‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 286 sur 424 · Homil. I, 14, col · texte numérisé non relu

Homil. I, 14, col

3. Texte dans Tiiiel, Epistolae romanorum pontificum genuinae. — On remarquera que la phrase « et in obsequium plebis tuae panera et vinum in corpus et sanguinera Filii tui immaculatabenedictione transforment [presbyteri] », attestée dans la liturgie romaine par le Missale francorum et le Sacr amen taire gélasien, e&t en réalité d'origine gallicane. Cf. Bulletin «fane, littéral, et d'archéologie chrétiennes, I (4941), p. 55.

4. Voici le texte entier : « Carte sacramenta quae sumimus corporis et sanguinis Christi divina res est, propter quod et per eadem divinae

valable, il ne suffit pas. comme on le voit, que la mineure affirme que, dans l'eucharistie, sont conservés les accidents, espèces ou apparences du pain et du vin — car les monophy sites ne niaient pas que Jésus- Christ ne se présentât extérieurement comme un homme, — il faut qu'elle affirme que les éléments eucharistiques, même consacrés, même « passant en une substance divine », conservent néanmoins leur nature propre de pain et devin. C'est bien, semble-t-il, ce que dit Gélase : (c esse non desinit substantia vel naturapanis etvini... permanentes tamen in suae proprietate naturae ». On l'a contesté, il est vrai, et l'on a essayé d'interpréter hénignement ses paroles^. De fait, elles peuvent s'excuser, mais plus probablement, je crois, en faisant appel à une autre considération : c'est que Gélase ne donne pas ici un enseignement personnel, ne reproduit même pas l'enseignement romain et latin : il transcrit simplement, dans un ouvrage de polémique, et sans y prendre assez garde, des considérations qui ne sont pas siennes. On sait en effet que le traité D^ duabiis natiiris dépend de sources grecques et spéciale-

efflcimur consortes naturae; et tamen esse non desioit substantia vel' natura panis et vini. Etcerte imago et siinilitudocorporis et saiiguinis Clirisli in aciione mysteriomm celebrantur. Satis ergo nobis evidenter ostendilur hoc nobis in ipso Cliristo domino sentiendum, quod in élus imagine profilemur, celebramus etsximimus: ut sicut in banc, sciiicet in diviuaiii transeunt, sancto Spiritu perHciente, substantiam, permanentes tamen in suae pro[irietate naturae; sic illud ipsura mysterium principale, cuius nobis ellicientiam virtutemque veraciter repraeseatant, ex quil:)us constat pro prie permanent! bus, unum Cliristum, quia integrum verumque, permanere demon^trant » (Tuiel, op. cit., p. 541, ^ '14). V. sur cette question .). Lf.rueton, Le dogme de la transsubstanlia-' tion et larhristologie antiochienne du V" siècle, dans les Etudes, tom»^ CXVII (1908), p. 477-497.

i. Jfa Lep.rkton, lac. cit., G. Rauschen, Eucharistie und Busssakrament, p. 25, 26; et déjà J. ^iwucul, Lehrbuch der Patrologie,lU, p. 329,. note 2. il parait contradictoire en elîet que les éléments eucharistiques « passent en une substance divine », et en même temps persévèrent dans leur nature propre.

ment antiochiennes ^ D'autre part, l'argument formulé par Gélase se retrouve précisément dans V Ei-anistes de Théodoret et dans la lettre à Césaire du Pseudo- Chrysostome^. Si on remarque de plus que, dans cet argument, l'attribution au Saint-Esprit de la transformation des oblata^ accuse évidemment un emprunt aux grecs, on conclura sans difficulté que ces quelques lignes ne contiennent ni une idée personnelle du pape ni l'expression de la tradition latine : elles ne sont que la reproduction faite sans assez peser sa valeur, d'un des chefs d'attaque de la théologie orientale contre le monophysisme.

Gélase ne fut pas d'ailleurs le seul à se montrer peu favorable, par crainte de favoriser l'hérésie, à l'idée de conversion des éléments eucharistiques. On trouve dans Facundus d'Hermiane, avec le même souci, un passage qui soulève des difficultés semblables^.

C'est aux paroles d^ Jésus-Christ prononcées à la dernière cène, nous l'avons dit ailleurs, que l'on attribuait très fermement en Occident, au iv® siècle, la consécration du pain et du vin et la présence du Sauveur sur l'autel. Mais, à partir du v* siècle, si l'on n'en jugeait qu'à la surface, il semblerait qu'un certain flottement sur ce point se produit dans plusieurs parties

1. V. L. Saltet, Les sources de l'Eranistes de Théodoret [liTaige à part), p. 52 et suiv.

2. V. plus haut, p. 249-251. M8' Batiffol l'a retrouvé encore dans lei

Ccnfutationes cI'EutheritisdeTyane (G. Kickei;, Eutherius v. Tyana), composées entre 43i et 433 {Revue du Clergé français, t. LX (1909), p. 530-534).

3. i In divinam transeunt, sancto Spiritu perficiente, substantiam- »

4. Pro defensione trium capitulorum, IX, 5 (P. L., LXVII, 762, 763). C'est bien dans ce sens, j'incline à le croire, qu'il faut entendre le texte de Facundus, et non dans le sens d'une négation de la présence réelle. Pour Facundus, le sacramentum corporis et sanguinis Christi est le pain et le \'in consacrés : ce sacramenit/m contient le mysterium corporis sanguinisque Christi, et, parce que Je contenant peut se prendre pour le contenu, on peut l'appeler corps et sang du Sauveur. La présence réelle était une croyance trop générale pour que Facundus l'ail mal connue.

de l'Église latine. D'abord, on constate un progrès de ridée, venue des grecs, que la sanctification des offrandes est l'œuvre du Saint -Esprit. Puis, l'usage liturgique se divise. A côté de la liturgie romaine, on voitparaître les liturgies de type gallican dérivées des liturgies orientales, et qui toutes, en principe du moins, contiennent l'épiclèse. Les formules épiclétiques ont pu directement suggérer l'idée que je viens de dire : en tout cas, elles n'ont pu que la fortifier; mais de plus, par leur teneur et par la place qu'elles occupent après les paroles de l'institution, elles risquaient de faire attribuer à l'épiclèse exclusivement, ou au Saint-Esprit invoqué dans l'épiclèse, la consécration effective des éléments eucharistiques. A ce danger ni saint Fulgence ni saint Isidore ne paraissent avoir complètement échappé. Le premier, se demandant pourquoi l'Église sollicite, dans l'offrande du sacrifice, la descente du seul Saint-Esprit « ad sanctificandum oblationis nostrae munus » , répond entre autres choses : « Quando autem congruentius quam ad consecrandùm sacrificium corporis Christi sancta Ecclesia (quae corpus est Christi) Spiritus sancti deposcat adventum? quae caput suum secundum carnem de Spiritu sancto noverit natum ^ . » De son côté, saint Isidore, parlant de l'épiclèse de la messe mozarabe, diippelée conformatio, écrit :« Exhinc succedit conformatio sacramenti, ut oblatio quae Deo offertur, sanctifîcata per Spiritum sanctum, Christi corpori ac sanguini conformeturz » ; et un peu plus loin : « Haec autem [scil. panis et vinum) dum sunt visibilia, sanctifîcata tamen per Spiritum sanctum, in sacramentum divini corporis transeunt 3 ». Autrement

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