Cf. Halm, Die Lehre von den Sacramenten
l'ordre dans les temps patristiques 641
en quoi consiste son effet. En même temps nous aurons partout l'occasion de voir que sur ces points la tradition orale des temps anténicéens et les prescriptions divines sont d'accord. L'idée d'un sacerdoce commun à tous les chrétiens ne se trouve pas seulement dans la sainte Ecriture 4, elle est aussi développée chez les Pères, de plusieurs manières2. Quelques-uns cherchent ce sacerdoce dans la dignité et la consécration conférées au chrétien par le baptême ; ils y sont devenus membres du corps du Christ, temples du Saint- Esprit, et aptes à offrir à Dieu des sacrifices agréables, c'est-à-dire leurs bonnes œuvres; d'autres le trouvent symbolisé dans l'onction du baptême ou de la confirmation; d'autres enfin regardent comme un sacerdoce la participation de tous les chrétiens au sacrifice non sanglant de l'Eglise. Dautre part Tertullien, engagé dans le Montanisme, avait déjà abusé de cette idée pour justifier l'Eglise invisible des esprits propre à cette secte. Il refuse entièrement à l'Eglise catholique et aux successeurs visibles des Apôtres le pouvoir d'absoudre ; par contre, il s'appuie sur ce sacerdoce commun pour reconnaître aux laïques la pleine puissance non seulement de baptiser, mais même d'offrir le saint Sacrifice en cas de nécessité3. Par là il dépouillait
i. Voir Hist. des Dogmes, I, 411 (2e éd. al.).
2. Rump (Bas allgemeine Priesterihum der Christen, Munster 1860 15 sqq.) a recueilli plusieurs expressions deJust. Dial. 116. Iren. Adv. haer. IV, 8, 3. Orig . In Lev. hom. 9, 9. Cyr. Hier. Cat. 18, 33; 21, 6. Ambr. In Luc. V, 6, 39. Hier. Adv.Lucif. c.4 (éd. Vall.). Aug . De civ. Dei XX, 10: Omnes sacerdotes, quoniam membra sunt unius sacerdotis. Léon. M. Sermo IV, de annivers. cl.
3. Voir l'Histoire des Dogmes I, 490 (2P éd. al.). D'ailleurs il rétablit, pour les cas ordinaires de la vie, le droit des évêques, des prêtres et des diacres, dans le Traité du Bapt. Et auparavant, quand il était encore catholique, il avait été sur le point qui nous occupe d'une toute autre opinion comme on peut le voir: De praescr. c. 41: Ordinationes eorum (se. haereticorum) temerariae, levés, inconstantes, nunc neophytos collocant, nunc seculo obstrictos, nunc apostatas nostros, ut gloria eos obligent, quia veritate non possunt. Nusquam facilius proficitur, quam in castris rebellium, ubi ipsum esse illic promereri est ; itaque alius hodie episcopus, cras alius, hodie diaconus, qui cras lector, hodie presbyter, qui cras laicus : nam et laicis sacerdotalia munera injungunt.
l'Ordre de son caractère sacramentel. S'il reconnaissait le pouvoir ordinaire et régulier d'offrir les saints mystères aux prêtres solennellement et visiblement consacrés par Févêque, et s'il parle d'une sanctification dans la réception du sacerdoce, sanctification conférée par l'imposition des mains de l'évêque et des prêtres, il ne mentionne nullement l'institution divine de l'Ordre, et pour lui les privilèges des prêtres ne sont pas autre chose, il le dit expressément, que des privilèges de droit ecclésiastique. Parla Tertullien s'éloignait de la doctrine de l'Eglise, qu'il aurait pu trouver dans la sainte Ecriture, dans la tradition et dans les cérémonies extérieures de l'Eglise l.
Le plus ancien témoin de la solennité eucharistique, Justin, remarque expressément que c'était le président, le prêtre qui célébrait les mystères2. C'était l'usage, comme nous l'avons vu, que les fidèles recevaient les espèces eucharistiques, les emportaient dans leurs demeures et s'administraient là eux-mêmes la sainte communion3; preuve qu'ils ne s'attribuaient pas à eux mêmes le pouvoir spécial de consacrer. Ceci avait lieu surtout pendant la persécution, et les troubles des guerres. Même pendant la persécution, les prêtres tâchaient de s'introduire dans les prisons, pour célébrer les saints mystères et donner la sainte communion aux fidèles 4. Le concile d'Arles 5 et celui de Nicée 6 défen-
1. Néander {Antignosticus, p. 20 i) pense, il est vrai, que Tertullien a exprimé là la doctrine de l'Eglise de cette époque, qui, dans le cours du iiie siècle, était retombée dans le judaïsme et avait de nouveau adopté le sacerdoce particulier.
2. Voir Histoire des Dogmes, I, 458 (2e édit. al ). Tertullien lui-même en témoigne dans les écrits qu'il a composés avant sa défection de l'Eglise. De coron, militis c. 3: Eucharistiae sacramentum... de manu praesidentium sumimus.