p. £,., XCVm, 1249 et SUiv
2. Sources :!• Les écrits d'Élipand(P. L., XCVI},de Félix d'Urgel (fôid.^
Charlemagne : il n'en fut pas de même de l'hépësie adoptianiste dont il faut maintenant parler.
Au moment où elle prit naissance, l'Espagne se trouvait divisée entre trois dominations. Au centre et au sud les Maures en possédaient la plus grande partie, avec Cordoue pour capitale. Au nord-ôuest se trouvait le petit royaume indigène d'Oviedo; au nordest, les deux marches de Navarre et de Gothie faisaient partie du royaume franc de Charlemagne.
C'est sous la domination maure que vivait le premier instigateur de la nouvelle erreur, Elipand, archevêque de Tolède, vieillard hautain, opiniâtre et d'une rare violence de caractère. 11 est difficile de dire comment il fut amené à professer l'adloptianisme : les origines de cette hérésie sont pleines d'obscurité : on y reviendra plus loin. Peut-être cependant est-il loisible de dire dès maintenant que la controverse soutenue vers 782 par Elipand contre l'évêque Migetius ne fut pas étrangère aux fausses opinions qu'on lui a à lui-même reprochées dans la suite. Migetius est peu connue On sait seulement qu'entre autres singu-
et des évoques espagnols leurs partisans (id,, CI). On trouve dans les ouvrages d'AIcuin et d'Agobard notamment une masse de citations d'écrits perdus de Félix. 2° Les écrits de leurs adversaires, Heterius et Bealus (P. L., XCVI), de Paulin d'Aquilée (îd., XCIX), d'AIcuin (tU, C, CI) et d'Agpbard (id., GIV). Z" Les actes des conciles qui se sont occupés de celte affaire (Hansi, xni); les lettres des papes Hadrien, Léon m et de Charlemagne qaiy ont rapport (les notes donneront lek rérérences}, elles chroniques du temps, surtout les Annales d'Eginhard {P.L., CIV). — Travaux : La plupart sont anciens ou sont compris dans les histoires complètes des dogmes et des hérésies. On pourra surtout consulter : J. Bach, Die Dogmengeschichte des Mittelalters, Wien, 1873, 1, 103-146, qui cite abondamment les textes. Hefele-Lkglercq, Histoire des conciles, ïl\, 9. G. Dubois, De coneiliis et theologieis disputationibus apud Francos, Carolo Magno régnante, habitis, AIençon,1903. p. Vcuxerhet, Elipand de Tolède, hTignais, i9U.
1. Les seules sources sur lui sont : !<> la lettre qu'Élipand lui adressa avant 788 (P. L., XGVI, 859-867) ; S» une lettre d'ÉHpand à l'abbé Fidelis, octobre 78S (id., 918, 919); 3" la lettre d'Élipand et des évêques espagnols aux évêques de Gaule, d'Aquitaine et d'Ausirasie (td., CI,1331'
laiités, il identifiait dans la TTinité le Père (incarné) avec David, le Fils (incarné) «vec l'homme iésns, et le Saint-Esprit (incarné) avec l'apôtre saint Paul. Élipand, qui lui fait ce reproche^, a dû, par réaction, insistei de son côté sur la distinction en Jésus des éléments divin et humain, et en venir sans doute à Kîompter dans le Verbe incarné deux filiations et virtuellement au moins deux fils de Dieu, l'un fils naturel, le Verbe éternel, l'autre fils adoptif, l'homme. Défait, on trouve dans la lettre qu'il adresse à Migetius des phrases qui contiennent déjà tout radoptiani8ciîi% et qu'un nestorien aurait signées, celle-ci par exemple : <t Personam veroFiliinon «am esse (credimus) quam tu asseris Patri et Spiritui sancto aequaiem esse, quae ^facta est ex semine David secundum cametn in novis- -simo tempore, sed eam quae genita est a Deo Pâtre -sine initio temporis, quae ante assumptionem Garnis dixit per prophetam: Ante colles ego parturieiar^. » Cette lettre est antérieure à 782.
Il est probable qu'Elipand chercha à répandre son opinion, et rencontra des oppositions. 11 écrivit alors à Félix, évêque d'Urgel, dont le siège, dans la marche <le Oothie, se trouvait soumis à Charlemagne. Félix était savant, et l'on vantait son habileté. Il abonda deais le sens d'Élipand, et approuva la doctrine de -Jésus-Christ fils adoptif de Dieu seulement, en tant rqu'homme, tandis qu'il est, comme Verbe, fils naturel ■de Dieu 3. Non seulement il l'approuva, mais il s'en •déclara le champion et la répandit dans la Septimanie
i331); 4» la lettre d'Hadrien <de 78S) aux évêqucs espagnols (td., XCVIII, S74et BuiT.); 5» une lettre de Saùl de Cordone à Alvare, en86a(F)U)REz, Espana sagrada, XI, p. 166). On trouvera ces documents analyses dacs Hefele-Leclercq, fftst. (leseonc, m, S, p. 985 et suiT. , .
i. Bpist.eit., 3, col. S&i, 861.
3, Bpist. cit., 7, col. 863; cf. 4, col. 661, Ses,
■3. EcmHARB, Annal«s, ann. 798 (P. L., crv, M).
LA THÉOLOGIE LATINE SODS CHARLEMAGNB. 523
et le Languedoc, pendant qu'Élipand la propageait 4ans la Galice et les Asturies. Bon nombre d'évêques l'acceptèrent ; mais entre ceux qui s'y rangèrent dès la première heure, il faut signaler surtout l'évêque Ascaricus dont le siège est inconnu, et un abbé Fidelis à qui Élipand en écrivit^, La secte avait dans Gordoue des adeptes qui fournissaient aux chefs les argfuments dont ils avaient besoin^; et c'est à ce centre d'erreur qii'Alcuin rapporte l'origine de tout le mal : «c Maxime ori^ huius perfidiae de Cordua civitate processit^. »
J'ai déjà dit en substance quelle était l'erreur d'Élipand et de Félix, et il suffira de quelques lignes pour^ complétée cet exposé. Les adoptianistes admettaient exjpressément la divinité et l'éternité du Verbe, son incarnation et son union hypostatique avec la nature humaine. LeVerbene forjne avec l'humanité qu'il s'est unie dès le premier instant de la conception qu'une personne unique. Le nestorianisme était donc, en principe, nettement repoussé, et les textes paraissent formels''.
Seulement les adoptianistes y revenaient, sans s'en apercevoir, par un autre chemin. Faisant en effet de la filiation un attribut de la nature et non de la personne, ils distinguaient dans le Christ, en vertu de ses deux natures, une double filiation vis-à-vis de Dieu. Par sa nature divine et comme Verbe, il est fils naturel de Dieu : il Vesl natura, veritate, proprietate, génère, natif itate atque substantia; mais paît sa nature humaine il est fils de Dieu non natuYa, sed gratiay elec-