‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 152 sur 1102 · LA QUESTION PÉNITENTIELLE EN OCCIDENT · texte numérisé non relu

LA QUESTION PÉNITENTIELLE EN OCCIDENT

et citant — c'est la première fois que nous trouvons ces témoignages invoqués à cet effet — et citant, dis-je, à Tappui de ses prétentions, les paroles dites par Notre-Seigneur à Pierre et aux apôtres sur le pouvoir des clefs et celui délier et de délier. Jusqu'ici, nos textes ne parlaient en général que d'une réconciliation avec l'Eglise. Nous voyons maintenant que cette formule vague recouvrait le fait plus concret d'une rémission du péché par l'évêque, et nous savons que ce droit d'absoudre se fondait sur une exégèse précise des promesses faites aux apôtres et par eux à leurs successeurs.

Malgré l'opposition de TertuUien et d'Hippolyte, la mesure de Calliste paraît avoir atteint son but. La résistance qu'elle rencontra en Afrique de la part de quelques évêques, si même il y en eut, se dissipa assez vite, car saint Cyprien en parle comme d'une chose passée. Les évêques d'Afrique, d'ailleurs, allaient se trouver en face de difficultés autrement plus graves, la question des lapsi et le schisme de Novatien.

S 2. — La question pénitentielle en Afrique.

Le novatianismei.

Ces nouvelles difficultés furent occasionnées par la persécution de Dèce. Commencée au début de l'année 250, elle provoqua dans l'Église d'Afrique de nombreuses et lamentables défections. Beaucoup de chré-

1. Sources : Les Lettres dé saint Cyprien, édit. Hartel. Le traité anonyme Ad Novatianum, dans l'édition de saint Cyprien d« Hartel, tom. III, ou P. L., III. — Travaux : Les travaux sur Novatien et sur saint Cyprien, et en particulier : C. Gôtz, Die Busslehre Cyprians, Kônigsberg, 1895. K. MÛLLER, Die Bussinstîtution in Karlhago unler Cyprian, dans la Zeittchr. fur 'Kîrchengesch., XVI, 1898-1896. P. Batiffol, Eludes d'histoire et de théologie positive, 3» édit., Paris, 1904. L. Chabalier, Les Lapsi dans l'Église d'Afrique au temps de saint Cyprien, Lyon, 4904. A. d'Alès. L'êdit de Callisie,, cli. x.

370 LA THEOLOGIE ANTENICEENNE.

tiens, obéissant aux ordres de l'empereur, sacrifièrent en effet aux idoles {sacrificati)\ d'autres, pour se couvrir, achetèrent à prix d'argent ou obtinrent de la complaisance de certains commissaires des certificats attestant qu'ils avaient sacrifié, bien qu'ils s'en fussent abstenus : on les appela libellatiques [libellatici).

Cependant une détente ne tarda pas à se produire ,^ vers la fin de l'année 250, dans la rigueur des poursuites. La tempête n'était pas encore complètement apaisée, que déjà les lapsi des diverses catégories assiégeaient les conl'esseurs et martyrs, pour obtenir d'eux des billets de communion [libelli pacis) qu'ils pussent présenter aux prêtres, afin d'être immédiatement réconciliés avec l'Eglise. Or, parmi les confesseurs, s'il en était d'admirables, il en était aussi d'équivoques et d'imprudents, distribuant sans discrétion les billets de réconciliation, et prétendant se substituer à l'évéque ou du moins lui forcer la main dans la conduite à garder vis-à-vis des apostats.

C'est alors qu'intervint saint Cyprien. Éloigné de son Eglise par la persécution (250-printemps de 251), il continuait cependant à la gouverner par ses lettres. Deux questions se posaient à lui : premièrement, l'Eglise pouvait-elle et devait^elle absoudre les lapsi du crime d'apostasie, comme Calliste avait absous les adultères et les fornicateurs, et à quelles conditions ? Deuxièmement, quelle autorité et quel rôle revenaient aux martyrs et aux confesseurs dans cette œuvre de réconciliation ?

Dans les lettres écrites de son exil, saint Cyprien ne traite pas ex professa la première question : il en renvoie la solution complète à plus tard, au moment )ù la paix religieuse permettra de réfléchir et d'aviser*.

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