IV Esdr., VII, 30, 31 ; Apoc. de Bar., LXXIY
3. Apoc. de Bar., L; LI; IV Esdr., VU, 32, 37; Testam. des douze pair.. Benjamin, 10.
4. IV Esdr., VU, 33 sqq.; Enoch, XCVIII, 7, 8; CIV, 7; Testam. des douze pair., Aser, 7.
». IV Esdr., VII, 36, 38, 84; Apoc. de Baruch, XLIV, 15. 6. Josèphe, De bello iud., II, 8, 14; Antiq., XVIII, 1, 3; Testam. des douze patr., Zabulon, 10; Aser, 7; IV Esdr., VII, 105.
élus, ils seront reçus dans le paradis, dans un lieu élevé où ils verront la majesté de Dieu et de ses anges. Leur face resplendira comme le soleil : ils vivront éternellement ' .
Voici donc les idées religieuses dominantes chez les Juifs de Palestine au moment de la venue de Jésus-Christ. Ce n'est pas à dire qu'elles fussent absolument reçues de tous, et l'on trouve sur certaines d'entre elles des divergences sérieuses. Nous savons notamment — observation importante — • que les Sadducéens, le haut clergé de Jérusalem et ses partisans, se séparaient des Pharisiens et du gros de la nation, et repoussaient les commentaires explicatifs de la Loi, aussi bien que beaucoup des prescriptions qu'on y avait ajoutées. Ils allaient plus loin, et niaient l'existence des esprits, des anges, et la résurrection de la chair 2. Leur attitude vis-à-vis des païens était plutôt conciliante, et le désir de maintenir leur influence, de jouir en paix de leur fortune, les engageait dans bien des compromissions. Mais, en somme, ils ne représentaient pas la masse du peuplé. Celui-ci se groupait autour des Pharisiens, qui personnifiaient à ses yeux la pureté de la doctrine et l'idéal de la morale judéo-palestinienne.
§ 3. — Le judaïsme alexandrin et de la Diaspora.
Philon.
En dehors delà Palestine, les Juifs, depuis Alexandre, et encore plus depuis Ptolémée, fils de Lagus (319 av. J.-C), se trouvaient nombreux surtout à Alexandrie.
1. IV Esdr., Vn, 36-38. 95-98; Apoc. de Bar., LI, 3, 7-li; Ass. de Mo se, X, 9, 10.
a. Actes, xxni, 8.
Là, leur activité intellectuelle fut considérable et ils entrèrent en contact plus intime avec l'hellénisme. Aussi est-ce là que s'accusent davantage les caractères propres au judaïsme de la Diaspora, et est-ce presque exclusivement par les écrits venus de l'Egypte que nous les connaissons. On ne sera donc pas surpris que les lignes suivantes envisagent principalement le judaïsme hellénique, tel qu'il se présentait à Alexandrie.
Le premier soin des Juifs, en s'établissantdans cette ville, avait été d'apprendre le grec. Ils oublièrent si bien l'hébreu qu'une traduction de la Bible leur devint bientôt nécessaire. Mais apprendre et parler le grec, c'était pénétrerdans la littérature, dans la philosophie, dans les conceptions, dans le génie grecs, dans la civilisation, l'esprit que cette langue représente, dans tout ce qui a fait de la race grecque la maîtresse et l'éducatrice de l'ancien monde classique. Quelle attitude allaient prendre les Juifs vis-à-vis de ce monde nouveau pour eux? Allaient-ils, comme leurs frères de Palestine, se renfermer dans leur Loi, et renouveler sur les païens et leurs spéculations les anathèmes des prophètes, ou bien allaient-ils chercher un terrain de conciliation qui sauvegarderait tout ensemble leurs intérêts et leur foi?
Ils s'arrêtèrent à ce dernier parti, le seul possible d'ailleurs pour eux, vu l'éloignement où ils se trouvaient de leur patrie et de tout centre religieux. Le système adopté, et dont nous avons dans Philon l'expression complète, peut se ramener aux points suivants : 1° Le Juif i"este Juif; Israël est le peuple choisi, possédant dans les livres de l'Ancien Testament la vérité religieuse complète et pure : cette vérité reposant sur deux dogmes fondamentaux, le monothéisme et l'immortalité de l'âme. 2° De cette vérité le paganisme
LE MILIEU GRÉCO-SOSiAItf ET lUIF. 43
a'est cependant pas entièrement sevré. Soit par une tradition orale, soit par des emprunts aux Livres sacrés des Juifs, ses plus grands philosophes, Pythagore, Platon et les autres, ont connu, en partie du moins, la vraie doctrine sur Dieu, la Providence, l'homme. 3° Dès lors rien ne s'oppose à ce que, d'une part, les Grecs adoptent les enseignements bibliques, comme complément, et parfois rectification de leur philosophie, ni à ce que, d'autre part, les Juifs adoptent les spéculations, d'ailleurs conformes à leur Lof, que le génie grec a multipliées dans le domaine de la métaphysique, de la psychologie et de la morale, ces spéculations dérivant, en dernière analyse, de cette révélation dont les Juifs possèdent les premiers monuments. 4° Toutefois, comme les mythes grecs paraissent bien étranges à des esprits juifs, la philosophie et l'histoire juives bien pauvres et bien étroites à des esprits grecs, il faut montrer le vrai contenu des uns et des autres, ne voir dans les fables grecques que l'idée relig-ieuse et morale qu'elles ont mise en action, et savoir trouver, sous les simples récits de la Bible, toutes les idées, philosophiques et religieuses que Dieu a voulu y cacher. Il faut éteindre les premières et féconder les seconds, ne voir ici et là que des allégories. C'est le principe de la méthode allégorique appliquée à l'interprétation de l'Ecriture, et dont la fortune, chez les Alexandrins, devait être portée si haut. Les faits racontés par la Bible sont quelquefois historiques,' d'autres fois non : ils ne sont que des symboles. En tout cas, il importe peu : ce qui importe, c'est de dégager de ces récits l'idée qu'ils contiennent, l'enseignement qui s'y cache et que Dieu a voulu nous inculquer en les faisant écrire. 5° Et ainsi dans la pensée des Juifs alexandrins, le rapprochement se fera entre le judaïsme et l'hellénisme : celui-ci, sans
48 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
cesser d'être une philosophie, deviendra une religion parce qu'il adoptera le principe surnaturel de la Révélation, avec les conséquences qui en découlent; le judaïsme, sans cesser d'être une religion, deviendra une philosophie, parce qu'il recherchera par la raison, sous la Lettre révélée, les doctrines rationnelles qu'elle recouvre. ,^ :
Trois points nous frappent dans ce programme. !• Le peu d'importance qu'on y donne aux cérémonies légales, quelques-uns les proclamant indifférentes, d'autres, comme Philon, pensant qu'elles étaient utiles pour une meilleure intelligence de la Loi, et qu'il les fallait conserver. 2° Le caractère universaliste qu'y prend la religion juive : elle cesse d'être un culte national pour devenir la religion de tous. 3* Le peu de place qti'y tient l'idée du Messie : à l'image d'un Messie personnel se substitue celle de l'ère messianique, le triomphe d'une doctrine ou d'un peuple à celui d'un individu déterminé.
C'est là le cadre du système religieux judéo-alexandrin. Mais, en dehors de cette, conception générale, il est des particularités doctrinales qu'il faut signaler. Elles se présentent soit dans les livres canoniques, écrits par des Juifs hellénistes, soit dans les livres authentiques ou apocryphes restés en dehors du canon. Parmi les premiers, il faut nommer la traduction grecque des Septante, commencée au iii* siècle, achevée vers le milieu du ii« siècle avant J.-C, le Livre de la Sagesse, le Deuxième livre des Macchabées, et peut-être les additions deutéro-canoniques à'Esther et de Danielj ainsi que la seconde partie du Livre de Baruch; parmi les autres, mentionnons le Troisième et le Quatrième livre des Macchabées, la Lettre du Pseudo-Aristée, les Oracles sibyllins dans leurs plus anciennes parties, VApocalypse anonyme édi-
tée par M. G. Steindorff ^ les Fragments d'Aristobule, les écrits de Philon et de Josèphe^.
La doctrine fondamentale de ces ouvrages concorde généralement avec celle des livres palestiniens : elle s'en distingue cependant par certains traits. Ainsi, le soin y paraît plus grand d'éviter ou d'expliquer les anthropomorphismes quand on parle de Dieu. On y trouve la personnification de la Sagesse, mais plus accentuée encore que dans les Proverbes eiV Ecclésiastique. Aristobule (Eusèbe, Praep. evang., xrii, 12, 5) cite comme vers d'Orphée ce passage : « Le Verbe ancien luit avant le monde; mais il subsiste par soi et tout subsiste par lui : il circule partout, et aucun des mortels ne le voit, mais lui nous voit tous deux. » La Sagesse est décrite, au livre qui porte ce nom (vii-xi), en des termes qui reviendront sous les plumes chrétiennes écrivant du Verbe ou de l'Esprit-Saint (v, surtout VII, 25. 26). Emanée de Dieu, elle en a les attributs (vu, 22, 23); elle est mise en parallèle ou
1. Dte Apokalypse des Elias, eine unbekannte Apokalypse, und Bruch stûcke der Sophonias-Apokalypse, Leipzig, 1899. L'éditeur la daterait des environs de l'an 100 avant J.-C.
2. On trouvera le tableau complet de la littérature judéo-hellénique, avec indication des dates et des éditions, dans Schiiiier, Gesch. des jûd. Volk,, III. Kaotzsch {Die Apokr. und Pseudep. des A. T., II) donne la plus grande partie des apocryphes. Les deux fragments plus importants d'Ari&to ule sont dans Ecsèbe, Praepar. evang., VIII, 10; XIII, 12. Les parties juives plus anciennes des Oracles sibyllins sont les suivantes : liv. II r, 97-8i8 (145-117 av. J.-C); 36-92 (vers 40-30 av. J.-C); les 84 vers cités par Théophile d'Antioehe (Ad Aufolyc.,îl, 36, Otto, VIII, 164), et qui devaient former le début du livre III; le livre IV en entier (vers 80 ap. J.-C), et la majeure partie du livre V (fin du i»'' siècle ap. J.-C). Entre les éditions signalées par Schilrer on consultera, pour ce dernier ouvrage, celle de J. Geffcken, 1902. — Des vers fabriqués par des Juifs et attribués aux plus anciens poètes grecs, Orphée, Hésiode, Homère, Linus, Eschyle etc., ont aussi circulé dès le m» siècle avant J.-C, qui confirmaient les enseignements et les récits de Moyse. On les trouve cités par Aristobule et aussi par les Pères de l'Église, Clément d'Alexandrie, le pseudo-Justin {Cohortatio ad Graeeos, De monarchia). Ces faux cadrent bien avec ce que nous avons dit sur la prétention de fair* dériver de la Bible les traditions grecques.
50 LA THÉCTLOGIE ANTENICEENNE.
identifiée avec l'Esprit-Saint (ix, 17) ; elle exerce le rôle de démiurgpe (ix, 2, 9), mais elle a aussi et surtout un rôle moral (viii, 4-8; x, xi). Ces détails nous montrent — chose importante à remarquer — que, bien avant Philon, flottaient à Alexandrie des doctrines relatives au Logos qu'il a développées, mais qu'il n'a point inventées.
Dans l'homme, l'âme est nettement distinguée du corps; elle lui est opposée et souffre plutôt de son union avec lui * : c'est le dualisme grec. Mais cette âme est immortelle; non pas seulement celle des justes : on comprendrait difficilement le beau tableau du chapitre v de la Sagesse, si l'auteur n'admettait pas l'immortalité de celle des impies. Toutes les âmes doivent donc survivre pour recevoir la récompense ou le châtiment qui leur est dû 2.
L'eschatologie est dans l'ensemble plus simple dans la littérature judéo-hellénique que dans la palestinienne. Il faut mettre à^part les Livres sibyllins dont le caractère exigeait naturellement des descriptions plus imagées. Leur plus ancien auteur connaît les maux qui doivent précéder la fin du monde et la venue du Messie (m, 796-806; 632-651), le règne de ce Messie victorieux et pacificateur (m, 652-660), la ligue formée contre lui et son peuple par les méchants princes (m, 660-668), la défaite des coalisés et leur écrasement par Dieu lui-même (m, 669-697), la domination définitive et éternelle (? m, 767-784) du Messie son envoyé (in, 712-731 ; 744-758 etc^). Dans les autres écrits, nous l'avons déjà remarqué, les espérances proprement messianiques ont généralement passé au second plan. Non qu'elles aient été totalement oubliées : on
\, Sap., Vliï, 19, 20; IX, iS.
2. Sap., III, 1-8; Vf, 2, 10-18 ; V, 1-24. Apocalypse anonyme, Steuidorit, op. cit., pp. Oid (2), 150 (S), 182 (10).
LE MILIEU GRECO-ROMAIN ET JUIF. 5t
en trouve des souvenirs dans Philon, dans.ïe deuxième livre des Macchabées et peut-être dans Josèphe ^ ; mais le sort des âmes après la mort et à la fin des temps semble avoir attiré surtout l'attention. Josèphe - aadmis peut-être, avec les Pharisiens, un état provisoire pour les âmes justes ôtco y^Qowç, en attendant la résurrection, et l'on connaît le fameux passage du deuxième livre des Macchabées (xii, 42-45) sur laprière pour les morts ^. L'idée dominante toutefois dans le judaïsme hellénique est celle d'une rétribution immédiate, à la sortie de la vie. Tous nos témoins s'accordent, en tout cas, pour déclarer éternels et les récompenses des bons et les châtiments des méchants*'.
Quant à la résurrection des corps, bien que la philosophie grecque, et surtout platonicienne lui fût en général opposée, elle est, en ce qui regarde les justes du moins, formellement enseignée dans le deuxième livre des Macchabées (^^I, 9, 11, 14, 23; xii, 43, 44).
C'est dans Philon ^, on l'a déjà dit, que prend son expression définitive le sj'^stème qui doit rapprocher le judaïsme et l'hellénisme. En lui les deux courants de la pensée antique viennent réellement se confondre.
4. Philon, De exécrât, 8-9; Depraem. et poen., 13-20; Il Macch., 11^ 18; Josèphe, Antîq., lY, 6, 5,