‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 685 sur 1102 · XX AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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exigeant que ne l'était à lui-même M. Tixeront, une excuse à traiter certains points de seconde main : il ne s'y résigna jamais. Il connaissait les livres les plus récents; il les citait quand il fallait, loin de vouloir paraître les ignorer ; il ne puisait quant à lui qu'aux sources. Il ne s'y noyait pas. Il reste toujours maître de son exposition et la conduit avec rigueur à sa fin, qui est de montrer l'élaboration du définitif dans les vues imparfaites d'un auteur ou dans les controverses d'un temps.

A mesure que le définitif se cristallise, la doctrine qui le commente s'approfondit et s'enrichit ; pour la présenter avec compréhension et pour la juger avec objectivité, l'historien a besoin d'une compétence théologique déliée. M. Tixeront montre là toute sa maîtrise. Il est à même d'interroger chaque auteur sur sa pensée, et de l'exprimer à son tour sans la dépasser ni la mutiler. On tremble toujours avec tels et tels qu'ils ne veuillent tirer à eux un saint Augustin, par exemple : avec M. Tixeront on est en sécurité, il est timoré pour nous, il a le scrupule perpétuel de la justesse et de la mesure, sans chercher jamais à compliquer, et en s'appliquant à être toujours net, et, comme Duchesne aimait à dire, à tirer au clair. On pourra en juger sur ce qu'il dit des variations du monophysisme ou de l'augustinisme. •

Cette manière d'écrire l'histoire des dogmes et de la doctrine ecclésiastique a certainement une allure ancienne. Elle est en réaction très consciente contre la manière de telle ou telle Dogmengesckîchte allemande, de tel ou tel essai français plus récent et moins sérieux. Son histoire est surtout un inventaire, on l'a dit d'un mot qui porte, mais pareil inventaire nous

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manquait. Si nous avons vu naguère des scolastiques convertis à l'histoire des dogmes, si nous avons vu de ces convertis remodeler la théorie newmanienne du développement et nous accorder bien au delà de ce que nous réclamions en 1905 pour l'histoire ^ il convient d'en reporter le mérite à une œuvre aussi judicieuse, aussi mûrie, aussi persuasive que celle de M. Tixeront.

Ce fut son œuvre capitale. On y joindra quelques études détachées, qui en dépendent, un précis de patrologie, qui est un excellent manuel de séminaire et dont le succès a été très large, enfin un petit livre sur les ordinations, qui est loin d'être sans valeur.

M. Tixeront est mort à Lyon, le 3 septembre 1925^ dans sa soixante^dixième année. Il était depuis 1902 doyen de la Faculté de théologie, et la confiance de tous, à commencer par celle des cardinaux archevêques de Lyon sous le regard de qui il avait enseigné, s'était attachée à lui et était depuis longtemps sans réserve. Elle allait à sa doctrine et aussi bien à son caractère. Nous avons beaucoup perdu en le perdant, mais il avait pu achever son œuvre. Dieu nierci, et elle rendra bien des services encore à la pensée catholique.

Paris, samedi saint, 1928,

Pierre Batiffol.

'1. Nous pensons à F. Marin-Solà, L'évolution homogène du dogme catholique (i924).

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