‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 14 sur 1102 · LA. THÉOLOGIE ANTÉNICÉEÎS'NE · texte numérisé non relu

LA. THÉOLOGIE ANTÉNICÉEÎS'NE

cette philosophie prendre une teinte dé plus en plus religieuse, s'allier de plus en plus étroitement à la religion, jusqu'à ce que, avec le néoplatonisme, elle aille se perdre même dans le mysticisme et Ja contemplation. Chez Épictète, il n'est plus question, suivant le langage du Portique, de vivre conformément à la nature [secundum natu7'am suam vivere; — sequere naturam), il s'agit de se conformer « à la loi de Dieu », d'avoir sans cesse Dieu devant les yeux de l'esprit, pour l'adorer, le prier et se soumettre à lui. Marc-Aurèle est, un dévot qui n'omet aucun sacrifice et qui se réclame de tous les cultes. Le stoïcisme fait d'ailleurs tous ses efforts pour donner une explication rationnelle et d'après ses principes de la mythologie. Jupiter devient l'âme du monde, le feu ou l'éther primitif; les dieux ne sont que des personnifications des diverses forces émanées de lui. Les fables les plus obscènes sont représentées comme des façons d'exprimer des phénomènes naturels ; les oracles et les aruspices sont approuvés. Plutarque de Chéronée (vers 50-138) imagine un système qu'Apulée (vers 120-195) vulgarisera chez les Romains, et qui rend compte de toutes les croyances du polythéisme en même temps qu'il en justifie toutes les pratiques. Entre le Dieu suprême (ovtwç ov) et le monde se meuvent les démons ou génies, les uns bons, organes de la Providence et des révélations divines, les autres mauvais, fantasques et légers, qui sont les auteurs des sottises ou des turpitudes que la mythologie attribue à certains dieux. 11 faut cependant, continue Apulée, les honorer tous, soit pour reconnaître leurs bienfaits, soit pour détourner leur colère, et rendre à chacun d'eux le culte qu'il désire et tel qu'il le désire. — Et pendant que le stoïcisme et le platonisme se rapprochent ainsi de la religion populaire, un nouveau pythagorisme vient, à son tour, pousser les âmes

dans les voies de rascétisme et du renoncement. Sextius de Rome, qui vivait peu après Cicéron, recommandait déjà l'abstinence des viandes. Sotion (i*"" siècle après J.-G.) renouvelle cette recommandation. Un re^ gain d'actualité se fait autour de la vieille légende de Pythagore. Ses disciples prônent la continence et le célibat, imposent des purifications et des baptêmes, établissent un choix des aliments. En même temps ils s'adonnent aux sciences occultes, et attribuent aux nombres une influence secrète. Nous touchons ici non plus seulement aux mystères des religions orientales, mais à la gymnosophistique et à la magie.

Tel était, dans le monde païen de Rome et de la Grèce, l'état religieux, philosophique et moral, aux temps qui virent la prédication évangélique et le premier établissement de l'Église. Je n'ai relevé que les traits par où ce paganisme se rapprochait du nouvel enseignement, et se portait, pour ainsi dire, au-devant de lui : il en était beaucoup plus par où il s'en éloignait. En résumé, deux mots pourraient exprimer cet état d'âme : c'était la confusion, l'incertitude, et en même temps une aspiration à la certitude et à la lumière. Les doctrines métaphysiques, base de tout le reste, étaient flottantes; on n'était sûr ni de ce qu'était Dieu, ni de ce qu'était l'âme et de ce qu'elle deviendrait, et par là se trouvaient, pour une bonne part, énervés les aphorismes moraux que la saine raison d'un Cicéron ou d'un Sénèque avait su découvrir. Mais beaucoup d'âmes voulaient être fixées, et s'adressaient pour cela où elles pouvaient, aux mystères, aux songes, à la magie. Cependant, au-dessus de ce chaos des idées, une chose s'élevait, respectée de tous, l'unité politique et la puissante organisation de l'Empire. Si cette unité constitua plus tard un danger pour le christianisme, en armant, contre lui la plus forte et la plus vaste administration.

30 LA THÉÔtOGIE AKÏlISiei&S^liË.

f ui se soit Yne, elle Q&rh d'abord à som espsnrâoit mue singulière fkcilité^ ea raêine temps; qu'elle présentait uû admirahlfi modMe de la cobésion qui devait régner dans l'Église. Et la liberté de fonder, dans eet immense eorps, des callèges, des a^oeiatioos privées d'un caractère plus ou moins religieux, peFinit encore aux partisans du: noiuveau cuMe de s'éfabMr sans brait dans le droit de tous^ et d'y trouver {d'as d'une fois un sefuge quand la persécotion vint à sévir.

I 2. — Les doctrines^ religieuses et xaorales des Juils au moment de la venue de Jésus-Christ. Le judaïsme palestinien.

Depuis la mort d'Alexandre le Grand (â23 av. J.-C.) et même depuis la captivité de Babylone, les Juifs ont commencé à former deux groupes' bien distincts r le groupe palestinien^ composé de ceux qui Iiabitaient dans le pays de leurs ancêtres,^ et qui se rattachaient immédiatement à Jérusalem et au temple, et les Juifs de la dispersion [Diaspora), établis d'^abord dans la région eupbratésienne, puis un peu partout dans les contrées helléniques, massés surtout à Alexandrie, et depuis la coaquéte romaine, nombreux aussi dans les pays latins et à Rome. Ces deux groupes présentent, au point de vue. qui nous occupe, une physionomie très différente, et il convient de les étudier à part ^.

i; ôatrou-vera àzii&Vi.'BQ£s&vx,Bie.ReUgiond£sJvÂ^nVt*ms'im'Tieu'testamentlichen Zeitallery 2° édiL (BerliH,.lâQ6),i l'énuxQt'ratioa. des, grincipaux travaux sur celte question. Je ne mentionne ici que les plus ré cents et les plus imporlania: S/EaB&KS.vtrGeseMcMvdlefjédâch'en^ FeZSes imiZ&ilaUer Jesu. ChristU Leipzi^ff,*" édit.,490l-t^0â^ tom..!!. A. Schka-e- TER, Israëïs Geschichtë von Alexander dem Grossen bés Hadrian, Calw ŒQdî SiBttgarti,'B9(H.JfenTzaiA!iH, LefirBuçkOes neutestiœmoiwlMchew TReeG}»gie, Freihuig. ira. EreÈsgau, 2? cdit.» dOll. DÂiMAH, jDta Wovta^ desUyl^gzîg, 1898". J. ViRSEs, Histoire des idées messianiques depuis Alexandre ^isqjûm l'empffreurBaarùeny'Bairïs, iSli^ViRimuoKifrTfie fewii^Mè^ecfAy

LE MILIEU afiËjQO-B0MÂiQE EX JIEF. SI

Si l'on part delà fin delà caplivitéfeû ôâ"? sni. i.-C), on doit diviser en cinq péricwies- rhdstQijre; ésb |>eiiple juif en Palestine i l'^la ^i^ioée persane qaà s'étend jusqu'en 330i %vo^ue où Alexandre se rend définitivement maître diL pays;, 2° la fiésioàB. greeque^ é& 330 à 165 ; 3p à cette derni^e date le patriottsBae EeiigLenx se soulève contre la tyrannie et la persécution d'Antiochus. Épiplianc, et les Maecltahées ïeeonepiièrent pendant un siècle (165-63), pour leur patrie, Time demiindépendance : c'est la période asmonéenne;. 4"* mais la division éclate parmi les princes asmonéena ; appelépar Aristohule, Pompée s'empare de Jérusalem (63 av. J.- C), et y laisse Hyrcan comme ethnarque dans le vasselage de Rome : e'est la période j'omaine;. 5° eJle dure sous cette forme jusqu'en Fan 37 av. J.-C. seulement, époque où le fils d'Antipater, Hérode, reconnu roi par les Romains, fonde la dynastie des princes de son nom (37 av. J.-C. — 100 ap. J.-C).

Pendant ces six siècles, les Juifs de Palestine se trouvèrent successivement sous l'influence de la civilisation persane et de la civilisation grecque. La première déteignit certainement sur eux : on a reconnu cependant qu'au point de vue qui nous occupe, cette influence ne pouvait être constatée que dans les trois domaines de l'angélologie, de la démonologie et de l'eschatologie, et que, là même, le judaïsme n^avait pas précisément emprunté des doctrines étrangères, mais avait été plutôt excité et stimulé à développer ses propres germes doctrinaux. L'originalité juive- n'eut donc pas trop à souffrir du contact iranien. Plus redoutable fut celui

i8"7; R. H. CHARLES, A critical hislory 0/ the doctrine of a future life in Jsraet, m Judaîsm, and in Christianity, London, 1899. M.-J. La- «HASGEr Le mesaicmisme chez les Jtiif&^ Paris^ 1909. J, Feltek, Neutestamentliche Zeitgeschichte, Ratisbonne, 1910. On consultera aussi ulilement plusieurs articles de la Revue biblique et des divers Sictîonnaites as la Bible récemment parus.

32 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

de l'hellénisme. Celui-ci avait une autre force d'expansion et de pénétration que la civilisation persane. Pendant trois siècles et demi avant Jésus- Christ, il enserra la nation juive, s'établit au milieu d'elle, et la força j malgré qu'elle en eût, à entrer avec lui en perpétuels rapports. Sous peine de sortir de leur pays ou de renoncer à toute vie sociale, les Juifs durent nécessairement, et dans une certaine mesure, s'helléniser. Mais plus la masse de la nation se sentit envahir, dans sa vie extérieure et publique, par l'influence étrangère, plus elle s'appliqua, avec une âpre et jalouse intransigeance, à s'en garder dans sa vie religieuse, et à maintenir intacts ses croyances et son culte, ses pratiques et ses usages, son privilège de race choisie de Dieu et séparée des Gentils. A mesure que le temps marcha, on s'attacha davantage à la lettre de la Loi : c'est l'époque des interprètes, des scribes, des scoliastes de tout genre. Comme les rapports avec les païens donnaient lieu à de perpétuelles difficultés sur le sens des prescriptions légales, une casuistique énorme par sa masse, étroite et formaliste dans son esprit, s'efforça de les résoudre, et, au besoin, de compléter la Loi. C'est ce qui devint et ce que l'on nomma plus tard la Halakha, la tradition qui passe d'une génération à l'autre. En même temps, et pour fortifier les espérances patriotiques et religieuses, on commentait les parties historiques et prophétiques dès Livres saints ; on eit expliquait les préceptes moraux contenus dans les livres gnomiques, et on recueillait avec soin les traditions et les récits plus ou moins légendaires dont l'imagination avait enguirlandé l'histoire authentique d'Israël. De ce travail sortit VAgadah ou Idi Haggadahcçii fait le sujet des Midraschim, et remplit plus du tiers du Talmud de Babylone.

Ces recueils contiennent assurément des informations

très précieuses pour la connaissance exacte des temps qui ont précédé immédiatement la venue de Jésus- Christ, mais il n'est pas toujours aisé ni possible, faute d'indications chronologiques, de dégager ces informations ni d'en profiter. Aussi est-ce surtout en nous appuyant sur lalittérature judéo-palestinienne contemporaine, c'est-à-dire sur les écrits composés de l'an 200 avant Jésus-Christ à l'an 100 après Jésus-Christ, etqui appartiennent en grande partie à l'Agadah, que nous pouvons retracer un tableau des doctrines religieuses et morales des Juifs de Palestine à cette époque.

Ces écrits sont de deux sortes, les canoniques et les apocryphes. Parmi les premiers, plus connus, il faut mentionner l'Ecclésiastique, le premier livre des Macchabées', ceuxde Judith et de Tobie, et peut-être, suivant beaucoup d'auteurs, le livre de Daniel. Les principaux d'entre les apocryphes sont : 1° Le Livre d'Enoch, dont les chapitres i-xxxvi et lxxii-cv remontent aux années 133-100 avant Jésus-Christ, tandis que les chapitres xxxvii-lxxi ne sont pas plus an-ciens que l'an 37 avant Jésus-Christ. Les fragments noachides, interpolés dans les chapitres xxxvii-lxxi, et comprenant de plus les chapitres cvi et cvii, sont encore plus récents sans qu'on puisse leur fixer une date. — 2° Les 18 Psaumes de Salomon (peu après ran63 av. J.-C). — 3° L'assomption de Moyse (premières années de l'ère chrétienne). — 4° Le quatrième Livre d'Esdras (81-96 ap. J.-C.). — 5° Le Livre des Jubilés {i^^ siècle de l'ère chrétienne). — 6° ,I/Apocalypse de Baruch (70 ap. J.-C— 150). — 7° Le Livre des secrets d'Enoch, au plus tard de la fin du i""* ou des premières années du ii^ siècle après Jésus- Christ. — 8° Le Testament des douze patriarches, m-

i- L'auteur du deuxième livre des Macchabées parait avoir été un Juif lielléniste, bien qu'il ait écrit en Palestine.

34 ëAl HHÉQLQGIE ÂNTÉNIGÉENNE.

teupolé par- tes eJar^ôHSi klaûm. du;.!**^ cai au eommienr eemeat d!a ii® siècle ap^ès iésussï-ChEÉst, — 9^ L'Apocalypse HAb'pahamiy siitéEiemjœ aa milieu db n* siècle de; FèreiebiPétieQii©^ — %^?Les P^avaUpom.ène& de Jéy némUy iBteppolés sett vt siècle afccèst Jésus-Cbpist, KDai» «teaattki feoid est plas aneiiœnB. — Jil^ Z/e Mmrtyre d^Isœùe^ éerii. esasa^toi^to dcmt il est diffîieile; d'indiquer Bâige pBé€ii& ^ ^

Ce qui ressort de cette lifeiératinre, c'est, a^aatë^nt:, le easactèpe moiSiOtliéiste da pesple. qiQie mixm étudions. Il fut un temps où la dfepasitien à l'idoIâÉcie était,, chez liai, très forte» a« retous <fe l'exil, elieifadtplaee à une horreur posar t«iït ee qui tiestau paganisme:. En même t^mps^ la tEanscendaitee de: I>ièa s'affirme : son nom, toujoaiîs ineffable,, est remplaoé. par des équivalents qui tous exprimentsa grand^up. et sasamYeraineté; l'expression « Père » est relatiYeiïï«n.t race. ïiefs; seathrapomonphismes. sont expliqués^ adetïtel®;: les attrihats divins sont plus distinctement analysés.^ Entee. ceux-ci on insiste sur la sainteté^ ^a tant qu'elle iiBfiique'la séparation de toute impureté physique ou morale : la conséquence s'en fait sentir dans les evwfanee» escha^ tologîques suc les puEifications dernières.

Y a-t-il trace, à cette époiqueetdans e® miMéu palestônien, d'one (toctcine trinitaire au moins en germe? — En goïme, peut-èt^ey mais encore bien obscure. En ce

1. lirègae naturellement une assez grande divergence, entre les .au teurs sur les dates à attribuer à ces ccrfts : j*af indiqué cènes que donne SoiUEKER, Geschîekta «Se* jfMessftc» Voîhes, t. IH, àqai jaieavoie pont plus de détails sur l'origine et les éditions de ces Qu\rages. Laplupart de ces apocryphes sont réunis dans la/ traduetîoB de Kadtzsch, Di& ApolsryphA». itnd Pseudepi§frapken des aiten. TesktmentSî^^ t» 11, Lerpzigr, 1900. — Y. aussi F. Martin, Le livre d'Hénoch^ Paris,. 1906. — Nous sa.- -rons- d'ailleurs: qu'outre ceux qui nous ont été conservés, cTautres édâla du Htéme genre ont circulé qiiL o»t eonxpIèlsraeAt ou, i^estfae complètement péri. Nommons entre autres une Prière de Joseph dont âiiigsxBe a ei£é das: fragraents. Un. leemnem, t. IIi, eap. 9S, LoffiOïatzsch ï, m).

LE MILIB0 ?&fiîBe©-R<l®iiJN ET JUIF. 35

qai ■Gonoe'rae le .Saint-.E«pnit, il «e semble ;pas que les idées y aient prog^ressé sur «e que noias trouvons dans les livres j^us anciens. Les mentions de l'Esprit^deDieu sont .rares, et comme un écho plntôt affaibli de «e que nous donne la littérature autérieure. Quant au V'crbe,. on ne peut -nier que la tendance à persoïmifier la Sagesse 4e Dieu, -déjà îmaaaifeste dans les Pro^ei'bes {yîu, ix),me seTetrQ-\3.vieûasisVEcciésiasiiqu'e{i, xxiv). Première-née de J^ieu, eréée avant les siècles, cette sagesse a assisté Dieu dans la création et l'organisation du monde : ■elle a un roleicosmique; elle a également -un rôle moral : elle est l'inspiTatrice de toutes les vertus et la source delà vie' (xxiv, jaflss//?2). Cette personnification se .rencontâ?e encore dans les deux ouvrages mis sous le Mnom d'Enocli * . D'autre part, les Jnifs s'étaient, depuis loiagtBmps, habitués à considérer le Verbe ou k Parole de Dieu comme une puissance émanée de lui sans doute, mais ayant enifuda^e sorte une existence distincte et propre. Cett'e conception, qui revient daes V Apocalypse de Baruoh (iLvi, 4) et dans le quatrième livre d'Esdras (vi, 43), facilitait l'explication des anthropomopphismes Mbliques, en rejetant sur un être intermédiaire ce que ceux-ci psouvaient offrir de choquant, etnous voyons les Targ^oms — dont la rédaction n'a été achevée qn'au rv« siècle, mais dont les éléments sont piiïs anciens — en user largement. La Memrâ (parole) ytieiat la palace de Dien, chaque fois qu'il est question d^une œuvre cud extra, cvéaXion, manifestation, révélation.

A défant d'enseignemeiïts ultérieurs toutefois, on pourrait ne voir dans cette façon de parler qu'une prosopopée hardie, et la preuve qu'il ne faut pas prendre ici les mots trop à la lettre, c'est que d'autres

4. lÉnopA.XLll,!, % \etc\Livre des Secrets â' Enoch, XXX,» et XXXIII,

4 (recension A). . - - ■ :

36 LA THEOLOGIE ANTENIOEENNÈ.

attributs de Dieu avaient été déjà l'objet de personnifications analogues, bien que moins précises : ainsi sa gloire ^ son nom^jSa face^. Dans le Talmud, la Scliekinâ (la gloire de Dieu) remplit exactement le même rôle que dans les Targams la Memrâ ; dans la Mischna, composée vers l'an 200 après Jésus- Christ, le sujet immédiat des théophanies est le Metatrôn (f/.eTàepovo(;?), le premier des esprits, sans quel'on puisse dire au juste à quelle époque remontent ces conceptions.

Mais une idée importante qui se fait jour à ce moment est celle de la préexistence de certaines personnes ou de certains objets plus considérables, que leur apparition dans le monde ne fait que manifester et extérieurement révéler (çavepoûaôai). Sans doute, tout est toujours présent à Dieu dont l'éternité ne connaît ni passé ni futur, et en ce sens, il est vrai que tout préexiste dans la science qu'il en a. Cependant, aux personnes qui devaient lui tenir de plus près, qui devaient, une fois dans le monde, être le sujet de ses prédilections ou l'instrument de ses desseins, aux objets et aux institutions se rapportant à son culte il semble que l'on accordât quelque chose de plus. C'était une préexistence dont on ne définissait pas rigoureusement le caractère, dont nous ne saurions dire si elle était simplement idéale ou objective et concrète, mais qui n'appartenait sûrement pas à tous les êtres indistinctement^. Peut-être cette idée avaitelle son fondement dans l'Exode, xxv, 40 : Inspice et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstra-

1. £rod., XXIV, 16, 17; XXIII, 18 22; Jsate, XL, 5; Ezech., HI, 23, etc. fi. Isaîe, ilX, 19; Ps. CI, 16; Exod.., XXHI, 21, etc.

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