‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 62 sur 1102 · EusÈBE, Hist. eccles., V · texte numérisé non relu

EusÈBE, Hist. eccles., V

2 Sources : Les plus anciennes sont les documents mentionnés ou cites parEusèbc. Menlionnés : Les lettres des martyrs de Lyon de 117 aux Églises d'Asie et de Phrygie et au pape Êleuticère, et la lettre où les chrétiens de la Gaule formulaient leur avis sur la question montau!ste(iî. E., V, 3, 4). Un écrit d'Apollinaire d'Hiérapolis (ff. E., V. 19, i ; id, i). Un écrit de Miltiade rieplToû \i.i\ SeTv upof :^T7}v àv è%ezé.(ju Xa/aîv {H. E., V, 17). Cilés : Une lettre de Sérapion d'Antioche (v. SOD) à Caricus et Ponticus [H.E.,y,i9). Un ouvrage d'Apollonius d'Ephèse (F. E., '\\ 18). L'ouvrage d'ua anonyme à Abercius Marcellus, écrit vers l'an 214 {H. E., Y, 16). — Après cela, TeetulueNt De corana niilitis;De fuga in perseculione; De exhorialîone casiitatis; De virginibus velandis; i)< monogamia; Deieiunio adversuspsifchtcoa ; De pvdicitia. Ses septIiTfes De exstasi sont perdus (cf. S.Jérosie, De viris illustr., 24, 40,53). PsEUDO-TrRTLLLiEN, 21. PHiLASTRius, 49. S. ÉPiPHANE, ïcl bien renseigné e1 qui a puisé à une source ancienne,^ l'ouvrage de Miltiade à ce qu'il semble, Ifoer.,xLviii, xeix. Le&PAî7osojpAo«m<«e, VIII, 19; X,2S. Okigène, In epislolam ad Titum (Lomm., V, 291). Didyîie, De Trinilate, m, 41. S. JÉRÔME, Epist. XLl. iHÉOBeRET, Bacretic. fabtd. eompendium^ ni, 2.

Travaux: Dochesne, Hist. anc. de l'Ègl.,Ir chap. xv. Hilgenfeld, Dm KetzergescMcMe des Urchristenlums, Leipzig, 188», pp. 560-601. G. N. Ba:^^YETSCH, Die Gesehichte des Montmvîsmus, Erlangen, 188t. W. Belck, Geschichte des Monlani&nius, sein- Enlstehungsuraaehe&f etc., Leipzig^ 1883. P. de Labriolle, La crise montaniste, Fribourg et Paris, 1913. Lei sources de l'histoire du montanisme,Tnbo\xpg et Paris, 1913.

216 LA. THEOLOGIE ANTÊNICEENNE.

domestique d'éléments intérieurs à l'Église : c'est proprement une hérésie. Dans la crise gnostique, il s'était agi de savoir qui devait diriger la foi et la conduite des fidèles, delà spéculation représentée par la gnose et ses docteurs ou de l'enseignement traditionnel représenté par la catéchèse ecclésiastique et parlesévêques. Dans la crise montaniste, la question est de savoir d'abord si l'économie de grâce apportée par Jésus-Christ et reçue par les apôtres estl'économi e dernière et définitive, ou s'il ne doit point y en avoir une plus parfaite due à l'effusion spéciale du Saint-Esprit sur de nouveaux prophètes ; et conséqucmment, si les successeurs des apôtres, les évêques, restent souverainement préposés à la direction doctrinale et morale de l'Eglise, ou si, à côté et au-dessus d'eux, cette direction ne revient pas à ces prophètes immédiatement inspirés de Dieu. L'autorité doctrinale et hiérarchique de l'Église avait dû premièrement se défendre contre les prétentions de la spéculation : elle doit se défendre maintenant contre celles de l'inspiration privée.

Bien que la chronologie en demeure quelque peu incertaine, on connaît assez bien les origines du mouvement montaniste. C'est probablement aux environs de l'an 172 qu'un certain Montan, nouveau converti du bourg d'Ardabau, dans la Mysie phrygienne, commence à éprouver des transports et des extases et à proférer des discours qui le font passer aux yeux des uns pour possédé, pour inspiré aux yeux des autres . Deux femmes , Priscilla et Maximilla, s'attachent à lui et présentent bientôt les mênies troubles étranges. L'agitation gagne la Phrygie (-Si xaxà ^puya; aipsaiç). Les foules accourent dans la plaine située entre Pépuze et Tymium, où doit descendre incessamment la céleste Jérusalem. Là, les assemblées se tiennent et les saints mystères se célèbrent en plein air : on y est témoin de phénomènes extraordi-

naires d'extase et de lévitation. Comme la fin du monde est proche, chacun vend ses biens ou les met en commun pour les besoins des frères. L'enthousiasme est à son comble.

Quelle était donc la doctrine qui le motivait? Au fond, le montanisme fut plutôt, au début surtout, un mouvement, une sorte de revival spirituel et excessif qu'un système défini. La morale y tenait plus de place que la spéculation. Cependant les nouveaux prophètes, Montan et ses acolytes, prétendaient être entre les mains de l'Esprit ce qu'est la lyre entre les mains du musicien; l'homme dormait, mais l'Esprit veillait: c'est Dieu qui parlait en son nom propre j le prophète ne faisait que prêter ses organes. On voyait dans cette inspiration l'effusion du Paraclet annoncée par le Sauveur et relatée en saint Jean (xiv, 16, etc.). Quelques-uns même, distinguant entre le Paraclet et le Saint- Esprit, affirmaient que ce dernier seul était descendu sur les apôtres, tandis que le premier, réservé à Montan, enseignait par son entremise une doctrine supérieure à celle de Jésus-Christ.

Non pas que le symbole chrétien dût être corrigé par la nouvelle révélation. Tertullien, montaniste, soutient au contraire qu'elle le confirme; mais elle mettait fin à certaines indulgences que Jésus-Christ avait cru devoir laisser encore subsister ' . Ainsi les secondes noces étaient prohibées et, au début, peutêtre même les premières; de nouvelles fêtes, des jeûnes plus fréquents étaient introduits. Outre le carême, on admettait deux périodes de xérophagie pen-

1. Tertuluen, De monogamia, % 3, 14. De virgin. vel., i. Regnavit duritia cordis usque ad Ckriscum; regnaverit infirmitas carnis usque ad Paracletum. Nova lex abstulit repudiutn {habuit quod auferret), nova prophetta secundum matrimonium, non minus repudium prioris [De monog., 14).

LA THÉOLOGIE ANTËNICÉENNE. — T. I. 13

ai» LA THÉOLOGIE Aî(î!ÉNIGÉERÎtE.

àamt lesqndlfes on^neînawgeait'qiie'^desïfliiaïewfcs secs etdesiradines. Mais «ce qui îdomiîïait-totft^t'donîïait à tout fe reste sa sîg-QÎfîcâtioTi et sa ^orce, c'était 4a croyance à l'imminence de la parousic et 'du mUle" nîum. Le'Giarigrt, allait 'bieiîtôt descendre ipour 'rêgsier sur sonjpeuple :>il fallait se préparer 4 'Oét 'événement par xm-détadheoneîat universel.

îPënéferéS'Ûe 'ceCte cjonviotion et ia^d^nts au prosélytisme, les 'montanistesîfirenten Orïerit^'esprog'rèB rapides «t réçRandipent leurs -ienFeurjs âass ^la 'prwinoe d'A.si'e,5danî!'la '©g^latie<,et «urtoutdan^ la 'Phryg^ie ©îù l'on s'efforça de les cantonner. I^armi les premiers^qra se distinguèreiït dans 'la -secte, MDn dite un certain Mcibiade, qui 'paraît l'avoir gouvernée après Monlan; un prétendu corifesêseur de la *fdi, Théïïïison, •^«ïteu'r d'une épître î)lasp'hématoire ^contre -le 'Seigneur 'et les apôtres autlièntiqu-es; un -voleur, Mexanâre, dont 'le dossier existait encore 'à 'Éphèee, et -un naïf 'et un convaincu, Théôéote, qui;se%aa, drt-oai, dans une expérience de lévrtsrtion, O^e mond© «ataplirygien -ëtait, comme on le voit, compose •d'ëlëmerits ^oiï -mêlés. Puis, vers '200-207, 'nous -trouvons les -motitanistes -ëtahlmk Romeet ayant àieur tôteî^roclus"' et izEschme.La divrsion'netsH'da 'pas à éclater eritre eux à 'l'occasion de la coirtroverse monarchienne, et î'wn-eut les m^ontam&ie^ kata T^rocï'um^i\e& 'montamstes kata Aesvfnnem. Mais ^ ce 'mamertt^îà -m'ème (vers '202)', ^la •s'ecte fît une -conquête- de ^ennep t)rdi'e 'dans -la perserane de TertuUien'^. Sous -son influence, «elle •^s'organisa 'en

i. EusÈBE, H. E., II, 23, 6, 7; III, 28, 2; 31, 4; cf. YI, 20, 3. C'est probablement le même que Tertullien nomme Proculus {Adv. Valenliwianxjs, ;8).

2. Le Teôactear'deïla Bassiv^^SiS. .Penjyeiuae et FelicMatïs -^ ététcertainement, ûvi vaussi, !BOus.'l'nïfli»eDce des iioîiv«lles ipropîtélies; à qo'êile date-fixactemeiït? NouSiWgaoroits.SHais^onîn'eii «aurait ;:conciure au montanisme des martyres elles-mêmes.

LES HERESIES Mî II» SIÈCLE. 219

Aêcicpie, ^t les scènes étranges -que l'on avait vues en Pbrygie se reproduisirent dan« les nonvelles commu'naHtés, Tertuîlien en donne dans son traité De anima (9) un spécimen intéressant,

L'Église cependant ne s'abandonna pas, et s'efforça iTQmédiatement de repousser l'attaque et de réduire l'erreur. En Orient, de saîiïts évêques cherchèrent à ramener les égarés «t de vigoureux apologistes îancècent krars réfutations. Eusëbe a connu ou cité les ouvrages d'Apollinaire- d'HîeîrapdHs, de Mîltiade, <ie Sérapîon -d'Ântiodhe, d'Apollonius, et enfin d'un anonyme qui écrivait treize ans après la mort de Maximlîlaj e'est-à-dîre vers 211, et dont îl a conservé des 'fragments précieux. En même temps, plusieurs conciles des -évêques de Fhrygie et des environs se réunirent. On «n mentionne un à Iconium où il fut décidé que Ton renouvellerait le ^bap^ême des montanistes qui se convertiraient ^, -et un autre à Synnada^. Tous deux ont dû se teniîr «ntre l'es années 230-235.

En Occident, les premiers écrits connus relatifs au montanîsme sont les lettres dres martyrs lyonnais de 177 aux frères d'Asie et au pape Éleuthère envoj^ées, dit Eusèfoe, t^ç t»v lKJtX.7)<Kwv eîpi^vT]? l'vsxev, pour tâcher d'amener la paix. Cette expression a fait penser à quelques-uns — et les protestants l'ont souvent répété"** — que les .auteur^ .de ces lettres étaicint favora;bl©s aux montanistes. 'Non pas précisément; car Eusèb® ajoute gu'iai peu plus tard ces documents foirent produits jpaT les 'chrétiens de Gaule, lorsqu'ils donnèrent sur la question leur jugement, un jugement « pieux et très 'Orthodoxe ('Eucéêv) xai ôpOoSoloTecTriv) ».

i. Epist. Fîrmilîani ad Cyprîanwn {Cijjp:ianiEpisl.LXXV, 7, édit. Hurtel}.

•2. EcsÈBE, fi. 2?.,TII,"7,'5.

Page 1