‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 391 sur 480 · Greg. Nyss. Or. cat. c. 37 [Migne XLV · texte numérisé non relu

Greg. Nyss. Or. cat. c. 37 [Migne XLV

4. Cf. Greg. Nyss. De nom. opif. c. 27 [Migne XLIV, 225 sq.).

nouvelle matière nutritive, de sorte qu'elles sont en puissance dans celle-ci. Ces matières nutritives sont ordinairement le pain et le vin, c'est donc du pain et du vin qu'il faut entendre dans un sens particulier ce qui vient d'être dit. L'Homme-Dieu lui-même ne voulut pas que son corps terrestre subsistât par miracle, mais par la voie ordinaire de la nutrition. Par conséquent son corps se trouvait par les éléments matériels en puissance dans le pain et le vin en tant que substances nutritives, et par ailleurs ce même corps était la demeure de Dieu et était élevé à la dignité de l'union hypostatique avec le Logos. Le dogme de l'Eucharistie n'est donc pas en opposition avec notre raison : Si le pain et le vin ont pu par le fait de la nutrition devenir le corps et le sang du Christ, il n'y a rien qui répugne à ce que dans l'Eucharistie, non pas, il est vrai, dans l'usage qu'en fait l'homme pieux, mais par la toute-puissance de sa parole, le pain et le vin soient changés en son corps i. « De même, dit-il, que dans ce corps le pain devient une force divine, de même ici un changement identique se produit parle même moyen2. Car là la grâce de la parole divine sanctifie le corps qui tirait sa substance du pain, et qui était, à un certain point de vue, lui-même du pain ; de même ici, d'une manière semblable, le pain est sanctifié, comme dit l'Apôtre par la parole de Dieu et la prière, non pas de manière qu'il devienne, par le fait d'être mangé et bu, le corps du Verbe divin, mais il est changé en ce corps par l'effet des paroles sacramentelles (^er«7rotôu^£voç) suivant le sens de ces paroles « Ceci est mon corps ». Le changement que subit le pain dans le cours naturel de la nutrition est

1. Or. cat. 37 (Migne XLV, 96) : Kk'aûç, ov\> xoù vûv rov r& Adyw toû Oeov

V.y UX.ÇÔ [XS.VOV V.OTOV SIC, ffâi/AdC TOÛ &SOV AdyOV {JLSTCX.TC0lEÎ<7dcX.t 7lti7TeÙ0/JLCCl.

2. Ibid. C. 96 sq. : Oûxoûv odtv 6 h èxelvu tÔ> aw^uaTi fxero(.T:oiY}9dç à'/sro;, elç Ô£t'a.v lAzOiGT-f] <5ûvck/juv, Six rov odtrov xoù vûv rb ïaov yi'vercci. 'Exsj' re ykp h rov Ao'yov ^aotç, ckyiov èirotetro a&y-K, w ht rov v.prov h o-ûotootiç ïjv, xoù rpoTrov rivet xoù oevrb cr.proç r,v • èvrotvdoi t£ womiTw; 6 aproç,, xcx.6ûç, y/)ai-j b " AtiôotoIoc., à.yivXz.ru.1 Sioc Ao'yov 6eov xoù èvTSÛlewç, où ôtec fipûazwi, xoù 7To'(7£wç irpotùv et; rb crw/xa toû Ao'yov, à/> eù0û; 7r/îèç to G&/J.01. rov Ao'yov fxera.Tcotov/Li.evoçj x<x.Qù$ eïprtrou ùirb rov Adyov, on rovrd èttj

T© 9&[X(K fXOV.

donc dans la sainte Eucharistie opéré comme momentanément par l'effet de la parole toute-puissante de Dieu. On ne peut guère exprimer d'une manière plus claire le dogme de la transsubstantiation.

Au témoignage de saint Grégoire de Nysse, se rattache ctlui non moins explicite d'un autre docteur de l'Eglise latine, celui de saint Ambroise. En comparant la sainte Eucharistie avec la manne de l'Ancien Testament, il dit expressément que la sainte Eucharistie ne vient pas simplement du ciel, mais est la chair même du Christ, qu'elle appartient au Seigneur par-dessus tous les cieux, c'est à cause de cela qu'elle donne l'immortalité et est un aliment pour la vie éternelle, tandis que la manne ne préservait nullement de la mort1. C'est d'une manière substantielle, d'après saint Ambroise, que le Christ est présent dans l'Eucharistie. Car c'est du pain que vient {fît) le corps du Christ, à la suite du changement qui se produit par la consécration ; le prêtre à cause de cela ne dit pas les paroles consécratoires en son nom, comme les prières qui précèdent, il les dit comme venant de la bouche de Jésus dont il tient la place. Si ces paroles étaient simplement les paroles du prêtre, nous pourrions demander comment la puissance de produire un tel effet a pu leur être donnée. Mais ce sont des paroles de Dieu pour qui le changement de la matière terrestre ne peut pas être plus difficile que ne l'a été leur création ex nihilo. Cet appel à la puissance créatrice et à la parole créatrice rend impossible tout doute sur la foi de saint Ambroise dans la transsubstantiation2. La nature du pain a été trans-

1. Àmbr. De myst. 8, 48 : Considéra nunc, utrum praestantior sit panis lorum, an caro Christi, quae utique corpus est vitae. Manna illud e

caelo, hoc supra caelum : illud caeli, hoc Domini caelorum : illud corruptioni obnoxium, si in diem altcrum servaretur, hoc alienum ab omni rorruptiono, quod quicunque religiose gustaverit, corruptionem sentire non poterit. Cf. De sacr. IV, 5, 24.

2. De sacr. IV, l, 15 : Quia est sermo Christi? Nempe is quo facta sunt omnia. Jussit Dominus el factumest caelum; jussit Deus, et facta est terra... Vides ergo quam operatorius sit sermo Christi. Si ergo tanta vis est in sermone Domini Jesu, ut inciperent esse quae non erant, quanto magis

formée, comme il dit. Il compare de même le changement des substances qui a lieu dans l'Eucharistie avec la renaissance de l'âme humaine dans le baptême ».

Que saint Ambroise entendît un changement substantiel du pain, et non une apparence extérieure aux sens, cela se voit dans l'opposition. qu'il signale entre le témoignage de la foi et celui des sens 2, car ceux-ci n'ont pas le droit de nous tromper et de nous faire conclure qu'il n'y a pas de changement dans la substance du pain. Dieu a cru bon de laisser intactes les apparences extérieures du pain et du vin, afin que nous ne fussions pas rebutés en mangeant le corps et le sang du Christ3. C'est de ce que contient l'Eucharistie que vient l'effet d'une communion digne, elle nous unit non seulement avec le corps du Christ, mais surtout avec sa divinité4. En considération de ce précieux fruit, le saint docteur exhorte à la communion quotidienne, et prévient les fidèles contre la froideur et la négligence avec laquelle beaucoup de chrétiens tièdes communient une seule fois l'an5. Qui en effet ne devrait pas être animé d'un ardent désir de cette nourriture divine ? Qui pourrait se laisser retenir d'y prendre part, par un sen-

operatorius est, ut sint quae erant et in aliud commutentur. Cf. ibid. IV, 5, 23 : Antequam consecretur, panis est; ubi autem verba Christi accesserint, corpus est Christi... Et ante verba Christi, calix est vini et aquae plenus : ubi verba Christi operata fuerint, ibi sanguis Christi efficitur,qui plebem redemit. Ergo videte quantis generibus potens est sermo Christi universa convertere. De myst. 9, 52 : Sermo ergo Christi, qui potuit ex nihilo facere quod non erat, non potest ea quae sunt in id mutare, quod non erant ? Non enim minus est novas rébus dare quam mutare naturels.

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