C. Jul. VI, c
savoir que dans ces questions qui n'étaient pas tout à fait exactement définies par la sainte Ecriture on devait consulter la tradition apostolique pour poursuivre sa transmission jusqu'à nos jours1.
D'après ce que nous avons déjà vu il résulte que saint Augustin ne considérait pas toute tradition admise dans l'Eglise comme une source de vérités de foi. Comme les Donatistes se réclamaient de l'autorité de saint Cyprien, au moins pour la réitération du baptême, il ne leur oppose pas seulement que les Pères de l'Eglise ne sont pas inspirés et infaillibles comme les écrivains bibliques, il montre en outre que tout d'abord cette tradition seule mérite d'être considérée comme source de foi, qui est reçue par l'Eglise universelle et qui a toujours été admise. En effet, dans ce cas, on devait supposer qu'elle dérivait des Apôtres 2. Ici apparaît déjà la règle de critique et d'examen qu'a développée Vincent de Lérins.
Mais dans cette règle il y a en même temps une indication précise de l'autorité de l'Eglise qui ne doit pas être comme une troisième source de la révélation à ajouter aux deux précédentes, mais comme une autorité chargée d'expliquer et de certifier l'autorité de l'Ecriture et de la tradition afin que celles-ci puissent être maintenues en tant que sources de foi dans leur pureté sans tache. Il sera question de cela dans le paragraphe suivant.
10. La tradition s'affirmait de plus en plus clairement dans les controverses religieuses suivantes comme seconde source de la foi. Et comment aurait-il pu en être autrement ? Le Seigneur lui-même n'avait-il pas communiqué à ses Apôtres les vérités chrétiennes par l'enseignement oral, et ne leur avait-il pas confié la mission de prêcher l'Evangile
i. De bapt. V, 96, :;7 : Quod autem nos admonet (Cyprianus) : ni ad fontem reenrramus, M est, ad Apostolîcam tradîtionem, et Inde eanalem in ■oetra tempora diriganras, optimum est et sine dmbrtatione façiendum.
±. De bapt. IV, 2i, SI : Quod irarversa tenet ecclesia, nec conciliis institulum, sed semper retentira) '-st, nonnisi auctorftate apostolica traditum rp(Mi<Mme creditur.
à tous les peuples comme une vérité divine qui devait être accueillie avec foi. Les Apôtres avaient également enseigné oralement ; en mettant par écrit le Nouveau Testament, ils n'avaient nullement eu l'intention de communiquer toute la révélation chrétienne. De même qu'ils étaient convaincus très vivement du caractère divin de la doctrine révélée qui leur avait été confiée, ils considéraient comme un premier devoir apostolique de transmettre à l'Eglise et à leurs successeurs le depositum ftdei dans sa pureté et son intégrité, tel qu'ils l'avaient reçu1. Ainsi la prédication et l'enseignement oral se recommandent d'eux-mêmes à côté des Ecritures comme la voie par laquelle l'homme devait être amené à la foi. La règle de saint Etienne : Nihil innovetar nisi cjuod traditum est lut observée dans les controverses qui suivirent. Dans tous les conciles, il s'agissait de plus en plus d'écarter des innovations et d'exprimer en toute exactitude la foi transmise par les anciens2. On devait plus tard contre les hérésies en appeler d'autant plus à la tradition qu'on tombait dans des erreurs plus subtiles dont la réfutation ne pouvait être aussi fortement opérée par l'Ecriture seule qu'avec l'aide de la tradition. Ainsi en agit saint Cyrille avec l'erreur de Nestorius, quand dans sa lettre à l'impératrice sur la foi orthodoxe il cherche à justifier le Ocorôxoé par les écrits des Pères. Le concile d'Ephèse (431) examina les expressions de divers Pères, comme le rapporte Vincent de Lérins dans son Commonitorium 3, tels que Pierre d'Alexandrie, Athanase, Théophile, les trois Cappadociens, saint Félix, Jules, Cyprien et Ambroise. Et lorsque saint Cyrille eut lu un écrit del'évêquede Cartilage, Capréolus, qui affir-