‹ Histoire des dogmesChapitre 33 sur 41 · CHAPITRE Vi Histoire de» doelrlne» eschaloloclque · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vi Histoire de» doelrlne» eschaloloclque

Bien que les Scolastiques se soient posé et aient cherché à résoudre d'innombrables questions concernant les choses finales, les idées qu'on s'en était fnites, dans la période précédente, ne subirent cependant aucune modification essentielle. Thomas dil* que lésâmes ssraicnt dépourvues de corps après la mort, mais que certains lieux corporels (corporalm loca) leur seraient cependant assignés selon leur mérite, dans lesquels elles séjourne raient autant que des êtres incorporels peuvent élre dans un endroit quelconque. On admettait cipq lieux, de séjour des âmes après la mort. Celles qui quittaient la terre avec dc5 pêches mortels et sans avoir fait pénitence, devaient être joléps dans l'enfer {infernum), dont oq se figurait toujours les tour-

' ftnroma III. (Ju. 69. Art. 4.

n>en(s comme eaiisés par im feu inexiiDgiftible, À cei égard, Guiberi, abbé de Nogent (m. 1 134 ), fait une remarquable exception, en enseignant^ dans son écriï de pignoribtismnciorum (lib. IV, c. 4), que les flammes de l'enfer ne sont Dullemetit un feu matériel, ei que les cb&timents des damnés sont de nature spirituelle el consistent en doaleors que leur prépare leur mauyaise conscience. A cet enfer touchent deux limbi infemi^ limbes, contrées frontières de Tenfer, qui n*eu sont nullement séparées, mais qui en occupent la partie supérieure, et où, par conséquent, les souffrances sont moindres. La doctrine des limbes se trouve pour la première fois dans Ansehni dial. de pass. Dom, c. t5. Le premier est le limbus puerorum, la demeure des enfants qui n*on( point été baptisés* La doclrine augusttnienne qui leur assignait une damnation absolue, bien que d'une espèce, moins rigoureuse, fut précisée et adoucie par Pierre Lombard, en ce qu'il distinguait dans la damnation la punition n^tire, la privation de la contemplation divine (poma damni) et les punitions positives {pcma sensus)^ et déclarait que les enfants non baptisés souffraient seulement cette première partie de la damnation. Cette opinion était si généralement reçue que. Grégoire de Rimini, général des ermites augustiniens (m. 1378), qui, interprétant de la manière la plus rigoureuse la doctrine d'Augustin, croyait y voir que la damnation des enfants entraînait des peines positives^ en reçut le nom de bourreau des enfants, tortor infantum. A cette demeure touche le limbus palrum, le lieu où les âmes des justes de l'Ancien-Testament étaient restées jusqu'à Tapparition de Christ. Ils' étaient là exempts de peines positives; aussi le lieu est^il appelé le simiê Abrahœ; mais ils étaient cependant privés de la félicité et étaient tourmentés du désir de Tobtenir. Leur état était toutefois bien meilleur que celui du limbe des enfants ( limbus puera-rum)y parce qu'ils avaient encore l'espérance de la félicité et qu'ils n'étaient pas privés des lumières de la foi et delà grâce. Lésâmes qui n'ont sur elles aucun péché mortel, mais qui n'ont cependant point encore expié sur la terre les peines temporelles que leur ont attirées leurs péchés véniels, arrivent dans le purgatoire (purga-' lorium) pour y être purifiés. Les peines du purgatoire passaient pour plus grandes que les plus grandes de cette vie; le feu était

ordiiiairement compris comme étant un feu véritable, et cest ainsi qne Tenlendaient aussi Thomas, Bonaventure et Gerson. A la question de savoir comment un feu matériel peut faire sonflrir une âme incorporelle, Thomas' donne entre autres réponses celle que Tâme, par Tidée qu'elle se fait des douleurs causées par le feu, est tourmentée par la crainte et la souflrance; les âmes qui ont enduré et accompli cette purification, passent dans le jianidis ou k la félicité du ciel, à laquelle parviennent immédiatement les saintes âmes qui n*ont pas besoin de purification. Cette doctrine, d*aprés laquelle les âmes, une.fois qu'elles ont accompli cette purification par la souiTrance, sont appelées déjà, avant le jugement dernier, à la félicité du ciel et à la contemplation de Dieu, avait passé de la période précédente dans celle-ci. Cela rend d'autant plus surprenant le fait que le pape Innocent XXII retourna avec une grande ténacité à Topinion qu'il avait trouvée chez les anciens Pères de l'Eglise, d'après laquelle les âmes des morts ne contemplent ps Dieu ni ne parviennent à une parfaite félicité avant la résurrection et le jugement dernier.

Il la défendit avec beaucoup d'ardeur â partir de 1331 , et envoya même à Paris deux moines mendiants, chargés de rex|X)ser et de la faire valoir devant l'Université de cette ville. Mais celle-ci se montra extrêmement hostile à cette doctrine , et sur .son avis, le roi Philippe fit même inviter le Pape à renoncer à son opinion et à suivre les théologiens de Paris qui étaient le mieux à mémo de savoir quelles étaient les doctrines de la vraie foi. D'après une autre version , il lui aurait même fait entendre qne s'il ne se rétractait pas, il le ferait brûler. Le Pape, qui était alors h Avignon , se trouvait dans une position si dépendante du roi de France,, qu'il dut laisser passer impunément une exigence si extraordinaire ; mais il ne céda cependant pas complètement. Il en appela à l'autorité des Pères de l'Eglise et demanda que sa rloclrine fût rhi moins tolérée comme setftenlia prohahilh. il résista ainsi à toutes les sommations qui lui étaient faites de sr rétracter et mourut en 133+, sans avoir changé d'opinion. Il csl vrai que, trois mois après sa mort, parut une bulle qu'on disait

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avoir été faite par lui la veille de son décès, et dans laquelle il rétractait cette doctrine ; mais il est bien certain que celte bulle ne fut rédigée que plus tard pour éviter autant que possible le scandale que le Pape avait donné par son hérésie. Son successeur, Benoit XII, publia encore^ en 1336 , une décision dogmatique assez développée, par laquelle celte doctrine était complètement rejetée et condamnée.

Le théâtre du jugement dernier est souvent désigné comme étant la vallée de JosaphaL Cela se fonde sur Joël 3, 2. Le Prophète dit dans ce passage que Dieu jugera un jour tous les |)euples'à cause des maux qu'ils avaient faits aux Juifs, et exprime cela poétiquement dans ces mots : Dieu assemblera tous les peuples dans la vallée de Josaphat (J^o^apAaf, en hébreu signifie Jéovah juge) , et j'entrerai en jugement avec eux. On expliquait ce passage comme parlant du jugement dernier, mais les Scolastiques Fentendaient très-souvent dans un sensfiguré. Ainsi, il est dit dans TElucidarium de Thomas d'Aquin : Valiis Josaphat dicUurvallis Judiciù Valiis est semper juxia monlem. Vallus est hic mundus , mons est cœlum. In valle ergo fitjudidam , id est in isto mundo. Cependant on avait déjk pris du temps de Jérôme la vallée de Josaphal pour une vallée réelle, et on avait cru la retrouver près de Jérusalem. Maintenant encore «on nomme ainsi la vallée étroite et aux pentes escarpées située entre la montagne du Temple et celle des Oliviers, et qui est traversa* par le ruisseau de Cédron , ce qui lui avait feit donner autrefois l« nom de Vallée de Cédron.

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