‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 48 sur 480 · Cat · texte numérisé non relu

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demander quelles grâces ils ont eues en vue, quand ils parlent de la préparation requise pour recevoir ces grâces. Ils ont eu évidemment raison de dire, en parlant de la grâce sanctifiante et de l'augmentation de cette grâce, que la meilleure disposition pour la recevoir était la grâce actuelle1.

3. La grâce actuelle en particulier fut conçue par les Pères comme un principe actif. Rien n'avait encore amené les Pères à une précision plus intime sur le rapport de la grâce actuelle avec la volonté libre de l'homme et sa coopération. C'est cependant à la grâce actuelle spécialement que saint Cyrille attribue les bonnes œuvres qui sont pour ainsi dire ses fruits. La grâce est active par elle-même. Le Saint- Esprit est tout-puissant et admirable dans ses dons 2, il est un principe actif Sx*piç bepyyTix-h) chez les bons. Au Saint- Esprit est attribuée la conversion de trois mille hommes par la prédication du prince des apôtres à la première Pentecôte; la grâce du Saint-Esprit a fait embrasser la foi à un grand nombre de ceux qui crucifièrent le Seigneur, elle les a fait persévérer dans l'enseignement des apôtres et dans la prière 3; c'est elle qui, du persécuteur Saul, a fait un apôtre et un fidèle serviteur du maître*.

Cette activité de la grâce ne doit cependant pas porter préjudice au libre acquiescement de la volonté humaine et encore moins supprimer celle-ci; Dieu peut sans doute faire un croyant d'un impie, mais seulement si la grâce lui ouvre le cœur5. Le roi Agrippa fut si touché de la grâce à la prédication de l'apôtre, qu'il se serait facilement converti au christianisme s'il n'avait été endurci dans l'incrédulité6.

4. Pour ce qui regarde la distribution des grâces, saint Cyrille suit l'enseignement de la sainte Ecriture : Dieu donne à tous la grâce suffisante ; le Christ est mort pour tous \ Les impies ne doivent pas attribuer leur triste état

1. Procat. 17. Gat. 1, i; 17, 37. — 2. Cat. 16, 22. — 3. Cat. 17, 31.

i. IblQ. 17, 26 : TVv ttots Siûxt/jv, x/jpvxoi xoù Sovlov à.ya.dbv a.ixtipyci'saro.

5. Cijr. Hieros. Cat. 5, 17. — 6. Cat. 17, 31. 7. Cat. 13, 12, 3, 4, 28.

au manque de grâce, mais seulement à eux-mêmes, car ils n'ont pas utilisé la grâce. Si Dieu 'retire parfois ses grâces particulières aux hommes et semble donner ainsi une occasion, au moins éloignée, à l'endurcissement de leur cœur, c'est que leur malice les a d'abord rendus insensibles aux influences de la grâce *.

Amené à examiner les paroles où l'apôtre s'occupe des partisans de l'Antéchrist (2 Thess. 2, 11) : « Ué^si oùtoîç ô @eoç èvépyeiv.v irXdhn» », saint Cyrille explique le futur du verbe actif 7repi/£i dans le sens d'une permission divine : Dieu ne laisse tomber dans l'erreur par rapport aux œuvres de l'Antéchrist que ceux qui, par suite de fautes personnelles, ont été infidèles à la foi ou même ne l'ont jamais tout à fait embrassée-.

B. Saint Athanase avait reçu la mission particulière de défendre le christianisme contre l'Arianisme. Son devoir était dès lors d'employer toutes les ressources de son esprit à présenter, à justifier, à établir les dogmes de la divinité complète du Sauveur comme le point central, la lumière rayonnante du christianisme tout entier. Nous avons déjà montré ailleurs avec quelle perspicacité il avait aperçu le lien réciproque, qui existe entre le dogme attaqué et la doctrine de la rédemption, nous savons aussi combien il l'a montré avec clarté. Ce qui nous intéresse maintenant, ce sont les relations de ce dogme avec la doctrine de la grâce, surtout de la grâce sanctifiante.

1. La nature de la grâce sanctifiante ne nous a été complètement manifestée que par l'Incarnation. Avant Jésus-Christ l'homme pouvait sans doute être sanctifié, mais seulement par la foi au Rédempteur à venir. La ferme confiance d'entrer si intimement en rapport avec Dieu, au point de devenir ses enfants, ne pouvait naître dans l'âme humaine que grâce à la certitude de la rédemption qu'opérerait le Fils de Dieu et de l'union la plus intime possible que, par le Christ, la

i. Cat. 6, 8. — 2. Cat. io, 17.

nature humaine contracterait avec Dieu. L'intelligence de l'Incarnation, c'est-à-dire du rapport du Fils unique de Dieu fait homme, avec son Père et avec nous, c'est l'intelligence même de l'union de l'homme avec Dieu par la grâce. Saint Athanase nous donne une explication d'autant plus claire de cette communauté d'amour et de vie entre l'âme et Dieu qu'il enpénètre plus intimement les rapports. Silanature humaine du Christ a bénéficié de tous les privilèges, qu'une créature ait pu posséder, comme le dit souvent saint Athanase, il s'ensuit que tout homme a des droits à une semblable déification, non en raison de l'union hypostatique, mais par l'Homme-Dieu lui-même. Cette déification sera cependant limitée et inférieure à cause du caractère fini de nos mérites. Tout ce qui a été concédé à la nature humaine du Christ est l'image idéale de tout ce qui advient à chaque homme, c'est-àdire à toute nature humaine. Nous sommes divinisés dans le Christ, chez qui une nature semblable à la nôtre est devenue l'objet de l'adoration des anges, et ainsi nous avons acquis des droits particuliers à la plus intime parenté avec Dieu. « Ces paroles de saint Paul (Phil. 2, 9) : Il lui donna un nom au-dessus de tous les noms, dit saint Athanase1, n'ont pas été écrites pour lui.» Avant de devenir homme, il était adoré parles angesettouslesêtrescréésd'aprèslagloirepropre qu'il tenait du Père. En mourant et en étant exalté comme homme il reçut comme homme ce qu'il avait déjà depuis l'éternité comme Dieu, afin que nous bénéficiions de la grâce, qui lui était accordée. Le Logos n'a pas été amoindri en effet par la chair qu'il a prise afin de recevoir la grâce, mais au contraire il a divinisé ce qu'il a attiré à lui et gratifié ainsi généreusement tout le genre humain... Puisque les puissances du ciel, les anges et les archanges, qui adoraient auparavant le Seigneur, l'adorent maintenant sous le nom de Jésus, c'est une grâce et une gloire pour nous de voir le Fils de Dieu fait homme, l'objet de ces adorations. Lesjmissances célestes ne pourront pas s'étonner que nous tous, qui avons des corps

\. Orat. c. Ar. I, 42.

de même nature que Jésus, entrions un jour dans leurs éternelles demeures».

2. La parenté avec Dieu, dans laquelle nous entrions par la grâce du Christ, le titre de Fils de Dieu qui nous vient par Jésus, Fils de Dieu, tout cela est une participation spéciale à l'essence divine, participation accordée à notre nature comme un bienfait surnaturel et accidentel. Ce qui a été dit sous ce rapport1 de la grâce de l'état primitif s'applique aussi à l'état de l'homme justifié. Il importait de bien établir cette vérité contre les Ariens. La filiation divine du Lu<.;os est fondée sur l'essence de Dieu, du Père comme du Fils; elle n'a point été l'œuvre postérieure de l'Esp rit-Saint faisant office d'intermédiaire. Bien plus c'est le Fils lui-même qui a insufflé le Saint-Esprit, c'est le Fils qui nous l'a envoyé, pour que par lui nous participions à l'essence divine.

Cette participation n'est pas par conséquent une union d'être avec Dieu, dans le sens que cette union serait propre à notre nature et à notre être en tant que créature, mais seulement dans le sens que nous obtenons ce bienfait de la bonté de Dieu, d'une manière surnaturelle, c'est-à-dire par une régénération. « Nous ne sommes pas pour cela dans le Père, comme le Fils est dans le Père, dit saint Athanase2, car le Fils ne reçoit rien du Saint-Esprit pour être dans le Père; il ne reçoit même pas le Saint-Esprit, il le donne au contraire à tous». Le Saint-Esprit ne relie pas par luimême le Logos au Père, mais par la vertu même du Logos. De plus, le Fils est dans le Père comme son Logos essentiel, comme son reflet, tandis que nous sommes loin de Dieu si l'Esp rit-Saint n'est pas en nous, mais par l'Esp rit-Saint, nous sommes unis à la divinité (ffuva7rrofAs0« r-h o-ôr^rt). Ce n'est donc pas le propre de l'homme d'être dans le Père, mais l'œuvre de l'Esprit-Saint qui est et demeure en nous, aussi longtemps que nous lui sommes fidèles ». Saint Athanase

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