Worter, loc. cit. pages 371 et suiv
fructifier, il faut généralement dans l'âme humaine comme un terrain bien disposé. On appela plus tard cette nécessité d'un terrain destiné à la grâce actuelle une disposition purement négative, parce qu'elle ne peut mériter en aucune façon la grâce surnaturelle du salut ; dans la réalisation de l'œuvre du salut, la grâce et la coopération de l'homme se pénètrent toujours l'une l'autre. Tandis qu'aucune hérésie n'avait encore nié la nécessité de l'initiative de la grâce divine pour réaliser une œuvre surnaturellement bonne, il n'était pas indispensable de formuler la doctrine avec une précision aussi rigoureuse. On pouvait parler de la volonté antécédente de l'homme, on n'avait qu'à se demander en effet quel point du développement de l'œuvre du salut on avait eu en vue s'il s'agissait de la communication de la grâce sanctifiante ou de la grâce adjuvante, ou de la grâce d'achèvement. Cette dernière est toujours précédée de l'acte de connaissance et de volonté qui la prépare et la reçoit. Même pour la grâce actuelle, on pouvait admettre une disposition négative chez celui, par exemple, qui prend conscience de lui-même ; il est en effet dans l'ordre que la volonté précède en quelque façon la grâce et lui corresponde. Ce n'est point là contredire la doctrine de l'Eglise. Il convient de remarquer, en effet, que celle-ci n'attribue à la grâce que le plus rudimentaire commencement du bon vouloir, au sens surnaturel du mot.
3. La prédestination et la réprobation ont été comprises par saint Chrysostome, conformément à la doctrine de la grâce expliquée jusqu'ici, sans qu'il fût porté la moindre atteinte à la liberté morale de l'homme. Voilà pourquoi il admet avec la sainte Ecriture l'existence pour tous d'une grâce suffisante. Si quelques-uns n'arrivent pas au ciel et se perdent, ce n'est pas qu'ils n'aient été appelés, mais ils n'ont pas répondu à l'appel de Dieu1. Il explique alors l'exemple du potier (Rom. 9, 17) qui, de la même substance, fabrique des vases différents. L'usage donne à l'un une des-
1. Chrysost. Iù ep. ad Rom. hom. 45, 1 ; 18, 5 (Migne LX, 541, 579).
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tination honorable, une destination inférieure à L'autre; de même l'homme devient, par l'image de sa volonté libre, un i d'honneur ou un vase d'ignominie. L'endurcissement du cœur, dont parle l'apôtre dans le même chapitre, n'est pas un effel de La privation de la grâce- -Dieu l'offre à tous dans une mesure suffisante — c'est une conséquence du mépris que l'homme fait de la grâce. Avant de retirer ses grâces au pécheur endurci, avant do l'abandonner à luimême. Dieu a essayé de toutes façons de le ramener, de lui montrer les voies de la longanimité et de la miséricorde1. Dieu a cependanl fixé le sort de chacun de toute éternité ; qu'il connaît cl dispose de toute éternité tout ce qui doit arriver (tans le temps : la distribution de ses grâces et li mi" retrail dans le cas d'un mépris prévu de la part de l'homme. C'est ainsi que 1;; p rédestination et la réprobation apparaissent dépendantes de la prescience divine, puisque Dieu connaît à l'avance le déploiement de l'activité libre de l'homme, et dès lors décide la dispensation ou le refus de ses grâces. Saint Chrysostome explique cette différence dans le commentaire de l'épître de saint Paul aux Romains 0. il. 11 ne fait pas un exposé de la doctrine de la prédestination contre les Pélagiens, car il n'aurait pas considéré la liberté humaine comme donnant seule la mesure de la prédestination. Si, d'une part, la conduite libre de l'homme ne mérite pas la grâce de Dieu au sens stricl du mot. si, de l'autre, c'est la grâce qui a' la part essentielle dans la production du mérite, il faut conclure que la prescience des actes libres de l'homme ne peut pas servir de fondement à la prédestination. C'est le Pélagianisnie qui fournit l'occasion d'exposer avec une précision irréprochable la doctrine de la prédestination.