‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 402 sur 480 · Cf. ibid. c. 23 [Migne LXXXIX · texte numérisé non relu

Cf. ibid. c. 23 [Migne LXXXIX

4. Fac. Hfinn. Pro defc-ns. trium capp. IX, 5 (Bibl. max. X, 79) : Potest sacramentum adoptionis adoptio nuncupari, sicut sacramentum corporis ft sanguinis ejus, quod est in pane et poculo consecrato, corpus ejus et sanguinem dicimus, non quod proprie corpus ejus sit panis et poculum sanguis; sed quod in se mysterium corporis ejus sanguinisque contineant. Hinc et ipse Dominus benedictum panem et calicem, quem discipulis tradidit, corpus et sanguinem suum vocavit.

sacrifice eucharistique. Saint Jean Damascène fournit encore ici le dernier anneau de la chaîne. Il se fait certes une idée élevée de l'acte mystérieux qui met à la place du pain et du vin le corps très saint du Sauveur. Après avoir montré la nécessité d'une nouvelle naissance, d'une naissance spirituelle, et aussi d'une nouvelle nourriture, d'une nourriture spirituelle pour l'homme qui doit être racheté, le saint docteur dirige son regard sur la création du ciel et de la terre par le mot : « Fiat)) ; puis il rappelle la création d'un corps humain destiné au Logos, corps pris dans le sein de la Yierge et il demande ensuite : « Pourquoi un tel Dieu ne serait-il pas assez puissant pour changer le pain en son corps, et le vin et l'eau en son sang1 ?» Au commencement, s'écrie-t-il, il dit : que la terre produise de l'herbe verdoyante et jusqu'à ce jour la terre fertilisée par la pluie, obéit à l'ordre divin et pousse ses plantes. Ensuite le même Dieu dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; faites ceci en mémoire de moi » « et par son ordre tout -puissant cela se produira jusqu'à ce que le Seigneur revienne, et toujours grâce à la pluie fécondante que la prière divine a appelée sur cette nouvelle semence, c'est-à-dire grâce à la puissance du Saint- Esprit. » Le même docteur demande ensuite comment le pain peut devenir le corps du Christ et le vin son sang et il répond : Parle Saint-Esprit, dont la puissance dépasse de beaucoup toute raison et toutes paroles humaines. Et ce changement, il l'indique expressément comme une transsubstantiation : « Le corps que le Seigneur a pris de la Vierge est en vérité uni entièrement à la divinité; non que ce corps, qui a été reçu au ciel en descende, mais dans la consécration le pain et le vin sont changés au corps et au sang du Seigneur2». Et pour écarter tous les doutes sur la transsubstantiationproprement dite, il aj oute pour expliquer ce qu'il vient

1. Ioan. Dam. De orth. fide IV, 13 (éd. Lequien I, 268) : Où §ûvarai tqv aorov saurov crwpa 7ioiyi<tocl ', xaî tov otvov xai to vSwp at^a J

2. Ioan. Dam. I. c. (p. 269) : £w(uâ eartv âïrfîûç Yjvwpévov ôeoTïjTt, to ex tyjç àyîocç 7ru.pQévou oviôfxa, où^ cti to àvaXï/<p0£v crûpa. s£ oxjpuvov xarép^eraL, àlV otl aÙToç ô apxoq xai oivoç ^srairoioi/vrcKi sic cw^a xat atua ôeou.

de dire une analogie, déjcà exposée par Grégoire de Nysse. De même que le pain et le vin employés comme nourriture de l'homme sont changés en sa chair et en son sang sans former un second corps, de même dans la sainte Eucharistie, mais d'une manière surnaturelle, c'est-à-dire par la force du Saint-Esprit le pain et le vin sont changés au corps du Seigneur c pour former non pas deux corps mais un seul et

même corps » (xcà o'jy. ètai Suo xXkà h /.où xh coito)1.

int Jean Damascène n'admet pas non plus qu'on appelle le pain et le vin, la figure (rtmoç) de la chair et du sang du Christ. Si déjà d'autres Pères, comme saint Basile, avaient adopté cette manière de parler, ils pensaient au pain et au vin avant la consécration. Après la consécration le pain et le vin sont devenus le corps et le sang du Christ. Chez d'autres Pères, les saints mystères étaient appelés les figures de l'avenir (àvrirwra twv v.-Oàovtwv), parce qu'ils nous unissent ici-bas par les signes sacramentels avec la divinité, que dans l'autre vie nous verrons face à face.

C'est précisément sur ce point qu'au septième concile général la doctrine de saint Jean Damascène reçut la sanc-

1. Ruckert (op. cit. p. 439) critique cette comparaison, parce que soit dans la réception soit dans l'appropriation, il n'y a pas, dit-il, entre deux faits la plus petite ressemblance. Sans doute, il n'y a pas ici égalité parmais on ne peut nier qu'il n'y ait analogie, parce que la transsubstantiation dans la sainte Eucharistie peut être considérée comme une réception et une appropriation de la part du corps glorifié du Christ. — D'autre l'auteur parait vouloir étendre trop loin une autre analogie. Saint Jean Damascène (p. 269) veut montrer pourquoi le Seigneur a pris pour l'Eucharistie du pain et du vin, comme pour le baptême de l'eau et de l'huile, et il trouve comme raison que le pain et le vin sont la nourriture la plu- ordinaire, et c'est par elle que nous devons être élevés aux choses surnaturelles. L'analogie qui existe Ici entre les signes extérieurs des deux sacrements est fréquente. Donc, si nous lisons dans saint Jean Damascène: même que le Seigneur a attaché la grâce du Saint-Esprit à l'huile et a l'eau, pour en faire le bain do la régénération, de même il a attaché au pain et au vin sa divinité et en a fait -a chair et son sang », on ne peut pas de la conclure a l'identité complète des deux sacrements au point (le vue du rapport de- signes à leur contenu. Saint Jean Damascène remarque lui-même de l'Eucharistie, que le Seigneur change le pain et le vin en sa chair et en son sang (iw7r©6pe*v tdnèt vû/ux xal xîftei ocùroù).

tion de l'Eglise, quand, au conciliabule de Gonstantinople (754), les évoques eurent déclaré, à l'instigation de l'empereur, que le culte des images était antichrétien; ils voulurent laisser, selon leur expression, subsister une image du Christ : la sainte Eucharistie1. Les Pères de Nicée (787) protestèrent, et pour eux cette expression était, disaient-ils, inouïe dans l'Eglise. Dans la sixième session on lut une réfutation de ces articles, qui eut pour auteur un théologien resté inconnu. On la lut de façon qu'à la lecture de chaque proposition hérétique de Gonstantinople suivait la lecture de la réfutation. Du rapprochement de ces divers actes, on peut voir si les livres carolingiens ont le droit de reprocher l'expression dont il s'agit, à propos du caractère figuratif de l'Eucharistie, au deuxième concile de Nicée. Dans la réfutation on lit2 : « Il est donc démontré que ni le Seigneur, ni les Apôtres ou les Pères n'ont jamais appelé le sacrifice non sanglant offert par ]es prêtres une figure, mais toujours le corps et le sang. Il est vrai que quelques Pères ont parlé de figure avant la consécration (parmi eux Eustathius et Basile); mais comme les Iconoclastes voulaient écarter toute idée d'images vénérables, ils parlaient d'une image qui n'en est pas une, mais est le corps et le sang du Christ. Ensuite conduits par l'impiété et la ruse et se trompant eux-mêmes par un mauvais sophisme, ils appelèrent ce sacrifice sacrifice divin par adoption et corps et sang du Seigneur. Ensuite

1. Dans les actes de ce synode, lus au 7e concile général, on lit (d'après

Mansi XIII, 264) : 'I8où oùv 77 sixwv tou Çwottoiou gÔj^.(/.toç «ùtou •/) èvripoiç xaè TST£f/.y;jjtivtoç 7r^«TTopévvj. Tt yàp è[iYi%uvri<Turo ev toûtw ô Ttâvaroyoç Qsôç J ov% ïrspôv T£, r, SsîÇat xaè rpx-jùua.1 fuvepcôç t^ï-j rotç âuQpû-KOtç to 7rpa,y[i.ctTia0iv puaTY/^iov hi tvj xgct' gcùtov oocovojxia "... mottêo oùv to xarà yùmv toû X^oiaTou G&pot. àytov, ùç QeoyQév ' ourwç SvjXov xaî to ôiara, vjrot f) etxwv ocùtou âyt'a, ùç §tâ tlvoç âyicccru-ou yjxpixi QeovpévY}. Touto yàp y.oà en pay par tu o~a.ro, ùç syYluev. ô §£(T7tÔtïjç Xparôç, oVwç y.aQânep tyjv cràjOxa, 77V àvélafie, tg5 oixet'w xaTa cpûirtv âytaa'px) e£ aÙTr,ç svoîxrewç sôs&xrsv, ôptot'wç xaî tov tyiç evyapiGTÎaç dprov, wç à-^guSvj stxôva tyjç ^ua"txvjç vapY.bç iïià T/jç tou âyiou nveûpuToç èntfOtTYiffSbiç aytaÇôpgvov, deïov acopu gùSôxvja'S yiveo~Bui.

2. Mansi XIII, 265 : Oùxouv o~a/fcoç à-TO$é$ziy~ai, on oùSapou ouTg ô xôptoç ourg oi cazôaro'koi vj Traxéoeç sUÔ-ju sinov Tr,v Scà tou iepéuç 7rooo"<pgoou:évv7v àvoct^axTov Ouai'av, à^à aÙTo cwcza xaî aÙTo ai^ia.

ayant abandonné le mensonge, ils sont revenus à la vérité et ont affirmé que c'était là le corps; mais si c'est une image, comment cela peut-il être le corps du Seigneur? » Cependant il n'est pas tout à fait exact qu'il n'y ait eu aucun Père, comme le dit la réfutation, qui ait appelé la sainte Eucharistie un antitype, après la consécration. Mais il est facile de voir par les divers actes que même les évêques adhérant aux iconoclastes de Constantinople, n'ont jamais, malgré le titre d'image donné à l'Eucharistie, douté de la présence réelle de Jésus-Christ au sacrement de l'autel; mais dans des expositions obscures ils se sont efforcés de représenter le pain comme participant à la divinité, de même que le corps du Christ y a participé par l'Incarnation. C'est contre eux que, au septième concile général, fut lue l'affirmation très claire du dogme de la transsubstantiation dans l'Eucharistie.

De la présence permanente et totale du Christ au sacrement de l'autel. De la matière, de la forme. De sa réception.

Aux diverses propositions qu'une étude plus attentive, et plus profonde du mystère a déduites du dogme eucharistique et qui se sont peu à peu traduites dans le culte, appartient l'affirmation de la présence permanente et totale du Christ dans l'Eucharistie.

1. Si le Christ par suite de la consécration est présent dans l'Eucharistie, et s'il a attaché sa présence substantielle aux espèces du pain et du vin qui demeurent après la consécration, il doit demeurer dans l'Eucharistie aussi longtemps que persistent les espèces, c'est-à-dire que sa présence est permanente. Pour cette croyance de l'Eglise à ce mode de présence, l'antiquité nous fournit plutôt des témoignages tirés de la pratique du culte que des affirmations doctrinales des Pères ; car on la regardait comme une vérité indiscutable. Voici quelques-uns de ces témoignages.

a) On connaît l'adoration que les Chrétiens, immédiatement après la consécration et avant la communion, rendaient à la sainte Eucharistie. Beaucoup de Pères se prononcent très expressément là-dessus d.

b) Si la sainte Eucharistie était partout célébrée dans l'Eglise, comme un sacrifice ou comme le sacrifice de la nouvelle alliance, ainsi que nous verrons plus bas et si on reconnaissait que l'action sacrificatoire du corps eucharistique du Christ consistait, comme le mentionne Grégoire de Nazianze, dans la consécration des espèces séparées, on supposait donc que la présence du Christ commence avec la consécration. C'est en ce sens qu'Optât de Milève dit que les autels de l'Eglise sont la demeure temporaire du corps et du sang du Christ2.

c) La foi de l'Eglise que la présence du Christ se produit dès le moment même de la consécration, se manifestait aussi dans la manière dont on honorait les espèces eucharistiques consacrées, et dont on les conservait pour la communion. Non seulement l'Eucharistie était portée dans les maisons de malades comme viatique3, aux prisonniers et aux martyrs; mais encore les ermites et les cénobites la conservaient dans leurs demeures pour la prendre au temps convenable ; ces derniers même quand ils n'avaient pas de prêtre dans leur couvent4. En Orient, s'est conservée jusqu'à nos jours la coutume pour les laïques, de se donner eux-

1. Optât de Milève dit que le mépris de la sainte Eucharistie par les Donatistes est un facinus immane. Cf. De schism. Don. II, 19 : Et quod vobis levé videtur, facinus immane commissum est, ut omnia sacrosancta supra memorati episcopi violarent. Jusserunt, eucharistiam canibus fundi; non sine signo divini judicii; nam iidem canes accensi rabie, ipsos dominos suos quasi latrones, sancti corporis reos, dente vindice, tamquam ignotos et inimicos laniaverunt. Cf. c. 21.

2. Optât. Milev. De schism. Don. VI, 1 : Quid vos oiïenderat Christus, cujus illic per certa momenta corpus et sanguis habitant.

3. C'est ainsi que le pape Sirice, d'après le Lih. pontif. (édit. Duchesne I. 216) et auparavant le concile de Nicée appellent l'Eucharistie portée aux malades.

4. Saint Basile (ep. 93) témoigne d'une coutume semblable à Alexandrie et en Egypte.

mêmes la communion aux cas de nécessité, et les abbesses la portent elles-mêmes dans le cas de maladie aux religieuses qui leur sont soumises1. Dans l'ancienne Eglise, le sacrifice eucharistique n'était offert que par le presbyterium de févêque en union avec lui. Mais quand le nombre des fidèles se fut accru au point que tous ne purent plus participer à un même sacrifice, il fut nécessaire de répartir le sacrifice eu diverses paroisses, et de faire en même temps une répartition du clergé ; cela eut lieu à Rome d'après les Philosophumena*. C'est probablement le pape Zéphyrin, qui au commencement du 111e siècle divisa la ville en vingt-cinq tituli: l'usage cependant fut maintenu, que chaque prêtre ou titulaire recevrait, en signe d'union, l'Eucharistie de que qui la lui envoyait par les acolythes3. Plus tard s'ajouta l'usage, que pendant leur messe les prêtres mêlaient au Fax Domini ce fermentum du précieux sang4.

d) Si l'Eglise ancienne ne connut pas la coutume de garder la sainte Eucharistie dans les églises, parce qu'on craignait toujours quelque profanation de lapartdes païens, il y eut pourtant çà et là quelques exceptions, puisque on possédait un vase spécial destiné à cet usage et appelé chez les Latins sacrarium5, et chez les Grecs pastophorion6; certains conciles prescrivaient de faire consommer par les enfants le mercredi et le vendredi saint ce qui restait des saintes espèces.

e) Un témoignage catégorique de la foi de l'Eglise à la permanence de la présence du Christ dans l'Eucharistie est L'usage de la messe des présanctifiés. Le concile de Laodicée, au ive siècle ordonne dans le quarante-neuvième canon,

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