NATURE DE LHOMME
si parla on pouvait expliquer le péché originel1. Pour lui, la question resta toujours indécise.
Dans cette opinion, il fut suivi par saint Fulgence 2, son disciple, par saint Grégoire le Grand3 et saint Isidore4, qui ton- s'accordaient à dire qu'on ne pouvait soutenir avec certitude le caractère dogmatique de l'une ou de l'autre proposition. Dans quelle mesure cependant il était permis de le réclamer pour le créatianisme, nous l'avons déjà dit ailleurs"'.
Les Pères n'en étaient que plus décisifs dans la condamnation d'une opinion qui, sur cette question de l'origine de l'âme, s'inspirait de vues panthéistiques et soutenait que l'âme humaine était à proprement parler un dérivé ou une émanation de l'essence de Dieu. Cette opinion fut embrassée par les Manichéens et les Priscillianistes6; les Pères la signalent comme hérétique7, et ceux-là surtout la combattent indirectement qui ont à défendre en face des Ariens la différence existant entre la génération par essence et la production des créatures.
Parmi les privilèges de l'homme et surtout de l'âme humaine sont signalés l'intelligence et la volonté libre, l'immatérialité, l'immortalité et l'empire sur la création terrestre. Les fonctions de l'intelligence dans leur supériorité sur l'activité des sens nous ont été déjà exposées dans leur détail par saint Athanase. C'est surtout dans l'intelligence que se montre la ressemblance de lame avec Dieu, en ce qu'elle peut connaître Dieu lui-même d'après les œuvres mêmes de la création8. Le libre arbitre est le pouvoir de choisir l'un ou l'autre dé deux objets différents et il est le partage de toute
1. Ep. 166, 27 sq. 167, 1 sqq. (ed.Maur. [ad Hier.]). — 2. De ver. praed.
et gr III, 18.- 3. Ep, IX, 52 (éd. Maur. II, 970). — i. De ofT. eccl. II, 28.
5. V. I (2 éd. ail. , 340. cf. III, 348, 371. — 6. Cf. Aug. De haer. c, 70.
7. Aug. C. Priscill. c. i. 8. Theodoret. Haeret. fab. 1,26; Graec. affect. cnr. 5 (de nat. hom. Migne, LXXXIÏI, 380. 9il;. Léo, Kp. 15 ad Turrib. Fulgent. De ver. praed. et gr. Dei III, 21.
8. Athan. Orat. c. Ueutes 85-88. Bat. Hom. de grat. actione, o. 2. De. charit. in Deum c. 3(Regul. fmius tract. II. éd. Maur. Il 388). Grcg. N;jss. Orat. 1, in verba « Faciamus hominem » (Migne, XLIVr, 273).
nature raisonnable \ Saint Basile démontre la liberté morale ou le pouvoir de choisir le bien et le mal, de la même façon que les Pères anténicéens, par la nécessité et la réalité d'une loi morale et d'une autorité judiciaire comme par le caractère méritoire ou déméritoire nécessairement inhérent à nos actions, et ce caractère nous ne pouvons pas plus le nier que la nécessité du jugement universel 2. Saint Grégoire trouve le motif qui a déterminé la sagesse divine à donner cette liberté aux êtres raisonnables dans ce fait que ceux-ci devaient contribuer par leur propre activité à la perfection de leur être ; il ne fallait pas qu'ils reçussent le bien moral pour ainsi dire comme un don exclusif de Dieu, mais qu'ils en fissent moralement la conquête 3.
L'immatérialité de l'âme humaine est, pour saint Athanase, très étroitement unie à son intelligence et à son immortalité. L'âme est immortelle parce qu'elle n'est pas mue par le corps, mais qu'elle le meut comme elle se meut elle-même. De là résulte qu'elle est pour elle-même un principe de vie, indépendante du corps et de la matière, et qu'elle peut avoir une vie et une existence libre du corps et de la matière. C'est surtout par l'intelligence que l'âme s'élève au-dessus du monde matériel ; ce que ne peut faire l'animal avec sa perception sensible. Mais ce qui dans son activité et dans le développement de sa vie s'élève au-dessus de la matière, cela doit être dans son être et sa vie indépendant d'elle et de sa décomposition dans la mort *.
Dans cette période, les semi-pélagiens du sud de la Gaule, Cassien 5, Fauste 6 et Gennade 7 se prononcent bien nettement, pour la matérialité de l'âme humaine et de tout esprit
i. Athan. Orat. c. AT. 111,62.
2. Symeonis Logoth., De moribus excerpt. ex opp. Basil. Serm. I de virtute et vitio c. 8 (éd. Maur. III, 476 [ex hom. II, c. 4 in Hexaem.]).