv. rïpoGooxwptsv àvaaxaatv vsxptov xat Çwyjv xou ptsXXovxoç atôivoç. AaVjv.

Note H

Hypostase et eubstaiice.

Les Alexandrins tenaient les mots hypostase (uTroGxaGtç) et nature (cpuatç)

pour synonymes d’essence ou substance (ouata) et les employaient indifféremment l’un pour l’autre. Les Orientaux, depuis Basile (Epist. LXXVIII), distinguaient, au contraire, l’hypostase de la substance, comme l’individu du genre, et regardaient le mot substance (ouata) comme synonyme de nature (epuatç). Ainsi, pour eux, le mol homme exprime l’ouata ou la nature humaine, tandis que le mot Paul exprime ruTroaxaatç ou l’individu. Ils réservaient donc le mot ouata pour exprimer ce qui est commun aux trois personnes de la Trinité, comme éternité, bonté, etc., et celui d’uxo'axaatç pour ce qui est propre à chacune d’elles, comme Père, Fils, etc. Ils n’admettaient par conséquent ni trois substances ni une seule hypostase, mais une seule substance et trois hypostases. Les Occidentaux, au contraire, qui traduisaient uTtoaxaaiç et ouata par substantia, parlaient sans scrupule d’une hypostase et de trois personnes.

Note I

Symbole «le Clialcédoine.

Mansi , Concil., T. VII, p. 116.

cE:rdasvoi toivuv toiç aytotç TcaTpdcnv, èva xat tov auTOv ôuoXoyEtv Ytov , tgv xuptov yjulwv ’Ivjcouv XpiGTov, cuptcooGvwç aTiavTîç IxStSaaxojjtsv, tsXsiov tov auTOv Iv Geoty/u, xat tsXeiov tgv auTOv Iv àvOpwTroV/jTt , (rhov àXYjôwç xal àvClpooTcov aX'/jGwç tov auvov sx ^uyvjç Àoytxv)ç xal ctoptaToç, ôptoouGnov tw IlaTpi xaTa tyjv GcOT'/jTa, xal ôuooucrtov tov auTOv yjpiîv xaTa tï]v avQpw- TTOTyjTa, xaTa TcavTa ouo tov yjjjuv ywp'tç àptapTtaç* 7upo atwvow ptiv Ix tou IlaTpGÇ Y£VV7)Ô£VTa XaTCC T7]V Ô£OT7)Ta, £71’ IcyOCTOJV SI TWV 7)u.£pwv TOV ttUTOV

St’ v)u.a<;, xal Sia tvjv ^[/.STspav GWTYjptav, Ix Mapiaç ty|ç TuapGsvou Tvjç Geqtoxou xaTa ty,v àv0pw7TOTY]Ta, eva xal tov auvov Xpiavov Ytov, Kuptov, u.ovoy£V7j, ex ouo cpucEwv (variante : Iv Suo cpucsatv) aauyyuTtoç, oct pItctwç . àSiaipsTioç, aywpioTwç yvüJptÇo'u.svov’ ouSauou Tvjç twv cpuaswv Staoopaç àv7]p7j|JL£Vr,Ç Slà TYjV £VO )<71V, GwÇoU.SV7jÇ OS U.aXXoV T^Ç tSlOTYjTOÇ EXaTs'paç cpuastoç, xat sîç sv rpocwirov, xat ptiav u7rdaTaaiv cuvTpsyoucYjÇ' oux £tç Suo Tcpoa’OJTca p.sptço'u.Evov, Yj Statpouusvov, à XX’ sva xai tov auTov Ytov, xal p tovoysvaj. @£ov Aoyov, Kuptov ’Ï^gouv XptçTOv* xaGa-irsp ocvwGev ot 7rpocpY)Tat 7C£pt auiou, xat auToç Yjptaç 6 Kuptoç ’Ivjgouç XpiG-oç I^STratSsuGS xat to toÎv TraTsptov r, y.Tv Trapaolotoxs ouy.ooXov.

Note Iv

Symbole «le Constantinople ou «lu Timlle.

Mansi , Concil., T. XI, p. 638.

Auo puotxàç GeXyjCTeiç YjTOt GsXYjUtaTa Iv auTw, xat ouo cpuGtxàç IvEpyEiaç ■ojç, dutsptGTwç, dGuyyuTioç, xaTa ty,v twv à y twv TraTs'piov

aôtatpsTwç, aTp

otoacxaXtav waauxcoç xv)puxxop.£v* xal Su o uiv cpucixà OsXvjaaxa oùy uTisvavxta, y//] yévoiTO, xaôwç en aG£^>£tç Icpr^av aîpsrtxot* àXX’ sttoixsvov xo oevOpto- Tttvov aùxou ôsXrçua, xal p.7] avxtmVrov, r\ avxi7raXa?ov [ avxiTraXov] , p.aXXov aiv ouv xal 07roxaaGout.£Vov xw Ô£tto aùxou xal 7ravG0£V£Ï GsX'/uaxt.

* » il *k

Note L

Symbole d’Athanase.

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