‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 390 sur 480 · Ibid. c · texte numérisé non relu

Ibid. c

créé par lui '• Mais si le Fils de Dieu incarné se donne aux siens en nourriture avec sa divinité, et son humanité, les effets d'une telle union doivent au moins [être analogues à ceux de l'union hypostatique. Comme chez les personnes divines, le simple accord de la volonté ne suffit pas à rendre leur unité adéquate ; de même une pure union d'amour ne suffit pas pour épuiser dans la sainte communion l'union du Christ (qui est le chef) et de ses membres. Dans la Sainte Trinité il y a unité d'essence, ici il y a simplement union d'êtres, c'est-à-dire une union naturelle, particulière, qui est semblable à l'union hypostatique delà divinité et de l'humanité dans le Christ 2.

Les protestants qui écrivent l'histoire des dogmes tiennent bien plus de cas d'Eusèbe de Césarée, qui, on le sait, pencha vers le semi-arianisme. On ne peut donc user de son témoignage qu'avec beaucoup de précaution. Dans un écrit contre Marcel 3 qui s'appuyait sur la Bible pour soutenir la destruction finale de l'humanité du Christ, Eusèbe n'applique pas les paroles du Sauveur (Jean, VI, 33) à l'Eucharistie, mais rapporte à la prédication de la doctrine du Christ les expressions chair et sang. Mais ses commentaires étendus sur le sacrifice eucharistique * dont nous

1. Hilar. De trin. X, 18 : Ac ne Verbi virtus atque natura defecisse a se existimaretur in carnem, panem suum rursus esse dixit (Joan. 6, 52; ut per hoc, quod descendens de caelis panis est, non ex humana conceptione oriiro esse corporis existimaretur, dum caeleste esse corpus ostenditur.

2. Ibid. VIII, 13 : Si enim vere Verbum caro factura est, et vere nos Vorbum carnem cibo dominico sumimus ; quomodo non naturaliter manere in nobis existimandus est, qui et naturam carnis nostrae jam inseparabilem sibi homo natus assumpsit, et naturam carnis suae ad naturam aeternitatis sub sacramento nobis communicandae carnis admiscuit ? Cf. c. 17 : Haec autem idcirco a nobis commemorata sunt, quia voluntatis tantum inter Patrem et Filium unitatem haeretici mentientes, unitatis nostrao ad Deum utebantur exemplo, tanquam nobis ad Filium et per Filium ad Patrem, obsequio tantum ac voluntate religionis unitis, nulla per saorHiiientuin carnis et sanguinis naturalis communionis proprietas. indulgeretur : cum et per honorem nobis datum Filii et per manentem in nobis carnaliler Filium, et ineo nobis corporaliter et inseparabiliter unitis, mysterium verae ac naturalis unitatis sit praedicandum.

3. Euseb. Caes. De eccl. theol. III, 12. — 4. Cf. Demonst. ev. II, 10.

parlerons plus bas établissent avec évidence sa foi en la présence réelle du corps et du sang du Christ.

Dans saint Grégoire de Nazianze nous lisons : « Je te rappelle le Christ, ses abaissements, ses souffrances, sa croix, ses clous, par lesquels il t'a délivré du péché, son sang, sa sépulture, sa résurrection et son ascension, cette table à laquelle nous venons tous et les signes de notre salut que je consacre de cette même bouche dont je vous parle ; je vous rappelle enfin le saint et sublime mystère qui nous élève jusqu'aux cieux i ». Le mot tûttoç (signe) se trouve chez beaucoup de Pères, parce que les espèces du pain et du vin dans la sainte Eucharistie ont en effet un côté symbolique et typique. Mais il ne faut pas le restreindre au sens du mot mystère; les espèces contiennent réellement le corps du Sauveur. Dans la sainte communion, saint Grégoire oublie complètement les espèces et exprime ainsi sa foi à la transsubstantiation : « Mange sans crainte ni doute le corps, bois le sang si tu aspires à la vie sans laisser ta foi s'ébranler sur la doctrine de la chair du Seigneur, ni te laisser scandaliser à la vue de ses souffrances 2 ». Il considère la descente du Logos sur l'autel comme l'effet de la consécration ; il conçoit la consécration comme un sacrifice du corps et du sang du Christ ; les paroles du prêtre sont le glaive qui immole la victime. Et il n'y a pas là seulement l'expression d'une simple opinion de saint Grégoire, c'est l'expression de sa foi en la présence réelle et substantielle du Christ au sacrement de l'autel ; il ne dit pas du tout, en effet, que le pain et le vin coexistent comme substances à côté du corps et du sang de Jésus-Christ. « Ne cesse pas, homme pieux, de prier, de supplier pour moi, quand par ta parole tu fais descendre le Logos ; quand, d'une manière non sanglante, tu sacrifies

1. GtBÇ. NCLZ, Or. 17, 12 : "H xai t/jv T/sarreÇav tocvtyiv, >j xoivy Tcpouift-ev, xoù toÙ; TÙ7Tou; Tvfë è/jrifé acoT^pt'aç, ouç àno zoù aÙTOu relu o-TO/Aaroç, àjj' ou rccùra. ixpoç, ai Txpsijîsûoi, ryv ispocv xai avw fépouacof 'hy.ôL$ /Auaraywyt'av.

2. Or. 45, 19 : 'AIT àvsTratT^ùvTw; xaî <kvevSoioiaro)$ fclye to «râ/Aa, Ttte rb at'/^a, et t»js ÇwSjç è7ri0u//.>7Tix<3ç £Xei$> J^Wts TOÏe, Tispl axpxos crniGTôïv Xoyotq {J.r,xt rcfç Ttspi to Ttoiâoc, 'jZXottTOfievoq»

le corps et le sang du Seigneur en te servant de ta parole comme d'un glaive 1 ». En ce temps-là, c'était encore l'usage que les fidèles reçussent pour la communion du prêtre ou du diacre le corps du Seigneur dans leur propre main et qu'ils le prissent eux-mêmes. Le même saint s'indigne que l'empereur Julien l'apostat ait souillé ses mains par des sacrifices païens, reproche qui ne s'expliquerait guère si l'Eucharistie n'avait pas été autre chose qu'un souvenir du Christ2.

Saint Grégoire de Nysse s'explique encore plus nettement sur la manière dont le Christ est présent dans la sainte Eucharistie : il pense3 que ce n'est pas seulement par son âme, au moyen de la foi, et de la grâce que chaque homme peut entrer en communication avec le Sauveur, le premierné de notre humanité ; mais aussi, par son corps, l'homme peut communiquer avec ce corps qui a vaincu la mort et qui est le commencement de la vie. Ainsi l'homme pourra participer par tout son être à la source du salut. Or, c'est dans l'Eucharistie que l'homme communique avec le corps du Sauveur. Il explique plus exactement encore cette communication, et se sert pour cela de l'argument physiologique déjà mentionné plusieurs fois, et que fournit le cours incessant de la matière dans les choses matérielles4, à savoir que le corps humain ne subsiste que par l'addition ininterrompue de la matière grâce à la nourriture, par l'assimilation de ses éléments nutritifs et la perte du superflu de cette matière. Les parties matérielles du corps changent par conséquent sans cesse, et sont peu à peu remplacées par la

1. Ep. 171 : A>/', cS 0£O7£JBé7TXT£, ph xccrdxvst /.où izpoavjys.'sBon. xoù Tcpssfisûetv ù~kp r,y.w, OTOO> *àyta vuxBÛxrfi tc-j Adyov, Stov KvauaxTW ro/xrj <7&pa. y.où ccTpcc ts/jivtj;

ffcairoTcxonr, fwh* fyw ~'° 5<V5î- Bossuet donne cette explication dans V Expos, de la doctrine cath.

2. Or. 4, 52 : Aî/xart p.h oi>y &a((Q zà Xouvpèv ù.TtoppÙTtrîTO'.i, tt, xond' r,pc(.q t£/îigjoci rfev tùtioov» toO fjaiaauq àvTiTttfcîç, uç èv fiopjZdpw y.v'/i?9~i'<;, y.ocroc rr,v TToc.poivop.iyy. Kai rà; X^P** &fCty»£Ç»TOtt t/;; fooUftdbtTOU dusiotc, KTroy.ccOo'.tpoiv, Si' >7; yj/xst; Xpnrco manmaùftev xoù rûv T<v.QoprÂTo>-> y.où zfe ôzdr^roi.

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