Mansi IX, 50 sqq
LA PRIMAUTÉ AU VIe, VIIe ET VIIIe SIÈCLES 413
tandis qu'à Constantinople il ne parut que des Grecs. Le concile était réuni à Pâques de Fan 553, lorsque Vigile publia le 14 mai de la même année son Constitutum et se prononra contre tout anathème sur la personne de Théodore comme sur les écrits de Théodoretet d'Ibas, parce que pour le premier cas il était contre l'usage actuel de l'Eglise d'anathématiser un mort et parce que dans le second c'eût été aller contre le concile de Chalcédoine qui avait reçu dans l'Eglise ces deux auteurs ».
Là-dessus l'empereur adressa de son côté un écrit aux évêques assemblés et commanda d'effacer le nom de Vigile des diptyques, parce qu'il s'était contredit. Il déclare cependant qu'il ne fallait pas rompre la communion avec Vigile. Le concile approuva cette décision de l'empereur2.
En outre, le pape, d'après un récit d'Anastase, semble avoir été banni avec d'autres prêtres romains. Ce renseignement n'est pas cependant très sûr3 ; celui qui l'est davantage c'est celui du même Anastase quand il dit que la communauté romaine après l'expulsion des Goths par Narsès demanda le retour de son légitime pasteur. Justinien y consentit ; il demanda seulement à Vigile d'adhérer à son anathème sur les Trois-Chapitres. C'est ce qui eut lieu dans un
1. Vincenzi (IV, 208 sqq.) pour réussir dans son essai de laver complètement le pape du reproche d'inconstance est obligé non seulement de combattre l'authenticité du Constitutum et de l'encyclique plus haut mentionnée, mais de rejeter comme apocryphes onze pièces admises par Mansi (t. IX). Comme raison principale il donne que Facundus et Liberatus ne sont pas mentionnés dans ces pièces. Mais n'est-il pas possible que Facundus aitcom posé ses écrits avant le Constitutum de Vigile? En outre on ne peut deviner quel but des défenseurs, quels qu'ils soient, des Trois-Chapitres pouvaient poursuivre dans cette vaste falsification supposée.
2. Les Ballerini (Opp. Noris IV, 1037) font valoir contre l'authenticité de cette partie des actes qui ne se trouvent que dans un manuscrit de Paris, que cet écrit de l'empereur est daté du 14 juillet, alors que la septième séance aux actes de laquelle cet écrit est attribué a déjà eu lieu le 26 mai, et aussi que diverses expressions parlent en faveur de l'authenticité.
3. Le Liber Pontif. (61, 8 [éd. Duchesne], 299) ne rapporte que cela et remarque ensuite que les Romains qui demandèrent à Narsès le retour de Vigile ne savaient où se trouvait le pape. Ils doivent donc avoir considéré le long séjour involontaire du pape à Constantinople comme un exil.
édit du 8 décembre 553 adressé au patriarche Eutychius ; on y lit à la fin : « Mais ce qui a été fait par moi ou par d'autres pour la défense des Trois-Chapitres, nous le déclarons ici nul et non avenu1. » Un autre édit, identique pour le sens, adressé vraisemblablement aux évêques, est daté du 28 février 5542. Le pape dut donc dans l'intervalle acquérir la conviction qu'un anathème contre ces trois écrits était devenu nécessaire surtout pour l'Eglise orientale, et l'opposition de l'Occident ne s'appuyait que sur une méprise.
Si nous examinons la conduite de Vigile, il est incontestable qu'il manifesta une grande inconstance dans la querelle des Trois-Chapitres. Mais cette inconstance n'impliquait pas des oscillations dans les choses de la foi. Il ne compril jamais son opposition d'un moment à cet anathème dans un sens dogmatique, car il ne regarda jamais comme orthodoxes dans leur contenu les écrits en question. Chez lui, il s'agissait tout d'abord de l'opportunité de la mesure, et là dessus on pouvait au début être d'un avis différent. Même l' anathème prononcé contre Théodore avait un côté disciplinaire, alors qu'on pouvait demander s'il était possible en général de prendre de pareilles mesures contre les morts3. Ce qui était surtout en question c'était l'opportunité ou l'inopportunité d'un anathème, étant données les circonstances d'alors, car dans l'opinion des Occidentaux c'était là une atteinte au quatrième concile, et d'autre part un schisme était à craindre si on ne procédait pas. purement et simplement à la condamnation des Trois-Chapitres. Si on ajoute en outre que le pape se trouvait à l'étranger et était privé de sa pleine liberté et des conseils de son clergé, on s'explique