‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 12 sur 480 · De dogm. eccl. c · texte numérisé non relu

De dogm. eccl. c

créé, car ils trouvent que Dieu seul est incorporel. Ces théologiens étaient pourtant de par ailleurs adversaires du traducianisme et défenseurs du créatianisme. Par contre les Pères orthodoxes se déclarent d'autant plus énergiquement pour l'immatérialité de l'âme humaine, alors même qu'ils n'ont pu, comme saint Augustin, se convaincre encore du caractère dogmatique du créatianisme1.

§ 53 Doctrine de saint Grégoire de Nysse sur la Dature humaine

Après les discussions des Pères que nous venons d'exposer sur les dogmes les plus importants, il ne sera pas sans intérêt pour la question de la nature humaine d'entendre, dans l'église grecque et latine, deux Pères qui se sont occupés spécialement de cette question, à savoir : saint Grégoire de Nysse et saint Augustin. Le premier a écrit sur cette question tout un ouvrage : De opifîcio hominis.

1. L'homme est le trait d'union de ces deux moitiés opposées de la création, la synthèse de l'esprit et de la matière. Il forme la couronne et le point culminant de toute la création matérielle, et il ne lui appartient cependant que par ses éléments corporels. Dieu ne l'a donc créé que quand il eut appelé le ciel et la terre à l'existence, c'est-à-dire quand cette dernière eut été aménagée et parée pour lui servir de demeure convenable, lui être présentée comme un royaume bien organisé et être soumise à son empire. Mais afin de pouvoir être reconnu à ses œuvres comme leur créateur, il leur a imprimé le sceau de sa sagesse et de sa toute-

{. Fuliji'iil. De ver. praed. et gr. Dei III, c. 20: Sitergo uobis sine dubitatiooe compertum, quod catholica fides et crédit et praedicat : animam scilicet hurnanam spiritum raliooahm esse non corpus ; nec esse Dei partem, sed Dei creaturam. Cf. Claudianut Mamerlus, De statu aniraae libri III (Corp. script, eccles. Vindob. XI, 21 sqq.).

puissance, il a paré le monde de beauté, d'éclat et de gloire et y a répandu partout, comme d'une main prodigue les trésors de sa bonté. D'autre part, il a mis ses soins à ce que l'homme qui devait le connaître ne s'égarât pas jusqu'à prendre le monde pour Dieu et à confondre ses œuvres avec son essence ; il a attaché à toutes choses certaines défectuosités et imperfections, le mouvement et le changement, le tout reconnaissante pour l'homme ; il les a enfermés dans l'espace et le temps comme en des limites infranchissables, afin qu'on ne cherchât point leur cause première en elles, mais au-dessus d'elles.

Là même où le mouvement et les altérations ne se montrent pas d'une façon si palpable, dans les étoiles du ciel par exemple, il rend le mouvement d'autant plus sensible, et là où au contraire, au lieu du mouvement, parait régner le repos, sur la terre (saint Grégoire, on le sait bien, ne connaît pas encore le système de Copernic), nous trouvons d'autant plus changement et transformation, tout particulièrement chez les êtres organiques1.

Que l'homme soit la plus parfaite des créatures terrestres et le chef de la création matérielle, la Genèse l'indique déjà en faisant délibérer Dieu avant sa création, et plus encore en montrant sa ressemblance à Dieu par ces paroles : « Faisons l'homme à notre image et ressemblance. » En outre, Dieu en a fait le roi et le maître de toutes les créatures terrestres et il lui a confié expressément l'empire sur elles.

2. A côté de la multiplicité et de la variété des facultés et des privilèges, il n'y a dans l'homme qu'un esprit raisonnable qui en est le support et le principe formel. Il n'y a pas, d'après saint Grégoire, d'âme double ; mais c'est à une seule et même âme qu'il faut attribuer l'activité intellectuelle et raisonnable comme les opérations sensitives. « Même en nous, dit-il, il n'y a pas des facultés séparées les

i. Cf. Greg. Nyss. De opif. homiois c. \.

unes des autres, à l'aide desquelles nous percevions les choses extérieures, grâce aux divers sens : il n'y a en nous qu'une faculté, l'esprit qui habite en nous (youç), qui opère tout, en se répandant pour ainsi dire à travers les différents sens. C'est lui qui, par les yeux, perçoit ce qui tombe sous les sens, qui par l'oreille entend la parole, qui aime ce qui plaît et repousse ce qui déplaît, qui se sert de la main pour tout ce qu'il veut, pour assurer ou écarter les objets comme il l'entend et qui en fait ainsi un instrument pour toute chose ' ».

D'autre part, saint Grégoire est tout aussi loin de contester que la force vitale des êtres organiques inférieurs ne soit quelque chose d'individuel et d'unique ; il ne fait aucune difficulté de l'appeler âme (fer,), d'accord avec la sainte Ecriture et les Pères ; ce qui ne l'empêche pas de voir la différence essentielle et spécifique qui sépare l'âme raisonnable de la force vitale des plantes et des animaux. La sainte Ecriture met déjà cette différence en relief, en faisant créer les animaux avant l'homme et pour le servir, pour lui assurer abondamment le moyen de satisfaire ses besoins et être soumis à son empire. Mais avant les animaux, la terre, sur l'ordre du Tout-Puissant, produisit des plantes et des herbes afin qu'elles assurassent à ces animaux les moyens d'existence nécessaires et pussent servir à l'homme, en tant que roi de la création. « La vérité nous enseigne donc ici, dit saint Grégoire "2, que la force vitale se produit à trois degrés. La première est la force croissante et nutritive qui prépare la nourriture appropriée aux êtres à nourrir; elle est appelée la force vitale physique (végétative) et est propre aux plantes. Il y a en elles une force vitale qui est dépourvue de perception sensible. Il y a une autre force vitale, la seconde : elle contient la précédente, mais comprend en outre la sensibilité comme nous le voyons dans la nature de l'homme raisonnable, car non seulement ils se nourrissent

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