De praescript. haeretic
178 LA THÉOLOGIE ANTÉNICEENNB.
le Pseudo-Tertullien, Philastrius et saint Epiphane', le système nieolaïte qu'ils exposent est un système ophite qui n'est sûrement pas primitif.
D'où venait à ces hérétiques le nom qu'ils portaient? Saint Irénée le fait dériver du diaere Nicolas [Act.j VI, 5) qui aurait été leur fondateur^. Gléinent d'Alexandrie ne nie pas cette relation, mais il l'explique par un malentendu. Nicolas, dont la vie dians le mariage était exemplaire, aurait souvent répété comme maxime et dans un sens encratite qu'il fallait abuser de sa chair (Tcwpaj^pi^ffaoOat t^ aapxf), c'est-à-dire la mortifier, ce que ses disciples auraient entendu au contraire d'une licence absolue à lui accorder. De là leur immoralité^.
Au souvenir de saint Jean se rattache encore le souvenir de Cérinthe, avec qui, au dire de saint Irénée'', l'apôtre se serait trouvé en contact à Éphèse. Nous n'avons pas sur lui de témoignage contemporain. 11 semble avoir été originaire d'Egypte et juif de naissance, ou du moins et d'abord de religion. Plus tard, il vint en Asie et y rencontra saint Jean. Son système, tel que saint Irénée l'exposait à la fin du ii® siècle ^, est le suivant. Au sommet des choses, un Dieu suprême ; bien au-dessous de lui, un démiurge qui ignore le Dieu suprême, et qui crée le monde. Jésus naît comme les enfants ordinaires, du commerce de Joseph et de Marie; seulement, il est supérieur aux autres
- 1. Pseudo-Teutuluen, j4cîî). omnes haeres.,o; Philastrids, De hacretibus, 33; S. Epiphane, Haeres. xxv, xxvi.
2 Adv. haeres., i, 26, 3,
3 Stromates, m, 4 (P. G., VIII, HS9) ; cf. Eusèbe, H. E., m, 2Î). Ce n'est que plus tard que l'on distingua le diacre Nicolas du fondateur des nicolaïtes (Cassien, Collât., xvm, 16).
4. Adv. haeres., m, 3, 4 (grec dans Eusèbe. //. E., iv, 14, 6).
5. Adv. haer.i i, 26, l, reproduit exactement par les Philosoiihoumena, vn, 33, et avec quelques additions et variantes, par le Pseudo- Tkrtulliem, 10; Philastrius, 36; S. ÉPiPHANEi Haer. xxvni.
hommes en justice, en prudence, en sagesse. Après son baptême, un être céleste, le Christ, venu d'auprès du Dieu suprême, descend sur lui sous la forme d'une colombe. 11 se trouve alors capable d'annoncer le Père suprême, inconnu jusque-là, et de faire des miracles. Mais, à la fin, le Christ, qui, comme être spirituel (TcveufiiaTuô;), ne pouvait souffrir, abandonne Jésus. Celui-ci meurt donc et ressuscite seul. — Saint Irénée ne dit rien de la morale de Cérinthe. Philastrius et saint Epiphane la représentent comme nettement judaïsante. Il aurait admis la Loi en partie, la circoncision et le sabbat. Il rejetait saint Paul, les Actes des Apôtres, et entre les évangiles ne conservait que celui de saint Matthieu dont il retranchait encore la gënéa-* logie de Jésus-Christ. Le prêtre Caius et Denys d'Alexandrie l'accusent formellement d'avoir enseigné un millénarisme grossier ^ .
Le mélange de gnose et de judaïsme est évident dans le système de Cérinthe ainsi exposé; mais il serait téméraire d'affirmer que nous trouvons bien, dans Philastrius et saint Epiphane ou même dans saint Irénée, ses vues originales etpersonneiies. Enrcvanche, les épîtres de saint Ignace et de saint Polycarpe nous livrent, sur les erreurs qui avaient cours dans la province d'Asie au commencement du ii« siècle, le témoignage de contemporains, et ce témoignage est précieux.
La doctrine des faux docteurs est qualifiée par sain Ignace d'hétérodoxie (ItepoSoÇia); d'herbe étrangère qu'il faut éviter^. Eux-mêmes sont des trompeurs qui parlent sans doute de Jésus-Christ, mais qui prônent le judaïsme, le sabbat, des pratiques surannées 3. De