‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 315 sur 424 · Epist. XII · texte numérisé non relu

Epist. XII

que le pape Pelage écrit à roccasion de la consécration de Paulin d'Aquilée, en 557, par l'évêque schismatique de Milan, Vitalis, et à l'occasion de la fuite d'un autre Paulin, évêque schismatique de Fossombreuse , en Tuscie^. Si Pelage ne mesure pas assez ses expressions^, sa pensée cependant n'est pas douteuse. Mais, dans les siècles suivants, les préjugés, l'ignorance et la passion obscurcirent manifestement la doctrine que le génie d'Augustin avait éclaircie. Les grecs, on l'a vu, inclinaient à rejeter les ordinations des hérétiques. Dans le conflit qui divisa, au vi^ et au vu® siècle, les églises anglo-saxonnes et bretonnes, le moine cilicien Théodore, devenu archevêque de Cantorbéry, n'hésita pas à appliquer les principes dont il avait été imbu dans sa jeunesse, et s'en fit une arme contre ceux qu'on appelait hérétiques quarto décimans , c'est-àdire contre le clergé breton ^. Ceadda, northumbrien de naissance, avait été ordonné évêque d'York par l'évêque de Winchester assisté de deux évêques bretons : Théodore le fit déposer et, regardant comme nulles les ordinations qu'il avait reçues, les lui fit toutes renouveler avant d'en faire un évêque de Lichfield'*. En même temps, il insérait dans son pénitentiel la prescription 26 : « Si quis ab ereticis ofdinatus sit, iterum

1. p. L., LXIX, 411, 412. Sur ces faits v. L. Saltet, Les réordinations p. 79-81.

2. « Pudenda, ut ita dicam, rapina in divisione non est consecratus sed execratus episcopus. Si enim ipsum nomen consecrationis rationabili ac vivaci intellectu discutimus, is qui cum universali delrectat consecrari Ecclesia, consecratus dici vel esse nulla ralione poterit » (col. 411). Et ailleurs : « Non est Ciiristi corpus quod schismaticus conlicit, si veritate duce dirigimur » (col. 412).

3. Une des particularités des églises bretonnes était de célébrer la fêle de Pâques suivant un vieux comput romain de 343, abandonné à Rome depuis longtemps, mais qui navaii rien à voir avec l'ancien comput quaitodéciman : on n'en traitait pas moins ceux qui le suivaient d'iiérétiques quartodccimans.

4. Eddii Sle/jhani vita Wilfridi episcopi, XV, ap. Saltet, op. cit., p. 89; BEDE, liist. eccles., IIl, 28; IV, 2, 3.

débet ordinari ^ . » Une brèche plus grave encore fut faite dans les principes augustiniens par le concile romain de 769 , qui déclara nulles toutes les ordinations faitee par le pape Constantin, usurpateur il est vrai, mais véritablement évêque, et obligea ceux qu'il avait ordonnés à recevoir de nouveau l'ordination, dans le cas où ils seraient choisis pour les fonctions auxquelles Constantin les avait élevés^. Ces faits et les formules exagérées de l^élage dont j'ai parlé jetèrent dans la pensée théologique, sur la question de la validité des ordinations conférées par les hérétiques et les schismatiques, un trouble qui ne fit que s'accroître dans les siècles suivants, et dont elle lut bien longtemps à se délivrer.

On a vu plus haut^ que saint Augustin avait déjà donné au mariage chrétien, en tant que figure de l'union de Jésus-Christ et de son Eglise, et en considération de son indissolubilité, le nom de sacî^amentum. Cette expression, empruntée à saint Paul, se retrouve, nous l'avons dit aussi, sous la plume de Salvien : connubii sacramenta, çenerabilis connuhii sacramenta ^ ; et saint Isidore l'explique : « Sacramentum autem ideo inter ooniugatos dictum est, quia sicut non potest Ecclesia dividi a Christo, ita et uxor a viro. Quod ergo in Christo et in Ecclesia hoc in singulis quibusque viris atque uxoribus cuniunctionis iûseparabile sacramentum est^. »

C'est donc du symbolisme du mariage que saint

\. ScirMîTz, Die Bussbûcher, II, p. 524; cf. 541; I, p. 528.

2. Voir les faits et les textes dans L. Saltet, op. cit., p. 401 et suiv. Le concile fut composé d'une quarantaine d'évéques italiens et de treize évéques français.

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