‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 54 sur 1102 · Harnack, I^ehrb. der DQ., h P · texte numérisé non relu

Harnack, I^ehrb. der DQ., h P

glise. Mais néanmoins, cet étrange alliage habilement présenté à des esprits curieux et insuffisamment affermis ne pouvait que leur offrir infiniment d'attraits. On le vit bien à la vogue qu'obtint le gnosticisme, aux efforts que sa défaite nécessita de la part des controversistes, et au soin que mit l'Église à anéantir, autant qu'elle le put, son souvenir et sa littérature.

La lutte contre la gnose fut en effet la grande affaire doctrinale de l'Église au ii^ siècle. Or il est remarquable, observe très justement M^"" Ducbesne', qu'à ses raisonnements et à ses rêveries savantes l'Église n'opposa, pas un système tout fait, une synthèse rationnelle de sa foi, une théologie proprement dite — cette théologie n'existait pas encore — : elle opposa sa tradition, non pas précisément et d'abord sa tradition doctrinale, mais sa tradition hiérarchique. Les successeurs des apôtres sont seuls qualifiés pour nous enseigner la vérité : c'est à eux qu'il faut s'adresser pour la connaître. Et parce que l'Eglise de Rome est l'Église principale avec laquelle toutes les autres doivent s'accorder, sa tradition suffit à convaincre d'erreur tous ceux qui ne pensent pas comme elle ou qui ne viennent pas d'elle. Voilà l'argument très simple, plus pratique que théorique, que saint Irénée a fait valoir contre la gnose, et cet argument s'est trouvé, dès ce moment, assez fort pour en triompher. Sans secousses, sans conciles, et sans aucune de ces solennelles condamnations qui, dans les siècles suivants, firent en un jour justice de l'erreur, « l'Église se débarrassa de la gnose peu à peu, sans crise, par le simple mouvement vital qui, dans un corps sain, suffît à éliminer les germes des maladies avant quelles organes essentiels en soient atteints » .

•I. Origines chrétiennes, pp. 168, 169.

20b LA THEOLOGIE ANTENICEEiNNE.

Ajoutons du reste que si la gnose constitua pour l'Église un danger des plus graves, elle ne laissa pas, par d'autres côtés, que de lui être utile. Non seulement les défenseurs de l'orthodoxie apprirent de leurs adversaires plus d'une vérité en les combattant, et virent s'élargir leur propre point de vue, mais la controverse mit en circulation une quantité de termes, ouata, ôjadouaxo^, ÔTTOffiaffiç, TrpoêoXvi, etc., dont la théologie profita, et dont elle eut à déterminer exactement le sens. C'est dans ces débats que sa langue commença à se former, et qu'on sentit pour la première fois la nécessité de lui donner plus de fermeté et de rigueur.

§ 5. — Le marcionisme '.

On rangeait autrefois Marcion parmi les gnostiques : appréciation fort contestable, car Marcion n'est pas mû dans ses recherches par le même intérêt théorique que les gnostiques : son système n'offre rien des spéculations et des rêveries que les leurs présentent, et si l'on y trouve des traits qui semblent l'en rapprocher, on peut croire qu'ils viennent non de Marcion lui-même mais du syrien Cerdon que Marcion connut à Rome et qui fut quelque temps son maître (vers 138-139) 2. Aussi en traitons-nous à part.

1. Sources : S. Justin, J Apologie, xxvi; lvui; Dialog,, xxxv. S. Irénée, Adv. haer., I, 27, 2-4; in, 4, 3; H, 9; 12, 12; 13; 14. ïertl'llien, Adv. Marcionetn libri quinque i De carne Chrisli ; Adv. Eerrnogenem. I'seubo- Teutulliex, n. PiiiLASTRius, 4o. Saist Épiphane, Haer. xui. Philosophoumena, VU, 29-31; X, 19. Adamantils, De recta in Deum fide, I, II. EzNiG DE GoGUP, Réfutation des sectes (v« siècle). — Travaux : DucuESNE, Hist. «ne. de l'Église, I, chap. xi. Hilgenfeld, Die Ketzergeschichte des Urchristentums, Leipzig, 1884. Harnack, De Apellis gnosi monarchica, Lipsiae, 1874. Meyboom, Marcion en de Marcionielen, Leiden, 18Ê8. G. Krueger, Marcion und die Marcioniten dans Realenc. fur prot. Th. und K., 1903, t. XII.

2. Sur Cerdon, Yoir S. Irénée, Adv. haer., l, 27, 1; III, 4, 3; Pseudo-

LES HÉRÉSIES DU 11° SIECLE. 2û7

Marcion a été avant tout frappé de l'opposition des deux Testaments, de la Loi et de l'Evangile K On ne met pas, répétait-il, le vin nouveau dans les vieilles outres ni «ne pièce neuve à un vieil habit-. Dès lors, comment FEglise et ses écrivains depuis les apôtres, et y compris les apôtres, se sont-ils obstinés à rattacher le Nouveau Testament à l'Ancien, la grâce à la Lai, le christianisme au judaïsme? Marcion n'y voit qu'une explication : la méprise universelle dans laquelle tous sont tombés, sauf saint Paul. Car saint Paul seul a signalé, dans l'épître aux Galates, ces docteurs judaïsants qui corrompent l'Evangile en y voulant mêler la Loi. II a donc été l'homme suscité de Dieu pour rétablir le vrai sens du christianisme faussé par les Douze. Encore a-t-on depuis altéré ses écrits, et faut-il les expurger des erreurs qu'on y a introduites *'.

Qu'est-ce en effet que la Loi ancienne? Une loi juste sans doute, mais seulement juste, et d'ailleurs sévère, dure, inflexible. L'Evangile, au contraire, n'est que bonté, amour, liberté. Deux économies si opposées ne sauraient avoir le même auteur; et en conséquence, la gnose aidant, Marcion admet deux principes, deux dieux : l'un créateur du monde et législateur de l'Ancien Testament, non pas mauvais en soi. mais rigoureux, inconstant, connaissant uniquement la justice et la force, de qui viennent toutes les. souffrances de l'humanité; l'autre, supérieur au premier, révélé par Jésus, bon, miséricordieux, plein de douceur''. Bien que

Tf.rtullies, XC; Philastrius, 44; S. Épiphane, Eaer. \u, ces trois derniers moins sûrs.

■f. Separalio leyis et evanfjelii proprium et principale opus estMarcionis (l'Ei-.Ti-LL., Adv. Marclonem, I, 19). '-

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