XVIII AVANT-PROPOS
de saint Jean (1925) et le P. Lebreton dans son Histoire du dogme de la Trinité, les tomes I et II de 1927-28, laissent loin derrière eux les esquisses sommaires des trois premiers chapitres de M. Tixeront.
Pour le reste, le livre de M. Tixeront a gardé toute , sa valeur. Il procède en étroite liaison avec l'histoire littéraire, étudiant les auteurs ecclésiastiques époque par époque, s'appliquant à présenter la doctrine de chacun dans des résumés qui se tiennent toujours en contact avec les textes, et qui détachent avec exactitude les points capitaux, sans chercher à mettre entré les auteurs une continuité qui serait un trompe-l'œil. On trouvera ses exposés un peu rapides : pourrait-il en être autrement dans une histoire qui consacre trente pages à Origène, vingt à Tertullien, cinq à Paul de Samosate? Il ne serait d'ailleurs pas exact de dire que M. Tixeront ne s'attache qu'aux auteurs, il expose les controverses qui ont divisé l'Eglise, comme celle du monarchianisme, comme celle de la discipline pénitentielle, et il a des vues d'ensemble comme ce « bilan doctrinal et théologique de l'Eglise à la veille de l'arianisme », qui clôt son premier volume et qui lui sert de conclusion.
Depuis vingt-cinq ans, on a beaucoup écrit sur les auteurs et sur les doctrines du ii^ et du iii^ sièclCj du Marcion de M. Harnack au Paul de Samosate de M. Bardy. M. Tixeront a le mérite d'avoir présenté tous ces auteurs dans leur suite historique, de les avoir présentés en des raccourcis très fermes, de s'être interdit de les situer dans des perspectives artificielles. Il s'est imposé une objectivité stricte, sans 'cesse contrôlée, toujours de première main. Il n'avait au-
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cune prétention à l'originalité, il avait horreur des paradoxes, et voulait surtout être solide. On peut dire qu'il y a réussi, et que peu d'historiens parmi nous ont été moins que lui contredits et contestés par les gens du métier.
Mais on s'étonnerait qu'un tel livre paru en 1905 n'ait pas eu maille à partir avec les gens d'un autre bord : le premier volume de V Histoire des dogmes fut dénoncé par ces théologiens pour qui les dogmes n'ont pas d'histoire. La monographie que j'avais publiée cette même année du dogme de la présence eucharistique provoqua les mêmes dénonciations. On affectait de confondre l'histoire par nous pratiquée avec le modernisme que nous avions les premiers diagnostiqué et répudié. Dans sa chaire retentissante de la Grégorienne, le P. Billot ne se lassait pas de fulminer contre M. Tixeront et contre moi, en 1906, et en ce temps-là son autorité était prépotente. On demanda au cardinal CouUié, archevêque de Lyon, la tète de M. Tixeront : le cardinal ne céda pas à cette sommation. Il suggéra seulement à M. Tixeront de retoucher son livre de façon à éclaircir tout ce que des esprits prévenus pouvaient croire y découvrir d'équivoque. La clarté devait être la seule défense de la probité. L'orage se détourna de Lyon pour fondre sur Toulouse.
M. Tixeront mit à achever son Histoire des dogmes la constance tranquille qui réglait toute sa vie. Les deux volumes, qui conduisaient cette histoire des débuts de l'arianisme à la fin de l'âge patristique, traitaient des sujets moins épineux que la théologie anténicéenne. La documentation était autrement touffue, et c'aurait pu être, pour un historien moins