AuGiiST., Episl. XCIII
4. Voir TiLLEMONT, Mémoires pour servir à Vhisl. ecclés., VI, p. IGO et soiv.
5. Entre ces dissidences, il faut mentionner celle du célèbr* Tychonius, esprit indépendant et sinéère, excommunié par le parti, et qui
LES HÉRÉSIES .LATINES re.U*V- SIECLE. 231
La seconde cause .fut-l'influenoe et raetion de: saint Augustin. Saint Optât avait, dès 370, dirigé contre les schismatigues un traité bourré de raisons et de faits. Par sa douceur autant que ;par sa science, l'évêque d'Hippone ramena bon nombre de ces égarés,;. mais jsurtout.la conférence publique de 411, où catholiques et donatistes discutèrent pendant trois jours -devant le légat de l'empereur, Marcellinus, fut pour lui un triomphe ^ La victoire resta aux catholiques, et un grand nombre de donatistes, reconnaissant leur défaite, l'entrèrent à cette occasion dans l'Église. Ce mouvement se continua les années suivantes, et dès lors le -schisme déclina sensiblement. Gn n'en trouve que peu.de traces jusqu'à la fin du vi^ siècle, o.ù il paraît prendre un regain de vie sous Grégoire le Grand. Il fallut ^que le pape intervînt énergiquement, et qne le bras séculier se fît encore sentir 2. L'invasion arabe de l'Afrique, qui suivit bientôt, ne tarda ipas d'ailleurs à anéantir complètement ce qui en restait.
§ 3. — Le priscillianisme^
L'histoire et surtout la doctrine de Prisciliien constituent un problème qui n'est pas encore parfaitement
se .rapprocha de l'orthodoxie sans y entrer.. Il; a. laissé sur l'Écriture sainte des règles d'interprétation intéressantes. V. sur lui Traugott "S ABît, Tychonius-S Indien, Leipzig, 1900.
1. V. les actes, P..L., XI, col. I23i et suiv., et Saint Augustin, Breviculus eollationis, P. L., XLÏII, col. 613 et suiv.
2. V. diverses lettres du pape relatives à cet objet, P. L., XI, 143Set suiv.
3. Sources :. Avant tout, les écrits , de Prisciliien : Priscilliani quaesuper&unt recensuit GEOV.GKS Schepps, Vindobonae, 1889 {.Corpus scripior. ecclesiastic. latin., tom. Xvni); puis les actes des conciles et les ouvrages des. auteurs qui se sont occupés de son hérésie : les voici à peu près par ordre de temps : Les huit canons du concile de Saragosse de.380 (Mansi, III, 633); Philastrius, De haei:esibus, 61, 84; Saint A m- BRoisE, Epist. XXIV (P. L., XYI); Maxime, Epist. ad Siricium (P.-X.,
éclairci et qui peut-être ne le sera jamais. Avant la découverte et la publication par Schepps, en 1889, d'une partie de ses œuvres, on était assez d'accord pour voir en lui, sur l'autorité de témoignages presque contemporains, un hérétique de la pire espèce. Depuis, une réaction s'est faite en sa faveur, et quelques esprits seraient assez disposés à l'innocentep entièrement, et même à saluer en lui un grand réformateur et un grand exégète. Essayons de voir ce qu'il en est.
Les origines du priscillianisme sont connues surtout par VHistoria sacra de Sulpice Sévère (ii, 46-51), composée tout au début du v° siècle. Ces origines, remarque-t-il lui-même, sont obscures. Un certain Marcus, égyptien, serait venu en Espagne vers 370, apportant une doctrine secrète empruntée au gnosticisme. Il gagna d'abord une noble femme, Agape et un rhéteur, Elpidius, qui devinrent à leur tour les maîtres de Priscillien. Celui-ci, encore laïc, esprit souple, ingénieux, recommandable par l'austérité de
xni,S9-2); Saint JÉRÔME, Deviris tllusl}-ibus,iZl; Epist. CXXYÏ, CXXXIII; Suii-iCE SÉVÈRE, Uistoria sacra, II, 46-51 ; Dîalogus III, H-13 (P. L., XX) ; P. Orose, Commonitorium de errore priscillianistarum et origenistarum (édité à la suite des œuvres de Priscillien , ou bien P. L., XXXI) ; Saint Augustim, Epist. CCXXXVII; Contra mendacium; De haeresibus , 70; Contra priscillianis tas et origenistas; Pastok de Galice, Libellus in modum symboli (c'est le symbole et les anathématismes faussement attribués au premier ou au second concile de Tolède. Mansi, Coll. conc, IIJ, 1002 et suiv.; Hahn, Biblioth., § 1C8; Kdenstle, Op. inf. cit., p. 43 et suiv.]. Les anathématismes du concile de Braga de 563 (Mansi, IX, 774 et suiv.; Hahn, BibL, § 176; Kdenstie, p. 36 et suiv.). Je ne mentionne que pour mémoire l'Epist. XY de saint Léon dont l'authenticité est douteuse. Celle de Turribius à Idacius et Caponius (P. L., LIY, 693) est sûrement apocryphe. — Travaux : F. Paret, Priscillianus, ein Reformalor des 4 Jahrhimderts, Wïirzburgr, 1S91. E. Cn. Babut, Priscillien el le priscillianisme, Paris, 19.t0. K. Kuesstle, Anti2Jriscilliana, Freibarg in Br., 1903. J. Chaphax, Priscillian, the author of the vionar chian prologues ta the vulgaie gospels, dans la Revue bénédictine, i906, t. xxnr,p. 333-339.— D.Moui-N attribue à Instantius les traités de Schepps, et a édité un De trinitate priscillianiste {^Éludes, textes, 1913).
ses mœurs, mais d'ailleurs vain et orgueilleux, groupa bientôt autour de lui un certain nombre de disciples, des femmes surtout. Mais des évêques aussi se laissèrent séduire, tels qu'Instantius et Silvanus. Alors les orthodoxes s'inquiétèrent. Dénoncée par l'évêque Hygin de Cordoue à Idacius d'Emerita, la nouvelle hérésie fut condamnée dans un concile de Saragosse en 380^. Malheureusement on chargea de l'exécution de la sentence l'évêque d'Ossonoba, Ithacius, violent et intempérant. Les priscillianistes résistèrent, Hygin de Cordoue passa dans leur camp et Priscillien fut ordonné évêque d'Avila. Le triomphe de la secte fut de courte durée ; Idacius et Ithaci«us sollicitèrent l'appui de Gratien, et les priscillianistes furent exilés.
Cependant leurs évêques, Instantius, Salvianus et Priscillien ne s'abandonnèrent pas. Pour trouver du secours, ils partirent pour Rome, semant, en passant, leurs erreurs dans l'Aquitaine. A Rome, le pape Damase, prévenu, refusa de les recevoir 2. Même hostilité de la part de saint Ambroise à Milan. Ils réussirent cependant par intrigue à faire rapporter l'édit de Gratien. Mais Ithacius n'était pas homme à lâcher sa proie. L'usurpateur Maxime venait de se déclarer à Trêves. Ithacius obtint de lui que les hérétiques comparaîtraient au concile de Bordeaux (385). Instantius s'y défendit; Priscillien commit la faute d'en appeler à
1. Le fait relaté ici par Sulpice Sévère est contredit par Priscillien lui-même (Tract, n, p. 33). 11 prétend qu'au concile de Saragosse, « nemo e nostris reus factus'tenetur, nemo accusalus, nemo convictus, nomo damnatus est, nullum nomini nostro vel proposito vel vitae crimen oblectum est » ; il ajoute que lés priscillianistes n'assistaient pas d'ailleurs au concile. De fait, les canons du concile ne les nomment pas, et condamnent seulement certaines exagérations d'austérité re* prochées aux novateurs.
2. C'est à cette occasion sans doute que Priscillien écrivit son traité n, Liber ad Damasum episcopum (p. 34 et suiv.), où il fait l'apologie de sa conduite et de sa doctrine.
23â HISTOIRE DES DO&MES,
Maxime lui-même. Mal lui en prit. Amenés à Trêves, les priscillianistes y furent suivis de leurs accusateurs. En vain saint Martin, alors présenta Trêves, s'interposa auprès de Maxime pour que, si la .doctrine des hérétiques était condamnée, leur personne fût sauve ^ . En vain même, effrayé, au dernier moment, de sa responsabilité et des protestations soulevées par sa conduite, Ithacius se désista de son rôle d'accusateur. Poussé par deux évêques, Rufus et Magnus, Maxime n^écouta que les conseils de rigueur. Un laïc reprit les poursuites. Priscillien avait avoué s'être rendu coupable d'actes immoraux, et s'être adonné à des étude;s abominables. On le condamna à la peine capitale du chef de magie; et avec lui, deux clercs, un diacre, des laïcs et une femme même furent mis à mort. Instantius et d'autres priscillianistes furent déportés ou exilés. Un cri de réprobation accueillit ces mesures. Saint Ambroise, venu à Trêves sur ces entrefaites, refusa de communiquer avec les évêques qui y avaient engage Maxime^; Idacius se démit volontairement de l'épiscopat et Ithacius en fut chassé.
Tel est le récit de Sulpice Sévère. 11 ajoute que la mort ou l'exil des chefs priscillianistes, loin d'étouffer la secte, parut d'abord redoubler son r fanatisme. Le concile de Tolède, en 400, vit cependant revenir à l'orthodoxie quelques évêques, entre autres Dictinius d'Astorga, auteur d'un livre intitulé « La balance » {Lib/'a). En 415, saint Augustin,- sollicité par Paul Orose, écrivit contre l'erreur sa lettre gcxxxvii et son traité Contra mendacium.' Bans ce dernier ou-
1. 11 regrettait même qu'un juge séculier fût appelé à Be prononcer dans inae question doctrinale : Salis superque .suf/icere, Mt^episcopali sententia haereliei iudicati ecclesiis pellerentur; novum -esse et inauditum ne/Jas, causam ecclesiae index saeculi iudicaret {Hist. sacra, n, 50).
2. Ambroise, Epist. XXIV, 42. Ce trait.D'e8t pas dans iSulpice. Sévère.
vjpage, il réprouvait le secret et Ja dissimulati^a que l'on accusait les priscillianistes d'observer vis-4-i;^is de leur doctrine, mais en même temps il Wâmait .l'usage du même mensonge et de la même dissimulation avec eux, pour arriver -à -surprendre leurs secrets. Un peu .plus tard, vers 447, il'évêque dlAstorga, lîTurj'ibius, écrivit à saint -Léon pour lui dénoncer encore la ^secte. <La lettre de l'évêque a:péri, et la réponse authentique du pape aussi probablement^^ La guerre se continua entre hérétiques et orthodoxes csous forme de ^traités, de;symboles et de condamnations conciliaires -plus ou moins -directes. La dernière grande manifestation contre le priscillianisme eut lieu au concile de Braga de 563, où 17 anathématismes furent portés contre les divers points de son enseignement. Ge fut le -coup de grâce de l'hérésie. A partir de ce moment il n'en est à j)eu j)rès, plus question.
::Et maintenant, quelle était au juste la doctrine priscillienne? L'exposé le plus clair et le plus complet s'en trouve dans ces anathématismes du concile .de Braga dont je viens de parler. Ils sont éloignés, il est vrai, de près :de.deux cents ans .des origines :de la secte, mais leur substance se retrouve toute entière dans le LiôeZ/ws de l'évêque Pastor, composé vers le milieu du V* siècle, et en grande partie dans les sources datées du commencement de ce même siècle, ou même de la .fin du iv^. 'On peut donc les considérer comme conteinant.l'expression fidèle de ce qu'était-la doctrine priscillianiste pleinement développée. Quant à la doctrine personnelle de Priscillieri, c'est évidemment dans ses écrits rqu^il faut la chercher. Or il se trouve qu'entre
i. V. KuENSTLE, op cit., p. 117 et suiv. Les deux conciles de .Tolède et de Braga, indiqués comme tenus à la suite de la réponse du pape, n'ont jamais existé. :Dans l'état de lîEspagne à ce moment, il était impossible de tenir des conciles provinciaux.
cet enseignement des écrits de Priscillien et l'enseignement qu'on lui attribue ou du moins qui est censé être venu de, lui, des divergences, des contradictions même existent. Comment les expliquer? Qui faut-il croire, de Priscillien ou des auteurs qui nous parlent de lui? Où est enfin la vérité dans ce conflit? C'est ce que nous allons nous appliquer à rechercher.
Voyons d'abord ce qu'était le priscillianisme au v« et au VI* siècle.
Le concile de Braga réduit, comme je l'ai dit, ses erreurs ou pratiques répréhensibles à dix-sept chefs dont voici l'énumération. En note sont indiquées les sources plus anciennes qui confirment les assertions du concile.
I. — Les priscillianîstes nient la distinction réelle des personnes divines : ils sont sabelliens * .
II. — Ils admettent en Dieu une sorte d'émanation ad intra d'éons ou d'êtres divins : il y aurait dans la divinité trinitas trinitatis^.
III. — Le Fils de Dieu Notre-Seigneur n'existait pas avant de naître de Marie.
IV. — Ils sont docètes, et ne croient pas que Jésus- Christ soit né in ver a hominis natura. Aussi jeûnentils le jour de la naissance du Christ et le dimanche^.
V. — Les anges et les âmes humaines sont des émanations de la substance divine^.
VI — Les âmes humaines ont péché dans le lieu céleste où elles habitaient, et, à cause de cela, ont
i. Orose, Commonitor., 2. Pastor, Libellus, anathl n, lll, IV. AncosT., De haeresibus, TO. Il faut sans doute rapparier ici également l'ana- Ihème VI du Libellus : Si quis dixerit Chrislum înascibilem esse, expression qui semble caractéristique du priscillianisme.