‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 106 sur 424 · BD · texte numérisé non relu

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ment indépendante, et par conséquent ne convient pas respectivement aux parties d'un tout, ces parties fussent-^lles elles-mêmes des natures ou des substances : car ces parties existent et subsistent non pas en elles-mêmes, mais dans le tout.

Ces définitions une fois données, Léonce pose en principe que la nature ne peut exister qu'individuelle, dans un individu, et conséquemment hypostasiée da quelque façon : àvuTcodTaxo; [ih oOv cpyaic;, toutsctiv oùgia, oùx av £Ïr] TZQxi K Une nature sans hypostase est une abstraction. Dès lors, il semblerait que puisque la nature humaine de Jésus-Christ existe, elle est aussi une hypostase. C'est mal conclure, continue Léonce 2. Entre être soi-même une uTrocjTaaK; et être àvuTroaTaxo; il y a un milieu, celui d'être IvuTroaTaxoç, d'exister non en soi mais dans un autre comme la partie dans le tout. C'est ce qui arrive pour l'humanité de Jésus-Christ ; elle n'est pas dvuTtodTotToç, puisqu'elle existe ; elle n'est pas une hypostase, puisqu'elle n'existe pas x«0' eauxr,v : mais elle est EvuTcoffiaxo;, parce qu'elle existe dans le Verbe à qui elle appartient, et qui lui donne le pouvoir d'exister en la recevant en lui^.

Ce mode d'exister, cette enhypostasie '* de l'humanité est-elle possible? Notre auteur essaie de l'établir rationnellement en montrant que la nature présente des cas analogues. Ainsi, les caractères spécifiques et

3. 4, 1277 D et suiv. ; 2, 4944 C. Dans ce dernier passage, Léonce touche à la question de la possibilité d'une union hypostatique entre le Verbe et une personne humaine préexistante, dont l'hypostase ou personnalité aurait été abolie par cette union, II se prononce pour l'affirmative. — Sur l'origine et l'histoire du terme lvuic6<rxai:oç, v. Jukgus, op. cit., p. 450 et suiv.

4. Léonce la définit ainsi : Tô ôà âvuwoaxaxov xà |i9i eivav aOxà oruiiêeêrixà; ôïiXoî, ô |v étéptû ïyiti tô eTvat, xaloùxèv lauxw bBtùÇzX'^a.i., Être enhypostasié convient à ce qui n'est pas un accident, et qui cependant existe en \m autre et non en soi-même (4, 4i77D).

15fi HISTOIRE DES DOGMES.

individuants, itoioTiiTs; oOawoSeiç ou licouatoiSctç ont une manière d'exister de ce genre, puisque, d'une part, ils ne sont pas de simples accidents et, d'autre part, ils ne sont pas des natures subsistantes (TrpayfAaTa ô<peffTcaffa)^ La même chose se produit toutes les fois que deux éléments unis entre eux conservent néanmoins leur nature propre, par exemple dans l'union du corps et de l'âme, dans un flambeau allumé 2. Léonce toutefois se rend compte que ce sont là de simples comparaisons qui ne rendent qu'imparfaitement compte d'un fait unique*.

On voit, en tout cas, le parti que Léonce pouvait tirer de sa théorie de l'èvuTco'crTaTov contre les deux hérésies contraires des nestoriens et des monophysites. Puisque être cpuaiç n'était pas nécessairement être uîtoffTaai<; et TrpofftoTTov, les premiers avaient tort de conclure de la dualité des natures dans le Christ à la dualité des personnes et des hypostases ; les seconds avaient tort de conclure de l'unité de l'hypostase et de la personne à l'unité de la nature. Aux nestoriens notre auteur faisait remarquer qu'il est bien vrai que le Verbe xfXetoç a pris une humanité complète, TsXeta : mais que, si ces deux éléments sont complets et parfaits, considérés en eux-mêmes, ils ne sont, considérés vis-à-vis du Verbe incarné dont ils sont les éléments, que comme des parties incomplètes, comme le corps et l'âme vis-à-vis de l'homme'*. 11 n'y a donc dans le Christ qu'une per-

s. 1, 1380 B, 1304 BG.

4. Oûôè 6 Aoyoç réXeio; XptffTè;, xàv téXeioç th\ Oeèç, \x.r\ tf,; àvôpw- TidTïito; aÛTtj) flruvTeTaY(i.év>);* oure ri ^xh TeXeio; àvôpwTtoç, xàvTeXeiav è^st oùffiav, |A^ Toû er(0(iaT0ç aùx^ auvenivooufjLevou (i, 1289). Léonce force ici la note. Le Verbe àaapy.oç n'est pas en effet tout le Christ, mais il n'en est pas non plus une partie proprement dite, car il n'est pas perfectionné par l'union : et c'est pourquoi il garde sa personnalité.

Il *LES TROIS CHAPITRES. 157

lonne. Aux monophysites, et aux sévériens en particulier, il faisait remarquer que si les caractères spéci fiques de la nature humaine, xo Xoyixov xai cpÔapTov eTvai se sont trouvés en Jésus-Christ — ce qu'ils concédaient, — il faut bien admettre qu'il y a eu en lui une çuffiç humaine, et par conséquent deux natures ^ Et qu'on n'objecte pas l'exemple du corps et de l'âme qui ne forment dans l'homme qu'une nature, pour conclure qu'il n'y a non plus qu'une nature dans l'Homme- Dieu. Le résultat de l'union de l'âme et du corps en effet n'est pas seulement un individu tiç av6pto7ro(; : c'est une espèce, une çuat; caractérisée, une nature à la- • quelle plusieurs individus peuvent participer; et comme on peut attribuer à chacun des individus ce qui est de la nature ou de l'espèce, on peut dire de chaque homme qu'il est [xia «ipuaiç, bien que le corps et l'âme gardent en chacun d'eux leur iSioxiriç. Mais en Jésus-Christ il n'en va pas de même. Le résultat de l'union en lui n est pas une nature christique, -/piciTOTr,(;, cTôoç Xpi<iTwv, qui puisse être participée : c'est forcément un individu, une hypostase unique, incommunicable. Il n'est donc pas |xiacpu<Jiç, il est (Aiauiroaxaaiç^. Il n'existe que trois cas, ajoute Léonce, oii l'on peut parler de [xia <puaiç : 1** relativement à l'espèce ; 2" relativement à l'individu en tant qu'il participe à l'espèce ; 3** lorsque de deux natures, par le mélange, s'en forme une troisième différente des deux autres, 1^ Irepogiôôiv iTÊpoeiSéç. Le cas de Jésus-Christ ne rentre dans aucun d'eux*.

Restait un dernier argument de Sévère : si l'on admet deux natures dans le Christ, il faut admettre deux evepyeiat, ce qui conduit à admettre deux per-

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