Mansi IX
2. Ibid. IX, 457 sqq. Pierre de Marca et Baluze ont trouvé ces deux édits au xvnc siècle.
3. On alléguait en faveur de l'existence de cet usage, la lettre où saint Augustin écrit au comte Boniface (Ep. 18j, 1, 4 [éd. Maur.}). Quamvis et si vera essent, quae ab eis (Donatistis) objecta sunt Caeciliano, et nobis possent aliquando monstrari, ipsum jam mortuum anathematizaremus, sed tamen ecclesiam Christi... relinquere non debemus.
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l'inconstance avec laquelle il passait d'une opinion à une autre ' .
Néanmoins on peut soutenir que môme dans la querelle des Trois-Chapitres, l'autorité du pape se manifesta très clairement. Vigile la sauvegarda aussi en s'abstenant sagement de prendre part au concile (il était en grande partie composé d'évêques grecs), pour n'avoir pas aux yeux des Occidentaux l'air d'un complice ; mais d'autre part Justinien pensa comme le concile que ses décrets n'auraient pas de valeur universelle s'ils n'avaient pas l'approbation du pape. Le concile dans sa VIIe session appelle Vigile le Père de la chrétienté, il cherche par tous les moyens possibles à obtenir sa participation ; il estime qu'il'n'acquérait pas d'autorité sur l'Eglise entière que s'il obtenait l'approbation supplémentaire du pape Vigile.
C. Justinien encouragea les efforts faits par le patriarche de Constantinople pour accroître de plus en plus son autorité et il reconnut au patriarche Epiphane le titre d'œcuménique. Le patriarche suivant, Jean le Jeûneur, n'en resta pas seulement au titre : il s'arrogea des droits correspondants ; il convoqua donc de sa propre autorité, en 589, les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérusalem en un concile œcuménique à Constantinople2. Lorsque cette invitation adressée
1. Si on prétend établir le manque de fermeté de Vigile par ce fait qu'il avait été élevé sur le siège pontifical d'une manière irrégulière, grâce a dos engagements pris devant l'impératrice Théodora en faveur du monophysisme et grâce aux mesures violentes de Bélisaire, alors que le pape Silvère était encore en vie, et qu'il avait laissé mourir de faim dans l'exil ce même pape, on accorde trop de crédit aux renseignements de Libératus et de Facundus. Procope {De bello Golhico I, 11, 14, 25) rapporte birn (jue Silvère fut banni par Bélisaire, lors de la prise de Rome, comme ayant été nommé pape sous la pression des Goths, mais aussi que peu après sa mort Vigile était devenu son successeur légitime à la suite d'un choix légitime.
2. Le pape écrit : Relatum est ergo ad Apostolicam sedem, Joannem Constantinopolitanum episcopum se universalem subseribere, vosque ex hac sua praesumptione ad Synodum convocare gcncralem, cum generalium Synodorum convocandi aucloritas ApostOlicae sediB. Pétri singulari privilegio si t tradita. [Mansi ix, 900. Hinschius, Décret. Pseudo-Isid. p. 720.] Grégoire témoigne cependant qu'il fut écrit une lettre de contenu semblable. (Ep. V, 18; éd. Maur.). Cf. Jaffé, Reg. PP. RR. No. 1068. (L'éditeur.)
aux évêques d'Illyrie parvint à la connaissance du pape Pelage II, le second successeur du pape Vigile, il protesta aussitôt et contre le titre usurpé et contre le droit réclamé ; il revendiqua comme exclusivement réservé au chef de l'Eglise le droit de convoquer les conciles généraux.
Le pape suivant, saint Grégoire le Grand (590-604), ne voulut pas faire d'une question de titre une affaire de dogme ; il recommanda seulement à son apocrisiaire de Constantinople de faire oralement des représentations au patriarche Jean et dans le cas, où il serait passé outre, de ne plus assister à la sainte messe avec lui1. Il insista auprès des patriarches d'Alexandrie et d'Antioche pour qu'ils ne laissassent pas périmer leurs droits par celui de Gonstantinople. Il était peu préoccupé en cette affaire de son autorité personnelle, mais seulement de celle du chef de l'Eglise ; il le montra bien en s'intitulant serints servorum Bel.
B. Peu après, en 633, les erreurs monothélites furent introduites par le patriarche d'Alexandrie et embrassées par Sergius, le patriarche de Constantinople, pour ramener ainsi extérieurement les Monophysites à la communion de l'Eglise. Dans les controverses qui en résultèrent, l'autorité de l'évêque de Rome et son infaillible magistère apparaissent très souvent, mais non dans les lettres du pape Honorius (625-638) et dans la condamnation dont le frappent le sixième concile général et les papes suivants. Ces lettres et cette condamnation,entant qu'elles appartiennent à l'histoire de la querelle monothélite, ont dû être étudiées dans la seconde partie de l'histoire dogmatique2. Mais elles ont encore plus d'importance pour le dogme de l'infaillibilité du pape, et à ce point de vue elles ont été examinées sous toutes leurs faces soit dans l'antiquité, soit par les Gallicans et de nouveau à l'occasion du concile du Vatican. Quoiqu'on n'ait plus à attendre de nouveaux renseignements de sources qui seraient restées inconnues, l'interprétation de ces divers points ne varie pas seulement de catholiques à héréti-
i. Greg. M. Epp. v. 18 (éd. Maur.). — 2. Cf. plus haut § 47.
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ques. mais même entre catholiques on apprécie de plus en plus diversement les circonstances relatives à Honorius. L'opinion que les actes du VIe concile universel et les lettres d'Honorius ont été falsifiées doit être abandonnée comme absolument dépourvue de preuves, en présence du grand nombre de renseignements de première main de cette époque ou des temps immédiatement postérieurs. Mieux encore, il résulte de ce que nous avons vu plus haut (§49) :
1 . Qu'Honorius dans les deux lettres n'a rien enseigné d'hérétique ni admis le monothélisme, mais qu'il a prétendu traduire la doctrine du quatrième concile général et l'a exprimée dans plusieurs propositions. Mais il s'est laissé égaré par le terme de « une seule volonté » sous lequel les monothélites entendaient leurs erreurs. Il n'a pas pénétré les visées de Sergius, il s'est laissé amener à se taire sur les deux volontés du Christ là où il fallait les reconnaître publiquement et il a ainsi fait l'affaire de l'hérésie.
2. Honorius dans *ses lettres ne s'est pas exprimé ex cathedra, car il n'a pas promulgué le contenu de ses lettres comme objet de foi catholique et il n'a point obligé les fidèles du Christ à croire au contenu de ses déclarations. Il a seulement prétendu régler une question d'opportunité : devaiton, oui ou non, imposer les termes de deux volontés ou de deux opérations comme des formules décisives ou des marques d'orthodoxie1 ; il n'a pas décidé exactement cette question comme l'ont entendue les papes suivants. En outre
1. Pennachi (De Honorii causa, cap. 8) montre qu'Honorius a écrit ces deux lettres non comme personne privée, mais comme pape. Cela importe peu a la question de l'infaillibilité du pape, parce que le pape comme tel ne peut mettre en œuvre sa fonction de pasteur sans son magistère et en Blême temps porterdes sentences judiciairesqui no sont pas infaillibles. C'est ce que n'a pas remarqué Séfélé [Hist. des Conc. 111, 2e éd. 295) quand il conclut de la thèse de Pennachi qu'Honorius dans ses lettres n'a pas fait une déclaration ex cathedra. Los caractères d'une telle déclaration manquent dans le cas présent. Cf. Eist. des Dogmes IV, 342. -Mais il résulte de la Ihèse établie par Pennachi qne le concile n'avait pas a prononcer sur les lettres d'Honorius une condamnation sans appel.
diverses propositions, dans lesquelles le pape interprète la doctrine du quatrième concile, ont l'autorité de décisions ex cathedra.
3. Les évêques grecs du sixième concile général se méprirent dans ce cas sur l'autorité de l'évêque romain même au point de vue de son pouvoir disciplinaire, quand ils s'érigèrent en tribunal d'autorité supérieure. Car toujours le pape a été considéré comme une autorité sans appel, comme juge suprême et législateur dans les questions disciplinaires, comme l'a défini très clairement le concile de Sardique et comme l'a soutenu le pape Agathon dans sa lettre aux évêques réunis àConstantinople. Les évêques grecs dépassèrent leurs pouvoirs et ils montrèrent en prononçant sur Honorius cette censure à laquelle, il est vrai, les trois députés pontificaux d'Agathon donnèrent leur adhésion, qu'ils n'avaient guère foi en l'infaillibilité du pape, que le pape Agathon1 leur avait pourtant expressément exposée.
D'après la doctrine de l'Eglise les décrets des conciles n'ont en général de valeur que lorsqu'ils ont été approuvés par l'évêque de Rome. Les Pères du concile l'ont bien su, puisque après la clôture de leurs travaux, ils envoyèrent leurs actes à Rome pour les y faire approuver.
4. Cependant les évêques grecs de Constantinople procédèrent à la hâte à la lecture des lettres d'Honorius dans la 13e session et sans un examen suffisant, ils le frappèrent d'anathème comme beaucoup d'autres évêques monothélites de l'église grecque, Cyrus, Sergius, Pyrrhus et autres, mais ils firent une différence en ce qu'ils anathématisèrent Honorius en tant que fautor haeresis, comme ayant suivi en tout l'opinion de Sergius et confirmé ses doctrines impies, quoique il eût entendu les mots en un sens tout autre que les monothélites. Dans les sessions suivantes ils le mirent purement et simplement au rang des hérétiques sans aucune addition et ordonnèrent de brûler ses lettres comme celles