‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 386 sur 480 · Cf. Athan. Apol. c. Arian. c · texte numérisé non relu

Cf. Athan. Apol. c. Arian. c

la messe les paroles de la consécration, car on craignait que ces livres ne tombassent dans les mains des infidèles. On comprend dès lors pourquoi le pape Innocent Ier lui-même dans une lettre à un évêque1, hésite à confier au papier la formule de l'administration de la confirmation, et pourquoi dans les écrits de saint Augustin et de saint Chrysostome, quand ils font mention de l'Eucharistie, on trouve souvent les paroles: Quod norunt fidèles foaevt ol Trio-rot), et ils s'excusent ainsi de leur obscurité.

D'ailleurs nous comprenons le maintien de la discipline du secret dans la première moitié de l'époque patristique aussi facilement que son origine dans les temps primitifs. Le grand respect des chrétiens pour leurs saints mystères, la crainte trop fondée de les voir devenir l'objet des moqueries et probablement aussi des profanations des païens suffisaient à la recommander. Il est vrai aussi que le caractère de ces temps-là et l'exemple des usages religieux païens ont pu y être pour quelque chose. En tout cas, la discipline du secret peut déjà être regardée comme une preuve que les chrétiens reconnaissaient dans la sainte Eucharistie quelque chose de plus qu'un repas en mémoire du fondateur de leur religion.

3. Pour donner un tableau exact du développement de la doctrine de l'Eucharistie dans les temps patristiques, on ne peut séparer les uns des autres les différents témoignages, d'autant plus que si on les prenait chacun à part, leur sens pourrait être ambigu2 ; comme d'ailleurs pour les témoignages relatifs au culte et à la liturgie. Spécialement la présence réelle et substantielle du corps du Christ dans le

i. V. plus haut § 90.

2. Ce n'est pas traiter le sujet d'une façon historique et objective que de diviser, comme Rothe [Da$Abendmahl),èi priori les Pères en trois classes: les Symboliques, les Métaboliques et les Dualistes ; il part ainsi d'une supposition sans fondement comme si les opinions diverses sur l'Eucharfotie qui ont eu cours au xvif siècle avaient été déjà représentées par les Pères, sans que l'unité de la foi et de l'union de l'Eglise eût pu ne pas être altéréo.

sacrement de l'autel, ne peut pas être traitée séparément. Beaucoup d'historiens des dogmes rangent saint Athanase parmi ceux qu'on appelle les symboliques, parce qu'il semble permettre davantage de donner à la sainte Eucharistie une signification spirituelle et symbolique. Pour l'explication du texte de saint Jean (VI, 62-64) : « C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien ; les paroles que je vous ai dites, sont esprit et vie », il fait cette remarque1. « Il dit ici ces deux choses, chair et esprit, de lui-même, et il distingue l'esprit de la chair, pour que ses auditeurs confessent dans la foi non seulement le côté visible, mais encore le côté invisible de sa personne, et comprennent ces paroles non selon la chair, mais selon l'esprit. A combien d'hommes pouvait bien suffire pour les nourrir son corps mortel ? et à plus forte raison pouvait-il être la nourriture de l'humanité ? c'est pourquoi il parle de l'Ascension au ciel du Fils de l'Homme, afin qu'ils s'éloignent des pensées de la chair, et regardent son corps comme une nourriture spirituelle et céleste qu'il leur donne. Car ce que je vous ai dit, leur dit-il, est esprit et vie. C'est-à-dire, ce qui vous est montré et qui sera donné pour le salut du monde, c'est cette chair dont je suis revêtu ; et elle vous sera donnée avec mon sang à vous et à chaque fidèle, en nourriture spirituelle; elle sera de plus un gage de résurrection pour la vie éternelle. Le Seigneur cherchait de même à élever la Samaritaine au-dessus des pensées terrestres, et enseignait que Dieu était un esprit, sur lequel on ne devait pas avoir de pensées charnelles, mais bien des pensées toutes spirituelles ». Le saint docteur combat bien ici l'interprétation des Capharnaïtes, qui croyaient que c'était sa chair mortelle que le Sauveur voulait nous donner dans l'Eucharistie ; son but est de montrer le Logos comme une nourriture spirituelle et céleste, sans cependant le séparer de son corps glorifié, par laquelle le Logos s'est uni aux hommes et est devenu semblable à eux. C'est ce qui ressort aussi d'un

Page 1