Epist. XXVIII
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pas de là même nature qtié la nôtre, était-elle bien un er humanité, et d'où' venait-elle?
Cependant, on ne devait pas rsdsonnablement s'at" tendre à ee qu'Eutychès. aeeeplât sa condamnation. A. la fin même de la séance, au rapport du diacre Constantin, il en avait appelé de la sentence au concile des évêques de Rome, d'Alexandrie, de Jérusalem et d& Thessalonique ^ En dehors des placards qii'il fît afficher dans Constantinople pour se justifier, il écrivit pour le même objet à saint Léon ^, à saint Pierre (Chrysologue) de Ravenne, et probablement à Dioscore. Celui-CL était tout disposé en sa faveur et, sans attendre un nouvel examen, au mépris de tous les canons, il reçut l'hérésiarque à sa communion, et le déclara réintégré dans ses fonctions de prêtre et d'archimandrite. JVIais surtout Eutychès intrigua auprès de l'empereur afin d'obtenir un second concile qui réviserait son procès. Théodose accéda à ses désirs et, le 30 mars 449, lança les lettres de convocation au synode qui devait se tenir à Ephèse.
De son côté toutefois Flavien n'était pas resté oisif. Lui aussi avait informé le pape de ce qui s'était passé à Constantinople, et, sur sa demande, lui avait fourni, sur cette affaire, les détails précis et circonstanciés qui lui permettraient d'en juger en tonte connaissance^. Léon se crut en effet suffisamment édifié par les documents que lui avaient adressés les deux partis, et. Le 13 juin 449, remit a ses légats partant pour le concile convoqué à Ephèse une série de lettres contenant des décisions fermes. Parmi elles se trouvait la fameuse lettre xxviii^ à Flavien, que le concile de Chalcédoine' devait accepter comme règle de foi.
i. mabsi, yi, en.
2, v. sa lettre dans Mansi, Y, 1014.
8, Mansi, V, 13â9, 1338, 4352.
Cette lettre * a joué dans l'antiquité un rôle considérable, et a toujours été regardée comme un document dogmatique de premier ordre. Le souffle tliéologique y est cependant beaucoup plus faible que dans les œuvres de saint Cyrille, et la spéculation proprement dite n'y occupe aucune place. Saint Léon ne veut ni discuter, ni démontrer : il prononce et il juge. Il reproduit simplement là doctrine de TertuUien et de saint Augustin, celle des orientaux dans ce qu'elle a de correct ; mais il l'expose avec une netteté et une vigueur remarquables, et surtout dans un style dont on avait, en occident, perdu le secret. Cette doctrine se résume en ceci :
1° Jésus-Christ n'est qu'une seule personne : le Verbe et le Christ ne sont pas deux mais le même individu : « Qui manens in forma Dei fecit homînem, idem informa servi factus est homo(3) ... Unus enim idemque est, quod saepe dicendum est, vere Dei Filius et vere hominis filius (4). »
2'* Mais dans cette personne unique il y a deux natures, la divine et l'humaine sans confusion ni mélange : « Salva.igitur proprietate utriusquè naturae et substantiae, et in unam coeunte personam, suscepta est a maiestate humilitas, a virtuteinfirmitas, ab aeternitate mortalitas... Tenet enim sine defectu proprietatem suam utraque natura, et sicut formam servi Dei forma non adimit, ita formam Dei servi forma non minuit (3)...Quamvisenimin Domino lesu Christo Dei et hominis una persona sit, aliud tamen est unde in utroque communis est contumelia, aliud unde communis est gloria (4). »
3° Chacune de ces natures a ses facultés propres, son opération propre, qu'elle n'accomplit pas indé-
i. U voir dans P. L., LIV, 755; Hàmsi, V, 1366; Habk, Biblioth., S 33*'
L'EUTYCHIANISME. 87
pendamment de l'autre et en dehors de l'union qui est permanente, mais dont elle est cependant le principe immédiat : c'est la conséquence de la dualité des natures : « Agit enim utraque forma, cum alterius communione quod proprium est, Verbo scilicet opérante quod Verbi est, et carne exsequente quod carnis est (4). » Tout ce chapitre développe cette idée.
4* D'autre part, l'unité de personne entraîne la communication des idiomes : « Invisibilis in suis visibilis factus est in nostris; incomprehensibilis volait comprehendi, etc.. (4). Propter hanc ergo unitatem personae in utraque natura intellegendam, et filius hominiB legitur descendisse de caelo cum Filius Dei carnem de ea virgine, de qua est natus, assumpserit. Et rursus Filius Dei crucifixus dicitur ac sepultus, cum haec non in divinitate ipsa, qua Unigenitus consempiternus et consubstantialis est Patri sed in naturae humanae sit infirmitate perpessus. Unde unigenitum Filium Dei crucifixum et sepultum omnes etiam in symbolo confitemur (5). »
Telle était, clairement indiquée, la doctrine christologique que le pape voulait faire triompher à Ephèse, et dont il avait confié la fortune à trois légats, Julien évêque de Pouzzoles, le prêtre René, qui mourut avant le terme du voyage, et le diacre Hilaire. Mais du reste on voit, par quelques lettres écrites peu après par saint Léon, qu'il augurait mal du concile sur le point de s'ouvrira La suite n'allait que trop justifier ses craintes.
Le concile en effet, convoqué pour le 1" août 449, devait être présidé par Dioscore, assisté de Juvénal de Jérusalem et de Thalassius de Césarée en Cappadoce. Les évéqucs qui, au concile de Constanlinople,
1- Epist. XXXVI et XXXYII. Théodoret avait la même impression [Epist. XVI, CXH).
. avaient : condamné Eutychès, ne devaient pas avoir droit de vote, puisqu'il s'agissait de^contrôler leur sentence. Théodoret avait reçu défense d'y assister. En revanche, l'empereur avait voula que l'arcMmandrite Barsumas de Syrie, sorte de sauvage et monophysite renforcé, prît part aux séances. , Dans ces conditions, tout s'annonçait pour le triomphe d'Eutychès et de Dioscore.
Ce triomphe fut complet : il fut excessif.' Il n'entre pas dans notre sujet de raconter les diverses phases de ce concile que saint Léon a caractérisé du nom qui lui est resté, celui de brigandage^. Il n'y fut question du dogme que pour approuver les déclarations d'Eutychès, et protester contre la doctrine des deux natures après l'union. Quant aux instructions du pape, elles furent systématiquement passées sous silence. Outre cela, Eutychès définitivement rétabli dans ses fonctions, Flavien,Domnus d'Antioche, Ibas, Théodoret, Eusèbe de Dorylée déposés, le patriarche de Constantinople ignominieusement maltraité, les évêques contraints de signer en blanc sous la menace des épées et des bâtons, des moines fanatiques faisant la loi au synode; tel est le bilan de cette assemblée, une des plus lamentables que l'histoire ait connues et qui porta à l'Eglise grecque un coup funeste. Cent trente-cinq signatures'furent recueillies en faveur de ces violences que l'empereur approuva à son tour 2. Les légats cependant n'avaient point signé; ils étaient parvenus à s'enfuir, et, avant de partir, avaient pu recevoir les deux
i. Une partie des actes du brigandage d'Éphèse a été conservée en ^eç dans ceux du concile de Cbalcédoine où on les lut (Mansi, VI)- Une recension syriaque a été retrouvée dans un manuscrit du vi" siècle, et publiée et traduite par P. llXKtm, Les actes du brigandage d'Ephèse, Paris, 18T6, et par F. Perry, The second synod of Ephesus, Dartford, 1881. Cf. Hefelk-Lecleucq, Histoire des cohcilea, n,l,p^ KS8 et suiv.
S. Mabsi, YII, 495 et suiv.
; Ii'EBTYCMANISWli. ^
appels aû pape de Flavieh et d'Eusèbe.'; Le pape ne devait pas laisser tranquillement triompher l'iniquité..
§ 2. — Le concile de Ghalcédoine
Le 29 septembre 449, saint Léon tenait à Rome un concile assez nombreux qui condamna ce qui s'était fait à Ephèse, et, le 13 octobre, envoyait à l'empereur deux lettres ée protestation 2. Il y réclamait un concile général qui serait célébré en Italie. Sa demande, bifin qu'appuyée par l'empereur d'occident, n'eut aucun succès. Un réconfort cependant vint au pape et d'une lettré de Théodoret qui en appelait à lui de la sentence "du brigandage d'Épbèse 3, et d'une lettre de Puichérie qui lui témoignait de son horreur pour la doctrine d'Eutych.ès'', et d'une lettre même d'Anatolius, le nouveau patriarche de Gonstantinople sacré à la place de Flavien, qui lui faisait part de son élection ^. Cette dernière démarche indiquait chez Anatolius un désir de rapprochement, et saint Léon, pour en profiter,, avait déjà envoyé des légats à Gonstantinople, quand un événement vint tout à coup précipiter la solution.
Le 28 juillet 450, Théodose II mourut, sans postérité masculine. La couronne revenait à sa-sœur Pulchérie,
d. Le texte des deux appels a été publié, par Amelli d'abord, puis pav iioaimsen et 'Lacef. BAfTiFFOh, Siège apostolique, p. Sii-an.
2. Voir, entre. les lettres dp saint Léoa, les lettres LV-LVin etLXII-LXIY..
3. Théodoret, jEÎpfs/. CXlil. Cette lettre est fort belle. Après avoir nettement reeoniQU lapriaiaaté du pape, Théodoret disait à saint Léon la joie que lui avait causée la lecture» de la lettre à Flavien, et racontait comment il avait été condamné par Dioscofe, sans avoir été cité et entende. Puis il en appelait au siège apostolique : t Pour moi, j'attends la décision de votre siège apostolique : je prie et conjure votre sainteté de me secourir, moi qui en appelle à votre juste et intègre jugement, de m'ordonner de venir vers vous, afln que je montre la conformité de ma doctrine avec les enseignements apostoliques » {P, G., LXXXJIT, 1316,1317).