‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 176 sur 480 · Aug. De civ. Dei XX · texte numérisé non relu

Aug. De civ. Dei XX

une idée exacte de l'état réservé aux Ames justes jusqu'à la résurrection, bien qu'il leur reconnût, dès le jugement particulier, la jouissance complète de la contemplation divine. Ailleurs * il admet que l'âme du juste qui a exercé la charité vis-à-vis de ses ennemis est aussitôt après le jugement particulier emportée par l'ange gardien dans le sein d'Abraham ou dans le Paradis, ainsi que la sainte Ecriture semble l'indiquer (Luc, 16. 22).

Dans un autre passage il se demande, sans résoudre la question, si les justes aussitôt après leur mort participeront de la même façon que les anges à la béatitude absolue, puisque leurs corps ne sera pas ressuscité 3.

Il décrit encore le temps, qui doit s'écouler depuis la mort jusqu'à la résurrection générale, comme une période pendant laquelle les âmes seront gardées dans des demeures appropriées, jusqu'au jour où Dieu divisera définitivement pour l'éternité son royaume en deux, le ciel et l'enfer. A cette occasion il observe 3 très justement, en quel sens nos prières peuvent encore servir aux trépassés, et il ajoute qu'elles sont inutiles à ceux qui sont tout à fait bons et à ceux qui sont tout à fait méchants, mais qu'alors la valeur de nos sacrifices tourne à notre profit. Il doit donc supposer que déjà, au moment du jugement particulier, leur sort éternel est fixé pour les justes, que ceux-ci participent à la communion des saints et qu'ils possèdent à jamais la sublime félicité. Il s'applique seulement à marquer expressément qu'au der-

1. Scrrao 109, 4 : At si servaveris adversario tuo bonam voluntatem et cum eo consenseris ; pro judice invenies Patrem, pro ministro saevo Angelum tollentem in sinum Abrahae, pro carcere paradisum.

2. Retract. I, 14, 2 : Sed quinam sint illi beatissimi, qui jam sunt in ca possessione, quo ducit hacc via, magna quaestio est. Et angeli quidem sancti quod ibi sint, nulla quaestio est : sed de sanctis hominibus jam defunctis, utrum ipsi saltem dicendi sint jam in illa possessione consistere, merito quaeritur. Jam enim corpore quidem eorruptibili, quo anima aggrayatur, exuti sunt, sed adbuc exspeétant etiam ipsi redemptionem corporis sui, et caro eorum requiescit in spe, nondum in futura incorruptione clarescit.

3. Enchir. c. 109. 110. Cf. De octo Dulcitii quaestt. qu. 11,4.

nier jour l'élévation à la gloire ne sera pas simplement accidentelle, pas même pour les martyrs1.

D'un autre côté Petau montre 2 saint Augustin luttant contre la doctrine erronée des Pélagiens sur le lieu intermédiaire entre le ciel et l'enfer. Le saint docteur n'a pas entendu admettre une différence entre la vie éternelle et le royaume céleste, regnum caelorum; il n'a voulu que comprendre dans la vie éternelle la somme de félicité céleste, qui doit aussi devenir la propriété des enfants morts après le baptême3. La vie éternelle et le royaume du Christ ne consistent donc que dans la contemplation de Dieu4. Petau rappelle encore le passage du 124e traité sur saint Jean, où Augustin met en doute que saint Jean ne soit pas mort, qu'il ne soit qu'endormi dans son tombeau. Le disciple bienaimé a certainement obtenu la grâce qui mérita à saint Pierre son martyre et après laquelle soupirait si ardemment saint Paul (Phil. 1,23) la grâce d'être avec le. Christ, grâce qui implique la vision béatifique, tandis que notre vie de pèlerins ici-bas se déroule dans l'obscurité de la foi. On peut ajouter qu'il n'admet pas pour les justes de la nouvelle loi l'espérance de ceux de l'ancienne loi au sein d'Abraham; c'est pourquoi, il faut entendre dans un sens plus parfait cette attente, dont il est question quand il s'agit des justes du Nouveau Testament5.

Par contre, saint Grégoire de Nazianze croit fermement que l'âme pure et agréable à Dieu, délivrée du corps, parti-

1. Sermo 281, 4, 5: Quid cum resolutae his vinculis animae martyrum post labores periculosi certaminis triumphis Angelicis exceptae atque rcfectae sunt, ubi non eis dicitur : Impiété quod jussi; sed : Accipite quod promisi? Qua nunc jucunditate spiritaliter epulantur? Quaiii securi în Domino et quam sublimi honore gloriantur, quis terreno docere possit excmplo ? Et haec quidem vita, quam nunc beati martyres habent, quamvis jam nullis possit seculi hujus felicitatibus vel suavitatibus comparait, parva particula promissionis agitur, immo solatium dilationis. Veniet autem retributionis dies, ubi corporibus redditi, totus homo recipiat quod meretur. Cf. Sermo 273, 2.

2. Pelav. De Deo VII, 13. — 3. Aug. C. Jul. IV, 8. 4. Tract. 21 In Jo. 3, 2. — o. De civ. Dei XX, ïô.

cipe aussitôt à l;i béatitude céleste, qui est ineffable, bien que le corps n'eu jouisse qu'après sa résurrection {. Grégoire de Nysse. dan- son oraison funèbre de Pulchérie, vante l'âme si tendre de la défunte et s'écrie quelle a été arrachée de la terre pour être transplantée dans un sol plus favorable, au paradis, et qu'ellejouitdelavue de Dieu-. Chrysostome, dans son panégyrique de saint Philogone, dit que tous les membres du royaume céleste du Christ, voient leur roi dans l'éclat de sa majesté 3. Saint Jérôme * défendit expressément la même doctrine dans sa polémique contre Vigilance. Celui-ci ajoutait à ses autres erreurs, celle que lui avait inspirée le millénarisme au sujet del'Hadès, ce lieu de repos où il faisait attendre les justes et même les martyrs, comme sous l'autel de Dieu, jusqu'au jour où ils recevraient la félicité finale. Gennade5 est encore plus catégorique. D'après lui, dès l'ascension du Sauveur, tous les justes seront unis au Christ et n'auront plus à attendre, comme sous l'ancienne loi, dans le sein d'Abraham. Grégoire le Grand expose également la supériorité du Nouveau Testament sur l'Ancien1'.

II. Nous avons montré, dans l'histoire des dogmes avant le Concile de Nicée 7, la croyance au purgatoire, comme implicitement contenue dans les saintes Ecritures, clairement enseignée par la tradition de l'Eglise ; elle nous est apparue comme un développement naturel de la doctrine chrétienne, qui exige une pureté absolue pour entrer au ciel, qui établit une différence essentielle entre le péché mortel et le péché véniel et impose la nécessité de la pénitence et de la purification. Le purgatoire répond même à une exigence de l'esprit et du cœur chrétien. Il est hors de

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