‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 964 sur 1102 · Homil. I, 14, col · texte numérisé non relu

Homil. I, 14, col

3. Texte dans Tiiiel, Epistolae romanorum pontificum genuinae. — On remarquera que la phrase « et in obsequium plebis tuae panem et vinum in corpus et sanguinem Filii tui immaculatabenedictione transforment [presbyteri] », attestée dans la liturgie romaine par le Missale francorum et le Sacr amen taire gélasien, est en réalité d'origine gallicane. Cf. Bulletin (Tanc. littérat. et d'archéologie chrétiennes, l (1911)i p. 55.

*. Voici le texte entier : « Certe sacramenta quae sumimus corporis et sanguinis Christi divina res est, propter quod et per eadem divinas

valable, il ne suffît pas, comme on le voit, que la mineure affirme que, dans l'eucharistie, sont conservés les accidents, espèces ou apparences dii pain et du vin — car les monophysites ne niaient pas que Jésus-Christ ne se présentât extérieurement comme un homme, — il faut qu'elle affirme que les éléments eucharistiques, même consacrés, même « passant en une substance divine », conservent néanmoins leur nature propre de pain et devin. C'est bien, semble-t-il, ce que dit Gélase : « esse non desinit substantia vel naturapanis etvini... permanentes tamen in suae proprietate naturae ». On l'a contesté, il est vrai, et l'on a essayé d'interpréter bénignement ses paroles ^ De fait, elles peuvent s'excuser, mais plus probablement, je crois, en faisant appel à une autre considération : c'est que Gélase ne donne pas ici un enseignement personnel, ne reproduit même pas l'enseignement romain et latin : il transcrit simplement, dans un ouvrage de polémique, et sans y prendre assez garde, des considérations qui ne sont pas siennes. On sait en effet que le traité De duabus naturis dépend de sources grecques et spéciale-

efftcimur consortes naturae; el tamen esse non desiait substantia vel nalura panis et vini. Et ceite imago et similitudo corporis et sanguinis Clinsti in aciione mysteriorum CKlebrantur. Satis ergo nobis evidenter ostendilur hoc nobis in ip'^o'Ctiristo domino seotiendum, quod in eius imagine proliteinur, celebramus etsmnimus: ut sicut in hanc, soilicet in divinam transeunt, sancto Spiritu perGciente, subslantiam, permanentes tamen in suae proprietate naturae; sic illud ipsum mysti-i-ium principale, cuius nobis elficicntiam virtntemque veraciter repraeseatant, ex quibus constat profirie permanentibus, unum Cbristum, quia integrura verumque, permanere demonstrant » (TmEL, op. cit., p. S41, § 14). V. sur cette question J.Lebketon, Le dogme de la transsubstantiation et lackristologie antiochienne du V" siècle, dans les Etudes, tom. CXVII (4908J, p. 477-497.

1. Ita Lebretom, loc. cit., G. Rauschen, Eucharistie und Busssakrament, p. as, 26; et déjà J. îimscnh, Lehrbuc/i der Patrologie, lïl, p.329, note 2. Il parait contradictoire en elfet que les éléments eucharistiques < passent en une substance divine >, et en même temps persévèrent dans leur nature propre.

ment antiochiennes^ D'autre part, l'argument formulé par Gélase se retrouve précisément dans VEram'stes de Théodoret et dans la lettre à Césaire du Pseudo- Chrysostome^. Si on remarque de plus que, dans cet argument, l'attribution au Saint-Esprit de la transformation des oblata^ accuse évidemtment un emprunt aux grecs, on conclura sans difficulté que ces quelques lignes ne contiennent ni une idée personnelle du pape ni l'expression de la tradition latine : elles ne sont que la reproduction faite sans assez peser sa valeur, d'un des chefs d'attaque de la théologie orientale contre le monophysisme.

Gélase ne fut pas d'ailleurs le seul à se montrer peu favorable, par crainte de favoriser l'hérésie, à l'idée de conversion des éléments eucharistiques. On trouve dans Facundus d'Hermiane, avec le même souci, un passage qui soulève des difficultés semblables ''.

C'est aux paroles de Jésus-Christ prononcées à la dernière cène, nous l'avons dit ailleurs, que l'on attribuait très fermement en Occident, au iv° siècle, la consécration du pain et du vin et la présence du Sauveur sur l'autel. Mais, à partir du v^ siècle, si l'on n'en jugeait qu'à la surface, il semblerait qu'un certain flottement sur ce point se produit dans plusieurs parties

1. V. L. Saltbt, Les sources de VEranistes de Théodoret{liTage àpart), p. 52 et saiv.

s. V. pluS'baut, p. 349-aiil. iif Batiffol l'a retroavé encore dans lei Ganfuiaiiones cI'Edtheriusde ïyane (G. Ficrer, Eutkerius v. Tyana), composées entre 491 et 433 (Revue du Clergé français, t. LX {i909),.p. 830-534).

3. < In divinam ti-ansennt, sancto Splritn perficiente, substantiam. >

4. Pro defensione tràim capitulorum, a, 6 (P.X.,, LXVH, 762, 763). C'est bien; dans ce sens, j'incline à le croire, qu'il faut entendbre le texte de. Facundus, et non dans le sens d'une négation de la. présence réelle- Pour Facundus, le sacramenlum corporis et sanguinis Christi est le pain et le vin consacrés : ce sacramenlum contieaiÏQmysteri'umcorpO' ris sangninisque Christi, et, parce que le contenant peut se prendre pour le contenu, on peut l'appeler corps et sang du Sauveur. La présence réelle était une croyance trop générale pour que Facundus l'ait mal connue.

lA THÉOLOGIE LATINE DE 430 A 771. 381

<le l'Égiise latine. D'abord, on constate un progrès de ridée, venue des grecs, que la sanctification des offrandes estl'ceuvre du Saint -Esprit. Puis, l'usage liturgique se divise, A côté de la liturgie romaine, on voit paraître les liturgies de type gallican dérivées des liturgies orientales, et qui toutes, en principe du moins, contiennentl'épiclèse. Les formules épîclétîques ont pu directement suggérer l'idée que je viens de dire : en tout «as, dUes n'ont pu que la fortifier; mais de plus, par leur teneur et par la place qu'elles occupent après lesparcûes de l'institution, elles risquaient de faire attribuer à i'épiclèse exclusivement, ou au Saint-Esprit invoqué dans Tépiclêse, la consécration effective des éléments eucharistiques. A ce danger ni saint Fulgence ni saint Isidore ne paraissent avoir complètement écbappé. Le premier, se demandant pourquoi rÉglise sollicite, dans l'oIffiFan de du sacrifice, la descente du seul Saint-Esprit « ad sanctificandum oblationis nostrae raunus » , répond entre autres choses : « Quando autera congruentius iquam ad consecrandum sacrificium corporis Ghristi sancta Eçclesia (qpiae corpus est Christi) Spimtus sanoti deposcat adventum? quae caput suum secundum icarnem de Spiritu sancto noverit natum^. » De son côté, saint Isidore, parlant de I'épiclèse de la messe mozarabe, appelée conformation écrit : « Exhinc succedit conformatio sacramenti, ut oblatio quae Deo offertur, sanctificata per Spiritum sanctum, Christi corpori ac sanguini coriformeturs » ; et un peu plus loin : .<< liaec autem (scî/. panis et vinum) dum sunt visibilia, sanctificata tamen per Spiritum sanctum, in sacramentum divind corporis transeunt ^ » . Autrement

Page 1