Histoire des dogmes
Il s'est écoulé à peu près quatorze ans depuis que j'ai livré au public l'Histoire des dogmes à l'époque patristique. Ce long intervalle de temps a été nécessaire pour le travail considérable qu'exigeait la préparation de ce troisième volume; c'est que les matériaux de cette histoire pour la période du moyen âge étaient d'abord très abondants et très riches et de plus n'avaient encore été qu'insuffisamment recueillis, étudiés et élaborés. Sans doute l'histoire de la philosophie du moyen âge a déjà fait l'objet de plusieurs travaux estimables même chez les non-catholiques ; mais ce qu'on a tiré de cette source pour l'histoire des dogmes au moyen âge ne présente ni des garanties suffisantes d'objectivité, ni la richesse de développement indispensable. On ne saurait y trouver une image fidèle de l'activité intellec-
tuelle dépensée à élaborer de plus en plus fortement et à développer de plus en plus richement le système des vérités divines.
Ces études poursuivies pendant de longues années sur ce terrain ont été déjà pour moi la source d'un grand contentement et d'une précieuse récompense. L'étude des dogmes dans l'immutabilité de son divin contenu présente en tant qu'elle est nettement préservée de toute erreur par l'Eglise, exprimée dans des formules de plus en plus exactes, adaptée de mieux en mieux à l'intelligence humaine et développée peu à peu dans ses conséquences, un intérêt particulièrement scientifique ; et cet intérêt est d'autant plus vif que les vérités étudiées sont plus élevées, que le travail intellectuel qu'elles réclament est plus noble ; cela est vrai surtout à notre époque où la science poursuit sur tous les terrains le développement (le fieri) de ses objets et cherche à en donner l'analyse.
En même temps l'histoire des dogmes au moyen âge montre avec quelle fidélité l'Eglise s'est appliquée à garder les vérités divines à l'abri de toute déformation et altération et avec quelle rigueur logique ces vérités se développent. Elle n'offre pas moinsd'intérêt au point de vue apologétique en servant à justifier l'Eglise du moyen âge contre les reproches et les accusations des non-catholiques à propos de prétendues infidélités ou altérations dans le dépôt de la vérité divine.