Enoch, XC
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chapitres des Similitudes dans Enoch (xxxvii-lxx), le Messie est tout ensemble juge, exécuteur et roi éternel. C'est la plus haute conception de son rôle qui se rencontre dans cette littérature, celle où on nous le montre le plus magnifique et le plus grand.
Cette grandeur toutefois ne dépasse jamais la grandeur de l'être créé : elle atteint tout au plus à celle d'un être surnaturel, jamais à la grandeur divine : le commun des Juifs n'a pas rêvé d'un Messie qui fut Dieu^ Il n'a pas rêvé davantage, à celte époque, d'un Messie expiateur et souffrant. Dans le quatrième livre d'Esdras (viï, 29), le Christ meurt sans doute, mais d'une mort naturelle, comme un homme qui disparaît, son rôle fini. On a bien signalé çà et là, dans les documents postérieurs, des passages qui supposeraient que les Juifs ont eu, au moment qui nous occupe, quelque vue de la satisfaction douloureuse du Messie : mais ces indices sont faibles et peu concluants. Il est manifeste, par le langage des évangélistes, que le courant des idées n'allait pas dans ce sens 2.
Ce que nous venons de rapporter des croyances messianiques nous renseigne déjà en partie sur l'eschatologie palestinienne au temps de Jésus-Christ. Les systèmes eschatologiques des apocryphes peuvent se ramener à deux types fondamentaux, qui ont pour base la durée plus ou moins longue, éternelle ou temporaire, attribuée au règne du Messie. Dans le premier, la venue du Messie coïncide avec la fin du monde ; à son avènement les méchants se coalisent contre lui ; il les défait ; le jugement général a lieu : les -méchants sont châtiés ; les bons triomphent éternellement avec le Messie. Dans le second, le règne du Messie s'a-
\. s. JosTiN, Dial. c. Tryi^h., XLIX, 1.
2. Matlh., XVI, 22; Luc, XVIII, 3i; XXIV, 21; loan., XII, 34; V. Scnû- KER, Gesch. desjûd. Volk., II (3« éd.), p. 533-536.
cliève avant la fin du monde. Après avoir vaincu ses ennemis, il gouverne un certain temps le peuple des justes, puis l'univers est transformé, les morts ressuscitent et sont jugés ; chacun reçoit sa récompense ou sa peine : l'éternité commence. Comme on le voit, dans les deux systèmes les éléments sont identiques, et ne diiïèrent que par l'arrangement. On y trouve, à en considérer le détail : 1* Les signes avantcoureurs de la catastrophe finale, bouleversement de la nature et renversement de ses lois, phénomènes terrifiants, guerres, famines, angoisse universelle, etc. *^
— 2° La venue d'Élie qui doit tout rétablir, dÎTroxaTa- (jTr^ffst Ttàvra {Matth.,xvii, 10, 11; Marc, ïx, 10-12; cf. Eccli., xLviii, 10). — 3° L'avènement du Messie dans les conditions que nous avons dites, précédant, accompagnant ou suivant le jugement et la consommation dernière. — 4° La coalition des impies contre lui, sous la conduite d'un chef qui n'est pas nommé, mais que les documents chrétiens appelleront l'Antéchrist-. — 5° La défaite et l'écrasement des coalisés, tantôt par Dieu lui-même, tantôt et plus souvent par le Messie^,
— 6° Le règne messianique avec une Jérusalem nouvelle, purgée des idolâtres qui la souillaient'', ou même descendue du ciel.^ ; avec tout le peuple juif — même les morts — rassemblé de sa dispersion^ ; avec Dieu pour chef suprême et roi absolu (pa<7t>v£ta toîî Beoû) ' ; avec sa prospérité sans mélange, sa paix pro-
1. IV Esdr., V, 1-13; vr, 20-24, etc.; /m6., XXHI, 13-22; Apoc. de Bar., XXVII ; XLVIII, 31-41, etc.
2. ly Esdr., XIII, 33 sqq.; Enoch, XC, 16; Apoc. de Bar., XL,
3. Enoch, XC, 18-19; Assompt. de Moyse, X, 3, 7; Ps. de Salom., XVII,
27, 39; Apoc. de Bai:, XXXIX, 7-XL, 2, etc.; IV Esdr,, XII, 32, 33; XIII,2-,
•4. Ps. de Salom., XVII, 23, 33.
5. Enoch, un, G; IV Esdr., VII, 26; cf. Gala ., Vf, 26; Hebr., Xîî, 22^ Apoc, m, 12; XXI, 2, 10.
6. Ps. de Salom., XI, 3 sqq. ; XVII, 28 ; IV Esdr., XIII, 33-47.
7. Ps. de Salom., XVII, 1, 4, 38, 51; Assompl. de Moyse, X, 1, 3.
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fonde, ses joies et sa félicité parfaites*. — 7° La transformation du monde par la consomption de ce que l'ancien avait de corruptible et de morteP. — 8° La résurrection des morts. C'est un des points sur lesquels la croyance s'est le plus développée. Au ii^ siècle avant Jésus-Christ, on ne mettait en avant que la résurrection des Israélites seuls ou même des seuls justes, pour prendre part au règne du Messie. Plus tard on marqua une résurrection générale^. — 9° Le jugement dernier. Dans l'hypothèse d'un règne du Messie précédant la fin du monde, un premier jugement a lieu quand le Messie détruit et condamne les ennemis ligués contre lui. Mais nous sommes au jugement dernier. Sauf dans Enoch (xli, 9; lxix, 27, etc.), où ce rôle est dévolu au Messie, Dieu lui-même nous est donné comme le juge du monde, et son examen porte sur toutes les actions humaines inscrites au livre du ciel'*. — 10° Le sort final des hommes. Conséquemraent à la sentence divine, les bons sont récompensés, les méchants punis. On a vu plus haut qu'immédiatement après leur mort, une rétribution provisoire atteignait déjà les justes et les impies : le jugement dernier la transformera en état définitif. Les méchants seront précipités dans le feu, dans la géhenne^, où ils resteront éternellement. Josèphe nous dit positivement que telle était la croyance des Pharisiens. On ne pourra prier ni intercéder les uns pour les autres®. Quant aux
1. Enoch, X, 16-XI; Apoc. de Bar., XXIX, 5-8; LXXIII, 2-7; Ps. de Sal., XVII, 28, 29, 36, 48, etc.