In Levitic, XV, 2, Lom., IX, 425; P. G., XII
5. Cette formule me paraît assez bien résumer la pensée d'Origène. Dans le détail, certains textes prêtent à difficulté. Ainsi dans In loan., 11,6 (Lom., 1, 1H;P. G., XIV, 129) et XXVIII, 13 (Lom., II, 344; P. G., XIV, 713), Origène parait nier généralement la rémissibilité des pécliés commis par les chrétiens; mais il s'agit là évidemment de ràçE^tç âiiapTiôJv, de ce mode de rémission f;icile, propre au baptême. Ailleurs, In Matth., Co7nmentar. séries, iM aoro., v, 17, 18; P. G., XIII, 1763)
322 LA. THÉOLOGIE ilNTENICEENNE.
Les mêmes raisons qui ont fait accuser Clément d'Alexandrie de n'admettre dans l'eucharistie qu'une présence spirituelle et en vertu du corps et du sang de Jésus-Christ ont fait accuser Origène d'une erreur semblable. A qui cependant voudra bien faire dans ses écrits le départ de ce qui est langage littéral et de ce qui est interprétation allégorique sa doctrine eucharistique apparaîtra sinon complète et toujours heureusement exprimée, du moins exacte et conforme au fond à celle de Justin et d'Irénée^
Origène enseigne en effet qu'au chrétien qui monte au cénacle avec Jésus-Christ pour fêter la Pâque, celui-ci « donne le calice de la nouvelle alliance, il lui donne aussi le pain de l'eulogie : il lui donne son corps et son sang'^ » ; que nous mangeons les pains offerts avec action de grâces et prières ([xst' tif/açiG-ziac xai sùy^^ç... irpooraYOfAsvouç) et qui « sont devenus corps par la prière, quelque chose de saint et qui sanctifie ceux qui en usent avec un sain propos^ ». Il loue les
et De oratione, 28 (Lom., XVII, 241, 243; P. G., XI, 528, 529), il semble nier la rémissibilité par l'Église des péchés ad mortem, et en particulier de l'apostasie consciente et formelle. A ces passages cependant on peut opposer, outre ceux qui ont été cités dans le texte, les suivants ; Z»Leoa.,VIH,10(Lom.,IX, 3-28,329 ;P, G., XïJ, SOS); In Psalm, XXXVII, homil.1,1 (Lom., XII, 239; P. G., XII, 1370, 1371) ; In lerem., homil. XIX, 9 (Lom., XV, 382-384; P. G., XIIï, .^21) ; In loan., XXVIII, 6 (Lom., II, 322- 32i; P. G., XIV, 696); C. Celsum, III, 51, où Origène suppose ou dit expressément que les péchés contre Dieu et contre la foi, les péchés de la chair, fornicatioa et inceste, l'apostasie des chrétiens, peuvent être et sont pardonnes par l'Église. Un seul texte, à vrai dire, celui du De oratione, 28, ne paraît pas avoir reçu jusqu'ici d'explication directe pleinement satisfaisante; mais en supposant même qu'il traduise, dans sa signification obvie, la pensée d'Origène, ce texte, écrit en 232- 236, ne traduirait pas sa pensée définitive, puisque tous les autres — sauf peut-être In loan., XXVIII, 6 — lui sont postéi4eurs en date.
1. Sur la doctrine eucharistique d'Origène, voir P. B&tiffol, L'Eitcharistie, p. 262 et suiv. et les auteurs qu'il cite.
2. In lerem., homil. XIX, 13, édit Klostermakn, p. 169. Le texte de Delarue et de Lommatzsch est défectueux.
3. "ApxQu; è(i8io|x.ev ffûjia -yavoiiÉvouç Sià t^v €Ù%rjv, ayiôv ti xai k'H.éXjau Toùç jieTà v>yio^î irpoOéffew; œOTfj) xpwîxévouç (C. Celsum, VIII, 33).
CLÉMENÏ I>'ALEXANi>RIE ET ORIGÈNE. S23
fidèles qui, ayant reçu dans leurs maitis le corps du Christ dans les saints mystères, veillent avec toute espèce de précaution et de vénération à ce que rien n'en tombe à terre par leur négligence ^ Gé n'est pas assez, et c'est à leur pureté intérieure surtout qu'Origène supplie les chrétiens qui communient de veiller. Il faut être sain pour recevoir le pain et le calice du Seigneur, sinon l'on devient infirm'e et somnolent 2. Il en est qui imitent le crime de Judas, et qui trahissent les frères « avec qui ils se sont assis à la même table du corps du Christ, et ont bu fréqiiemmenli au même [calice] de son sang^ »'. A quoi songent-ils donc?
« ludicium Dei parvipendis, et commonentem te ecclesiam despicis? Couimunicare non times corpus Chn'sti accedens ad eucharistiam, quasi mundus et purus, quasi nihil in te sit indignum, et in his omnibus putas, quod effugias iudicium Dei? Non recordaris illud quod scriptum est, quia propterea in vobis infirmi, et aegri et dormiunt mulîi. Quare multi infirmi? Quoniam non se ipsos diiudicant, neque se ipsos examinant, nec inteWegunt quid est communicare ecclesiae, velquid est accedere ad tanta et tam eximia sacramenta* ».
Voilà sur l'eucharistie la foi de l'Eglise, la croyance plus commune (xoivOTspa Tcepl xv;? Bvyjxçiia-ziac; exSo}(7i) ^ que professent les simples fidèles et qu'Origène professe lui-même. Le pain et le vin sanctifiés « par la parole de Dieu et par l'invocation » (oià Xoyou Osoù xa\ Ivteû^ewç)^ deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ, aliment
1. In Exodum, homil. xni, 3, Lom., IX, 156; P. G., XIII, 391.
2. InMatth., tom. X, 2S, Lom., III, 66; P. G., XIII, 904. Cf. Selecta in Ezcchicl.yMli 23, Lom., XIV, 202; P. G., XIII, 793.
3. In Matth., Comvientar. séries, 82, Lom., IV, 413 ; P. G., XIU, 1732. ' 4. In Psalm.-XXXVn, homil. Il, G, Lom., Xli, 2G8 ; P. G., XIII, 1386.
n. In loan., XXXII, IG (Preuscuex, 24), Lom., II, 489. 6. In Matth., XI, 14, Lom., lU, 106; P. G., XIII, 918;
324 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
saint qui sanctifie celui qui les reçoit avec un cœur pur. Qu'après cela Origène, en d'autres passages de ses œuvres, use de termes obscurs pour distinguer dans l'eucharistie ce qui est sensible (to ôXtxo'v), de ce qui est typique, symbolique, sacramentel (to tuttikov), de ce qui est produit par la parole prononcée sur le pain^ ; qu'il insiste peut-être trop sur le rôle des dispositions du communiant dans l'efficacité du sacrement-, cela n'efface pas ce qu'il a écrit ailleurs et qui complète ce qu'il écrit ici. Surtout, qu'il allégorise, et présente le pain et le vin comme des figures de la doctrine de Jésus-Christ^; que les mots corps et sang du Sauveur désignent pour lui, par métaphore, la parole et l'enseignement du Sauveur^; qu'il ajoute que, en un sens, nous buvons le sang du Christ quand nous recevons cet enseignement, de même que nous buvons, quand nous lisons leurs épîtres, le sang des apôtres ^, toutes ces interprétations, fondées ou non et qui sont de la gnose chrétienne, n'intéressent pas le dogme eucharistique lui-même. Et Origène y retire si peu ses affirmations précédentes qu'il les réitère même quand il laisse le plus carrière à sa fantaisie. Nous buvons le sang du Christ en recevant son enseignement, mais d'abord et avant tout au sens réel, « sacramentorura ritu ^ » ; Jésus- Christ a donné à la cène le pain et le vin comme symbole de sa parole, mais d'abord il avait confessé que le pain était son corps et que le vin était son sang, et les apôtres y ont mangé le corps du