JÉRÔME, Epist. LXXXIV
Lk THÉOLOGIE L/ITINE AU IV SIÈCLE. 335
feu qui ne s'éteint pas ^. Et quant à l'universalité du salut, nous savons par saint Augustin combien nombreuses étaient les opinions — toutes excessives — qui, vers 420, circulaient parmi les fidèles. Les uns pensaient que, pour tous les hommes indistinctement, les peines de l'enfer, ne seraient que temporaires ; d'autres, que ces hommes seraient sauvés au moins par l'intercession des saints ; une troisième catégorie étenr dait la certitude du salut à tous ceux qui, même hérétiques, auraient été baptisés et auraient reçu le coiîps du Seigneur; une quatrième, à tous ceux q:ui auraient reçu ces deux sacrements dans l'Egiise catholique, quand bien même ils seraient ensuite tombés dans l'hérésie et l'apostasie, de sorte que leur impiété « quanta maior fuerit,,non eis valeat ad aeternitatem, sed ad diuturnitatem- magnitudinemque poenarum » ; une cinquième catégorie regardait comme sauvés tous les catholiques restés tels, encore que vivant mal : ils seraient sauvés à travers le feu, à cause du fondement sur lequel ils avaient édifié. Enfin une sixième ne: croyait destinés aux peines éternelles que les pécheurs qui, tout en vivant dans le péché, auraient négligé de faire l'aumône, les autres devant être délivrés après un temps plus ou moins long 2, Ces opinions étaient soutenues au nom de la miséricorde de Dieu, et de la vertu rédemptrice de la vraie foi en JésusrGhrist^; mais elles l'étaient par beaucoup de gens (nonniilli, imo quam plurimi^); et elles n'é-
1. In lonam, III, 6 suiv. ; In Isaiam, LXVI, 24. Cf. Saint Augustin, De civil. Dei, XX, 22; XXI, 9, 2; 10; 2.
2. Augustin, De civit. Dsi, XXI, 17-22; cf. De fide et operibus, I, 21 suiv.; Enchiridion, LXVn, CXII ; In psalm. tXXX, 20; De octo Dulcitii quaestionibus, I.
Z. Enchiridion, CXII; Z)e civil. Dei, XXt,,26, 1; 24, 3.
4; Enchiridion, CXII; au chapitre LXVII, saint Augustin dit que la doctrine du salut de tous les catholiques est crue a quibusdam : il peut ne s'agir ici que des chefs du parti.
taient pas seulement répandues en Italie ; elles avaient gagné l'Espagne. Orose paraît avoir partagé l'avis de ceux qui regardaient tous les chrétiens comme infailliblement sauvés ' .
Contre les plus graves de ces erreurs cependant une réaction se produisit qui se rattache à l'histoire générale des controverses origénistes. Ces controverses, en Orient surtout, n'offrent pas grand intérêt dogmatique : elles y furent l'effet principalement de rivalités personnelles ; mais elles eurent leur contre-coap dans l'Église latine. L'évéque Théophile d'Alexandrie, d'abord favorable puis hostile aux partisans d'Origène, fit condamner sa doctrine dans un concile d'Alexandrie en 399, amena saint Épiphane à en faire autant dans un concile de Cypre en 399 ou 401, et se mit en rapport avec saint Jérôme pour que celui-ci traduisît en latin ses lettres pascales et synodales sur cette question. Saint Jérôme, alors aussi opposé à Origène qu'il en avait été d'abord enthousiaste, entra dans ses vues '-*. Ces écrits attirèrent l'attention sur le péril que courait la foi, et, en l'an 400, les doctrines d'Origène furent condamnées par le pape Anastase, en même temps que l'empereur interdisait la lecture de ses livres^. Nous ne savons malheureusement pas d'une façon précise quelles étaient les erreurs condamnées, ni si une sélection avait été faite dans les enseignements origénistes. Il est probable que, seules, les opinions relatives à la préexistence des âmes, à la restauration finale du démon, et au mode de résurrection furent réprouvées, car nous trouvons soutenues, même après cette condamnation, les autres doctrines.
i. De arbitra liberlate, lu (P. L., XXXI, H83) ; Commonilorium, 3.
2. Voir dans saint Jérôme sur toute cette affaire les lettres XCII, XC, LXXXVI et suiv.