Epist. I, P. L., XLV, 1790 et LXV
2. C'est spécialement sur cette profession de foi que paraît porter l'approbation du pape.
3. C'est le point le plus spécifiquement augustinien des déclarations du concile. V. les capitula 9, 1", 20 et surtout 22, qui reproduisent les sentences 22, 297, 3U et 325 de saint Prosper. Le capitulum 22 notanjment a donné lieu à bien 4es discussions.
LE SEMI-PELAGIANISME. 311
irrésistible, sur la double délectation et ses entraînements, sur le petit nombre des élus et la volonté salvifîque de Dieu. Rien sur la prédestination, sinon pour condamner ceux qui pensent que Dieu prédestine au péché et au mal. En revanche, on affirmait que tous les baptisés pouvaient et devaient, en unissant leurs efforts à la grâce de Dieu, remplir leurs devoirs. C'était implicitement affirmer que la grâce ne manque jamais aux chrétiens, et qu'elle ne fait pas tout en eux.
Ainsi, tout en adoptant l'essentiel des vues de saint Augustin sur l'action de Dieu en l'homme et sur l'économie de notre salut, l'Eglise ne faisait pas siennes toutes ses spéculations. Sans doute, à la fin de ces longues controverses qui duraient depuis plus d'un siècle, saint Augustin restait le vrai triomphateur, cela n'est pas douteux. Pelage avait voulu faire de l'homme, par l'énergie de sa volonté et la tension de sa nature, le vrai auteur de son salut : Dieu n'intervenait que pour rendre ce salut plus facile. C'était la confusion des deux ordres naturel et surnaturel. Contre lui, l'évêque d'Hippone avait affirmé que le véritable et premier auteur de notre salut, c'est Dieu. L'homme a été réduit par le péché d'origine a une telle impuissance que, seul, il ne peut accomplir même le bien moral : il faut donc que Dieu le prédestine gratuitement, le prévienne, le relève, le soutienne, le porte pour ainsi dire jusqu'au ciel. Pour Pelage, les actes surnaturels étaient l'œuvre de la nature : pour saint Augustin, il n'y avait plus d'actes bons naturels : la nature posait une condition du salut, le travail sous l'action de la grâce ; mais la grâce travaillait encore avec elle et pénétrait toute son action.
Or à certains esprits il avait paru que l'évêque d'Hippone avait exagéré l'impuissance de l'homme déchu, et que sa théorie de la prédestination absolue
rendait Dieu responsable de la perte des réprouvés. Mais, à leur tour, confondant les ordres naturel et surnaturel ^ ils ne s'étaient pas contentés d'enseigner que le libre arbitre blessé, etnon aboli, pouvait, sansïa grâce, quelque chose dans l'ordre moral ; ils avaient prétendu qu'il pouvait, sans la grâce, quelque chose dans l'ordre surnaturel et divin. C'était revenir à Pelage, et le nom de semi-pélagianisme, s'il est récent, n'en caractérise pas moins exactement les vues de Cassien et de Fauste. L'erreur est bien démasquée par Prosper, Fulgence, Césaire et le concile d'Orange. La nature et le libre arbitre laissés à eux-mêmes sont déclarés incapables de réaliser et de commencer si peu que ce soit l'œuvre surnaturelle du salut. Par le fait même. Dieu est proclamé dans cette œuvre le premier agent, l'agent nécessaire qui suscite en nous les premiers désirs comme il procure l'accomplissement effectif du bien. Saint Augustin triomphe donc au fond, la chose est certaine : il est le docteur de la grâce, et l'essentiel de sa doctrine est devenu la doctrine de l'Église. Mais cependant, les efforts de ses adversaires n'ont pas été inutiles. En défendant contre lui la cause de la nature, ils ont écarté de l'enseignement officiel les plus impitoyables de ses conclusions, et maintenu à cet enseignement son caractère largement humain.
1. Cette confusion est bien notée par le pape Boniface II, Epiit. 1, 3.